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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dialogue en prose· Conversation Galante

Du Cours

René Bary· imprimée en 1664· 2 personnages

Personnages

  • IBERE
  • TULIE

DU COURS.

Ibere cajole une fille non seulement sur la passion qu'elle a pour le Cours, mais encore sur les avantages de sa personne.

IBERE

Je ne m'étonne pas de ce que vous aimez le Cours ; tout le monde semble courir après vous ; et comme vous n'y entrez jamais qu'avec éclat vous n'en sortez jamais qu'avec gloire.

TULIE

Chacun a ses desseins : pour moi je n'aime le Cours, que parce que j'aime la diversité.

IBERE

Il me semble pourtant qu'on y voit presque toujours le mêmes visages.

TULIE

Si cela était, pourquoi irai-je ?

IBERE

Vous y allez peut être pour affermir vos conquêtes.

TULIE

Quelles qualités possédai-je qui méritent la possession des coeurs ?

IBERE

Prenez la peine, Mademoiselle, demander au Cours ce que vous me demandez, Vous apprendrez par la bouche de cent esclaves à quelles vertus ils imputent la perte de leur liberté.

TULIE

Le Cours, à mon avis, ne me connaît que comme une personne qui ne mérite pas d'être connue.

IBERE

Il peut dire quelque chose contre votre rigueur, mais il ne peut rien dire contre votre beauté.

TULIE

La multitude de mes défauts est incompatible avec l'excès de vos louanges.

IBERE

Quoi que vous fassiez un secret de vos vertus, il en sort des rayons qui les découvrent.

TULIE

Les Galants disent à_peu_près la même chose.

IBERE

Vous ne pouvez me récuser, que vous ne récusiez la voix publique.

TULIE

Vous êtes, ou je me trompe bien, l'écho d'une voix imaginaire.

IBERE

J'appelle de votre langue à vos oreilles.

TULIE

J'entends ici, ce que je n'entends point ailleurs.

IBERE

Vous ne voulez de ne pas entendre vos louanges ?

TULIE

Ma modestie est oisive, l'on ne la combat point.

IBERE

Si je vous donne des louanges, pourquoi voulez-vous que les autres vous en refusent ?

TULIE

Il faut de deux choses l'une ; ou que vous manquiez de connaissance, ou que vous manquiez de franchise.

IBERE

J'oserai vous dire, Mademoiselle, que je connais les belles choses.

TULIE

J'oserai donc vous dire, Monsieur, que vous déguisez vos sentiments.

IBERE

Vous direz tout ce qu'il vous plaira, je suis en passe de tout souffrir : mais quelque respect que j'aie pour votre aimable personne, je combattrai toujours votre mépris, quand il offensera vos perfections.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica