Dialogue en prose· Conversation
Du Compliment
Personnages
- AGESILE
- ORONTE
DU COMPLIMENT.
Agesile fait civilité à son beau-père prétendu.
AGESILE
Vous eussiez pu promettre Mademoiselle votre fille à une personne plus considérable que la mienne ; c'est une vérité que je reconnais, et que mes amis avouent : Mais j'oserai vous assurer, Monsieur, qu'en vue des obligations que je vous ai, je ressens pour vous une tendresse toute particulière ; et qu'au défaut de quelques avantages que vous eussiez pu trouver en un autre parti, vous trouverez en mon obéissance et en mon zèle, une volonté toute résignée, et un coeur tout ardent.
ORONTE
J'ai considéré votre famille et votre personne, et j'ai crû que vous ne démentiriez ni votre naissance, ni votre réputation.
AGESILE
Quand je serais assez malheureux pour n'avoir pas toutes les inclinations, qu'un honnête homme doit avoir, Mademoiselle votre Fille est un grand exemple ; elle serait capable de corriger mes moeurs, et de vaincre mon naturel.
ORONTE
Vous ne serez pas en la peine de chercher en ma fille, les règles de votre conduite.
AGESILE
Comme je n'ai point de si forte passion que la passion de vous plaire, il est à croire que toutes mes actions tendront au but que je me suis proposé.
ORONTE
J'ai toujours fait grand état de la Vertu ; et en quelque lien que je la rencontre, et l'honore.
AGESILE
Je déferrai toujours à vos sentiments : je ne serai que ce qu'il vous plaira de me prescrire ; et si je pèche contre vos ordres, ce sera plutôt de l'action que de la pensée.
ORONTE
Votre adresse préviendra mon indulgence ; je n'aurai point de reproches à vous faire, et vous n'aurez point de pardons à me demander.
texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica