Comédie en vers et en prose
Arlequin Gentilhomme par Hasard
Représenté pour la première fois en 1708 à la Foire Saint-Laurent
Personnages
- LE DOCTEUR
- ISABELLE, fille du Docteur
- GÉRONTE
- LÉONORE, fille de Géronte
- LEANDRE, Gentilhomme Parisien
- OCTAVE, Gentilhomme Parisien
- SCARAMOUCHE, valet de Léandre
- MEZZETIN, valet d'Octave
- COLOMBINE, hôtesse
- PIERROT, mari de Colombine
- ARLEQUIN
- DEUX CROCHETEURS
- PLUSIEURS VALETS
- DES ARCHETS
- UN GEÔLIER
- LA CHANTEUSE
- BERGERS ET BERGÈRES
PRÉFACE
Voici, Lecteur, une Pièce la plus divertissante qui ait encore paru de la composition de Monsieur Dominique, il n'y a point de Scène qui ne renferme un sujet particulier ; car on s'imagine trouver des règles pour la noblesse, ou du moins le portrait de ces Gentilshommes de fortune, au contraire, on y découvre l'entêtement de deux vieillards qui veulent marier leurs filles à leur fantaisie, et leur ôtent la liberté de faire un choix digne d'elles, et suivant leur penchant naturel : ainsi cela forme une dispute amoureuse très charmante, et capable de désennuyer le plus mélancolique. Il y a un endroit très instructif pour ces pères absolus, qui veulent contre toutes sortes de raisons, qu'une jeune fille devienne malheureuse, avant même que le temps de son infortune soit arrivé : delà vient ces éclipses de modestie, de sagesse, et de réputation qu'une jeune personne perd aisément ; car sitôt que l'on contraint son inclination sur un choix, elle perd tout respect humain, elle n'écoute ni religion ni raison, l'obéissance paternelle lui devient insupportable, alors elle s'abandonne aisément, le dirai-je, à la débauche et au libertinage ; elle souffre qu'on l'enlève, elle embrasse tous les desseins d'un amant passionné et ne s'informe plus de ce que le monde en peut juger ; en un mot un père de ce caractère, ne s'en doit prendre qu'à lui, quand sa fille le déshonore, il a beau la menacer du Cloître, l'amour, ce Dieu si puissant, qui se rend maître des coeurs les plus rebelles, l'emporte toujours sur tout ce que les hommes se proposent ; d'ailleurs il n'est point de coeurs inaccessibles à l'amour ; nul état de la vie ne nous met à l'abri de cette violente passion.
Notre auteur s'applique particulièrement dans cette Pièce, à instruire la jeunesse sur cette docilité si nécessaire aux ordres de ceux qui les gouverne, persuadé qu'il est, qu'une bonne ou mauvaise éducation décide du sort de notre vie, tout jeune qu'il paraît, ne l'est point dans ses moeurs ni dans ses sentiments, plus il travaille, et plus on remarque en lui, le vrai mérite d'un bon Acteur, toujours empressé de se distinguer de ceux qu'une vie molle entraîne dans cette profession : on voit régner la concorde parmi ceux qui secondent si agréablement ses intentions, et chacun dans son genre envie les applaudissements du public.
Le lecteur trouvera dans cette Comédie une description des différents états de la vie qui renferme bien des vérités, et qui peut servir de leçons à tous ces fainéants de notre siècle, qui à trente ans ne peuvent se résoudre à prendre un état, et à se fixer selon leur rang et leur condition. En effet, combien en voyons-nous qui ambitionnent les premières charges, soit de l'Épée ou de la Robe, quoique leur naissance les en éloigne ? Quelle triste destinée de ceux qui, se sentant portés d'inclination à ruiner les familles, pour s'enrichir, font tout leur possible pour entrer dans les Finances, malgré le peu de talents que la nature leur a accordé !
Notre Gentilhomme par hasard ne peut souffrir ces airs de distinction que se donnent aujourd'hui la plupart des artisans ; il se livre même à des transports de colère, lorsque son beau-père Géronte le reprend de ce que ses actions ne répondent pas à sa prétendue naissance, il lui répond fort prudemment, qu'il n'appartient pas à un crocheteur (c'est la condition de notre Gentilhomme par hasard) de se donner des airs de grandeur, ni d'entrer dans une alliance bien au-dessus de lui : en effet l'erreur où se trouvent les deux vieillards sur le choix de deux gendres, se découvre aisément, et ils sont forcés d'avouer leur faiblesse sue les faux préjugés qu'ils avaient de la conduite de leur fille, et les deux gendres se trouvent justifiés de leur amour sincère.
On ne reprochera lamais à notre auteur ces expressions molles et efféminées, qu'on nomme dans le monde galanteries. Il ne se trouve point dans ses ouvrages, de ces traits satiriques qui déchirent le prochain ; il se contente de s'élever contre le désordre sans faire découvrir le coupable ; il observe toujours dans ses expressions, un certain respect qui ménage l'honneur et la réputation du beau sexe : s'il lui échappe quelques mots à double sens, on ne peut les appliquer qu'à son humeur enjouée : il bannit de son jeu de Théâtre, cet air sombre et farouche, ces gestes contraints, ces déclamations si ennuyeuses par leur longueur ; ennemi des répétitions, heureux dans les rimes, toujours pensées nouvelles, jamais d'obscurité d'une Scène à une autre, et on se trouve à la fin de la Comédie sans avoir été un moment ennuyé.
Cette Comédie fut représentée à Lyon, au commencement de la présente année 1712, dans la salle de l'Opéra en Belle-Cour, le concours de Spectateurs fut une preuve de la satisfaction que les Dames de cette superbe Ville, témoignèrent pendant que le temps que cette Pièce fut jouée, l'auteur se dispose à donner de nouvelles marques de son application, pour donner au public une suite de ses Pièces, qui feront la matière du second volume de son Nouveau Théâtre Italien.
ACTE I
SCÈNE I. Colombine, Pierrot, Arlequin.
COLOMBINE, tenant un bâton à la main, et frappant Arlequin
Allons, maître faquin, dénichez promptement.Faquin : Crocheteur, homme de la lie du peuple, vil et méprisable. [F]
ARLEQUIN, à Pierrot
Modérez cette brusque colère, Monsieur, que votre main soit un peu plus légère, Et vous, Madame, ayez plus de compassion, Vous pourriez bien me faire une contusion, Je ne vis de mes jours femme plus violente, Qui connaît mieux que moi votre humeur turbulente ?COLOMBINE
Je ferais beaucoup mieux de te remercier, Et te laisser gratis vider tout mon cellier, Chez moi depuis trois mois tu prends ta nourriture, J'ai voulu te prêter dix écus sans usure, Et tu ne songes pas encore à t'acquitter, Demain je prendrai soin de te faire arrêter, Une obscure prison sera ta récompense, Si par le paiement tu n'obtiens ta quittance.PIERROT
Bon, bon, quand une fois tu seras dans la cage, Quoique tu sois porté pour le libertinage, Tu ne sortiras pas pour t'aller promener, Je te ferai mon cher, moi-même emprisonner, Foi de Pierrot, hélas ! Quel serment effroyable Cela me fait trembler/ARLEQUIN
Le cachot est mal sain et n'a rien qui me plaise, D'ailleurs la solitude a pour moi peu d'appas.Vers 28, la fin du vers est plaît, nous changeons pour la rime.
ARLEQUIN
La conversation sera, ma foi, jolie, De grâce, cher Pierrot, soyez plus indulgent, Le moyen de payer quand on est sans argent, Je n'ai pas un denier, je me mets à la mode, Et des gens du grand air j'observe la méthode, Payer ce que l'on doit est du dernier bourgeois, Mon ami, lui dit-on, venez une autre fois, Il retourne, on lui tient toujours même langage, Le pauvre malheureux fait en vain ce voyage. L'homme de qualité qui ne veut point payer, Conduit jusqu'aux degrés le morne créancier ; C'est ainsi qu'aujourd'hui on acquitte ses dettes Et Messieurs les Marchands sont traités en grisettes, On leur trouve d'abord de merveilleux appas, Quand on s'est servi l'on en fait peu de cas.Grisette : vêtement d'étoffe grise de peu de valeur. [L]
ARLEQUIN
L'honneur me le défend et je ne puis le faire, J'ai le coeur noble et fier, connaissez Arlequin.ARLEQUIN, tirant de sa poche un morceau de fromage enveloppé dans du papier
Je ne puis vous donner qu'un morceau de fromage, Que je garde avec soin depuis plus de dix ans, Et je fais sur moi-même un effort des plus grands, En vous abandonnant ce trésor plein de charmes C'est lui seul dont le goût dissipe mes alarmes, Lorsque je suis chagrin, inquiet, agité, Je n'ai qu'à le sentir pour ma tranquillité. Je le mets pour dormir la nuit sous ma paillasse Et je ronfle en repos quelque bruit que l'on fasse Quand même vingt canons péteraient à la fois, Jamais malgré ce bruit je ne m'éveillerais.Il dit ce qui suit d'un ton tragique.
Mais je vois bien qu'il faut répondre à votre envie, Fromage de Milan, délice de ma vie, Lénitif de mes maux, aimable cordial, Rare et friand boucon, élixir pectoral, Passez dans d'autres mains puisque du sort barbare, L'injurieuse loi pour jamais nous sépare, Recevez, cher Pierrot, ce bijou précieux, Dont la perte de pleurs grossit mes petits yeux.Boucon : Terme pris de l'Italien, et qui de lui-même ne signifie que Morceau, mais qui n'a d'usage que pour signifier un morceau empoisonné, ou un breuvage empoisonné. [Acad.]
PIERROT
Il est bon là ma foi, que veux-tu que j'en fasse ? Cette plaisanterie est de mauvaise grâce, Nous voulons de l'argent tout au plus tard demain, Sinon sur le collet on te mettra la main, Cherche un expédient pour te tirer d'affaire.COLOMBINE
Je te l'ai déjà dit, songe à me satisfaire C'est le plus sûr moyen pour sortir d'embarras, Il me faut du comptant.PIERROT
C'en est trop ventrebille, J'entre en fureur, allons femme, rossons ce drille.Pierrot et Colombine frappent Arlequin.
>Drille : On dit familièrement, C'est un bon drille, pour dire, C'est un bon compagnon. C'est un pauvre drille, pour dire, C'est un pauvre malheureux. [Acad.]
ARLEQUIN
Est-ce ainsi qu'aujourd'hui l'on traite un débiteur ? Je recevrais le double avec grande constance, Si de ce que je dois vous donniez quittance.PIERROT en le frappant
Oh, tu gagnerais trop, et moi je perdrais tout.COLOMBINE en s'en allant
Il nous faut de l'argent, adieu maligne bête.ARLEQUIN en la saluant
Peut-on vous refuser, vous êtes trop honnête ?SCÈNE II.
ARLEQUIN, seul
Je me trouve à présent dans un piteux état, Que ferai-je ? Endossons un habit de soldat... Non pas c'est mal penser, le canon m'épouvante Ce bruit alarme trop mon oreille tremblante, D'ailleurs je ne prétends courir aucun hasard, Car la valeur et moi, nous faisons pot à part. Choisissons un métier lucratif et facile, Où je puisse accorder l'agréable et l'utile ; Celui de ne rien faire est un emploi charmant, Morbleu que je saurais l'exercer noblement ! Mais pour le soutenir quoiqu'il puisse me plaire Il faut avoir du fond, ce n'est pas mon affaire. Faisons-nous Avocat, c'est un joli métier, Il ne faut que mentir, supposer et crier, Dire des faussetés, car c'est là la méthode, Citer mal à propos un passage du code... Non, non, il faut longtemps arpenter le Palais, Avant que les plaideurs tombent dans les filets. Devenons Procureur... j'ai trop de conscience Il faut pour chicaner beaucoup d'expérience. Financier... cet emploi partout est révéré, Non celui de Jasmin est son premier degré. Médecin ou Bourreau l'un vaut l'autre, il n'importe, Je renonce à ce nom, ou le Diable m'emporte, J'ai le coeur trop humain, et je ne pourrais pas Voir chérir l'ignorant et vivre du trépas. La charge de voleur me serait convenable, Je suis adroit, subtil, alerte comme un Diable. Je suis fou d'aspirer au titre de voleur, Puisque je ne veux pas devenir Procureur. Que choisirai-je donc pour sortir de misère ? Item il faut manger la chose est nécessaire, Devenons Procureur... j'ai trop de conscience Il faut pour chicaner beaucoup d'expérience. Financier... cet emploi partout est révéré, . . . . . . . . . . . . Faisons-nous bel esprit, il est beau d'être auteur... Encore moins, j'aime mieux l'emploi de crocheteur. En voici la raison. Dans le siècle où nous sommes, Les savants sont toujours de misérables hommes, Qu'ils fassent de beaux vers, ils n'en sont pas moins gueux, Et l'heure du dîner ne sonne pas pour eux. Mais un bon crocheteur après son rude ouvrage Trouve dans son taudis, son bouilli, son potage. Juvénal nous apprend qu'un poète fameux Quoiqu'il soit estimé n'en est pas plus heureux.Morbleu : interj. Sorte de jurement en usage même parmi les gens de bon ton. [L]
Jasmin : Fig. Valet de pied. [L]
Item : Mot tout latin, naturalisé dans notre langue. De plus. On s'en sert dans les comptes. [FC]
Juvénal : poète latin qui cririqua les mours de Rome.
SCÈNE III. Géronte, Le Docteur.
GÉRONTE
Tous mes voeux sont comblés, et ma joie est extrême D'avoir pu contenter une fille que j'aime. J'ai pour elle fait choix d'un époux accompli, Qu'elle aimera sans doute étant bien fait, poli, Enfin je m'applaudis d'avoir un pareil gendre, C'est le fils de Damon, on le nomme Léandre. Chacun connaît son bien et sa condition, Son père est pour le moins riche d'un million.LE DOCTEUR
Permettez, cher ami, que je vous félicite Je ne puis qu'admirer votre sage conduite, Comme je suis votre seul confident, Je vous ai reconnu pour un homme prudent. Le juste ciel protège un père de famille, Quand avec avantage il établit sa fille, La fortune m'a moins favorisé que vous, J'attends de jour en jour pour la mienne un époux Il est, je l'avouerai, moins riche que Léandre, Mais d'un engagement je n'ai pu me défendre, C'est le fils de Philinte, homme de qualité, Avec ce bon vieillard j'ai déjà contracté. Il ne peut lui donner que mille écus de rente, Quoiqu'il en soit ma fille en doit être contente. La vôtre jouira d'un plus heureux destin, Ce choix avantageux rend son bonheur certainBas.
Il réussit en tout au gré de son envie, Sa fille pouvait-elle être mieux établie !GÉRONTE
Un mari jeune, aimable, et de plus opulent, A pour charmer sa femme un merveilleux talent Enfin tout est conclu je n'ai plus rien à craindre Vous de votre côté vous n'êtes pas à plaindre, Dans nos projets formés nous sommes fort heureux, Cette affaire nous va rajeunir tous les deux. Mais j'ose vous prier de me rendre un service.GÉRONTE
De meubles je n'ai pas grande provision, Vous savez que jamais je n'eus d'ambition, J'ai toujours pris plaisir à garder ma finance, Dans la crainte de faire une folle dépense. Pour recevoir mon gendre un peu plus noblement, Je voudrais lui meubler un grand appartement, J'aurais besoin d'un lit, d'une tapisserie, De vases, de miroirs, prêtez-moi je vous prie.SCÈNE IV. Léandre, Scaramouche.
SCARAMOUCHE
Quel vertigo vous prend, mon très illustre maître, Vous demeurez ici sans vous faire connaître, Géronte vous attend, que ne le voyez-vous ?Vertigo : maladie qui presque le connaissance au cheval ; que le fait chanceler et donner de la tête contre les murs. S'emploie aussi figurément dans le style burlesque, pour caprice, colère soudaine. [F]
LÉANDRE
Hélas ! Il troublerait les plaisirs les plus doux, J'adore, tu le sais, la charmante Isabelle, Ne blâmez point, mon cher, une flamme si belle.SCARAMOUCHE
Je ne vous comprends pas, vous moquez-vous des gens ? Peste des amoureux, ils perdent le bon sens : Vous n'en usez pas bien, fi, fi, c'est une honte Vous devez épouser la fille de Géronte, Vous partez de Paris remplis de ce dessein. Je crois que vous venez pour lui donner la main Et quand vous arrivez malgré votre parole, Vous vous amourachez d'une petite folle ; Monsieur, ce procédé me parait fort suspect, Vous êtes un coquin, soit dit par respect.LÉANDRE
Tu condamnes en vain ma nouvelle tendresse, Je ne puis aisément guérir de ma faiblesse, Et malgré ma promesse un objet tout charmant A dispensé mon coeur de son engagement. Isabelle à ses lois tient mon âme asservie, Et je sens qu'il faudra l'aimer toute ma vie Quand Léonore aurait de plus puissants appas Ses attraits de mon coeur ne triompheraient pas. Quelque puisse être enfin le courroux de mon père, J'attends sans m'alarmer l'effet de sa colère, L'amour et la raison ne peuvent s'accorder.SCARAMOUCHE
Vous cherchez vainement à me persuader, Monsieur, vous vous ferez quelque méchante affaire, Vous avez le minois un peu patibulaire, Croyez-moi profitez de ma sage leçon, J'en sais plus long que vous, je suis un vieux barbon. Ce n'est que l'amitié qui pour vous m'intéresse Les filles de tout temps ont gâté la jeunesse, C'est un malin bétail, pour l'avoir écouté, Je ne sais que trop bien ce qui m'en a coûté. Çà, que de cet amour votre coeur se délivre, Je vous guiderez bien, vous n'avez qu'à me suivre, Je veux de votre esprit gouverner le vaisseau, Car il pourrait fort bien s'en aller à vau-l'eau, Comme un Pilote expert je prétends vous conduire, Et de votre raison calfeutrer le navire.Barbon : Vieillard. Terme dont les jeunes gens et les femmes se servent pour railler les Vieillards. [Acad.]
Vau-l'eau : Suivant le courant de l'eau. Dans le flottage à bûches perdues, les bois s'en vont à vau-l'eau. Fig. Aller à vau-l'eau, ne pas réussir. [L]
LÉANDRE
Termine ce discours, tes soins sont superflus, J'en ai trop entendu, ne m'importune plus, J'espère voir bientôt la charmante Isabelle, Dans son appartement un rendez-vous m'appelle. Adieu.SCARAMOUCHE, en l'appelant
Vous persistez dans cette opinion, Et ne profitez pas de ma correction, Ah ! Le franc scélérat.SCARAMOUCHE, seul
Comme de ma morale il ne fait point de cas, Mes préceptes savants ne le réforment pas ? Morbleu, de quoi me sert ma rhétorique ? Je parle bon français c'est de quoi je me pique Malgré ce que je dis, le pendard, le vilain, Refuse de m'entendre et va toujours son train ; Quand je veux lui tracer une plus belle route, Pour ne pas y marcher il dit qu'il a la goutte. Hé bien petit coquin, fais comme tu l'entends, Pour moi je t'abandonne à tes égarements.SCÈNE V. Le Docteur, Deux crocheteurs chargés de meubles, Arlequin, portant une chaise percée, et tous sortant de la maison du Docteur, Arlequin se tient derrière les Crocheteurs sans se faire voir au Docteur.
LE PREMIER CROCHETEUR
A-t-il de quoi payer, je crains qu'il ne m'affronte ?Affronter : Tromper quelqu'un, soit en lui faisant quelques emprunts qu'on n'a pas besoin de s'acquitter. [F]
LE DOCTEUR
Oh ! Vous ne risquez rien il est homme d'honneur. . . . . . . . . . . . .Le vers suivant n'a pas de correspondant pour la rime.
ARLEQUIN ,au premier Crocheteur
Maître Jacques prenez cette chaise percée, D'une certaine odeur ma narine est blessée, Et mon nez délicat s'en est formalisé.LE CROCHETEUR, la prenant
Pour un rien vous voilà d'abord scandalisé.ARLEQUIN
N'allez pas pour cela me faire une querelle, Je sais bien que pour vous c'est une bagatelle, Vous avez l'odorat faquin et roturier, Mais pour le mien il craint de se mésallier.Les Crocheteurs entrent chez Géronte.
J'ai vu chez le Docteur une vaste cuisine Où je voudrais gratis calmer ma faim canine. En m'approchant du feu dans deux larges chaudrons, J'ai d'abord aperçu d'excellents macarons Qui sur un clair brasier une flamme bien pure Par leur bouillonnement faisaient un doux murmure, Moi qui suis de Bergame où l'on en mange tant Si j'en avais ma part que j'en serais content ! Ciel qui depuis longtemps connais ma gourmandise, Ne m'abandonne pas dans ma belle entreprise, Autorise en ce jour un innocent larcin, Daigne me seconder dans ce noble dessein, Ou si des deux chaudrons je ne suis pas le maître, Fais qu'au moins sur un plat je puisse me repaître,Macaron : Pâte grosse comme un petit doigt, et que les Italiens mangent ordinairement avec le fromage parmesan, et qu'ils appellent macheroni.
SCÈNE VI. Octave, Mezzetin botté tenant un fouet à la main.
MEZZETIN
Vous aurez en ce lieu de l'occupation, Dans ce charmant pays les filles sont fringantes Certaines quelquefois sont plus que complaisantes. Je sais parbleu la carte et je puis me vanter D'être des plus experts dans l'art de coqueter. Au reste vous ferez ici très bonne chère, Si vous aimez le vin, Lyon est votre affaire Du matin jusqu'au soir les cabarets sont pleins.Parbleu : Sorte de jurement. Altération de "par Dieu". [L]
Coqueter : Se plaire à cageoler, à être cageolée, faire l'amour à divers endroits. [F]
OCTAVE
Non je n'ai point formé de semblables desseins La fille du Docteur que l'on nomme Isabelle, Est la seule beauté qui dans ces lieux m'appelle, Tu sais que de paris j'ai quitté le séjour Pour unir, s'il se peut, l'hymen avec l'amour.MEZZETIN
Si pour les accorder vous fîtes ce voyage, Vous pouvez repartir sans tarder davantage, Ici comme à Paris l'époux n'est point amant, Je sais Lyon par coeur j'en parle savamment.OCTAVE
Faut-il que sur les moeurs ta piquante critique, À répandre son fiel incessamment s'applique ? Ce n'est pas d'aujourd'hui que tu connais mon coeur, Et j'aimerai toujours la fille du Docteur.MEZZETIN
J'y consens volontiers cet asile me plaît, C'est dans ce beau réduit cette aimable retraite Que Mezzetin jouit d'une douceur parfaite, Toujours le cabaret ce lieu récréatif, Contre le mauvais air fut un préservatif Un antidote enfin...MEZZETIN, frappant au cabaret
Holà ?SCÈNE VII. Colombine, Octave, Mezzetin.
COLOMBINE, à Mezzetin
Que voulez-vous ?MEZZETIN
Ah ! le joli tendron, Êtes-vous du logis l'enseigne ou le bouchon ?Enseigne : Tableau figuratif mis au dessus d'une maison pour indiquer le commerce ou la profession du propriétaire. [L]
Bouchon : Bouquet, rameau de verdure servent d'enseigne à un cabaret. [L]
COLOMBINE
Non je suis la maîtresse.MEZZETIN, en la caressant
Agréable mignonne, Je gage que chez vous la pratique foisonne.Pratique : Méthode, manière de faire des choses. Se dit aussi de la chalandise des marchands et des artisans. [F]
MEZZETIN, la caressant toujours
Quoi vous ne voulez pas vous laisser cajoler ?OCTAVE, à Mezzetin
Coquin, veux-tu cesser ?OCTAVE, à Colombine
Pouvez-vous me loger.MEZZETIN
La belle question, parbleu c'est l'outrager, L'hôtesse là-dessus a le coeur fort tranquille, Elle a de quoi loger la moitié de la ville, Son cabaret, monsieur est vaste et spacieux, Quand vous irez ailleurs vous ne serez pas mieux.COLOMBINE, à Octave
Vous serez satisfait, vous n'avez rien à craindre, Ceux qui viennent chez moi sont encore à se plaindre.MEZZETIN
La belle hôtesse attendez un moment, Et daignez soulager mon amoureux tourment, À peine ai-je entrevu votre belle figure, Que vos yeux dans mon coeur ont fait une blessure, Si grande qu'un carrosse avec quatre coursiers, Pourraient s'y promener et passer quoiqu'entiers, Vous voyez que j'exprime assez bien ma tendresse, Et comme maintenant vous êtes mon hôtesse, Traitez-moi largement car j'ai grand appétit, C'est pourquoi...COLOMBINE
Vous aurez bonne table et bon lit, Il ne manque de rien chez moi je vous proteste.v.329, proteste ne rime pas avec chose du vers 330.
MEZZETIN
Je fais, voyez-vous bien, plus que mes deux repas, Je suis encore à jeun, et ma faim est extrême, On ne peut l'assouvir qu'en me mettant à même.Il chante.
Après un bon repas Au gré de mon envie Servez-moi, je vous prie, De ces mets délicats Ne m'entendez-vous pas. . . . . . . . .Dans ce temps-là Pierrot arrive, et les écoute.
SCÈNE VIII. Pierrot, Colombine, Mezzetin.
PIERROT, se met au milieu et chante
Les mets que vous voulez Me servent de pâture Je ne mange autre chose, Et quoique j'en sois saoul Vous n'en tâterez pas.À Mezzetin il dit.
Savez-vous mon ami que c'est là notre femme, Et que Monsieur Pierrot est d'une humeur jalouse, . . . . . . . . . . . . . . Si vous voulez loger dans notre cabaret. Entrez-y vous aurez du vin blanc ou clairet, Tel que vous le voudrez, mais laissez là ma femme.Dans la série des 5 vers qui suivent, rien ne rime.
Dans le vers qui suit, jalouse, n'a pas de rime correspondante.
Cabret : Sorte d'auberge d'un rang inférieur où l'on vend du vin en détail et où l'on donne aussi à manger. [L]
Clairet : D'un rouge clair, en parlant du vin. Locution proverbiale. Être entre le blanc et le clairet, être entre deux vins, être gris, légèrement ivre. [L]
COLOMBINE, à Pierrot
Mon fils point de courroux.PIERROT
Voyez la bonne lame Tu voudrais sans savoir ni comment ni pourquoi, Servir à ce Monsieur le même plat qu'à moi, Il serait bientôt las d'un semblable ordinaire.PIERROT
Allez, boutez dessus, Je veux tout oublier mais n'y revenez plus.Boutez dessus : mettez dessus, et, quand la situation restreint et particularise le sens, mettez votre chapeau, s'est dit dans le langage populaire du XVIIe siècle. Voir Molière, Le Médecin malgré lui. [L]
COLOMBINE, caressant Pierrot
Pierrot es-tu fâché contre ta Colombine ? Mon petit cupidon fais-moi meilleure mine.Cupidon : Terme de mythologie. Nom du dieu de l'amour, fils de Vénus. Fig. Homme qui se croit beau et qui fait l'aimable. [L]
PIERROT
Je suis pris par mon faible, allons mets-là ta main, Il le faut avouer je suis un bon humain.COLOMBINE, lui faisant la révérence d'une manière toute gracieuse
Adieu mon cher Pierrot, je suis votre servante.Elle s'en va.
MEZZETIN
L'époux est un magot et la femme est charmante.Magot : Gros singe. On dit fig. et fam. d'Un homme fort laid, qu'Il est laid comme un magot, que c'est un vrai magot, un laid magot. [Acad.]
SCÈNE IX.
Le théâtre se change et représente l'appartement d'Isabelle, on y voit un lit tout garni.
ARLEQUIN, tenant un plat de macarons
C'en est fait, j'ai vaincu rien n'égale ma joie, Je suis avec honneur chargé de cette proie, Et malgré tous les soins des zélés marmitons, Je triomphe aujourd'hui d'un plat de macarons Dans ce lieu retiré j'aurai du moins la gloire, De jouir en repos du fruit de ma victoire, Aucun écornifleur ne viendra m'y troubler, Et de ces macarons je pourrai me saouler.Il se met à terre et commence à manger les macarons d'une manière toute comique.
Ils sont délicieux, ce beurre et ce fromage Les rendent savoureux on ne peut davantage.Il les mange avec précipitation et fait des lazzis tous plaisants.
Mais qui peut interrompre ici mon appétit, Quelqu'un vient, ô malheur, cachons-nous sous le lit.Il prend son plat et va se mettre sous le lit, où il mange toujours.
Lazzi : Terme de théâtre, qui de la comédie italienne a passé à la comédie française. Suite de gestes et de mouvements divers, qui forment une action muette. [L]
SCÈNE X. Isabelle, Arlequin caché sous le lit.
ISABELLE
Avec empressement j'attends mon cher Léandre, En ce lieu chaque jour il a soin de se rendre, L'amour qui nous permet des entretiens si doux Nous marque également l'heure du rendez-vous Et son exactitude à voir l'objet qu'il aime, M'assure des transports de son ardeur extrême, Mais je crois de l'entendre.SCÈNE XI. Léandre, Isabelle, Arlequin caché sous le lit.
LÉANDRE
Guidé par mes soupirs je vous revois, Madame, Vous ne pouvez douter de l'excès de ma flamme, Trop heureux si l'amour qui me force à venir, Voulait auprès de vous toujours me retenir : Mais quand ce Dieu répond au beau feu qui me presse, Hélas ! Que ces moments coulent avec vitesse, À peine je me livre à ma félicité Qu'il faut quitter d'abord un bien si souhaité.ISABELLE
Mon tendre coeur soumis à l'empire amoureux Également blessé brûle des plus beaux feux Qu'il m'est doux de porter une si belle chaîne, Et de m'abandonner au penchant qui m'entraîne Mon père me destine en vain un autre époux, Je ne veux pour mari qu'un amant tel que vous.LÉANDRE
Mon bonheur est parfait et cet aveu m'enchante Que dans ces sentiments votre âme soit constante, N'admettons d'autres lois que celles de l'amour, Et livrons-lui nos coeurs pour honorer sa cour. Ah ! Si pour posséder un bien si plein de charmes Un rival téméraire en vous rendant les armes, Prétendait me ravir ce que j'aime le mieux Il serait accablé sous mes coups furieux.ARLEQUIN
Ciel ! Il parle de moi, que faut-il que je fasse ? Morbleu qu'il vient de faire une laide grimace, Sans doute on préparait pour lui ces macarons, Je dois craindre pour moi de toutes les façons ; Mais il a beau crier, car enfin pour les rendre Il faut les digérer, il peut encore attendre.LE DOCTEUR, en dedans
Isabelle.ISABELLE, effrayée
J'entends mon père, cachez-vous.LÉANDRE, embarrassé
Où ?ISABELLE
Derrière le lit.ARLEQUIN
Ne venez pas dessous, Car nous n'y serions pas tous deux fort à notre aise.Léandre se cache derrière le lit, Isabelle reste fort alarmée.
SCÈNE XII. Le Docteur, Isabelle, Léandre derrière le lit, Arlequin dessous.
LE DOCTEUR
Je veux chercher partout.ARLEQUIN
Que Diable est-ce qu'il dit ?LE DOCTEUR
À la chercher partout il faut que je m'applique, Je ne trouve point une épée à l'antique. Je veux voir sous le lit.LE DOCTEUR, faisant un cri
Juste ciel ! Qu'ai-je vu ?Il fuit et ferme la porte de la chambre, Léandre quitte sa place et revient.
ISABELLE, confuse
Un homme sous le lit !ARLEQUIN, sort de dessous le lit avec son plat de macarons
Excusez-moi de grâce Je consens à payer mon écot et ma place.ARLEQUIN
Oh ! Ventrebleu vous pourriez parler mieux, Ce larcin est ma foi le premier de ma vie, Mais de ces macarons j'avais si fort envie Que j'ai dans la cuisine avec dextérité Escroqué ce butin si longtemps souhaité Je vais me retirer car j'ai la panse pleine Je vous rendrai e plat n'en soyez pas en peine Je ne le vendrai point car il n'est point d'argent.Ventrebleu : interj. Espèce de juron euphémique pour ventre de Dieu. [L]
LÉANDRE
Mais quel est ton emploi ?ARLEQUIN
D'être fort indigent, J'ai longtemps parcouru les états de la vie, Et depuis ce matin j'ai pris la fantaisie De choisir parmi tous celui de crocheteur, Je me suis introduit chez Monsieur le Docteur, Après avoir volé ce plat dans sa cuisine, Pour assouvir la faim qui rongeait ma poitrine Je me suis confiné dans cet appartement, J'y mangeais en repos et fort gloutonnement, Quand cette Demoiselle en ce lieu s'est rendue Moi pour me dérober aussitôt à sa vue, Et me mettre à couvert du tumulte et du bruit, Je me suis tout tremblant retiré sous le lit Vous avez entendu mon histoire tragique Bien loin de me blâmer plaignez un famélique.ISABELLE
Comment ferons-nous donc mon père ca venir ? Léandre il n'est pas temps de nous entretenir, Mais plutôt...LÉANDRE
Dissipez cette frayeur extrême Je viens d'imaginer un plaisant stratagème,À Arlequin.
Donne-moi ton habit et tu prendras le mien.ARLEQUIN
Fi donc dans mon casaquin ne vous ira pas bien Il faut pour le porter toute une autre encolure Vous n'avez d'Arlequin ni gestes ni postures.Fi : Particule qui sert à faire une exclamation pour témoigner le mépris, la haine, l'aversion qu'on a pour quelque personne ou quelque chose. [F]
LÉANDRE
Dépêchons.ARLEQUIN
J'y consens pour vous faire plaisir, Quoique je perde au change, il faut vous obéir.Ils se déshabillent tous deux, Arlequin met l'habit de Léandre, et Léandre celui d'Arlequin.
LÉANDRE
Cette ruse, Madame, est facile à comprendre.À Arlequin.
Va derrière le lit, je veux rester ici.ARLEQUIN, allant derrière le lit
Ce gentilhomme est fou, moi je le suis aussi.SCÈNE XIII. Le Docteur escorté de valets armés, Isabelle, Léandre avec l'habit d'Arlequin.
Arlequin derrière le lit.
LE DOCTEUR, aux valets
Secondez, mes amis la fureur qui m'inspire, Arrêtez ce voleur... Hé bien que vas-tu dire ?Les valets saisissent Léandre.
Parle, dans ma maison quel dessein t'a conduit ? Réponds, pendard, pourquoi te cacher sous le lit ?LÉANDRE
Je ne suis pas, Monsieur, ce que vous pouvez croire, Je vais vous raconter en deux mots mon histoire. Je suis un crocheteur, victime de la faim, Qu'ici son appétit n'a pas conduit en vain, Un plat de macarons volés par prévoyance, A soulagé les maux causés par l'abstinence, Ici pour les manger je me suis introduit, Et je me suis caché tout tremblant sous le lit.LE DOCTEUR
Je plains ce malheureux, son sort me fait pitié Il s'est auprès de nous assez justifié.À Léandre.
Va-t'en je te pardonne, et tu n'as rien à craindre, Tu dis la vérité.LÉANDRE
J'ignore l'art de feindre.LE DOCTEUR
Adieu mon pauvre enfant.ISABELLE, bas
Au gré de mes souhaits la fourbe a réussi.ARLEQUIN, derrière le lit
Oui mais pour mon malheur je suis encore ici.LE DOCTEUR
Qu'entends-je ? Que dit-on ?ISABELLE, bas
Rien mon père... Ah le traître ! S'il dit encore un mot il fera tout connaître.Arlequin éternue fort.
ISABELLE
Que je suis malheureuse !LE DOCTEUR, conduisant Arlequin par le bras
Dans ma maison, Monsieur, quel sujet vous amène ? Holà, valets à moi, saisissez ce voleur.Les valets viennent, se saisissent d'Arlequin qui se met à genoux devant le Docteur.
LE DOCTEUR
Je veux être éclairci.ARLEQUIN
Par charité souffrez que je sorte d'ici, Un fâcheux cours de ventre, en certain lieu m'appelle, Et m'ordonne, Monsieur, de pousser une selle.LE DOCTEUR
Vous ne sortirez pas.ARLEQUIN
Pourquoi m'en empêcher ?LE DOCTEUR
J'en sais bien la raison.ARLEQUIN
Je vais donc tout lâcher.ISABELLE, bas à Arlequin
Que dis-tu, maraud, pour te tirer d'affaire ?LE DOCTEUR, aux valets
Fouillez-le promptement.ARLEQUIN
Vous ne trouverez rien, Je suis un crocheteur sans honneur et sans bien.Les valets le fouillent, et trouve une lettre.
LE DOCTEUR, aux valets
Donnez-moi cette lettre.ARLEQUIN, faisant comme s'il avait la colique
Ma foi je ne puis plus, Monsieur, me retenir.LE DOCTEUR, lit
Le porteur de la présente, est mon fils Léandre, qui se rend à Lyon pour avoir l'honneur de donner la main à la charmante Léonore ; j'espère que vous en serez satisfait, et que vous ne différerez point de conclure un mariage que je souhaite avec tant d'empressement. Je suis, en attendant de vos nouvelles,
Votre très affectionné serviteur et ami, DAMON.
ARLEQUIN, faisant des lazzis,comme s'il était pressé de ses nécessités
Ne me refusez pas le secours que j'implore.LE DOCTEUR, à Arlequin
Vous venez pour donner la main à Léonore, Et je vous trouve ici caché derrière un lit.ARLEQUIN
J'avais sur mon honneur un terrible appétit, Ces macarons exquis m'ont bien bourré la panse.LE DOCTEUR
Cette affaire est pour moi de grande conséquence, Vous deviez un peu mieux connaître le Docteur Je suis homme de bien.ARLEQUIN
Moi je suis crocheteur.LE DOCTEUR
Il faut pour réparer l'honneur de ma famille, Que sans plus différer vous épousiez ma fille, Je veux que devant moi vous lui donniez la main.À Isabelle.
Allons disposez-vous...ISABELLE
Ah ! Quel ordre inhumain Que me prescrivez-vous ? Malgré votre colère Je ne puis sur ce point vous obéir mon père.LE DOCTEUR
Vous osez résister après un tel affront.ARLEQUIN, à Isabelle
Pourquoi l'agacez-vous ? Vous savez qu'il est prompt, Mettez là votre main, Madame la coquine.ISABELLE
Laisse-moi.ISABELLE, donnant la main
Enfin vous m'y forcer.ARLEQUIN
Vous vous ferez frotter, Et je vous donnerai ma foi sur les oreilles, Ma charmante avec moi vous serez à merveilles Je vous ferai porter les crochets quelquefois.Au Docteur.
Beau-père, pouviez-vous faire un plus joli choix ?LE DOCTEUR, à Arlequin
Vous êtes à présent le mari d'Isabelle, Adieu pour un moment je vous laisse avec elle.ARLEQUIN
C'est agir prudemment.SCÈNE XIV. Isabelle, Arlequin.
ISABELLE
Ô mortelles douleurs !À Arlequin.
Devais-tu m'exposer à de nouveaux malheurs C'est toi qui dans ce jour cause mon infortune.ISABELLE
Infâme...ARLEQUIN
Vous allez encore recommencer, J'ai sur vous maintenant un pouvoir despotique Vous pourriez à mes bras donner de la pratique, Ainsi, ma chère femme, un peu plus de douceur Là là, modérez-vous ma mignonne, mon coeur, En voyant vos appas, l'eau me vient à la bouche, Laissez-vous caresser, pourquoi cet air farouche ? Ma belle crocheteuse allons-nous en coucher.ISABELLE lui donnant un soufflet
Quoi malheureux encore, ose-tu m'approcher ?SCÈNE XV. Léandre avec un autre habit, Isabelle.
ISABELLE
Rien ne peut arrêter le torrent de mes pleurs Venez, mon cher Léandre, apprendre mes malheurs, Ce crocheteur a fait découvrir le mystère, Il s'est sous votre habit, fait connaître à mon père, Ayant trouvé sur lui la lettre de Damon, Il a cru justement lui donner votre nom, Le preant pour Léandre, Hélas ! Il m'a contrainte...LÉANDRE
. . . . . . N'ayez aucune crainte, C'est Léandre qui doit être votre époux, Rien ne peut à mon coeur ravir un bien si doux Et puisque entre mes bras votre père vous livre, Il faut sans balancer vous résoudre à me suivre La fuite est nécessaire en cette extrémité.Le vers suivant n'a pas le premier hémistiche.
ACTE II
SCÈNE I. [Scaramouche, Léandre, Isabelle].
Le théâtre représente la rue. Léandre, Isabelle, sortant de la maison du Docteur. Scaramouche, qui vient d'un autre côté et trouve Léandre avec Isabelle.
SCARAMOUCHE
Enfin vous prétendez Monsieur le spadassin, Persévérer toujours dans ce noble dessein, Où Diable voulez-vous mener cette femelle ? Pour en être charmé la trouvez-vous si belle ? Pour moi je la verrais du haut jusques au bas, Que je ne serais point tenté de ses appas.Spadassin : Traîneur d'épée, coupe-jarret, qui fait métier de battre, d'assassiner, qui ne porte l'épée que pour malfaire, et non pas pour servir le Roi. [F]
ISABELLE, à Léandre
Monsieur, votre valet est prompt à la riposte.LÉANDRE
Scaramouche qu'as-tu ?SCARAMOUCHE, en pleurant
Je pleure son honneur Qui ne reviendra pas sitôt de ce voyage, Pacatroufe en chemin il va faire naufrage.Pacatroufe : ce mot n'existe dans aucun document de référence , il serait synonyme de patatras.
LÉANDRE
Pauvre fol !SCARAMOUCHE
Je vois bien que je perds mon latin, Et vous ne voulez pas renoncer au butin, Allons je vous suivrai par-delà la Turquie, Partons.ISABELLE
Cher Léandre jugez de mon parfait amour Puisque sans consulter une austère sagesse Je cède aveuglément à l'ardeur qui me presse.LÉANDRE
Frappe donc.SCARAMOUCHE, regardant Isabelle
Je commence à la trouver gentille, Oh di casa ?Oh di casa, expression italien qui semble être utilisée pour interpeller.
SCÈNE II. Pierrot, Léandre, Isabelle, Scaramouche.
PIERROT, dans la cantonade
Claudine embrochez ce chapon, Écumez la salade et plumez cet oignon, Allez-vous-en compter avec ce Capitaine,En sortant et voyant Scaramouche.
Scaramouche, bon jour, qu'est-ce qui vous amène.SCARAMOUCHE, lui montrant Isabelle
Cette fille est charmante et vaut un million, Je veux dans ton logis la mettre en pension. C'est moi qui l'entretiens, soit dit en confidence. Toujours pour mes plaisirs je fis de la dépense.PIERROT, dans la cantonade
Elle le porte beau, c'est tout or et azur. Ma foi si de mon fait je pouvais être sûr, Je m'amuserais bien à lui conter fleurette, Car tel que tu me vois j'aime un peu la grisette.Or et azur : Ce n'est qu'or et azur, se dit d'une maison bien parée. [L] ici dans un sens figuré pour indique que la jeune fille est belle.
LÉANDRE, à Pierrot
Mon ami recevez cette Dame chez vous.PIERROT
Scaramouche, morgué tu te gausses de nous, Tu n'entretiens donc pas cette beauté friande, Puisque c'est ce Monsieur qui me la recommande, Serais-tu par hasard de profit avec lui.SCARAMOUCHE
Oui nous nous relevons c'est son jour aujourd'hui, Demain j'aurai le mien chacun a sa journée, Nous nous accommodons.PIERROT
L'affaire est bien menée.LÉANDRE, à Isabelle
Entrez belle personne et comptez sur mon coeur.LÉANDRE
Scaramouche suis-moi.SCÈNE III.
LE DOCTEUR
Géronte cette fois ne sera pas content, Mais lui-même à ma place en aurait fait autant, Seul avec Isabelle ayant surpris Léandre, Je crois que c'est ainsi que je devais m'y prendre, Jusques au fond du coeur ce trait m'avait percé, Il fallait satisfaire à l'honneur offensé Ce parti pour ma fille est d'un grand avantage, Et je me sais bon gré qu'il lui tombe en partage, D'Octave je saurai bientôt me dégager Et Géronte sur lui peut se dédommager, Je vais lui raconter toute cette aventure, Et de mon procédé je crains peu qu'il murmure.Il frappe chez Géronte.
SCÈNE IV. Géronte, Le Docteur.
GÉRONTE
Ah c'est vous chez moi, quel plaisir de vous voir, Souffrez que je m'acquitte ici de mon devoir, En vous remerciant de la tapisserie...LE DOCTEUR
Fi donc ne parlez point de cela, je vous prie, Je viens vous révéler des secrets importants, Vous serez étonné...GÉRONTE
Parlez je vous entends.GÉRONTE
Vous parlez de Léandre ?LE DOCTEUR
Justement à ma fille il faisait les yeux doux, Et voulait profiter je crois du rendez-vous, Léandre lui parlait, jugez de ma surprise, Je me suis récrié contre son entreprise, Mais enfin il fallait effacer ce forfait, En cette occasion, cher ami, qu'ai-je fait ? J'ai contraint le galant à devenir mon gendre, D'épouser Isabelle, il n'a pu se défendre Si vous eussiez été de la sorte insulté Je crois qu'en pareil cas vous m'eussiez imité.LE DOCTEUR, lui présentant la lettre
Tenez vous pouvez lire, Vous connaîtrez par là si j'ai tort ou raison, C'est la lettre d'avis que vous écrit Damon.LE DOCTEUR
Fort bien car le voici.SCÈNE V. Arlequin habillé en gentilhomme, ayant son coutelas au-dessus de son épée, Le Docteur, Géronte.
GÉRONTE, à Arlequin
Vous m'avez fait, Monsieur, une sensible offense, Vous me tiendrez parole, ou j'en aurai vengeance.ARLEQUIN, s'adressant au Docteur
Que dit donc ce vieux fol ? Je ne le connais pas.LE DOCTEUR
C'est Géronte.ARLEQUIN, en riant
Il lui faudrait donner quelques grains d'ellébore, Il en a grand besoin.Ellébore : Plante médicinale. On dit proverbialement, qu'un homme a besoin de deux grains d'ellébore, pour dire, qu'il est fou ; parce qu'on se servait autrefois d'ellébore pour guérir la folie. [F]
ARLEQUIN
Ah ! Le plaisant jocrisse, Je n'ai jamais connu que ma mère nourrice, Je suis du côté gauche, autrement dit bâtard, Dans ce monde, dit-on, j'arrivai par hasard.Jocrisse : Terme injurieux et populaire, qui se dit en cette phrase proverbiale, C'est un Jocrisse qui mène les poules pisser, en se moquant d'un homme qui s'amuse aux menus soins du ménage, qui est faible et avare. [F]
ARLEQUIN
Moi, vous êtes en démence Depuis quand, s'il vous plaît, Messieurs les crocheteurs, Ont-ils été placés parmi les grands Seigneurs.LE DOCTEUR, prenant Arlequin par le bras
Mon gendre entrez chez nous.ARLEQUIN
Y fait-on bonne chère, J'irai... non je ne puis et j'en sais les raisons, On fait chez le docteur d'excellents macarons, Allons-y promptement.LE DOCTEUR, tirant Arlequin
Entrez, Monsieur Léandre.GÉRONTE, le tirant aussi
Corbleu vous n'irez pas.Corbleu : Sorte de juron. Voir MOL. Sgan. I, 1. ; altération de prononciation pour corps Dieu, c'est-à-dire corps de Dieu, Dieu en personne. [L]
ARLEQUIN, à Géronte
Je ne puis m'en défendre C'est lui qui le premier m'a voulu régaler, Oh parbleu je suis las de me voir tirailler, Laissez-moi donc vous dis-je.LE DOCTEUR
Il enrage.ARLEQUIN
Cet homme a le cerveau gâté Je veux aller chez vous j'y suis fort bien traité, Préparez-moi, beau-père, une soupe au fromage, Car selon mon avis, c'est le meilleur potage.LE DOCTEUR
On va vous en faire une et chez moi mes valets Vous serviront toujours au gré de vos souhaits. Géronte vient avec des Archers, leur montre Arlequin, les Archers veulent s'en saisir, Arlequin se défend contre eux avec son coutelas ; mais étant obligé à la fin de céder à la force, il se laisse conduire en prison, le Docteur se retire tout affligé.SCÈNE VI. Octave, Mezzetin, Colombine.
MEZZETIN
Je suis, je l'avouerai content de sa cuisine, Messieurs les marmitons ont bien fait leur devoir.COLOMBINE, à Octave
Je me flatte Monsieur, que vous viendrez nous voir, Mon vin est assez bon j'en ai quelque barrique, N'accordez qu'à moi seule au moins votre pratique.MEZZETIN, en la caressant
Je vous accorderai la mienne de bon coeur, Pourvu que vous vouliez recevoir cet honneur Ne me refusez point ma petite mignonne.COLOMBINE
À vous parler sans fard, On peut bien la nommer Madame du hasard, Elle ne sent pas bon je le juge à la mine, Je m'y connais un peu.MEZZETIN
La peste qu'elle est fine Bien fol ferait celui qui voudrait s'y fier Elle a l'odorat bon pour flairer le gibier, Que je lui donnerais volontiers son décompte.Décompte : Ce qu'il y a à rabattre, à réduire sur la somme qu'on paye. Retenue qu'on fait à des gens, en leur payant le dû pour leur solde, travail ou journées, et qui est l'équivalent de certaines fournitures. [L]
OCTAVE, à Colombine
De grâce, enseignez-moi la maison de Géronte.COLOMBINE, la lui montrant
La voici.MEZZETIN
Adieu belle traîteuse, hôtesse de mon âme.Traîteuse : Qui a le caractère de la trahison, de la perfidie, en parlant des choses. [L]
COLOMBINE
Adieu le gros joufflu.OCTAVE
Frappe à cette maison.MEZZETIN, va frapper
J'obéis.SCÈNE VII. Géronte, Octave, Mezzetin.
GÉRONTE, en sortant
Que veut-on ?GÉRONTE
Oui sans doute j'y suis.MEZZETIN
Excusez je n'ai pas l'honneur de vous connaître Vous êtes en ce lieu demandé par mon maître.OCTAVE, saluant Géronte
Avant que de partir pour me rendre à Lyon, Un de vos bons amis que l'on nomme Damon, Dont le fils, m'a-t-il dit, doit être votre gendre, En arrivant ici m'a chargé de vous rendre Cette lettre.GÉRONTE
Parbleu vous me faites honneur, Et je serais content si j'avais le bonheur De vous faire plaisir, je parle avec franchise, Mais Monsieur, s'il vous plaît, permettez que je lise.Il lit la lettre après quoi il dit.
Vous venez épouser la fille du Docteur, Il m'a pour cet hymen témoigné tant d'ardeur, Que vous avez grand tort de l'avoir fait attendre.GÉRONTE
Entrez dans ma maison.GÉRONTE
Ah Monsieur sans façon.MEZZETIN
Ce vieillard est civil.MEZZETIN, faisant des façons
Ah !GÉRONTE
Sans cérémonie.SCÈNE VIII.
LE DOCTEUR
Je ne puis revenir de mon étonnement : Ciel ! Est-il pour un père un plus affreux tourment ? Ma fille a déserté la maison paternelle Tu formes le dessein, malheureuse Isabelle, D'abandonner ainsi ton père, ton époux, Sans craindre les effets de mon fuste courroux, Ah ! Dans le désespoir qui pénètre mon âme, Si le sort à mes yeux présentait cette infâme Elle ressentirait ma fatale fureur, Et je la livrerais à toute ma rigueur.SCÈNE IX. Géronte sortant de la maison, Le Docteur.
GÉRONTE, parlant à la cantonade
Je reviendrai bientôt vous n'avez qu'à m'attendre.En voyant le Docteur.
Docteur ai-je bien reçu le beau Léandre, Ma foi s'il ne se met bientôt à la raison, Il risque de rester quelque temps en prison. Mais qu'avez-vous ?GÉRONTE
Ce serait bien le diable.GÉRONTE
Non ce n'est pas un conte. Et mon ami Damon me l'a recommandé, De ce que je vous dis soyez persuadé.LE DOCTEUR
Je ne veux épargner ni l'argent ni la peine, Je vais tout de ce pas droit à la quarantaine, Sous les Tillots, au Change, aux Cafés, aux Terreaux, Dans la Traille, aux Faubourgs, à S[aint] Clair, aux Breteaux, En un mot dans ces lieux si charmants à la vue, Où l'on trouve toujours quelque fille perdue.Il s'en va.
Quarantaine : se dit aussi du séjour de 40 jours qu'on fait faire aux gens qui viennent des lieux pestiférés, avant que d'être reçus dans d'autres villes, pour savoir s'ils n'apportent point avec eux quelque mauvais air. [T]
Tillot : Tilleul des bois. [L]
Terreau : En vieux langage était un fossé, on nomme à Lyon, la place où est l'Hôtel de Ville, la place des Terreaux : parce que c'était anciennement un grand canal de communication entre le Rhône et la Saône qui a été comblé ; on dit pour la même raison les Carmes des Terreaux, et la boucherie des Terreaux, qui sont placés sur cet ancien fossé, ou sur ses bords. Père Ménest. Hist. de Lyon. [T]
GÉRONTE, seul
Octave pourrait bien en écrire à Damon, S'il savait que Léandre est dans une prison, Pour éviter la chose il est de ma prudence, De l'en faire sortir en toute diligence, Je vais donner cet ordre à Monsieur le Geôlier... Holà.SCÈNE X. Le Geôlier conduisant Arlequin, Arlequin, Géronte.
GÉRONTE
Approchez-vous mon gendre, Gardez par le docteur de vous laisser surprendre, Je vous rends votre épée et j'ose me flatter, Que d'un esprit plus doux vous voudrez m'écouter, Je vous ai destiné ma fille en mariage.GÉRONTE
Terminez de semblables discours, Sans rimer et sans raison vous plaisantez toujours, Je prétends dès ce soir terminer cette affaire.ARLEQUIN
Puisque enfin vous croyez la chose nécessaire, Je vous obligerai du meilleur de mon coeur, J'épouserai d'abord la fille du Docteur, La vôtre ensuite, vous, et toute la famille, S'il le faut.GÉRONTE
Il suffit seulement de ma fille, Votre père Damon homme de probité, A pour ce mariage avec moi contracté.ARLEQUIN
Mon père dites-vous, hélas il s'est fait pendre, Il fut, quoique honnête homme un peu sujet à prendre, C'est-à-dire à voler, c'était son seul défaut, La Justice en public lui fit faire le saut, Qu'il mourut noblement.ARLEQUIN
Hé bien, j'en suis ravi, Je craignais de subir le destin de mon père Il n'y prit pas trop garde en épousant ma mère Puisque trois mois après elle accoucha de moi, Gardez de me tromper je suis de bonne foi.GÉRONTE
Que vous êtes badin, c'est votre caractère, Et vous aimez à rire ainsi que votre père, Mais n'aspirez point à vous entretenir Avec ma fille.ARLEQUIN
Oui da la belle peut venir.Géronte entre.
Parbleu cette aventure est tout à fait comique, Je suis un crocheteur de nouvelle fabrique, Et jamais on n'en vit de si nobles que moi.Da : particule qui se joint à l'adverbe oui, à l'adverbe non, et à l'expression négative nenni, et donne plus de force à l'affirmation ou à la négation. Oui-da. Nenni-da. [L]
SCÈNE XI. Léonore, Géronte, Arlequin.
GÉRONTE
Léonore venez.Léonore en voyant Arlequin jette un cri, Arlequin tombe à la renverse tout épouvanté.
ARLEQUIN, en colère
Savez-vous bien ma femme, Que je vous frotterai sans craindre qu'on me blâme, Cela vous convient-il, je ne suis point trompeur, J'ai fait caca sous moi, pourquoi me faire peur J'ai blêmi, j'en suis sûrGÉRONTE
C'est le Seigneur Léandre.LÉONORE, bas
Hélas ! Pourquoi faut-il qu'un destin rigoureux Ait réservé ma main à cet époux hideux, Octave mieux que lui serait sûr de me plaire.ARLEQUIN
Taupe, quand je m'y mets je parle élégamment, Et dans ce que je dis je fus toujours sincère.À Léonore.
Madame, tout ainsi que le bourreau sévère Attache un patient au funeste gibet, Et pour le dépêcher lui sert le sifflet, De même aussi la belle... au gibet de vos charmes, Vous m'avez attaché... car enfin mes alarmes... Le soleil... de vos yeux... votre nez... votre main... Allons-nous-en souper, beau-père, car j'ai faim.Taupe : On dit tauper à une chose, l'approuver, y consentir. [T]
Sifflet : Fig. et populairement. Le conduit par lequel on respire. Voir Regnard Le Distrait. [L]
LÉONORE, bas
Je souffre en le voyant on ne peut davantage, Juste ciel qu'il est laid ! Le vilain personnage !GÉRONTE, à Arlequin
Vous mangerez tantôt il n'est pas encore temps.ARLEQUIN
Qui Damon ?GÉRONTE
Votre père.GÉRONTE, en voyant Octave sortir de la maison
Le voici justement qui paraît à vos yeux.SCÈNE XII. Octave, Géronte, Isabelle, Arlequin.
OCTAVE, à Géronte
Est-ce là le Seigneur Léandre ?GÉRONTE
C'est lui-même.OCTAVE, à Arlequin
Enfin je vous rencontre et ma joie est extrême, Permettez s'il vous plaît que cet embrassement Vous témoigne mon zèle et mon empressement, Votre père Damon m'a chargé de vous rendre Cette lettre.ARLEQUIN, en recevant cette lettre
Monsieur je n'y puis rien comprendre, Car je ne sais pas lire en tout cas je l'apprends, Elle me servira dans mes besoins pressants.OCTAVE, à Géronte
Votre gendre Monsieur, dit qu'il ne sait pas lire.GÉRONTE
Ne voyez-vous pas bien qu'il ne se plaît qu'à rire.À Arlequin.
Je vous laisse mon gendre et je rentre au logis.GÉRONTE
Il n'est pas encore temps.ARLEQUIN
Qu'est-ce à dire beau-père, N'est-il pas toujours temps de faire bonne chère, Pour moi j'aime à manger du matin jusqu'au soir, À la table toujours je fis bien mon devoir.GÉRONTE, en s'en allant
Quand on aura servi on viendra vous le dire.LÉONORE, à Arlequin
Entrez aussi Monsieur.ARLEQUIN
Je ne fais que vous nuire Si je restais ici je pourrais vous troubler, Peut-être tous les deux vous avez à parler, Des époux de nos jours j'aime à suivre la mode Et je me pique d'être un mari commode.SCÈNE XIII. Octave, Léonore.
OCTAVE
Quoi, Madame, c'est là l'époux qu'on vous destine, Il sera possesseur de vos divins appas. Il va jouir d'un bien qu'il ne mérite pas, Son extrême bonheur excite mon envie.LÉONORE
Il ne verrait jamais son attente remplie, S'il consultait mon coeur pour s'unir à mon sort, Plutôt qu'y consentir je choisirais la mort, Mais du destin cruel telle est la violence, Que je dois mes malheurs à mon obéissance.OCTAVE
Ah ne permettez pas que cet indigne époux, S'assure d'un bonheur si charmant et si doux, À la plus vive ardeur donnez la préférence Et bien loin d'approuver un choix qui vous offense, Arrachez votre main à ce monstre odieux, Sur un plus tendre amant daignez jeter les yeux Me faisant occuper une si belle place À ma flamme parfaite accordez cette grâce.SCÈNE XIV. Arlequin, Octave, Léonore.
OCTAVE
Vous venez à propos j'oubliais de vous rendre Cinquante louis neufs que m'a donnés Damon, Pour vous remettre en main.ARLEQUIN, prenant la bourse
Il est bon sur ce ton, Je reçois volontiers cette bourse garnie, Autant qu'il vous plaira tenez-lui compagnie, Et poussez votre pointe, adieu le beau garçon, Je suis, vous le voyez, un mari sans façon.Il rentre.
OCTAVE, vient
Je ne vis de mes jours un époux plus affable.LÉONORE, d'un air tendre
Je me plais à vous voir, en secret je soupire, Que voulez-vous de plus c'est assez vous en dire.LÉONORE
Mon père dans ce lieu peut presser son retour, Cher Octave avec vous je crains d'être surprise.OCTAVE
Non ne redoutez rien l'amour nous favorise, C'est lui qui dans mon coeur vient d'allumer ses feux.LÉONORE
Entrons.OCTAVE, en lui donnant la main
Vous obéir est tout ce que je veux.SCÈNE XV.
LE DOCTEUR
J'ai tant couru qu'enfin j'ai su quelque nouvelle, On m'a nommé le lieu qui renferme Isabelle, C'est dans ce cabaret qu'elle a porté ses pas, À ce funeste coup je ne m'attendais pas, Qui m'eût dit que ma fille à la fleur de son âge, Aurait eu du penchant pour le libertinage ? Mais j'aperçois Géronte, il vient fort à propos.SCÈNE XVI. Géronte, Le Docteur.
LE DOCTEUR
Maintenant, cher ami, j'ai l'esprit en repos Isabelle est cachée en cette hôtellerie, Ne partez point d'ici Géronte, je vous prie, Car je veux devant vous lui faire la leçon, Et la traiter ici de la bonne façon.Il entre dans le cabaret de Colombine.
GÉRONTE, seul
Hélas ! Pauvre Docteur, ton sort est déplorable, Le ciel m'a regardé d'un oeil plus favorable, En donnant à ma fille un esprit mûr, rassis, Elle n'écoute point les amoureux transis, Qui bornent tous leurs voeux à tromper une belle, Léonore n'est point de l'humeur d'Isabelle, Elle sait s'écarter d'un chemin trop battu, Et pratiquer les lois de l'austère vertu.LE DOCTEUR, conduisant Isabelle
Je vous retrouve enfin fille trop criminelle, Qui désertez ainsi la maison paternelle Vous avez par la suite animé mon courroux, Et mon ressentiment doit éclater sur vous.GÉRONTE
Docteur votre colère est juste et légitime, Mais enfin croyez-moi pardonnez lui fort son crime Que servent les éclats, il vaut mieux filer doux Il faut la présenter vous-même à son époux, Le plutôt est le mieux et dans cette journée Effacez cet affront par un prompt hyménée, On ne peut pas savoir tout ce qui s'est passé Et vous ferez fort bien de paraître empressé.LE DOCTEUR
Mais Léandre...SCÈNE XVII. Géronte, Octave, Isabelle, Le Docteur.
OCTAVE, en regardant Isabelle
Quel objet en ce lieu se présente à ma vue ? Le Docteur veut me faire un joli présent, Il me prend pour un autre et le tour est plaisant, Colombine tantôt m'a parlé de la belle, Feignons... Quoi c'est donc là la charmante Isabelle ?GÉRONTE, à Isabelle
Madame permettez que je vous félicite.OCTAVE, à Isabelle
Madame permettez, qu'en qualité d'amant, Je vous témoigne ici mon tendre empressement, Ce n'est point comme époux que je prétends paraître, Mon ardeur sous ce nom le ferait mal connaître, Et je dois autrement me présenter à vous.SCÈNE XVIII. Léandre, Scaramouche.
LÉANDRE
Songeons à profiter d'un moment précieux, Et sans plus différer abandonnons ces lieux, Tout est prêt pour partir, fais venir Isabelle.SCARAMOUCHE
En vérité, Monsieur, l'action n'est pas belle, Vous hasardez beaucoup en cette occasion, Et l'on me pendre moi par conversation.LÉANDRE, en colère
Finis donc si tu veux, frappe à l'hôtellerie.SCÈNE XIX. Pierrot, Léandre, Scaramouche.
PIERROT
Que voulez-vous ?SCARAMOUCHE
Comment que veux-tu dire ?PIERROT, en chantant
Elle est déjà bien loin.LÉANDRE
Prends-tu plaisir à rire ?PIERROT
Non son père, vous dis-je, en propre original Est venu la chercher, morgué qu'il est brutal. Il l'a d'un bon soufflet d'abord apostrophée Et peu s'en est fallu qu'il ne l'ait décoiffée. Comment c'est donc ainsi, disait ce loup garou, Sans ma permission que tu cours le guildou ? Le docteur pour cacher son chagrin et sa honte A fait entrer sa fille aussitôt chez Géronte, Un étranger, dit-on, doit être son époux, Je le connais fort bien il a logé chez nous. La pauvre fille avait une grande tristesse, Aussi l'on ne doit pas débaucher la jeunesse Et cela n'est pas bien pour moi je sors d'ici, Que sait-on, vous pourriez me débaucher aussi.Il rentre.
Guildou : Terme burlesque dont on se sert pour exprimer la débauche des personnes. On dit, qu'une femme court le guilledou, lors qu'elle se dérobe à son domestique, et qu'on ne sait où elle va ; ce qui fait présumer que c'est dans de mauvais lieux. [F]
SCARAMOUCHE
Hé bien, qu'en dites-vous ?LÉANDRE
Ah ! Que viens-je d'entendre ? À cet affreux malheur aurais-je dû m'attendre ? Mais malgré les efforts et les soins du Docteur D'Isabelle je veux être [le] possesseur. Tu sais bien qu'Arlequin sous le nom de Léandre, Chez Géronte introduit sera bientôt son gendre, Il faut pour pallier un important secret, Respecter Arlequin te dire son valet, Tu verras aisément la charmante Isabelle, Et tu lui parleras de mon ardeur fidèle, Une seconde fois tâche de l'enlever, J'ai formé ce dessein et tu dois l'achever, Entends-tu ?LÉANDRE
C'est une bagatelle.SCÈNE XX. Le Docteur, Géronte, Isabelle.
LE DOCTEUR, à Isabelle
De mon juste courroux tu dois craindre l'effet, Si tu veux t'obstiner à garder le secret, Ne me déguise rien, de toi je veux apprendre Le nom du ravisseur, réponds-moi.ISABELLE
C'est Léandre, Qui cédant à l'ardeur dont il brûle pour moi, Par ma fuite a voulu s'assurer de ma foi, Lui-même m'a conduit dans cette hôtellerie.GÉRONTE
C'est un peu trop avant pousser l'effronterie, Le moyen de la croire il était en prison Dans le temps qu'Isabelle a quitté la maison.ISABELLE
C'est la vérité pure Oui mon père, c'est lui qui possède mon coeur, Et je ne puis goûter un solide bonheur, Si pour combler mes voeux le noeud de l'hyménée, Au sort de cet amant n'unit ma destinée.GÉRONTE
Je vous plains, mais pourquoi vous flatter de l'avoir, N'y comptez plus la belle et perdez cet espoir, Car Léandre sera l'époux de Léonore.ISABELLE, à Géronte
Cruel vous m'arrachez à l'objet que j'adore, Si rien ne peut changer les rigueurs de mon sort Barbare je saurai recourir à la mort.SCÈNE XXI. Scaramouche, Géronte, Le Docteur, Isabelle.
SCARAMOUCHE
Messieurs vous n'avez pas l'honneur de me connaître, Excusez, dans ce lieu je viens chercher mon maître.ISABELLE, bas
C'est Scaramouche, hélas que vient-il faire ?SCARAMOUCHE, à Isabelle
Je vais feindre avec eux, dissimulez aussi.Haut.
On m'a dit qu'il était chez Monsieur son beau-père, Je voudrais lui parler d'une petite affaire, Est-il dans le logis.Le vers suivant 1092 n'a pas de rime correspondant.
LE DOCTEUR, tirant Scaramouche à quartier
Parlez-moi sans fard, je vous en prie, A-t-il conduit ma fille en une hôtellerie ?SCARAMOUCHE en montrant Isabelle
Oui sans doute et voilà la Dame en question, Mais il n'a jamais eu mauvaise intention Et c'était seulement pour lui payer feuillette.Feuillette : Certaine mesure de vin. Quelquefois c'est une grande mesure qui contient demi-muid ou 120. pintes de Paris, comme en Bourgogne. En quelques Provinces c'est une petite mesure ou la moitié d'une pinte de Paris, comme on dit à Lyon. [F]
SCÈNE XXII. Arlequin, Scaramouche, Isabelle, Géronte.
SCARAMOUCHE, allant au-devant d'Arlequin
De vos commissions je me suis acquitté, J'ai porté votre lettre à Monsieur le Vicomte, Et venais vous chercher cher le Seigneur Géronte, Je vous ai bien servi.ARLEQUIN, à Géronte
Que dit donc ce benêt ?SCARAMOUCHE, à Arlequin
Vous pouvez m'employer au gré de votre envie Je vous obéirai, je sais trop mon devoir, Pour manquer au respect qu'un valet doit avoir.ARLEQUIN
Je ne sais ce que c'est, et c'est me faire outrage Que vouloir d'un valet grossir mon équipage, Cet affront est trop grand, et comment le souffrir ? Quoi donc lorsque je puis à peine me nourrir, Il faut que j'entretienne encore un domestique ?SCARAMOUCHE
Que dites-vous, Monsieur, quelle mouche vous pique ? Vous me désavouez, et ne connaissez pas... . . . . . . . . . . . . .Le vers suivant n'a pas de rime correspondant.
ARLEQUIN
Encore un coup, mon cher, ta tête n'est pas saine Et c'est mal à propos me causer de la peine.GÉRONTE, à Arlequin
Mon gendre j'ai bien lieu de me plaindre de vous, Vous manquez un peu trop au devoir d'un époux.ARLEQUIN
Croyez-vous que toujours on y puisse suffire, Vous parlez à votre aise et je vous laisse dire.LE DOCTEUR
C'est trop sensiblement offenser mon honneur, Quel dessein aviez-vous, dites-moi, je vous prie ? Pourquoi mener ma fille en une hôtellerie ?ARLEQUIN, en riant
Nouvelle vision, vous êtes fols tous deux, Vous me feriez rougir si j'étais plus honteux, Il n'en est rien.ISABELLE
Léandre.ARLEQUIN, à Isabelle
Je vous ai, dites-vous, conduite au cabaret ?ARLEQUIN, en prenant un bâton
Puisque je suis son maître, Il faut de mille coups que je charge ce traître.Il frappe Scaramouche de toute sa force.
Vers 1142, on lit il faut de mille coups, ce qui fait 13 pieds.
SCARAMOUCHE, en criant
Hélas ! Je n'en puis plus je suis tout fracassé, Et j'ai, je le sens bien, le croupion cassé.GÉRONTE
Monsieur qu'avez-vous fait ?ARLEQUIN
Bon ce n'est que pour rire,SCARAMOUCHE
Sais-tu, magot fieffé, vilain singe habillé, Que je ne fus jamais de la sorte étrillé, Ton bras audacieux m'a rossé d'importance, Et je veux sur ton dos réparer cette offense.Il donne des coups de bâton à Arlequin qui crie et s'enfuit, tous deux entrent chez Géronte.
ACTE III
SCÈNE I. Scaramouche, Isabelle.
Le théâtre représente l'appartement de Géronte.
SCARAMOUCHE
Oui, mon maître, Madame, épris de vos appas, Sera dans ses amours constant jusqu'au trépas, Sa lettre en dit assez vous n'avez qu'à la lire Vous enlever encore est tout ce qu'il désire, À votre destinée il veut unir son sort, Enfin il est si tendre et vous aime si fort Qu'il ne fait tout le jour que soupirer et braire.ISABELLE, après avoir lu
Je n'ai d'autre dessein que celui de lui plaire, Tu peux de ma tendresse assurer mon amant, Dis-lui que je l'attends avec empressement, Que pour me garantir du coup qui me menace, Il n'est rien aujourd'hui que je ne fasse.SCARAMOUCHE
Je vais lui faire part de ce bon sentiment Et nous allons songer ç votre enlèvement, J'en viendrai bien à bout, ne soyez point en peine.ISABELLE
J'attends tout de tes soins.SCARAMOUCHE, s'en allant
Adieu la belle Hélène,ISABELLE, seule tenant la lettre de Léandre
Quand pourrai-je vous voir cher objet de mes feux, Sans vous les plus beaux jours me paraissent affreux, Léandre répondez à mon impatience, Je ne puis plus longtemps supporter votre absence, Ne différez donc plus offrez-vous à mes yeux, Et venez m'affranchir d'un pouvoir odieux.SCÈNE II. Le Docteur vient tout doucement, et arrache la lettre qu'Isabelle tient entre ses mains, Isabelle voyant son père, s'enfuit toute épouvantée.
LE DOCTEUR
Que veut dire ceci ? Ma fille prend la fuite, J'ai lieu de soupçonner sa mauvaise conduite, Mais lisons promptement, je veux être éclairci Du sujet qui l'oblige à m'éviter ainsi.Il lit.
L'amour qui ne trouve rien d'impossible, m'offrira un nouveau moyen pour m'assurer de vous, malgré tous les obstacles que l'on oppose à ma tendresse. Si vous êtes dans la résolution de me suivre, ne manquez pas de me faire savoir vos sentiments, et je prendrai de justes mesures pour vous enlever, et vous dérober au pouvoir tyrannique d'un père qui veut contraindre votre inclination. Adieu ma charmante, j'attends votre réponse, et suis votre fidèle amant,
LÉANDRE.
Quoi le sort à mes voeux sera toujours contraire, Isabelle m'outrage et cherche à me déplaire, Léandre de nouveau veut me déshonorer, À de cuisants chagrins le dois me préparer.SCÈNE III. Géronte, Le Docteur.
LE DOCTEUR
Malgré tous vos efforts, je vois bien que Léandre, Ne peut, mon cher ami, devenir votre gendre, Il aime trop ma fille et je le connais bien Puisque de l'enlever il cherche le moyen, Cette lettre m'en donne une preuve évidente.GÉRONTE
Contre ce scélérat ma colère s'augmente, Voyons un peu la lettre.Le Docteur lui donne la lettre, Géronte lit.
LE DOCTEUR
Hé bien qu'en dites-vous.SCÈNE IV. Arlequin, Géronte, Le Docteur.
GÉRONTE, d'un air fier
À la fin je suis las De me voit méprisé par vous de cette sorte, Corbleu si contre vous la fureur me transporte, Vous vous repentirez de m'avoir insulté, Est-ce ainsi qu'on soutient son rang, sa qualité ?GÉRONTE
Comment prétendez-vous mériter mon estime ? Vous ne rougissez point du nom de suborneur, Et voulez enlever la fille du Docteur. Ne vous défendez point, cette chose est trop sûre, Et d'ailleurs je connais votre écriture, La crédule Isabelle approuve vos desseins, Et son père a surpris la lettre entre ses mains.ARLEQUIN
Je ne sais mon ami ce que vous voulez dire, Vous m'accusez à tort je ne sais pas écrire, Que faut-il que j'épouse ?ARLEQUIN
Et pourquoi donc tant vous inquiéter ? Je l'épouserai moi s'il le faut. . . . .Le vers suivant n'a pas l'air complet, il lui manque 3 pieds et il devrait rimer avec meurs.
GÉRONTE
Mais vous avez écrit.LE DOCTEUR
À quoi bon le nier, Votre nom est pourtant signé sur du papier Et si vous en doutez, lisez.ARLEQUIN
Autre délire, Ne vous ai-je pas dit que je ne savais lire, Sans cela, par ma foi, j'eusse été Bachelier.Le vers 1218, on lit "je ne savais pas lire", ce qui fait 13 pieds.
ARLEQUIN
Ma noblesse m'ennuie encore davantage.Il tire de sa poche un morceau de fromage, et se met à manger.
GÉRONTE
Qu'est-ce que vous mangez ?ARLEQUIN
Un morceau de fromage Que j'ai trouvé là-bas, mais il est trop petit, Pour assouvir l'excès de mon grand appétit, Il est temps de souper, allons nous mettre à table Beau-père.LE DOCTEUR
Vous avez un estomac de diable.ARLEQUIN
Je n'ai fait aujourd'hui que quatorze repas Avant qu'entrer chez vous je n'étais pas si gras.ARLEQUIN
Moi si je n'entreprends rien puissiez-vous me voir pendre, Voilà ce qui s'appelle un terrible serment.LE DOCTEUR
C'est assez.ARLEQUIN
Vous voyez je jure noblement.SCÈNE V. Léandre, Scaramouche.
Le théâtre représente la rue.
SCARAMOUCHE
Vous pouvez enlever votre belle Sabine, J'ai fait, pour s'y résoudre, essai de ma doctrine, Je n'ai point vainement employé mon savoir, Et je me suis senti tout_à_coup émouvoir, Lorsqu'elle m'a parlé de sa vive tendresse, À ce que je puis voir elle n'est pas tigresse.Sabine : Héroïne de l'histoire romaine. Femme d'Horanne et soeur de Curiace dans la tragédie Horace de Pierre Corneille.
LÉANDRE
Les chevaux sont tous prêts, entrons il en est temps, Puisse le tendre amour rendre mes voeux contents. Suis-moi.SCARAMOUCHE
Déjà la nuit étend ses sombres voiles, Et bientôt dans le ciel va clouer des étoiles.Ils entrent chez Géronte.
SCÈNE VI. Colombine, Pierrot.
PIERROT
Oui vraiment je l'ai vu mais il est bien changé Il fait présentement l'homme de conséquence, Et doit être en état de payer sa dépense. Le drôle qui tantôt avait l'air d'un faquin, A contre un bel habit changé son casaquin, Mais la métamorphose est-elle surprenante ? Dans ce siècle inconstant la fortune est changeante, Tel portait des sabots qui devient Financier, Je pourrais bien troquer d'habit et de métier, Je sais signer mon nom, ce n'est pas peu de chose, Je connais un Monsieur qu'on appelait la Rose, Qui se donne des airs et passe pour Marquis, Si tu savais combien de Jasmin dans Paris, Occupent des Hôtels et font belle figure.COLOMBINE
Je sais bien que plusieurs sont chargés de dorure, Qui d'un gros habit brun, revêtus simplement, Prenaient à la gargote un modique aliment, Ce n'est pas aujourd'hui le mérite qui brille, La volage fortune enrichit la mandille, Souvent les plus abjects sont comblés de ses dons. Et la triste vertu languit sous les haillons. À votre débiteur allons rendre visite, Surtout ne manquons point de vanter son mérite Puisqu'il a du bonheur et n'est plus indigent, Il faut que nous portions respect à son argent, C'est la règle un faquin mérite qu'on le fronde Mais un riche est toujours estimé dans le monde.Ils entrent chez Géronte.
Mandille : Casaque que les laquais portaient autrefois. Ici le mot est pris au sens figuré, et désigne ceux qui portent la mandrille, c'est-àdire les laquais. [FC]
SCÈNE VII.
NUIT.
Le théâtre change, et représente l'appartement de Géronte, on y voit une table dans le fond couverte d'un tapis.
ARLEQUIN, seul
Je viens de voir là-bas ce Monsieur si plaisant, Qui m'a de son habit fait tantôt un présent. Il n'en faut point douter il vient pour le reprendre, S'il me dépouille hélas ! Je ne suis plus Léandre Quelques coups de bâtons ne me manqueront pas, Et je ne ferai plus de si friands repas. Il me faudra quitter cette aimable cuisine, Cette réflexion m'agite et me chagrine, Je ne mangerai plus ces ragoûts excellents, Surtout ces macarons exquis et succulents. Je reprendrai pour lors mon état misérable... Pour éviter ce coup cachons-nous sous la table.Il marche à tâtons et se va cacher sous la table.
SCÈNE VIII. Octave, Léonore, Mezzetin.
OCTAVE
Ne répondrez-vous point à mon empressement, Craignez-vous de me faire un aveu trop charmant, Tout se dispose ici pour votre mariage, Pour vous faire expliquer, que faut-il davantage ? Ah ne permettez pas qu'un trop indigne époux Jouisse d'un bonheur si parfait et si doux.LÉONORE
Octave je ne puis plus longtemps me contraindre, Et je vous aime trop pour avoir rien à craindre Plutôt que d'obéit à cet ordre inhumain, Un poignard de la mort m'ouvrira le chemin, Dans mes yeux languissants vous avez dû connaître, Les feux que dans mon coeur vous-même avez fait naître, Ils vous ont dit assez mes peines, mes tourments Et rien n'exprime mieux de tendres sentiments,MEZZETIN
Elle a raison les yeux parlent mieux que Voiture, C'est un style coulant, une éloquence pure.Voiture, Vincent (1597-1648) : Poète précieux connu, entre autres, pour ses sonnets et ses lettres.
OCTAVE
Puisque vous m'assurez de l'excès de vos feux Je n'ai rien à prétendre et je suis trop heureux Évitez le malheur qu'un père vous prépare Et que de ce séjour la fuite vous sépare La nuit secondera notre juste projet.MEZZETIN
Madame nous ferons un fort petit trajet Nous n'irons seulement que jusqu'à l'Amérique Et là nous peuplerons d'un esprit pacifique.LÉONORE
Je ne puis résister à mon charmant vainqueur, Octave vous avez tout pouvoir sur mon coeur, Je vous suivrai partout.MEZZETIN
Quel heureux caractère ! Les filles de Lyon ont l'humeur débonnaire, Dans ce qu'on leur propose elles sont sans façon Et chantent quelquefois sur le ton de flon-flon.Octave lui donnant la main.
Flon-flon : FLON-FLON. Refrain d'un Vaudeville de 1687. [T]
SCÈNE IX. Isabelle, Léandre, Scaramouche, Octave, Léonore, Mezzetin.
ISABELLE
. . . . . . Partons, mon cher Léandre, . . . . . . . . . . . . . Et quittons pour jamais cet odieux séjour.Le vers suivant n'a pas l'air complet, ce n'est qu'un demi vers et il n'y a pas de rime correspondant.
LÉANDRE
Profitons d'un moment accordé par l'amour Et ne redoutez rien, adorable Isabelle. Suivez-moi...En marchant il heurte Octave.
Mais quelqu'un fait ici sentinelle.OCTAVE
Léandre est en ces lieux, le traître assurément, Vient ici s'opposer à cet enlèvement, Mais je saurai punir un rival téméraire.LÉANDRE, mettant l'épée à la main
Qui va là ?LÉONORE, à Octave
Hélas arrêtez cher amant...ISABELLE, à Léandre
Ah ! Vous n'y pensez pas qu'allez-vous entreprendre.ISABELLE, en fuyant
Juste ciel !Octave et Léandre se battent, Scaramouche et Mezzetin par leurs postures et leurs grimaces témoignent la peur qu'ils ont.
SCARAMOUCHE
Patatrouf, tirez un peu plus bas, Messieurs je vous conjure, et ne me blessez pas.Léandre blesse Octave au bras et voyant venir de la lumière Léandre se retire de l'autre côté.
Patatrouf : mot inconnu assimilable à patatras.
SCÈNE X. Le Docteur, Géronte, tenant des chandeliers d'argent qu'ils posent sur la table.
MEZZETIN, faisant le brave à contretemps
Le coquin a bien fait de décamper sur l'heure Car j'allais le percer au gésier ou je meurs.Octave lie son mouchoir à son bras.
Les deux vers suivants ne devraient pas rimer ensemble, on ne peut marier ensemble une rime féminine et une rime masculine.
MEZZETIN, voyant Octave blessé
Ciel ! Mon maître est blessé, qu'il n'y revienne pas, Car il verra beau jeu.OCTAVE
La blessure est légère.SCÈNE XI. Léonore, d'un côté, Isabelle de l'autre, Octave, Le Docteur, Géronte, Mezzetin, Scaramouche.
ISABELLE, se mettant à genoux devant le Docteur
Mon père devant vous vous voyez Isabelle D'un amour violent victime trop fidèle, En vain vous prétendez gêner ma rendre ardeur Je ne puis obéir ni contraindre mon coeur, J'avouerai que Léandre est l'objet de ma flamme Que cet amant a su triompher de mon âme, Et que malgré les lois d'un austère devoir, Je ne reconnais plus votre absolu pouvoir. Ne me refusez point la grâce que j'implore, Je ne veux que Léandre, oui c'est lui que j'adore, Et si vous refuser d'unir mon sort au sien Je regarde la mort comme un souverain bien.LÉONORE, à genoux devant Géronte
Mon père puisqu'il faut qu'à mon tour je m'explique, Je ne subirai point une loi tyrannique, Souffrez que résistant à cet ordre inhumain Je refuse à Léandre et mon coeur et ma main. Octave a seul trouvé le secret de me plaire, Et mes yeux parleraient quand je voudrais me taire, Ne vous opposez point à mes voeux les plus doux Et ne me forcez pas à prendre un autre époux.GÉRONTE
Comment c'est donc ainsi que tu trompes ton père ? Coquine, peut s'en faut que ma juste colère...Il lève sa canne.
OCTAVE, l'arrêtant
Ah : De grâce, arrêtez, modérez ce transport Vous n'êtes plus, Monsieur, le maître de son sort, Et quand vous offensez la beauté qui m'engage, C'est sur moi qu'à présent retombe tout l'outrage.MEZZETIN
Attendez-la sous l'orme Vous n'êtes tous deux pères que pour la forme.Attendez moi sous l'orme est une expression pour signifier qu'on y sera pas. C'est aussi le titre d'une pièce de Jean-François Régnard (1694)
LE DOCTEUR
Mais où donc est Léandre ?ARLEQUIN, se faisant voir sous la table
Hélas je suis ici.ARLEQUIN
Qui moi, je me promène.OCTAVE, mettant l'épée à la main
Allons il faut combattre une seconde fois.ARLEQUIN, tremblant
Oh je ne me bats pas si souvent que je bois Je suis trop fatigué, dispensez-moi de grâce, Vous vous repentiriez, mon cher, de votre audace.ARLEQUIN
Ma foi c'est que j'ai peur.LE DOCTEUR
Mais vous l'avez blessé, le devoir vous engage À faire de nouveau briller votre courage, Ne le refusez pas.GÉRONTE
Au bras.SCÈNE XII. Colombine, Pierrot, Le Docteur, Géronte, Octave, Isabelle, Léonore, Arlequin, Mezzetin, Scaramouche.
ARLEQUIN, faisant semblant de ne pas voir, Colombine s'adresse à Octave
Mon cher n'en parlons plus.PIERROT, à Arlequin
Ma femme parle à vous, Monsieur le Gentilhomme, Il est temps ou jamais d'acquitter cette somme, Lorsque vous aviez l'air d'un pauvre marmiton Pierrot vous tutoyait et jouait du bâton, Mais puisque depuis peu vous avez fait fortune.COLOMBINE
Le tour est fort pasquin, Avez-vous oublié qu'on vous nomme Arlequin Que je vous ai nourri dans mon hôtellerie, Et que vous me devez ...Pasquin : Statue fort tronquée et mutilée qui est à Rome à un coin du Palais des Ursins. Se dit parmi nous d'une satire courte et plaisante. [T]
GÉRONTE
Vous vous trompez ma mie.SCARAMOUCHE
La mèche se découvre.PIERROT
Monsieur Léandre et fi, vous vous gausser de nous, Et c'est trop honorer le Syndic des Filous, C'est Arlequin, vous dis-je.ARLEQUIN
Ôhimé, je frissonne.GÉRONTE, à Arlequin
Vous ne répondez rien ce silence m'étonne.ARLEQUIN, à Scaramouche
Mon valet donnez-lui quelques coups de bâton.SCARAMOUCHE, en se moquant de lui
Oh ! Ce n'est plus le temps Monsieur le marmiton.MEZZETIN
Tu n'oserais, je gage.PIERROT
Je n'oserais, morgué je suis entreprenant.Pierrot et Colombine déshabillent Arlequin qui reste en chemise.
Il a justement l'air d'un carême-prenant.Carême-prenant : Le jour du mardi qui précède le carême et quelquefois tout le temps du carnaval depuis les rois. (...) On appelle aussi des Carêmes-prenants, des gens du peuple qui se masquent de façon ridicules, et qui courent les rues. [F]
GÉRONTE
Je suis tout hors de moi.SCÈNE XIII. Léandre, Géronte, Le Docteur, Isabelle, Léonore, Octave, Arlequin, Pierrot, Colombine, Mezzetin, Scaramouche.
LÉANDRE, à Géronte
Vous avez trop longtemps été par moi trompé, Je prétends qu'à vos yeux tout soit développé, L'erreur était trop grande, il ne faut plus rien taire, Je vais en peu de mots éclaircir ce mystère. C'est moi qui suis Léandre, épris de cet objet,En montrant Isabelle.
Mon coeur depuis dix jours, brûle d'un feu secret ; Cet autre est Arlequin un pauvre misérable, . . . . . . . . . . . . . . Qui l'avait attiré chez Monsieur le Docteur.Le vers suivant n'a pas de rime correspondant.
ARLEQUIN
Je vous l'avais bien dit que j'étais crocheteur, Est-ce ma faute à moi vous n'en vouliez rien croire, Mais, Monsieur s'il vous plaît, achevez votre histoire.LÉANDRE
Près de cette beauté l'amour m'avait conduit, Arlequin quelque temps fut caché sous un lit, Dans cet appartement le Docteur vint se rendre, Et comme il aurait pu près d'elle me surprendre Je voulus me cacher.ARLEQUIN
Pour moi j'étais dessous Lui derrière, d'abord le Docteur vient à nous Il me voit, ma figure l'épouvante, Léandre en est surpris, à lui je me présente,En montrant Léandre.
Je fais de mes malheurs un fidèle récit, Ensuite il me contraint de prendre son habit J'ai beau lui résister et faire la grimace, Je ne puis réussir, il jure, me menace, Il faut lui obéir pour éviter les coups.Au Docteur.
Vous le faites sortir moi je reste chez vous Caché derrière un lit par malheur j'éternue, Sous cet habit doré je m'offre à votre vue, Vous me faites fouiller par Messieurs vos valets Que pour bien m'étriller faisaient de grands apprêts. Vous trouvez une lettre et me nommez Léandre, Vous voulez malgré moi me faire votre gendre Moi je consens à tout pour n'être point battu, Car je m'en souciais autant que d'un fétu, Géronte ne veut pas que j'épouse Isabelle, Et pour femme prétends me donner cette belle.En montrant Léonore.
On me met en prison, et l'on m'en fait sortir, Au désir du vieillard je feins de consentir, Bref jusqu'à présent j'ai passé pour Léandre, Mais je suis Arlequin ne me faites pas pendre, Messieurs, car après tout en serez-vous plus gras.OCTAVE
Un plus aimable noeud m'attache à Léonore. Et vous n'ignorez pas Monsieur, que je l'adore Ainsi n'en parlons plus mon feu vous est connu, Je ne veux point d'un coeur par un autre obtenu.ISABELLE, au Docteur
Pourquoi vouloir contraindre une flamme si belle Déclarez-vous mon père en faveur d'Isabelle, Je vous ai découvert mes tendres sentiments, Hâtez-vous de répondre à mes empressements.LÉONORE, à Géronte
À mes justes désirs serez-vous inflexible, Ne gênez point mes feux et montrez-vous sensible, Mon père de vous seul dépend tout mon bonheur Ne tyrannisez point une fidèle ardeur.PIERROT
Cela me fait pitié, car j'ai le coeur fort tendre.À Géronte.
Bonhomme mollissez il est temps de se rendre.LE DOCTEUR
Ne nous obstinons point à troubler leurs plaisirs. Géronte unissons-les au gré de leurs désirs, Un coeur que l'on contraint souffre de rudes peines, L'hymen ne doit avoir que d'agréables chaînes Imitez mon exemple et daignez en ce jour Par un heureux lien satisfaire l'amour.GÉRONTE
Octave s'en est fait je vous reçois pour gendre, Mais je veux qu'à l'instant, vous embrassiez Léandre.OCTAVE
À votre volonté je m'accorde aisément, Et je veux lui jurer par cet embrassement...Il va pour embrasser Léandre.
ARLEQUIN, se présentant à Octave
Je vous suis redevable autant qu'on le peut être.ARLEQUIN
Morbleu qu'il a d'esprit.PIERROT, à Léandre
Cela suffit, Monsieur, la caution est bonne.ARLEQUIN, à Léandre
Les cinquante louis, Monsieur.LE DOCTEUR, à Géronte
Célébrons, cher ami, ce double mariage, Que les jeux, les plaisirs ici s'assemblent tous, Rions, chantons, dansons et réjouissons-nous.SCÈNE XIV.
Le théâtre change, et représente un jardin délicieux, orné de Berceaux, les violons jouent une marche, des Bergers et des Bergères entrent avec la Chanteuse.
LA CHANTEUSE
Tous les Bergers de nos hameaux Sont tendres et fidèles, Aux Bergères sous les ormeaux, Ils jurent chaque jour des ardeurs éternelles, Ils n'ont jamais de maîtresses nouvelles, Et leurs feux sont toujours nouveaux.Un Berger danse avec une Bergère.
Un jeune Berger l'autre jour, Avec la voix accordait sa musette, Il me vit et je sus l'enflammer à son tour, Il ne chantait que l'amourette, Et je lui fis chanter l'amour.Deux Bergers et deux Bergères forment une danse.
Qu'une femme soit nouvelle, Et s'attache à plaire sans fard, Qu'une maîtresse soit fidèle, Cela peut-être par hasard.OCTAVE
Qu'un petit maître qui soupire, Et tient une belle à l'écart, Obtienne tout ce qu'il désire, Cela peut-être par hasard.PIERROT
Qu'une femme dans son ménage Fasse quelque petit bâtard, Après deux ans de mariage, Cela peut-être par hasard.MEZZETIN
Qu'un homme qui sait bien écrire Devienne opulent tôt ou tard, Et que de la crasse il se tire, Cela peut être par hasard.1 543 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica