Parodie en vers et en prose· Parodie de l'opéra d'Hypermnestre
La Bonne Femme
Représentée pour la première fois sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, par les Comédiens italiens ordinaires du Roi, le 10 août 1726.
Personnages
- DANAÜS
- HYPERMNESTRE
- LYNCÉE
- ARCAS
- L'OMBRE DE GÉLANOR
- LE GRAND PRÊTRE d'ISIS
- UN PAYSAN
- CHOEUR d'ÉGYPTIENS
- CHOEUR d'ARGIENS
- DANSEUSES EN MATELOTS ET MATELOTES
- UNE MATELOTE
- LA BONNE FEMME
ACTE UNIQUE
SCÈNE I. Danaüs, Arcas.
ARCAS
Air : Sais-tu la différence
Deux illustres familles, Apaisent leur courroux, Tuchoux ; Et vos cinquante filles Trouvent cinquante époux, Tuchoux, Tous Princes et bons drilles, Tuchoux, Ah, quel bonheur pour vous !Que ce jour est heureux !
Drille : Méchant soldat. Il ne se dit que par mépris et par raillerie. Se dit aussi de tout autre malheureux qui porte l'épée, quoiqu'il ne soit point enrôlé. [F]
DANAÜS
Air : Je jure par tes yeux.
Pas tant que tu le dis. Pas tant que tu le dis. Un frère chicaneur me chassa de Memphis, Et me force en ces lieux à couronner ses fils.ARCAS
Ne sont-ils pas vos neveux ?
DANAÜS
Oui.
ARCAS
Par conséquent, vos filles sont leurs cousines ?
DANAÜS
Hé bien.
ARCAS
Hé bien.
Fin de l'air : Compère et commère
Cousins et cousines Sont faits pour s'aimer, Et pour s'entre-couronner.Mais, Seigneur, si cette alliance vous faisait tant de peine, que ne refusiez-vous la paix ?
DANAÜS
Air : Pierre Bagnolet.
Pouvais-je soutenir la guerre, Et ne sais-tu pas comme moi, Que la moitié de la terre D'Égyptus reconnaît la loi ? Voilà pourquoi,bis Je n'ai pu soutenir la guerre, Parce qu'il est plus fort que moi.Il a plus de soldats que je n'ai de sujets, et quels sujets !
Air : Quand la bergère vient des champs.
Ils se ressouviennent encor De Gélanor.ARCAS
Ils ont grand tort. Ne savent-ils pas qu'il est mort, Et que tout ombre Du palais sombre Jamais ne sort.DANAÜS
Oui, mais c'est moi qui l'ai tué.
ARCAS
Bon, ne fallait-il pas toujours qu'il mourut ? Mais on vient...
SCÈNE II. Hypermnestre, Danaüs.
HYPERMNESTRE
Air : Pourquoi vous en prendre à moi.
À quoi vous amusez-vous, Mon père, mon père ? Nous attendons nos époux, Est-ce dans un cimetière Qu'on forme des noeuds si doux ? À quoi, etc.Venez, venez, fuyez ces lieux tristes, et lugubres qui redoublent votre peine.
DANAÜS
Air : Sois complaisant, affable, débonnaire.
D'un doux regard Le ciel nous favorise, Mais de sa part Je crains encor la crise. Car Quand on fait une sottise, On la paye tôt ou tard.HYPERMNESTRE
N'ayez aucune peur.
Air : Que je chéris mon cher voisin.
De vos neveux la quantité, La valeur, l'alliance, Du trône où vous êtes monté Affermit la puissance.Songez qu'ils sont cinquante, quoiqu'on n'en parle point à l'Opéra.
Air : Allons gai.
Par un destin prospère, Avant qu'il soit deux ans, Vous vous verrez grand-père D'un régiment d'enfants. Allons gai, d'un air gai, toujours gai.DANAÜS
J'attends mes gendres avec impatience. J'ai promis Lyncée à votre amour, je vous tiendrai parole.
HYPERMNESTRE
Il parut ici par l'ordre d'Égyptus ; vous me vantâtes son mérite, et vous m'ordonnâtes de l'aimer, je ne balançai pas un moment à exécuter vos ordres.
Air : Quand le péril est agréable.
Mon soin d'abord fut de lui plaire, Il fut l'objet de mes amours, Car une fille doit toujours Obéir à son père.Mais quand je vous vois si fort enseveli dans la tristesse, est-il quelque bonheur pour moi ?
DANAÜS
Oh, ma foi, je n'ai pas envie de rire.
HYPERMNESTRE
Quel nouveau chagrin peut encore vous agiter ?
Air : Diablezot.
Ma fille j'ai vu cette nuit De Gélanor l'ombre implacable, Dans ma chambre il a fait grand bruit, D'une voix rauque et formidable, Arrête, arrête, m'a-t-il dit.HYPERMNESTRE
Croyez-vous que Pluton renvoie Les morts qu'il tient dans son cachot ? L'Achéron lâche-t-il sa proie ? Diable zot.DANAÜS
Ce n'est pas là tout, écoutez le reste.
Air : L'autre nuit j'aperçus en songe.
Les dieux l'ont armé de la foudre, Soigneux de venger son trépas. J'ai vu mon trône en mille éclats, Et mon palais réduit en poudre.DANAÜS
Air : La Serrure.
Je vais lui donner une fête, Ce spectacle sera nouveau. Allons, enfants, que l'on s'apprête À l'amuser dans son tombeau.HYPERMNESTRE
Air : Ami, qui l'aurait pu croire.
Mon père, pouvez-vous dire Qu'on aime à rire Chez les morts ?DANAÜS
Ma fille, retirez-vous, et laissez-moi.
HYPERMNESTRE, en s'en allant
En vérité, le bonhomme radote !
SCÈNE III. Marche des danseurs, en longs manteaux noirs et crêpes, qui portent des plats devant le tombeau de Gélanor.
Après qu'on a dansé.
DANAÜS
Air : Ô reguingué.
Ombre d'un Prince infortuné Que j'ai moi-même assassiné, Ô reguingué, ô lon lan la, Soyons amis, plus de querelle, Pardonne cette bagatelle.Fin de l'air : Revenant de Lorette.
Honorez, Célébrez, Et sa gloire Et sa mémoire. Que nos jeux, que nos chants Lui fassent passer le temps.LE CHOEUR
Honorons, Célébrons, Et sa gloire Et sa mémoire. Que nos jeux, que nos chants Lui fassent passer le temps.Après les danses, le soleil s'éclipse, la terre tremble.
UN DU CHOEUR
Air : Je ne suis né ni roi, ni prince.
Le jour pâlit ! la terre tremble ! Quel pouvoir contre nous rassemble, Et confond tous les éléments ? Quels sifflements ! L'ombre cruelle Reçoit nos divertissements Tout comme une pièce nouvelle.Tout le peuple fuit. L'ombre de Gélanor sort de son tombeau.
L'OMBRE
Air : Or écoutez petits et grands.
Tous tes regrets sont superflus, Bientôt un des fils d'Égyptus, Pour me venger de ton audace, Tyran, va régner en ta place. Mon sang fut répandu par toi, Il versera le tien pour moi.DANAÜS
Air : On vous en ratisse.
Que mon coeur est agité ! Ah ! par cette obscurité, Tu redoubles mon supplice, Dis-moi donc qui me tuera.DANAÜS
Air : Comment faire.
Ombre inhumaine expliquez-vous, Sur qui doivent tomber mes coups ? Dans une telle pépinière, Il s'agit de développer Celui que ma main doit frapper, Comment faire ?Air : Quand je tiens de ce jus d'octobre
Voyez la plaisante vétille, Je n'ai pour sortir d'embarras Qu'à tuer toute la famille, Et je ne m'y tromperai pas.SCÈNE IV.
HYPERMNESTRE, seule
Le théâtre change, et représente une mer agitée.
Air : Sortez de vos retraites.
Ah ! quel affreux orage, Cessez vents furieux D'exercer votre rage Sur l'objet de mes feux. Dans vos grottes profondes Rentrez en ce moment, Doux Zéphirs sur les ondes, Conduisez mon amant.Que je suis heureuse ! La tempête cesse.
Air.
Le temps est calme, et le vent doux, Dépêchez-vous, Mon cher époux. L'Hymen nous attend au port, Pour vous y faire un heureux sort. Ce dieu dans ce jour D'accord avec l'Amour Va couronner l'ardeur qui nous presse, Faisons sur ces bords, Éclater nos transports, Et que nos tendres désirs, Comblés par les plaisirs, Dans nos coeurs renaissent sans cesse.SCÈNE V. Hypermnestre, troupe de matelots et matelotes
HYPERMNESTRE
Air : Y avance, y avance.
Viens promptement, jeune héros, Hâte-toi, traverse les flots, L'Amour veut de la diligence.HYPERMNESTRE
Que ne vous dois-je point, mes chers enfants ? Voilà ce qui s'appelle être bien secondée. Lyncée ne peut manquer d'arriver lorsque tout un peuple l'appelle... Mais n'est-ce pas lui que j'aperçois... Ô ciel ! En quel état s'offre-t-il à mes yeux ?
SCÈNE VI. Lyncée, les acteurs de la scène précédente.
On voit Lyncée qui traverse les flots à la nage, il est en chemise.
LYNCÉE
Air : Ça du vin, mettons-nous en train.
Ça Fanchon, Mon petit bouchon, Ça ma chère Faites faire Du feu car j'ai le frisson.LYNCÉE
Des poissons l'humide canaille, Les huitres à l'écaille, De moi tout était jaloux. Mais enfin, L'Amour bien plus fin M'a malgré l'orage, Conduit à la plage, Je promets... De n'en dériver jamais.HYPERMNESTRE
Air : Ma fable est-elle obscure lure lure.
Tout parle ici de votre amour extrême, Mon tendre coeur n'a rien à désirer.HYPERMNESTRE
Mon cher amant, croyez-vous qu'elle dure ? Lure, lure, lure. Oh ! sans doute, elle durera Autant qu'à l'Opéra.HYPERMNESTRE et LYNCÉE, ensemble
Air : Par bonheur ou par malheur.
Sort heureux, aimable jour, Vous augmentez mon amour En finissant mes alarmes.LE CHOEUR
Sort heureux, aimable jour.LYNCÉE
Oh ! Finissez, s'il vous plaît, vous m'étourdissez. J'ai bien autre chose à faire que de vous entendre brailler, allons chercher le Roi, mon futur beau-père.
HYPERMNESTRE
Air : Je n'aimerai jamais que vous.
Déjà vos frères et mes soeurs Se jurent dans le temple Les plus sincères ardeurs, Suivons leur exemple.SCÈNE VII. Danaüs, Hypermnestre, Lyncée.
DANAÜS
Ah ! Mon gendre vous voilà ? Soyez le bien venu : vous avez bien tardé.
Air : Laire laire laire.
Vos frères plus impatients N'ont pas attendu si longtemps, Ils ont déjà conclu l'affaire, Laire, laire, laire, etc.LYNCÉE
Malepeste ! Ils étaient bien pressés.
Air : Un amant avec ce qu'il aime.
Beau-père, on ne doit pas si vite Prononcer ce funeste mot, Car le mariage est un gîte Où l'on n'arrive que trop tôt.HYPERMNESTRE, à Lyncée
Entrez-y donc.LYNCÉE
Je vous suis, ma belle.SCÈNE VIII. Le grand prêtre, ministres, et prêtresses.
Le théâtre change et représente le temple d'Isis avec la statue de cette déesse. Après la danse, Danaüs, Hypermnestre, Lyncée, arrivent.
LE GRAND PRÊTRE
Air : J'offre ici mon savoir faire.
Sur cet autel qu'on révère, Isis recevez les serments, Que toujours y font les amants, Et plus souvent ne tiennent guère.LE CHOEUR
Que toujours, etc.On approche l'autel de l'Hymen où Hypermnestre et Lyncée posent la main, le grand prêtre reçoit leur serment.
DANAÜS
Allons, qu'on ouvre les portes du temple, et que tout le monde y entre pèle-mêle.
SCÈNE IX. Les acteurs de la scène précédente, paysans, paysannes qui entrent dans le temple.
UN PAYSAN
Air : Gai, gai, gai, Madame la mariée.
Gai, gai, gai, Madame la mariée. Bon, bon, Je sommes ravis tatigué, De vous voir si bien accouplée.UNE BERGÈRE
Air : Menuet d'Hypermnestre
À l'Amour, En ce jour, Rendons tous hommage. Quelle douceur ! Quand ce vainqueur Nous engage, Livrons-nous À ses coups. Jeunes coeurs hâtez-vous, Il ne veut votre encens Que dans vos beaux ans.On danse.
SCÈNE X. Arcas, les susdits.
ARCAS
Air : Lanturlu.
Que votre présence calme les mutins, Voyez l'insolence De tous ces coquins. Pendant que l'on danse Ils nous rossent tant et plus, Lanturlu, lanturlu, lanturlu.DANAÜS
Air : Talaleri, talaleri, talalerire.
Sur moi leur injuste vengeance Poursuit le sang de Gélanor, Mais c'est en vain que ma clémence Voudrait les épargner encor. Ah ! morbleu, nous allons bien rire Talaleri, talaleri, talalerire.LYNCÉE
Air : Ce n'est point par effort qu'on aime.
De vous, que j'obtienne une grâce, Souffrez qu'en cette occasion, Sur cette vile populace, Je fasse une belle action.LYNCÉE, en s'en allant
Le beau-père est un peu poltron.SCÈNE XI. Danaüs, Hypermnestre.
DANAÜS
Sortez tous, et vous ma fille demeurez.
À part.
Je ne sais comment elle recevra le beau compliment que je vais lui faire.
Air : Mais surtout prenez bien garde.
Quoique les liens les plus doux Vous attachent à votre époux, Vous devez votre affection À votre cher papa mignon.HYPERMNESTRE
Vraiment, je le sais mon père.DANAÜS
Écoutez-moi donc. (bis)Air : Que je chéris, mon cher voisin
Ma fille, l'on a résolu D'immoler votre père. J'ai besoin de votre vertu.HYPERMNESTRE
Et qu'en voulez-vous faire ?DANAÜS
Elle doit armer votre bras.
HYPERMNESTRE
Air : Le beau berger Tircis.
Sachons sur qui je dois Exercer mon courage. Sans différer nommez-moi L'ennemi qui vous outrage.HYPERMNESTRE
Air : Dedans nos bois il y a un ermite.
Quoi ! Vous pouvez soupçonner ma faiblesse ? Seigneur, si du serment Que dans ce jour j'ai fait à la déesse, Vous n'êtes pas content, Pour vous prouver mon amitié sincère, Je vais encor faire, Moi Je vais encor faire.DANAÜS
Air : Ah ! qu'il est beau l'oiseau.
À vous parler sincèrement, (bis) Je crains que le second serment N'ennuie, n'ennuie. Jamais on en fit tant En Normandie.HYPERMNESTRE
Écoutez celui-ci, il vous fera trembler.
Elle met sa main sur l'autel.
Air : Charivari.
Malgré le respect sincère Que j'ai pour toi, Si je ne venge mon père, Hymen fais-moi Manquer de foi dès aujourd'hui À mon mari.DANAÜS
En vérité, voilà un terrible serment !
Il lui présente un poignard.
Air : Contre un engagement.
Du plus funeste sort Ma tête est menacée, Pour empêcher ma mort Va percer...HYPERMNESTRE
Qui ?DANAÜS
Lyncée.HYPERMNESTRE
Quelle loi sanguinaire, Hélas, m'imposez-vous ! Me convient-il, mon père, De tuer mon époux !DANAÜS
L'ombre de Gélanor m'a prédit tantôt qu'un des fils d'Égyptus me ravirait la vie, et la couronne. Vos soeurs n'ont pas fait tant de difficulté, elles sont bien plus résolues que vous.
Air : Quand on a prononcé ce malheureux oui
Elles vont dans la nuit m'immoler mes victimes.HYPERMNESTRE
Hélas !DANAÜS
Vous soupirez ! Vos soupirs sont des crimes... Vous balancez encor ! Qui peut vous arrêter ? Votre serment vous lie, allez l'exécuter...Hé bien, que ne partez-vous ?
Air : Tarare ponpon.
Lorsque ma volonté, ma fille, se déclare, C'est à vous de répondre à mon intention.HYPERMNESTRE
Serais-je assez barbare !DANAÜS
Obéissez-moi donc.SCÈNE XII.
DANAÜS, seul
Va, va, j'ai pris se si justes mesures que Lyncée ne pourra se soustraire à ma fureur. La nuit favorisera mon projet.
Air : Quand on tient de ce jus d'octobre.
J'ai su m'assurer ma vengeance. En vain l'amour retient tes coups, On va dans l'ombre et le silence, Partout assiéger ton époux.SCÈNE XIII.
HYYPERMNESTRE, seule avec un poignard
Le théâtre change et représente la façade du palais de Danaüs, une nuit très obscure règne sur le théâtre.
Air : Depuis que j'ai vu Nanette.
Justes dieux ! Que dois-je faire ? Quoi ! cédant à son courroux, Mes soeur par l'ordre d'un père Assassinent leurs époux. Ô nuit de tes voiles sombres Quel est le fatal secours ? Toi qui ne devais tes ombres Qu'au triomphe des amours.SCÈNE XIV. Lyncée avec une lanterne sourde, Hypermnestre.
LYNCÉE
Où diable trouverai-je ma femme ? Je la cherche partout... Si je ne me trompe, je crois que c'est vous, ma mignonne ?
Air : J'ai fait à ma maîtresse.
Doux objet de ma flamme Je vous retrouve enfin...Il aperçoit le poignard.
Mais, que vois-je ?... Ma femme, Quel est votre dessein ? Cet instrument, ma mie, N'est guère de mon goût. N'auriez-vous point envie De faire un mauvais coup ?HYPERMNESTRE
Que lui dirai-je ?... Croyez-moi, Lyncée, éloignez-vous de ces lieux, fuyez-moi de grâce.
LYNCÉE
Moi vous fuir !... Vous n'y pensez pas.
Air : La verte jeunesse.
Par ma foi j'ignore Pour quelle raison, Je ne suis encore Mari que de nom. Il faudrait, Madame, À vous parler net, Pour quitter ma femme, L'être tout à fait.Mais que veut dire ceci ? Vous me parlez par énigme, expliquez-vous mieux.
HYPERMNESTRE
Air : Pour passer doucement la vie.
Pour sauver un époux que j'aime, Fer fatal à toi j'ai recours, Ne sert qu'à m'immoler moi-même, Mourons pour conserver ses jours.LYNCÉE, l'arrêtant
Air.
Turlututu rengaine, rengaine, Rengaine ton couteau.Que diable voulez-vous faire ?
Air : Je n'saurais.
Quoi, tu prétends, assassine, Te percer de part en part ?LYNCÉE
Je n'saurais, S'il entrait dans ta poitrine, Tu mourrais.Le tonnerre gronde, les éclairs brillent.
Air : À la façon de Barbari.
Mais quel tonnerre, quels éclairs Étonnent la nature ! Ces feux qui brillent dans les airs Sont d'un sinistre augure.CHOEUR DES FILS D'EGYPTUS
Quelle funeste trahison, La faridondaine, La faridondon ! Dieux, ô dieux ! on nous traite ici Biribi, À la façon de Barbari Mes amis.LYNCÉE
Air : Joconde.
Quelles voix implorent les dieux ! Quels transports sanguinaires ! Je n'en doute plus, dans ces lieux, On égorge mes frères. Secourons-les... dois-je souffrir Leur sanglante défaite... Mais à quoi bon les secourir Lorsque l'affaire est faite ?Il vaut autant que je reste ici.
SCÈNE XV. Troupe d'Égyptiens, les susdits.
LYNCÉE
Courons tous au vin.CHOEUR DES ARGIENS, derrière le théâtre
Air : Je suis un bon soldat.
Portons dans le combat, Titata, L'horreur et le carnage. Que Lyncée abattu Tututu, Cède à notre courage.LYNCÉE
Comment morbleu ! On parle de moi. Ah ! Chien de beau-père, vous faites donc des vôtres ! Tout à l'heure nous allons voir beau jeu : mes amis commencez toujours.
HYPERMNESTRE
Où allez-vous donc, mon cher époux ?
LYNCÉE
Je vais boire un coup.
Lyncée sort. On sonne la charge, le combat se fait entre les Égyptiens et les Argiens. À la fin, Lyncée arrive avec un grand bâton et les repousse.
SCÈNE XVI.
HYPERMNESTRE, seule
Air : Flon, flon.
Quelle horreur ! Quel tapage ! Où porter mes regards ! Le sang dans ce carnage Coule de toutes parts.Air : Un Cavalier d'une riche encolure.
Mais quel spectacle à mes yeux se découvre ? La terre s'entrouvre, Je vois des enfers Les supplices divers.Air : Ne craignez rien, l'Hymen est votre asile.
Je vois mes soeurs sur l'infernale rive... Quel est le but de leurs soins empressés ? Elles voudraient d'une onde fugitive Fixer le cours dans des tonneaux percés.Air : Je ne suis né ni roi, ni prince.
Non, vos mains sont trop criminelles, Des dieux, n'espérez pas, cruelles, Apaiser le juste courroux. Vous puisez vainement, perfides, Vous avez tué vos époux, Vos tonneaux seront toujours vides.SCÈNE XVII. Lyncée victorieux, Hypermnestre.
LYNCÉE
Air : Il faut quand l'Amour nous presse.
Décampons avec vitesse, Suivez-moi, mon petit coeur. Du combat je reviens vainqueur : Belle Princesse, Ma foi l'on a bien du bonheur Quand on adresse.Il aperçoit Danaüs soutenu par deux gardes.
Mais que vois-je ! Vous verrez que j'aurais tué le beau-père.
SCÈNE XVIII. Danaüs soutenu par des gardes, Hypermnestre, Lyncée.
HYPERMNESTRE
Fin de l'air : Réjouissez-vous bons Français.
Grands dieux ! quel horrible spectacle ! Ta main vient d'accomplir l'oracle.DANAÜS
Air : Colin va t'en dire à Nanon.
Non, fille perfide, c'est toi Qui trahis ton père et ton Roi Pour l'amour de ce misérable. Je voudrais pouvoir avec moi Tous deux vous entraîner au diable.LYNCÉE
Allez-y toujours devant, mon cher papa.
Air : Et zeste, zeste, zeste
Grands dieux, quelle fureur !DANAÜS
Vite que l'on m'emporte.LYNCÉE
La rage le transporte.412 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica