Comédie en prose· Comédie en un Acte
Le Narcotique
Diffusion radiophonique le 3 mars 1930.
Personnages
- MADAME DOMAS, Mme MARGUERITE DEVAL
- PHILIBERT, M. CONSTANT
- MARCHU, M. ETCHEPARE
- BARCELLE, M. SAULIEU
LE NARCOTIQUE
SCÈNE I.
Le découpage des scène est propre à cette édition.
MADAME DOMAS
Philibert ?
PHILIBERT
Madame...
MADAME DOMAS
Quelle heure est-il ?
PHILIBERT
Ma montre est arrêtée, Madame. Il n'est pas loin de neuf heures. Il y a plus de deux heures qu'on a dîne et on s'est mis à table à la nuit.
MADAME DOMAS
Qu'est-ce que c'est que ce bruit qu'on entendait tout à l'heure sur la route ?
PHILIBERT
Eh bien, Madame, c'est l'autocar de la ville. Le nouveau service.
MADAME DOMAS
Jusqu'où va-t-il ?
PHILIBERT
Jusqu'à Petit-Bourg, à deux kilomètres d'ici. Et puis il repassera tout à l'heure par ici pour retourner à la ville. Ça ne va pas mieux, Madame ?
MADAME DOMAS
Philibert, vous êtes un bon garçon, vous m'avez vue naître, vous êtes plein de sollicitude pour moi, mais, je vous en prie, ne me demandez pas tout le temps si je vais mieux... L'important, m'a dit le docteur, est que je ne pense pas tout le temps à ma neurasthénie. Il suffit que vous m'en parliez...
PHILIBERT
Madame a raison, je n'en parlerai plus. C'est tout de même curieux que madame ne puisse se débarrasser de ça. Au fond, ça a commencé au décès de monsieur... Ce n'est pas que Madame ait eu beaucoup de chagrin...
MADAME DOMAS
Comment, je n'ai pas eu beaucoup de chagrin ?...
PHILIBERT
Enfin, Monsieur était bien âgé pour Madame, n'est-ce pas ? Mais Madame s'est sentie seule...
MADAME DOMAS
Est-ce que vous êtes allé à la poste ?
PHILIBERT
Non, madame, je mettrai la lettre à l'autocar de Beauvais.
MADAME DOMAS
Pourquoi fait-il un détour, cet autocar, et s'arrête-t-il devant la maison ?
PHILIBERT
Oui, Madame, c'est parce que le conducteur veut s'arrêter à l'auberge. Il n'y a que deux maisons dans ce pays perdu ; l'auberge et nous. Heureusement encore qu'il y a l'auberge, parce qu'on pourrait être assassiné, personne n'en saurait rien.
MADAME DOMAS
Et ce n'est pas l'auberge qui empêcherait quelque chose. Elle est au moins à cent mètres d'ici.
PHILIBERT
Oh ! Vous savez, madame, quand je crie on m'entend bien à cent mètres...
MADAME DOMAS
Est-ce que ma lettre sera distribuée demain ?
PHILIBERT
Oh ! Oui, Madame, même à la dernière voiture qui va passer tout à l'heure il serait encore temps.
On entend sonner.
Tiens, qui est-ce qui peut sonner ?
MADAME DOMAS
Il y a un moyen bien simple de vous en assurer, c'est d'aller ouvrir.
PHILIBERT
Qui est-ce qui peut bien sonner à cette heure ?...
On l'entend s'en aller et revenir.
Eh bien vrai, Madame...
MADAME DOMAS
Qu'est-ce qu'il y a ?
PHILIBERT
Voilà que je reçois une dépêche, Madame.
MADAME DOMAS
Une dépêche ? C'est pour vous ?
PHILIBERT
Oui, Madame, c'est pour moi. Qu'est-ce qu'il peut y avoir dans cette dépêche, Madame ?
MADAME DOMAS
Ouvrez-la, vous serez peut-être fixé.
PHILIBERT, après un silence
Eh bien, merci !
MADAME DOMAS
Qu'est-ce que c'est ?
PHILIBERT
Eh bien, merci !
MADAME DOMAS
Vous ne pouvez pas me dire ce qu'il y a dans cette dépêche ?
PHILIBERT
Mon neveu qu'est tombé de motocyclette. Lisez vous-même, Madame !
MADAME DOMAS, après un silence
Oui, oui.
PHILIBERT
Madame dira ce qu'elle voudra, ce n'est pas naturel. Si ma nièce m'envoie cette dépêche maintenant, c'est pour que j'aille là-bas.
MADAME DOMAS
Eh bien, il faut y aller.
PHILIBERT
Aller à la ville à cette heure-ci ?...
MADAME DOMAS
Oui, et dépêchez-vous, la dernière voiture ne va pas tarder.
PHILIBERT
Quelle histoire ! Quelle histoire... Mais madame va venir avec moi ?
MADAME DOMAS
Pensez-vous ! Que voulez-vous que j'aille faire à Beauvais ?...
PHILIBERT
Eh bien, Madame ira passer la nuit chez ses parents. Madame ne va pas passer la nuit toute seule ici.
MADAME DOMAS
Oh ! Je n'ai pas peur, il n'y a pas le moindre danger.
PHILIBERT
On dit toujours ça. Il n'y a pas de danger jusqu'à ce qu'il arrive du vilain.
MADAME DOMAS
Laissez-moi tranquille. Je n'ai pas peur et vous finiriez par me rendre poltronne.
PHILIBERT
C'est égal, laisser Madame toute seule dans la maison...
MADAME DOMAS
Je ne suis pas seule, il y a l'auberge à cent mètres.
PHILIBERT
Cent mètres, c'est loin.
MADAME DOMAS
Oh ! Mais j'ai une voix qui porte bien aussi, vous savez. Et puis, à l'auberge, il y a toujours le garde champêtre... Dépêchez-vous, vous n'avez que le temps. Vous avez votre manteau ?
PHILIBERT
Il est dans l'antichambre. Heureusement que Madame a dîné de bonne heure... Mais madame n'a rien besoin que je lui prépare pour la nuit ?...
MADAME DOMAS
Non, si je veux une infusion, je la ferai moi-même... puis je ne vais pas tarder à me coucher. Non pas que j'aie sommeil... Oh ! Non, je n'ai pas sommeil, mais j'ai mal aux reins... Je suis à peu près déshabillée. J'ai retiré ma ceinture après le dîner...
PHILIBERT
Ça m'ennuie de laisser Madame dans un état pareil...
MADAME DOMAS
Votre neveu a plus besoin de vos soins que moi. Dépêchez-vous...
On entend l'autocar.
PHILIBERT
Je me sauve, Madame.
MADAME DOMAS
Dépêchez-vous, Philibert !
PHILIBERT, qui s'est éloigné
Celui-là qui va tomber de sa moto ! Au revoir, Madame. Et cette porte d'entrée qui donne droit sur la route. Madame la fermera bien à clef ?
MADAME DOMAS
Mais oui, mais oui. Au revoir.
Bruit de la porte qui se ferme. Bruit de voix au dehors.
VOIX D'HOMME
Allons, grouillez-vous un peu. Vous êtes en retard.
VOIX DE PHILIBERT
Toi, mon petit conducteur, t'es un peu jeune pour m'agrafer. Boucle-la. Je monte à côté de toi.
LA VOIX D'HOMME
Allons ! Hisse ! Sur le siège ! Comme ça, vous aurez de l'air...
MADAME DOMAS
Il est ennuyeux avec ses réflexions... Je vais lire... Oh ! Je n'ai pas envie de lire. Où est mon ouvrage ?... Oh ! Cette petite lampe électrique éclaire si mal...
On sonne.
On sonne ?... Qu'est-ce que c'est ?... Qu'est-ce que c'est ?... Je vais d'abord regarder par la raie du volet... Deux hommes... Je n'ouvre pas...
On sonne.
Il faut que j'ouvre...
Bruit de porte qui s'ouvre.
SCÈNE II.
MARCHU
C'est bien Madame Domas, s'il vous plaît ?
MADAME DOMAS
Oui, Monsieur.
MARCHU
Nous vous demandons pardon si nous entrons sans que vous le disiez, mais il fait froid sur la route.
MADAME DOMAS, tremblante
Entrez, Messieurs...
MARCHU
Merci, madame. Entre, mon vieux. Et referme la porte derrière toi. Il fait froid... Madame, nous avons eu votre adresse par des gens de la ville. On nous a dit que vous aviez besoin de vin de table...
MADAME DOMAS
Comment a-t-on pu vous dire cela, Monsieur ? Je n'ai pas besoin de vin.
MARCHU, insistant
Madame, je tiens tout de même à vous faire mes offres de service. Nous avons du bordeaux excellent et dans des conditions tout à fait avantageuses.
MADAME DOMAS, gênée
Je vous assure, Monsieur, que je n'ai pas besoin de vin.
MARCHU, autoritaire
Madame, ça ne coûte pas cher de goûter, ça n'engage absolument à rien.
MADAME DOMAS
Le vin m'est défendu, monsieur, ça me fait mal à l'estomac...
MARCHU, impérativement
Vous pouvez goûter ce vin-là, Madame, il ne vous fera sûrement pas mal. Tenez ! Je vous verse cela dans ce petit gobelet de cuir tout neuf qui n'a jamais servi à personne.
MADAME DOMAS, après avoir hésité
Enfin, je vais le goûter.
MARCHU
Rien ne coûte de s'asseoir un peu, n'est-ce pas, Madame ?
MADAME DOMAS
Mais oui, Messieurs, asseyez-vous.
MARCHU
Non, madame, des chaises pour nous. Et le canapé pour vous. Là ! Voilà ! Maintenant, buvez-moi ce vin. Il y en a à peine le contenu d'un verre à bordeaux.
MADAME DOMAS
Il a un goût un peu singulier...
MARCHU
C'est un petit goût de terroir, vous verrez, ça n'est pas désagréable... Buvez jusqu'au fond du gobelet. Buvez, buvez...
MADAME DOMAS
Il n'est pas mauvais, en effet... Oh ! Monsieur, qu'est ce que c'est ?... J'ai comme un poids sur la tête...
MARCHU
C'est rien de ça, c'est rien de ça.
MADAME DOMAS
J'ai... comme un poids...
Silence.
MARCHU
Ça y est, voilà qu'elle roupille profondément...
À Barcelle.
Maintenant, mon vieux, il s'agit de travailler vite. Je baisse les rideaux parce que c'est l'heure où le garde champêtre va sortir de l'auberge et passer devant la maison... S'il voyait de la lumière, il aurait peut-être l'idée de rendre visite à cette petite dame... Je baisse les rideaux.
BARCELLE
Oui, mais dehors il va voir nos deux vélos...
MARCHU
Non, puisqu'on les a mis derrière le buisson... Oh ! Tu sais, moi je suis un homme de précaution, j'ai tout pesé. J'ai bien soigneusement combiné cette affaire-là...
BARCELLE, sombre
Oui, oui.
MARCHU
T'es pas content ?
BARCELLE
J'ai tellement la poisse que je n'ai pas confiance...
MARCHU
Ah ! Veux-tu te taire, on va faire une récolte merveilleuse. Seulement, je te dis, il faut attendre quelques minutes que le garde champêtre ait passé. On va l'entendre sur la route, il fait un peu de raffut parce qu'il a toujours un coup de sirop de trop... J'ai fait quatre-vingts kilomètres l'autre jour pour mon enquête... J'ai trouvé le moyen d'éloigner le domestique à Madame_Domas. Tout a été merveilleusement combiné.
BARCELLE
Oh ! C'est égal, je ne suis pas tranquille.
MARCHU
Qu'est-ce que tu peux regretter ? On était sur le point de partir en Amérique avec les trois mille balles que t'avais de côté... Eh bien, au moment de partir pour là-bas où la fortune nous attend...
BARCELLE
Elle nous attend, elle nous attend... Ça n'est pas un rendez-vous fixe.
MARCHU
Elle nous attend, que je te dis. Avant de partir pour l'Amérique, j'ai donc eu une idée pour grossir notre petit pécule. D'abord les deux vélos qu'on a loués au lieu de venir par l'autocar...
BARCELLE, sombre
Deux cents francs d'arrhes pour le loueur...
MARCHU
D'abord, c'est pas des arrhes, c'est une garantie que l'on rend quand on ramène le vélo...
BARCELLE
Mais comme on ne les ramènera pas...
MARCHU
On aura toujours les vélos...
BARCELLE
On ne pourra pas les vendre sans nous dénoncer... On sera forcé de les laisser. Alors, c'est deux cents francs de fichus.
MARCHU
On rattrapera cela que je te dis... Après avoir loué les vélos j'ai eu l'idée astucieuse, pour éloigner le domestique, de lui faire passer une dépêche pour qu'il se rende à la ville.
BARCELLE, d'une voix sombre
Quatre francs soixante-quinze.
MARCHU
Puis on a passé chez le pharmacien chercher les ingrédients pour fabriquer le narcotique...
BARCELLE
Quatorze francs.
MARCHU
Puis, chez le quincaillier, on a acheté des outils pour ouvrir les meubles.
BARCELLE
Quarante-cinq francs...
MARCHU
Mais on retrouvera tout ça. Attention, voilà le garde-champêtre...
On entend au dehors la chanson d'un homme légèrement pris de vin.
Il s'est éloigné, commençons notre travail...
BARCELLE
Est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de mettre un paravent devant cette dame qui dort ? Ça m'est désagréable de la voir comme ça.
MARCHU
Tiens, voilà, petite nature ! Je fais ce que tu veux. Et maintenant au travail...
BARCELLE
Oui, c'est moi qui vas être obligé de forcer le secrétaire, puisque tu ne sais pas les ouvrir...
MARCHU
C'est là qu'il doit y avoir une partie du magot. Moi je vais explorer la chambre à coucher.
On l'entend qui sort.
BARCELLE
Tâchons d'ouvrir le secrétaire. Il me laisse seul ! Ah ! là ! là ! Quel métier ! Il y a trop de risques et c'est fatigant. On se couche tard, on mange à des heures irrégulières. On va s'en aller au Havre, je ne sais pas comment. Il fera froid sur la route, on s'embarquera sur un bateau où on sera mal installé... On aura mal au coeur. Et tout ça pour trouver la mouise en Amérique. Enfin, voilà la serrure qui cède...
MARCHU, arrivant de la chambre à côté
Regarde un peu ce que j'ai trouvé dans l'armoire... Regarde ! Des liasses de titres. Notre fortune est faite. J'ouvre le paquet... Ah ! Chic ! Regarde ces titres... Pourquoi prends-tu un air dégoûté ?
BARCELLE
Il y a de quoi ! Qu'est-ce que tu veux fiche avec ça ?... C'est des titres nominatifs : pas moyen de les négocier...
MARCHU
Il y en a au moins pour cent mille balles.
BARCELLE
Mais puisqu'on ne peut pas les négocier...
MARCHU
Regarde dans le secrétaire...
BARCELLE
Ah ! T'en prends facilement ton parti, toi... Oh ! Zut ! Quelle camelote ! Des photos, des portraits de gens qui ne sont plus à la mode... Ça n'a aucune valeur... Tiens, une boîte !
MARCHU
Ah ! Ça, ça doit être précieux.
BARCELLE
Fais sauter le cachet.
Silence.
MARCHU
Ah ! Ça doit être quelque chose. Ça ! C'est enveloppé dans du papier de soie...
BARCELLE
Attends, que je déplie ça ! Des mèches de cheveux avec des inscriptions... Mes cheveux quand j'avais quatre ans, mes cheveux quand j'avais huit ans... C'est dégoûtant ! Tiens ! Dans la cheminée ! C'est tout ce que ça vaut !
MARCHU
Et ces papiers-là ?...
BARCELLE
Je lis : Programme d'une fête de bienfaisance organisée par les horticulteurs de Clermont. Et ça ? Certificat d'études primaires.
MARCHU
Et ça, un morceau de musique : Rêverie au fil de l'eau. Hommages respectueux de l'auteur à Madame Domas... Dans la cheminée !
"Rêverie au fil de l'eau" est une musique de Georges Bachmann (1893) (cote BnF Musique imprimée VM12-1628)
BARCELLE
Qu'est-ce que tu veux ! Il n'y a rien à faire. Il faut nous en aller.
MARCHU
On pourrait peut-être éventrer les matelas... s'il y avait quelque chose...
BARCELLE
Pourquoi veux-tu qu'elle ait des cachettes ? Elle a son argent en titres nominatifs, c'est la cachette la meilleure. Il n'y a qu'à se barrer.
MARCHU
Elle est là qui dort toujours ! Nom de nom de rombière ! Heureusement encore qu'on ne l'a pas zigouillée,
BARCELLE
Eh ben, quoi, faut se débiner...
MARCHU
On se débine...
BARCELLE, sarcastique
Avec cette affaire ingénieusement combinée... On ne fait même pas ses frais.
MARCHU
Qu'est-ce que tu veux ! Je pouvais pas deviner qu'elle n'avait pas d'argent chez elle, pas même trois francs cinquante. J'ai trouvé son porte-monnaie dans sa chambre, il n'y a qu'une pièce de cinq sous et un timbre de quittance.
Il colle rageusement le timbre sur la table.
Tiens, pour solde de tout compte...
BARCELLE
On s'en va ?
MARCHU
On s'en va !
BARCELLE
On s'en va bêtement. J'éteins la lampe.
MARCHU
Tu lui éteins sa lampe ? Tu veux encore lui faire faire des économies d'électricité...
BARCELLE
S'il passe quelqu'un sur la route, c'est pas la peine de se faire chauffer.
Ils sortent. Bruit de porte. Silence... Bruits sur la route... Les douze coups de minuit. Autos qui passent... Silence prolongé. L'horloge sonne une heure.
MADAME DOMAS, d'une voix endormie
Une heure ! Comme le temps passe vite quand on dort !...
Abois de chiens sur la route... Autos qui passent... Silence. Deux heures, bruits d'autos... Silence. Trois heures... Chants du coq se répandant dans la campagne... Silence. Quatre heures...
SCÈNE III.
VOIX DE PHILIBERT, qui entre
Tiens, la porte n'est pas fermée ! Eh bien, merci ! Moi qui arrive là-bas et je trouve mon neveu en bon état... C'est une blague qu'on m'a faite... Oh ! Mon_Dieu, tout est en désordre. Qu'est-ce qu'il s'est passé par là ?... On a assassiné Madame ! On a assassiné Madame ! J'ose pas déplacer le paravent... Oh ! Mon_Dieu ! On a assassiné Madame ! Mais quoi ! La voilà qui se relève !
MADAME DOMAS
Mais non, on ne m'a pas assassinée !
PHILIBERT
Alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
MADAME DOMAS, encore un peu endormie
Je n'en sais rien. Voyons, qu'est-ce qu'il s'est donc passé ?... Hier soir, des hommes sont venus... Ah ! Ces hommes, ces hommes ! Il faut absolument qu'on les retrouve...
PHILIBERT
Mais on les retrouvera, Madame !
MADAME DOMAS
Mais non, on ne les retrouvera pas !
PHILIBERT
Mais si, Madame, on les retrouvera... Ils auront leur compte... Ils auront le châtiment qu'ils méritent...
MADAME DOMAS
Qu'est-ce qui vous parle de châtiment ! Je donnerai mille francs, deux mille francs pour qu'on les retrouve.
PHILIBERT
Deux mille francs ?
MADAME DOMAS
Moi qui avais tout essayé en fait de narcotique et de soporifique sans le moindre résultat... Ah ! Hommes ! Je les bénis ! ces Je ne sais pas ce qu'ils m'ont fait boire, mais c'est ma première bonne nuit depuis trois ans !
texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica