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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dialogue en prose· Conversation

Du Procès

René Bary· imprimée en 1662· 2 personnages

Personnages

  • SULPICIE
  • ERICIE

DU PROCÈS

Une femme galante cajole une autre femme, sur ce qu'elle a heureusement recommandé son procès.

SULPICIE

Quelque mauvaise opinion qu'on ait eue ma cause, j'ai crû avoir gagné mon procès, dès que vous avez entrepris sa sollicitation : qui pourrait se défendre d'exaucer vos prières ? l'on ne peut se dispenser d'exécuter vos ordres.

ERICIE

Je m'aperçois, Madame, que le génie vous en dit, que votre galanterie est dans ses belles heures.

SULPICIE

Je ne dis rien que je ne pense ; les juges font leurs Causes des affaires dont vous faites vos intérêts : ils ne balancent point s'ils doivent opposer l'indifférence de la Justice, à l'ardeur de vos sollicitations ; ils se règlent sur ce que vous leur prescrivez ; et quoi qu'ils aient sujet de se venger des arrêts que vous donnez tous les jours à leur désavantage, ils sont gloire de donner des arrêts à l'avantage de vos amis.

ERICIE

Si vous au eu ce que vous avez demandé, c'est que la justice a demandé par votre bouche ce que vous avez obtenu ; et si quelque connaissance que j'eusse de votre bon droit, j'ai recommandé ce qui se recommandait de soi-même, ça été plutôt pour diminuer votre crainte, que pour aiguillonner vos juges.

SULPICIE

Vous parlez avec tant de modestie des hautes obligations qu'on vous a, que si l'on mesurait ses ressentiments sur vos expressions, l'on tomberait sans doute dans l'ingratitude.

ERICIE

Je parle du gain de votre procès, comme de la raison de votre cause, une autre solliciteuse eut eu un même succès ; vous avez réclamé les lois, et les lois vous ont protégée.

SULPICIE

Quoi que vous puissiez dire, je me ressouviendrai toujours de votre recommandation.

ERICIE

Quelle tendresse n'auriez-vous point, si l'on vous avait rendu cent services, puisque pour quelques visites vous avez tant de ressentiment ?

SULPICIE

J'ai de la peine à donner des bornes à la gratitude que vous méritez ; mais puisque vous ne trouvez pas bon qu'elle paraisse davantage sur ma langue, vous ne trouverez pas mauvais qu'elle règne toujours dans mon coeur.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica