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un seul est le mot juste.

Parodie en vers et en prose· Parodie de l'opéra d'Hypermnestre

La Bonne Femme

Dominique, Jean-Antoine Romagnesi· créée en 1726, imprimée en 1738· 412 vers· 12 personnages

Représentée pour la première fois sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, par les Comédiens italiens ordinaires du Roi, le 10 août 1726.

Personnages

  • DANAÜS
  • HYPERMNESTRE
  • LYNCÉE
  • ARCAS
  • L'OMBRE DE GÉLANOR
  • LE GRAND PRÊTRE d'ISIS
  • UN PAYSAN
  • CHOEUR d'ÉGYPTIENS
  • CHOEUR d'ARGIENS
  • DANSEUSES EN MATELOTS ET MATELOTES
  • UNE MATELOTE
  • LA BONNE FEMME

ACTE UNIQUE

SCÈNE I. Danaüs, Arcas.

ARCAS

Air : Sais-tu la différence

Deux illustres familles, Apaisent leur courroux, Tuchoux ; Et vos cinquante filles Trouvent cinquante époux, Tuchoux, Tous Princes et bons drilles, Tuchoux, Ah, quel bonheur pour vous !

Que ce jour est heureux !

Drille : Méchant soldat. Il ne se dit que par mépris et par raillerie. Se dit aussi de tout autre malheureux qui porte l'épée, quoiqu'il ne soit point enrôlé. [F]

ARCAS

Ne sont-ils pas vos neveux ?

DANAÜS

Oui.

ARCAS

Par conséquent, vos filles sont leurs cousines ?

DANAÜS

Hé bien.

ARCAS

Hé bien.

Fin de l'air : Compère et commère

Cousins et cousines Sont faits pour s'aimer, Et pour s'entre-couronner.

Mais, Seigneur, si cette alliance vous faisait tant de peine, que ne refusiez-vous la paix ?

DANAÜS

Oui, mais c'est moi qui l'ai tué.

ARCAS

Bon, ne fallait-il pas toujours qu'il mourut ? Mais on vient...

SCÈNE II. Hypermnestre, Danaüs.

HYPERMNESTRE

Air : Pourquoi vous en prendre à moi.

À quoi vous amusez-vous, Mon père, mon père ? Nous attendons nos époux, Est-ce dans un cimetière Qu'on forme des noeuds si doux ? À quoi, etc.

Venez, venez, fuyez ces lieux tristes, et lugubres qui redoublent votre peine.

HYPERMNESTRE

N'ayez aucune peur.

Air : Que je chéris mon cher voisin.

De vos neveux la quantité, La valeur, l'alliance, Du trône où vous êtes monté Affermit la puissance.

Songez qu'ils sont cinquante, quoiqu'on n'en parle point à l'Opéra.

Air : Allons gai.

Par un destin prospère, Avant qu'il soit deux ans, Vous vous verrez grand-père D'un régiment d'enfants. Allons gai, d'un air gai, toujours gai.

DANAÜS

J'attends mes gendres avec impatience. J'ai promis Lyncée à votre amour, je vous tiendrai parole.

HYPERMNESTRE

Il parut ici par l'ordre d'Égyptus ; vous me vantâtes son mérite, et vous m'ordonnâtes de l'aimer, je ne balançai pas un moment à exécuter vos ordres.

Air : Quand le péril est agréable.

Mon soin d'abord fut de lui plaire, Il fut l'objet de mes amours, Car une fille doit toujours Obéir à son père.

Mais quand je vous vois si fort enseveli dans la tristesse, est-il quelque bonheur pour moi ?

DANAÜS

Oh, ma foi, je n'ai pas envie de rire.

DANAÜS

Ce n'est pas là tout, écoutez le reste.

Air : L'autre nuit j'aperçus en songe.

Les dieux l'ont armé de la foudre, Soigneux de venger son trépas. J'ai vu mon trône en mille éclats, Et mon palais réduit en poudre.

HYPERMNESTRE

Air : Ami, qui l'aurait pu croire.

Mon père, pouvez-vous dire Qu'on aime à rire Chez les morts ?

DANAÜS

Ma fille, retirez-vous, et laissez-moi.

HYPERMNESTRE, en s'en allant

En vérité, le bonhomme radote !

SCÈNE III. Marche des danseurs, en longs manteaux noirs et crêpes, qui portent des plats devant le tombeau de Gélanor.

Après qu'on a dansé.

LE CHOEUR

Honorons, Célébrons, Et sa gloire Et sa mémoire. Que nos jeux, que nos chants Lui fassent passer le temps.

Après les danses, le soleil s'éclipse, la terre tremble.

L'OMBRE, en rentrant dans son tombeau

On vous en ratisse, tisse, tisse, On vous en ratissera.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Hypermnestre, troupe de matelots et matelotes

HYPERMNESTRE

Que ne vous dois-je point, mes chers enfants ? Voilà ce qui s'appelle être bien secondée. Lyncée ne peut manquer d'arriver lorsque tout un peuple l'appelle... Mais n'est-ce pas lui que j'aperçois... Ô ciel ! En quel état s'offre-t-il à mes yeux ?

SCÈNE VI. Lyncée, les acteurs de la scène précédente.

On voit Lyncée qui traverse les flots à la nage, il est en chemise.

LYNCÉE

Air : Ça du vin, mettons-nous en train.

Ça Fanchon, Mon petit bouchon, Ça ma chère Faites faire Du feu car j'ai le frisson.

HYPERMNESTRE

Air : Ma fable est-elle obscure lure lure.

Tout parle ici de votre amour extrême, Mon tendre coeur n'a rien à désirer.

HYPERMNESTRE et LYNCÉE, ensemble

Air : Par bonheur ou par malheur.

Sort heureux, aimable jour, Vous augmentez mon amour En finissant mes alarmes.

LYNCÉE

Oh ! Finissez, s'il vous plaît, vous m'étourdissez. J'ai bien autre chose à faire que de vous entendre brailler, allons chercher le Roi, mon futur beau-père.

SCÈNE VII. Danaüs, Hypermnestre, Lyncée.

DANAÜS

Ah ! Mon gendre vous voilà ? Soyez le bien venu : vous avez bien tardé.

Air : Laire laire laire.

Vos frères plus impatients N'ont pas attendu si longtemps, Ils ont déjà conclu l'affaire, Laire, laire, laire, etc.

LYNCÉE

Malepeste ! Ils étaient bien pressés.

Air : Un amant avec ce qu'il aime.

Beau-père, on ne doit pas si vite Prononcer ce funeste mot, Car le mariage est un gîte Où l'on n'arrive que trop tôt.

DANAÜS

Air : Quel plaisir d'aimer sans contrainte.

Au temple l'Hymen vous appelle.

HYPERMNESTRE, à Lyncée

Entrez-y donc.

SCÈNE VIII. Le grand prêtre, ministres, et prêtresses.

Le théâtre change et représente le temple d'Isis avec la statue de cette déesse. Après la danse, Danaüs, Hypermnestre, Lyncée, arrivent.

LE CHOEUR

Que toujours, etc.

On approche l'autel de l'Hymen où Hypermnestre et Lyncée posent la main, le grand prêtre reçoit leur serment.

HYPERMNESTRE

Air : Amis sans scrupule

De ma vive flamme Hymen soit le garant.

DANAÜS

Allons, qu'on ouvre les portes du temple, et que tout le monde y entre pèle-mêle.

SCÈNE IX. Les acteurs de la scène précédente, paysans, paysannes qui entrent dans le temple.

LE CHOEUR

Gai, gai, gai.

On danse.

SCÈNE X. Arcas, les susdits.

LYNCÉE, en s'en allant

Le beau-père est un peu poltron.

SCÈNE XI. Danaüs, Hypermnestre.

DANAÜS

Sortez tous, et vous ma fille demeurez.

À part.

Je ne sais comment elle recevra le beau compliment que je vais lui faire.

Air : Mais surtout prenez bien garde.

Quoique les liens les plus doux Vous attachent à votre époux, Vous devez votre affection À votre cher papa mignon.

DANAÜS

Elle doit armer votre bras.

HYPERMNESTRE

Écoutez celui-ci, il vous fera trembler.

Elle met sa main sur l'autel.

Air : Charivari.

Malgré le respect sincère Que j'ai pour toi, Si je ne venge mon père, Hymen fais-moi Manquer de foi dès aujourd'hui À mon mari.

DANAÜS

En vérité, voilà un terrible serment !

Il lui présente un poignard.

Air : Contre un engagement.

Du plus funeste sort Ma tête est menacée, Pour empêcher ma mort Va percer...

HYPERMNESTRE

Qui ?

DANAÜS

Lyncée.

DANAÜS

L'ombre de Gélanor m'a prédit tantôt qu'un des fils d'Égyptus me ravirait la vie, et la couronne. Vos soeurs n'ont pas fait tant de difficulté, elles sont bien plus résolues que vous.

Air : Quand on a prononcé ce malheureux oui

Elles vont dans la nuit m'immoler mes victimes.

HYPERMNESTRE

Hélas !

HYPERMNESTRE, en s'en allant

Mon cher père tarare, Pompon.

SCÈNE XII.

DANAÜS, seul

Va, va, j'ai pris se si justes mesures que Lyncée ne pourra se soustraire à ma fureur. La nuit favorisera mon projet.

Air : Quand on tient de ce jus d'octobre.

J'ai su m'assurer ma vengeance. En vain l'amour retient tes coups, On va dans l'ombre et le silence, Partout assiéger ton époux.

SCÈNE XIII.

HYYPERMNESTRE, seule avec un poignard

Le théâtre change et représente la façade du palais de Danaüs, une nuit très obscure règne sur le théâtre.

Air : Depuis que j'ai vu Nanette.

Justes dieux ! Que dois-je faire ? Quoi ! cédant à son courroux, Mes soeur par l'ordre d'un père Assassinent leurs époux. Ô nuit de tes voiles sombres Quel est le fatal secours ? Toi qui ne devais tes ombres Qu'au triomphe des amours.

SCÈNE XIV. Lyncée avec une lanterne sourde, Hypermnestre.

LYNCÉE

Où diable trouverai-je ma femme ? Je la cherche partout... Si je ne me trompe, je crois que c'est vous, ma mignonne ?

Air : J'ai fait à ma maîtresse.

Doux objet de ma flamme Je vous retrouve enfin...

Il aperçoit le poignard.

Mais, que vois-je ?... Ma femme, Quel est votre dessein ? Cet instrument, ma mie, N'est guère de mon goût. N'auriez-vous point envie De faire un mauvais coup ?

HYPERMNESTRE

Que lui dirai-je ?... Croyez-moi, Lyncée, éloignez-vous de ces lieux, fuyez-moi de grâce.

LYNCÉE

Moi vous fuir !... Vous n'y pensez pas.

Air : La verte jeunesse.

Par ma foi j'ignore Pour quelle raison, Je ne suis encore Mari que de nom. Il faudrait, Madame, À vous parler net, Pour quitter ma femme, L'être tout à fait.

Mais que veut dire ceci ? Vous me parlez par énigme, expliquez-vous mieux.

LYNCÉE, l'arrêtant

Air.

Turlututu rengaine, rengaine, Rengaine ton couteau.

Que diable voulez-vous faire ?

Air : Je n'saurais.

Quoi, tu prétends, assassine, Te percer de part en part ?

SCÈNE XV. Troupe d'Égyptiens, les susdits.

CHOEUR DES ARGIENS, derrière le théâtre

Air : Je suis un bon soldat.

Portons dans le combat, Titata, L'horreur et le carnage. Que Lyncée abattu Tututu, Cède à notre courage.

LYNCÉE

Comment morbleu ! On parle de moi. Ah ! Chien de beau-père, vous faites donc des vôtres ! Tout à l'heure nous allons voir beau jeu : mes amis commencez toujours.

HYPERMNESTRE

Où allez-vous donc, mon cher époux ?

LYNCÉE

Je vais boire un coup.

Lyncée sort. On sonne la charge, le combat se fait entre les Égyptiens et les Argiens. À la fin, Lyncée arrive avec un grand bâton et les repousse.

SCÈNE XVI.

SCÈNE XVII. Lyncée victorieux, Hypermnestre.

LYNCÉE

Air : Il faut quand l'Amour nous presse.

Décampons avec vitesse, Suivez-moi, mon petit coeur. Du combat je reviens vainqueur : Belle Princesse, Ma foi l'on a bien du bonheur Quand on adresse.

Il aperçoit Danaüs soutenu par deux gardes.

Mais que vois-je ! Vous verrez que j'aurais tué le beau-père.

SCÈNE XVIII. Danaüs soutenu par des gardes, Hypermnestre, Lyncée.

HYPERMNESTRE

Fin de l'air : Réjouissez-vous bons Français.

Grands dieux ! quel horrible spectacle ! Ta main vient d'accomplir l'oracle.

LYNCÉE

Allez-y toujours devant, mon cher papa.

Air : Et zeste, zeste, zeste

Grands dieux, quelle fureur !

412 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica