Monologue en vers
Le Baptême d'une Rose
Personnages
- LA RÉCITANTE
LE BAPTÊME D'UNE ROSE
RÉCITANTE
Mais je vous vois, dès ceci
Baisser la tête, et sourire.
Si vous doutez de mon dire,
Écoutez-moi bien : Voici
De quelle façon charmante
Tout se passa. - Le matin,
D'abord, se mit en chemin
Une pervenche, parente
De la famille. Elle allait
Inviter, suivant l'usage.
Tout le joyeux voisinage.
Le Parrain l'accompagnait,
Les canaris, beaux parleurs
Menaient déjà grand tapage
Chaque nid sous le feuillage
Était tapissé de fleurs.
Les rossignols en cachette
Apprenaient des airs nouveaux.
Dans l'eau claire des ruisseaux.
Pour juger de sa toilette.
Chaque fauvette, en passant,
Se mirait - sur une branche,
En plumage de dimanche,
Un vieux perroquet savant
Dressait l'acte de naissance,
Sur une feuille de houx.
Par groupes, accouraient tous
Affaires, pleins d'importance,
Les papillons, qu'on sentait
Déjà perdre un peu la tête.
Comme aux jours de grande fête,
Dans chaque buisson chantait
Un orchestre de cigales :
Et les fleurs qui s'avançaient
Doucement se balançaient
Aux bruits joyeux des cymbales.
De toilettes et de présents,
En frais elles s'étaient mises.
Avec des airs de marquises
Elles allaient à pas lents,
Minaudant, faisant des grâces
Et saluant leurs amis.
Puis, après avoir remis
Leurs cadeaux - vite à leurs places,
Dans un murmure flatteur,
Elles se faisaient conduire.
Chargé de les introduire,
Le premier garçon d'honneur
Un gardénia superbe.
Les recevait - et gardant
Pour chacune un compliment,
Il leur offrait un brin d'herbe,
Un petit bouton de rose,
Poussé ce même matin,
Tout vêtu de vert satin,
Dans sa coque encor mi-close.
Le Baptême se faisait
A l'ombre d'une aubépine.
La source la plus voisine
Aux pieds du buisson passait.
D'un peu de mousse nouvelle
On avait fait un berceau,
Et dressé comme rideau
Deux plumes de tourterelle.
Et tandis que doucement
Se balançaient les clochettes,
Et qu'aux refrains des fauvettes
Se mêlaient joyeusement
Les chansons victorieuses
Des rossignols tapageurs,
Tandis que toutes les fleurs
S'inclinaient silencieuses,
Grave en son blanc vêtement,
Un lys, la corolle ouverte,
Inclinant sa tige verte
Laissa tomber lentement
S'épanouit au soleil -
C'est ainsi, mesdemoiselles,
Qu'au beau temps des fleurs nouvelles
Ce baptême sans pareil
104 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica