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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Scène lyrique en vers

Antigone

Fernand Beissier· imprimée en 1893· 103 vers· 3 personnages

Personnages

  • CRÉON, roi de Thèbes
  • HÉMON, son fils
  • ANTIGONE, fille d'OEdipe

ANTIGONE

Le souterrain sacré où Antigone doit être enterrée vivante. On y accède par un escalier de quelques marches taillées dans le roc. Tout autour d'énormes piliers se dressent, s'enfonçant dans l'ombre. Par l'entrée supérieure large ouverte, on voit l'aurore poindre. Au loin, par instants, résonnent les accords d'une marche funèbre, qui se rapproche peu à peu.

SCÈNE I.

HÉMON, reculant épouvanté

Eux !... Déjà !... Le front couronné de verveine, Sous de longs voiles blancs cachant ses blonds cheveux, Elle vient, douce vierge immolée à leur haine, N'en gardant nulle trace en son coeur généreux. Mais je suis là... je t'aime... Espère encore !

Il se cache dans l'ombre d'un pilier. La marche funèbre retentit. Antigone paraît, entourée des prêtres, à l'entrée du souterrain. Elle est vêtue de blanc et couronnée de verveine. Elle s'arrête sur le seuil.

ANTIGONE

Fuyez de mon coeur, regrets superflus ! Adieu le printemps, l'amour et l'aurore ! De nouvelles fleurs demain vont éclore. Et mes yeux, hélas ! Ne les verront plus.

Lentement elle descend les marches de l'escalier ; puis les prêtres s'éloignent, laissant des soldats garder l'entrée du souterrain ; Antigone vient tomber assise sur une pierre, comme perdue en une triste rêverie, tandis que peu à peu au loin meurent les derniers accords de la marche funèbre.

SCÈNE II. Antigone, Hémon.

Hémon tout à coup surgit devant elle ; Antigone pousse un cri d'effroi et recule terrifiée.

ANTIGONE, l'entourant de ses bras

Ah ! Qu'il t'épargne, toi !

Ensemble.

ANTIGONE, suppliante, s'arrachant de ses bras

Je dois seule mourir !

ANTIGONE, avec élan

Non !

SCÈNE III. Les mêmes, Créon.

CRÉON, paraissant à l'entrée du souterrain et s'avançant au-devant de son fils

Alors, ô parricide, Frappe d'abord ton roi, car tu ne passeras Que sur mon corps !

ANTIGONE, pousse un cri et recule épouvantée

Créon !

HÉMON, laissant tomber son épée

Mon père !

ANTIGONE, s'avançant suppliante vers lui

Par pitié !

HÉMON, tendant les mains vers lui

Je l'aime !

HÉMON, affolé, ramasse son épée

Ah ! Ne me tentez pas !

ANTIGONE, se précipitant entre eux

Grâce pour lui !

CRÉON

Jamais !

HÉMON

Tu le veux donc ? Alors j'obéirai !

À Créon, en ramassant son épée et lui montrant Antigone.

Appelle tes bourreaux, ô roi, tu peux la prendre !

CRÉON, avec un cri de joie va à lui

J'ai retrouvé mon fils !

HÉMON, se frappant de son épée

Tu l'as perdu !

Il tombe.

ANTIGONE, poussant un cri, se précipite sur lui

Dieux cruels !

ENSEMBLE

Fuyons tous les deux aux champs étoilés, Où larme et douleur à jamais sont closes ! L'amour nous attend tout fleuri de roses, Gardant en ses mains nos coeurs enchaînés.

La nuit est venue. Au loin doucement reprend la marche funèbre, à laquelle se mêle par instant comme un bruit de harpes mystérieuses.

103 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0