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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en prose· Théâtre de Guignol

Guignol en Enfer

Fernand Beissier· imprimée en 1894· 4 vers· 5 personnages

Personnages

  • GUIGNOL
  • LE DIABLE
  • L'APOTHICAIRE.
  • MAITRE FÉRULARD
  • DEUX DIABLES

GUIGNOL EN ENFER

SCÈNE PREMIÈRE.

GUIGNOL, seul, entrant

Chantant.

Vive la rouge bouteille, Où sommeille, Pris avec la grappe vermeille Un peu du soleil qui la fit mûrir !

Ah ! La, la, la ! Qu'il fait bon vivre, surtout avec des écus dans ses poches. La vie, mais c'est encore ce qu'on a inventé de meilleur en ce bas monde. Ceux qui s'en plaignent sont des fous. Moi je trouve tout bien, tout beau, tout bon. Je mange bien, je ne fais rien, je dors bien ; le lendemain je recommence. Et va comme je le pousse ! - Trouvez-moi une situation plus agréable. Je n'ai plus de dettes. Mes créanciers disparus, envolés. La cabaretière me fait crédit et mon propriétaire m'offre sa fille en mariage ! Allons, saute, Guignol ! - C'est égal, j'ai tout de même la tête un peu lourde. Notre dîner a décidément duré trop longtemps. Polichinelle et Pierrot ronflent sous la table et Arlequin fait un pied de nez à la lune. Je les ai laissés, les chers amis. J'avais hâte d'être un peu saoul. Puis le sommeil commençait à me gagner moi aussi ; et pour dormir, à une nappe de restaurant ou à une natte de salle à manger, je préfère encore mon bon lit, où si doucement je m'enfonce entre les chaudes plumes de mon matelas. Car je possède un matelas ! Le Guignol d'autrefois est mort et enterré tout comme monsieur Marlborough !

On entend sonner minuit.

Minuit, déjà. Vite au lit, Guignol, mon ami, dites bonsoir et dormez tranquille jusqu'à demain matin ; faites de beaux rêves et pensez aux plats succulents que vous mangerez demain.

Minuit sonne de nouveau, on frappe à la porte.

On frappe. À cette heure !

On frappe plus fort.

Qui peut venir me déranger ?

Haut.

Eh dites donc ! Vous repasserez demain, je n'ouvre pas, je dors.

On frappe encore.

Ah ! Tu sais, je vais cogner.

Même jeu.

C'est qu'il ne me laissera pas dormir tranquille. Voulez-vous vous taire à la fin ! Allez vous coucher !

Prêtant l'oreille.

Tiens ! Il ne frappe plus, il a bien fait. Je vous demande un peu s'il est raisonnable de courir les rues à pareille heure, et par un temps pareil !

SCÈNE II. Guignol, Le Diable.

LE DIABLE, surgissant devant lui

Bonsoir, Guignol.

GUIGNOL, reculant

Hein ! Qui est là ? Qu'est-ce que c'est que cette mauvaise farce ?

LE DIABLE

Tu ne me reconnais pas.

GUIGNOL

Attendez donc. Mais si, parfaitement. Ces cornes, cette fourche ; vous êtes le diable !

LE DIABLE

Tu l'as dit.

GUIGNOL, lui tendant la main

Et ça va bien, autrement, depuis que je n'ai eu le plaisir de vous voir ?

LE DIABLE

Merci.

GUIGNOL

Mais par où, diable, êtes-vous entré ?

LE DIABLE

Tu ne voulais pas m'ouvrir.

GUIGNOL

Ah ! C'est vous qui frappiez ?

LE DIABLE

Oui, c'était moi.

GUIGNOL

Si j'avais su, croyez...

LE DIABLE

Oh ! Ça ne me gênait en rien. La porte fermée, j'ai passé à travers la muraille.

GUIGNOL

Drôle d'idée ! Enfin tous les goûts sont dans la nature.

LE DIABLE

Et devines-tu pourquoi je suis ici ?

GUIGNOL

Pas du tout.

LE DIABLE

Tu as la mémoire courte. Rappelle-toi, il y a un an, jour pour jour, à pareille heure...

GUIGNOL

Et bien ?

LE DIABLE

Tu étais là, n'ayant pas dîné... Tu m'appelais à ton secours. Je vins... Tu demandais d'être riche ; je te promis la richesse pendant un an, à une condition.

GUIGNOL

Vous croyez...

LE DIABLE, continuant

À cette condition que dans un an, à pareil jour, à pareille heure, tu m'appartiendrais.

GUIGNOL

Pas possible !

LE DIABLE

Tu as signé, j'ai le papier sur moi.

GUIGNOL

Oh ! Vous savez, les papiers ça ne prouve rien.

LE DIABLE

Tu ne peux le dédire ; j'ai tenu ma promesse ; il faut tenir la tienne. Aussi dépêche-toi ; fais ton paquet et partons, je suis pressé. On nous attend chez moi.

GUIGNOL

Eh là, comme vous y allez ! Ainsi vous êtes sûr que ...

LE DIABLE

Parfaitement sûr.

GUIGNOL

Et je ne peux pas me dédire.

LE DIABLE

C'est écrit.

GUIGNOL

Dites donc, si nous le renouvelions.

LE DIABLE

Quoi ?...

GUIGNOL

Le papier.

LE DIABLE

Impossible !

GUIGNOL

Voyons, mon petit diable, mon cher petit diable, si vous étiez bien gentil, bien mignon...

LE DIABLE

Impossible ! Nous partons.

GUIGNOL

Accordez-moi un an. Si vous saviez, j'ai encore un tas de choses à régler.

LE DIABLE

Es-tu prêt ?

GUIGNOL, à part

Ah ! Si je pouvais cogner dessus.

Haut.

Mais...

LE DIABLE

Ne discutons plus.

GUIGNOL, pleurant

Oh ! La ! la ! la !

LE DIABLE

Nous partons.

GUIGNOL

C'est loin ?

LE DIABLE

Ne t'inquiète pas...

GUIGNOL

Mais cette année a été plus courte que les autres...

LE DIABLE

Quel bavard tu fais ! Allons...

GUIGNOL

Vous savez — s'il faut prendre le bateau, je crains la mer.

LE DIABLE, le prenant par la main

Enlevé !

GUIGNOL

Ah !

Ils disparaissent.

SCÈNE III.

L'Enfer. - La scène reste vide un moment, puis on entend la voix de Guignol.

GUIGNOL

Hé là ! Hé là ! Doucement, je ne peux plus respirer. Arrêtez ! Arrêtez ! arrêt...

Ils paraissent tous les deux.

LE DIABLE

Nous voici arrivés.

GUIGNOL

Crelotte ! Quel voyage ! J'aime encore mieux le chemin de fer de ceinture.

LE DIABLE

Tu ne le regretteras bientôt plus.

GUIGNOL, regardant autour de lui

Ainsi me voilà en enfer ?

LE DIABLE

Tout à fait.

GUIGNOL

Sapristi ! Qu'il fait chaud.

LE DIABLE

Oh ! Ce n'est rien encore. Tu n'es ici que dans le vestibule. Ici à droite, l'entrée.

GUIGNOL

Faites voir !

LE DIABLE

On ne passe pas ! Une fois entré ici, on n'en sort plus. La porte ne se rouvre jamais pour la même personne. Elle est fermée à sept serrures, et un seul mot prononcé par moi pourrait la faire ouvrir. Ainsi...

GUIGNOL

Oh ! Je n'essayerai pas. Du moment qu'il n'y a pas moyen.

LE DIABLE, lui montrant

Là, à gauche, la première salle de punition - celle où l'on commence à vous faire griller de temps en temps, avant de vous plonger dans la chaudière, histoire de vous habituer.

GUIGNOL

Brr !... Vous allez me faire...

Il fait le geste.

LE DIABLE

Mais parfaitement...

GUIGNOL

Comme un vulgaire merlan.

LE DIABLE

C'est la punition qui commence. Tu as assez commis de méfaits sur la terre...

GUIGNOL

Voyons, vous n'allez pas faire ça.

LE DIABLE

Non, je vais me gêner ! Attends-moi ici. Quand cessera ton tour, on t'appellera. Moi, je vais présider à la mise sur le gril de votre ancien garde champêtre.

GUIGNOL

Celui qui m'a si souvent dressé les procès-verbaux. Ça c'est bien fait.

LE DIABLE

Tu le vois donc, punir c'est être juste. Allons, adieu !

GUIGNOL, l'arrêtant

Monsieur le diable, voyons...

LE DIABLE

Attends-moi là !

GUIGNOL

Mais...

LE DIABLE

Tu ne t'ennuieras pas. Tu rencontreras plus d'un visage de la connaissance...

GUIGNOL, voulant encore le réunir

Si nous remontions là-haut ?

LE DIABLE

Ton tour va venir !

GUIGNOL, même jeu

J'ai oublié mon mouchoir !...

LE DIABLE

On t'appellera. Prends patience. Ah ! Ah ! Tu vas y passer, mon ami Guignol ! Ah ! Ah !

GUIGNOL

Monseigneur, mon doux monseigneur, mon...

LE DIABLE, t'en allant, riant

Ah ! Ah ! Ah !

SCÈNE III.

GUIGNOL, seul

Gueusard ! Bandit ! Vaurien ! Ah ! Si tu n'avais pas la peau si dure, ce que je t'aurais cogné ! Voyez-vous ça ! Le gril ! La marmite ! Ah ! Non alors ! Et moi qui étais bien tranquille. Je ne me méfiais de rien. Il m'a joué, et moi je me suis laissé prendre. Oh ! Mais, ça ne va pas se passer comme ça, je veux m'en aller.

Il va à la porte.

Cordon, s'il vous plaît ! Rien. Le concierge doit être sorti. L'ouvrir, impossible. Il doit y avoir un autre chemin. Je ne parle pas de celui que nous avons suivi, nous allions si vite que je n'y ai rien vu. Mais un autre. Cherchons. Car je ne veux pas être grillé moi ! Qu'il se fasse griller lui-même, si ça lui fait plaisir ! Je n'aime pas la chaleur.

Regardant au fond.

Ah ! Quelqu'un.

SCÈNE IV. Guignol, L'Apothicaire.

GUIGNOL

Pas possible ? Maître_Bertuchon, notre ancien apothicaire, ici en enfer ?

L'APOTHICAIRE

Tiens ! Guignol !

GUIGNOL

Vous ici ?

L'APOTHICAIRE

Parfaitement !

GUIGNOL

Eh bien ! Ça ne m'étonne pas, vous étiez assez voleur, au temps où vous teniez boutique sur la grand' place ; ce que vous nous avez vendu de fioles d'eau claire comme remèdes !

L'APOTHICAIRE

C'est vrai. Mais tous les apothicaires font de même.

GUIGNOL

Il l'avoue.

L'APOTHICAIRE

Oui - pourquoi le cacherais-je ? D'ailleurs nous sommes presque tous ici, et puis maintenant tu ne peux pas aller le raconter. Entré ici, on n'en sort plus sans permission. Aussi, tu le vois, je porte moi-même mon morceau de bois, pour alimenter le feu.

GUIGNOL

Ah ! Vous allez...

L'APOTHICAIRE

Oui, sur le gril.

GUIGNOL

Ça doit vous gêner sur le moment ?

L'APOTHICAIRE

Tu verras ça tout à l'heure.

GUIGNOL, à part

J'ai envie de me payer un petit acompte sur lui...

UNE VOIX, au dehors

L'apothicaire !

L'APOTHICAIRE

Tu vois, on m'appelle.

GUIGNOL, le cognant avec sa tête

Et va donc ! Va donc ! Face à plâtre ! Mais va donc, moule à singe !

L'apothicaire s'enfuit.

GUIGNOL

Ouf ! Ça soulage. Reprenons notre inspection maintenant. Il est impossible que je ne trouve pas un moyen de sortir d'ici. J'aurais bien interrogé l'apothicaire, mais je me suis méfié ; un apothicaire, ça ne regarde jamais les gens en face. Si cependant je rencontrais quelqu'un... Ah ! Là-bas... Quelqu'un s'avance. Oui... Non. Si... Mais c'est lui. Le magister_Férulard, mon ancien maître d'école : Le garde champêtre, l'apothicaire, le maître d'école ! Ils y sont donc tous, ceux de mon pays. Crelotte. Ah ! C'est bien lui, je le reconnais à sa calotte de velours, marchant en faisant de grands gestes, parlant tout seul. Pourra-t-il me renseigner ? Essayons.

SCÈNE V. Maître Férulard, Guignol.

GUIGNOL

Eh ! Bonjour, maître_Férulard.

MAITRE FÉRULARD

Ave... Guignol.

GUIGNOL

S'il vous plait !

MAITRE FÉRULARD

Ou bien : Salulem do tibi...

GUIGNOL

Si vous vouliez bien ne pas parler chinois.

MAITRE FÉRULARD

Pauvre ignorant !

GUIGNOL

Laissez-moi donc en repos. Un conseil, vite, je suis pressé, on peut m'appeler à tout instant. Connaissez-vous un chemin pour sortir d'ici ?

MAITRE FÉRULARD

Sais-tu ce que c'est que sortir ?

GUIGNOL

Eh bien ?

MAITRE FÉRULARD

Sortir est le contraire d'entrer ; c'est-à-dire une action qui par un simple changement des propositions, avec une action identique, produit des effets différents. D'où différence, partie de la définition de la définition d'après les philosophes, dixi : genere proximo et differentia propria.

GUIGNOL

Il est encore plus bête que là-haut !

Haut.

Vous êtes encore plus bête que là-haut.

MAITRE FÉRULARD

Bête ? Sais-tu ce que c'est que bête ? La bête, c'est la partie animale de notre individu... Or notre individu étant...

GUIGNOL

Ce que la main me démange...

Criant.

Connaissez-vous un chemin pour sortir d'ici ?...

MAITRE FÉRULARD

On peut ignorer certaines choses que l'on sait. Ainsi...

GUIGNOL

Oh ! Ce n'est pas sur le gril qu'il devrait aller celui-là, c'est dans le bocal aux cornichons !

MAITRE FÉRULARD

Tu disais donc, Guignol, mon ami, que ton esprit s'égarant en de vagues conceptions cherchait a_priori une porte, laquelle porte, devait primo, être, secundo, pouvoir.

GUIGNOL

Ah ! Zut !

Il cogne de la tête.

Tiens ! Voilà primo, secundo, difinitivo, et tout le reste. Et aïe donc ! Et aïe donc !

Lazzis.

MAITRE FÉRULARD

Ce qui ne m'empêchera pas de protester...

GUIGNOL, même jeu

Tiens ! Proteste...

LA VOIX, appelant

Maître_Férulard !

GUIGNOL, même jeu

Mais va donc ! On t'appelle !

Maître Férulard parait et reparaît encore deux fois et Guignol frappe dessus chaque fois.

GUIGNOL, seul

Eh bien ! S'ils sont tous aussi bêtes, ça va être gai ! —

Il regarde.

Avec ça, l'appel qui continue. Ah ! Y en a-t-il, y en a-t-il ! Mais je les connais tous ceux-là. Voilà le notaire, la vieille cabaretière, le maréchal-ferrant, le gendarme. Le curé peut en dire, des messes ! Et mon tour qui va venir ! Mon nom qu'on va appeler ! Il faudra répondre. Que faire ? Le diable commande ici. Par la force, rien à faire ; s'il n'y avait qu'à l'assommer je m'en chargerais bien. Mais l'assommer ce n'est guère possible. Si je pouvais lui reprendre mon billet ; si je pouvais même mettre un pied dehors, le reste suivrait bien, et une fois dehors, sauvé...

LA VOIX, appelle

Guignol !

GUIGNOL

Vlan ! Ça y est. C'est à mon tour.

La voix reprend.

GUIGNOL

On y va ! On y va ! C'est-à-dire que ça ne me va pas du tout d'y aller, mais du tout.

La voix reprend.

GUIGNOL

Quel raseur ! On y va ! Et pas une issue, pas un trou où me cacher ; pas une armoire où disparaître !

Tremblant.

Il me semble déjà être sur le gril ! Ah ! Saint_Bonaventure, mon patron, quel cierge je te brûlerais, si je sortais d'ici ; gros comme un mât_de_misaine.

SCÈNE VI. Le Diable, Guignol.

LE DIABLE

Eh bien ! Guignol ! Mon ami, tu n'entends donc pas ? On t'appelle, allons ! Viens, mon petit ! Viens. Le gril est tout rouge, le feu bien ardent. On n'attend plus que toi ! Allons !

GUIGNOL, se reculant, à part

Si je pouvais le mordre, toi.

Haut.

Si nous remettions ça à demain ?

LE DIABLE

Tu ne veux pas venir ?

GUIGNOL

Non !

LE DIABLE

Holà ! Mes serviteurs !

GUIGNOL

Quèsaco ?

Deux diables paraissent.

LE DIABLE

Empoignez-moi ce particulier là, et portez-le sur le gril.

GUIGNOL, aux deux diables

Voulez-vous bien me lâcher, vous autres !

LE DIABLE

Empoignez !

Les deux diables et Guignol se débattent. - Lazzis. - Bataille. - Finalement, Guignol s'empare d'une des fourches et assomme les deux diables, qui s'enfuient en poussant des cris.

GUIGNOL

Si vous en voulez encore, j'en ai autant à votre service !

LE DIABLE

Guignol ! Je vais te faire rôtir tout vif.

GUIGNOL

Faudra d'abord me mettre dans la poêle.

LE DIABLE

Je vais appeler d'autres diables.

GUIGNOL

J'ai la fourche, et vous avez vu si je sais m'en servir !

LE DIABLE

Tu t'en servirais même contre moi !

GUIGNOL

Oh ! La la ! Mais je cognerais double, mon petit père ! Tu vas voir la jolie révolution que je vais te préparer ici ; j'en ferai tant que mieux vaudrait, vois-tu, me renvoyer tout de suite.

LE DIABLE

Te renvoyer ! Jamais de la vie, j'ai bien eu trop de peine à l'avoir.

GUIGNOL

Alors, gare ! Une fois, deux fois ! Tu ne veux pas ?

LE DIABLE, le menaçant de sa fourche

Tremble !

GUIGNOL, lui donnant un coup de la sienne

Reçois !

LE DIABLE, même jeu

Je te ferai bouillir dans une marmite d'huile !

GUIGNOL, même jeu

Pile ! Face ! À qui la belle ?

Lazzis.

LE DIABLE

Voyons, raisonnons !

À part.

Je vais tâcher de le persuader : il m'ameuterait tout l'enfer.

Haut.

Raisonnons.

GUIGNOL

Je le veux bien. Mais de loin.

LE DIABLE

Pourquoi ne pas te laisser persuader ?

GUIGNOL

Oh ! La persuasion... pour aller sur le gril.

LE DIABLE

Eh ! Si je t'accordais quelques douceurs ?

GUIGNOL

Sortir ?

LE DIABLE

Oh ! Non. Cela, impossible. Je le voudrais que je ne le pourrais pas.

GUIGNOL

Ah !... Une idée. Jurez-moi do m'accorder ce que je vais vous demander, et je suis à vous...

LE DIABLE

Tu ne me demanderas pas de t'en aller ?

GUIGNOL

Non !

LE DIABLE

Alors, je le jure !

GUIGNOL

Devant témoins ! Je n'ai pas confiance.

LE DIABLE, à part

Quand je te tiendrai, toi, tu me payeras tout cet arriéré.

Il appelle.

Holà !

Les deux diables reparaissent et reculent à la vue de Guignol.

GUIGNOL

Oh ! N'ayez pas peur. Il s'agit de choses sérieuses.

LE DIABLE

Es-tu content !

GUIGNOL

Jurez !

LE DIABLE

Je le jure.

GUIGNOL

Bien... Voici... Avant d'aller me faire rôtir, j'éprouve le besoin de jeter vers ce que je laisse un dernier regard. Je ne vais plus rien voir des belles choses que tant j'aimais... Entrouvrez-moi un peu la porte. Laissez-moi passer seulement le bout de mon nez, et je vous suis immédiatement.

LE DIABLE

Tu n'essaieras pas de sortir !

GUIGNOL

Je vous le promets !

LE DIABLE

Bien.

Aux diables.

Ouvrez-lui la porte, mais tenez-la bien.

Les diables ouvrent la porte.

Très étroite...

GUIGNOL

Parfait ! Maintenant, attention ! Le bout de mon nez, je l'ai juré, - seulement, je commence de l'autre côté.

Il te retourne et sort à reculons.

LE DIABLE

Mais !

GUIGNOL

C'est juré !

Il passe.

Et aïe donc ! Et aïe donc !

LE DIABLE

Je suis joué.

GUIGNOL

En plein.

Il sort à reculons, puis donne un coup de tête dans la poitrine du diable.

Bonsoir la compagnie.

Il disparaît et ferme la porte.

LE DIABLE

Enfermés ! Il est sorti ! Nous ne pourrons plus le ravoir !

GUIGNOL, postant sa tête par l'oeil de boeuf au-dessus de la porte

Bien des choses chez vous. Et excusez-moi si je ne vous reconduis pas !

LE DIABLE

Si jamais je te repince...

GUIGNOL

Se laisser prendre deux fois ! C'est bon pour les imbéciles, comme toi !

LE DIABLE

Les autres paieront pour toi, garnement !

GUIGNOL

Moralité : Quand on n'a pas ce que l'on aime, il faut prendre ce que l'on a.

Au public.

Ainsi finit la comédie.

4 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica