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Tragédie en vers· Tragédie en Quatre Actes

Washington ou La Liberté du Nouveau Monde

Edme-Louis Billardon de Sauvigny· créée en 1754, imprimée en 1791· 4 actes· 1 289 vers· 16 personnages

Représenté pour la première fois le 13 juillet 1791 au Théâtre des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • WASHINGTON, M. Saint-Prix
  • LINCOLN, Lieutenant-Général...... Vanhove
  • MACDAL, Lieutenant-Général..... Ernest
  • LAURENS fils, Colonel......... Dunant
  • LISMOR, anti-révolutionnaire....... Dupont
  • MADAME LAURENS, mère du Colonel..... Mlle. Thénard
  • L'AMBASSADEUR DE FRANCE, Florence
  • JOHNSON, envoyé du Roi d'Angleterre... Naudet
  • MADAME NELSON, veuve d'un parent de Washington............. Mlle. Raucourt
  • LE CONGRÈS
  • LAURENS PÈRE, Président Molé
  • LE PREMIER SECRÉTAIRE DÉPUTÉ, Marsy
  • DÉPUTATION DES MINISTRES DU CULTE
  • LEUR ORATEUR, député de la nouvelle législature. St.-Fal
  • PEUPLE
  • GUERRIERS, etc
Préface

La grande révolution de l'Amérique a été le premier résultat d'une plus grande encore opérée dans l'empire de l'opinion.

Depuis une longue suite de siècles, la fraude et la force gouvernaient les peuples, comme si la nature les eût condamnés à être des sots, des fripons et des esclaves.

Il a fallu longtemps aux sages pour prouver à des hommes corrompus qu'ils n'étaient point nés tels ; mais faits pour se gouverner eux-mêmes par les seules lumières de la raison.

Persuadés de ces vérités, les Américains ont pris les armes. Leur patriotisme était, pour me servir des expressions d'un de leurs estimables écrivains, (1) le calcul paisible et réfléchi du bonheur public ; ailleurs l'enthousiasme a tout fait ; chez nous, c'est la raisons nous courons de sang-froid au danger.

Les passions exaltées, ces grands ressorts de l'art tragique, n'ont donc eu aucune part à la révolution américaine ; elles ne devaient donc point entrer dans le tableau que je présente. Autant ces peuples sages se sont éloignés de la forme ordinaire des autres Gouvernements, autant mon sujet me commandait de m'écarter de la marche ordinaire du théâtre.

Il m'eût été plus facile de produire des effets, en accumulant les dangers sur la tête du héros Américain, en me livrant davantage à l'action théâtrale.

J'ai trouvé plus digne d'une nation régénérée, de ne point détourner son attention du vertueux sentiment de la liberté, de la conviction des droits de l'homme, et du triomphe de la raison, triomphe qui éclate dans la constitution américaine. Je ne me suis servi, pour ainsi dire, de l'action théâtrale que comme d'un moyen d'amener des développements dans les rapports qui se trouvent entre cette belle constitution et la nôtre.

J'ai été aussi fidèle à l'histoire que pouvait l'être un poète dramatique, permis de rapprocher les événements.

Il est très vrai que Johnston qui avait joui, étant gouverneur de la Floride, de la réputation d'un homme d'honneur et de mérite, employa dans sa mission tous les petits moyens de corruption qui échoueront toujours contre des peuples qui veulent être libres. Les Américains s'en vengèrent en les publiant.

Ce qui est dit des Quakers, est également vrai. Le Congrès, troublé dans ses opérations (2), a quitté Philadelphie : puissent les habitants de Paris, justes envers l'Assemblée Nationale, mériter qu'elle se fixe à jamais parmi eux ! C'est ainsi qu'ils mettront le sceau à la gloire qu'ils se sont acquise dans la révolution.

(1) Recherches historiques et politiques sur les États-Unis de l'Amérique septentrionale.

(2) C'est pour les yeux seulement que j'ai placé dans une galerie ce qui s'est passé à la porte du Congrès.

ACTE I

Le théâtre représente le camp de Washington, on voit la tente de ce général.

SCÈNE PREMIÈRE. Lincoln, Macdal.

LINCOLN

Peuple altier ! Quel démon alluma dans ton coeur La soif de notre sang, ta haine et ta fureur ? Pourquoi nous combats-tu, qui hais l'esclavage ? Ennemis des tyrans sur ton libre héritage, Pourquoi, dans nos climats, vil instrument des rois, De l'humanité sainte étouffes-tu la voix ? Sans espoir de secours, dans Charleston en cendre, sur la foi d'un traité nous venions de nous rendre De ce même traité foulant aux pieds les lois, Le farouche vainqueur nous rassemble à sa voix. J'entends d'un potentat les agents mercenaires, Nous demander nos mains pour égorger nos frères ; « Ou combattez contre eux (nous disent nos bourreaux ) Ou mourez dans les fers et sur les échafauds ; Choisissez et tremblez ; mais songez-y, rebelles, La mort, pour expier vos trames criminelles, La mort serait trop peu ; sachez que, dès ce jour, Mères, femmes, enfants, objets de votre amour, Proscrits, abandonnés, privés de nourriture, Vont loin de ces remparts errer à l'aventure. » Un calme affreux succède à ces mots foudroyants, L'effroi saisit nos coeurs, l'horreur glace nos sens ; Et chacun d'une vue inquiète, égarée, Cherchant autour de soi sa famille éplorée, Voit ces infortunés s'attacher à nos pas, Poussant de longs sanglots, et nous tendant les bras. Tandis qu'à la pitié nous nous laissons surprendre, La voix de nos tyrans se fait encor entendre ; « Ce moment pour jamais va décider leur sort ; Quel choix avez-vous fait ? » Nous répondons : « la mort. » Les lâches ! Croiriez-vous qu'ils ont frémi de rage De nous voir préférer la mort à l'esclavage !

LINCOLN

Les compagnons de mes nobles travaux, Plongés, amoncelés dans de profonds cachots, On tente, pour nous faire abjurer la patrie, Tout ce qui, par degrés, peut éteindre la vie, Abattre le courage, et déchirer les coeurs, De la contagion les poisons destructeurs, La mort, à nos côtés, incessamment présente, Tous les tourments enfin que la bassesse invente Pour mieux dégrader l'homme et plaire à des tyrans. Parmi tant de martyrs, l'un sur l'autre expirants, Mon fils ! (Ah, pardonnez ce moment de fAiblesse, Ces pleurs que la douleur arrache à ma tendresse ;) Mon fils, depuis longtemps tremblant, et consumé D'un feu séditieux dans son sang allumé, Succombe, et nos bouRreaux, monstres de barbarie, Viennent me disputer les restes de sa vie, L'enlèvent de mes bras, l'entraînent dans des lieux Qui n'offrent pour abri que la voûte des cieux ; Là, mon malheureux fils est jeté sur l'arène. Luttant contre la mort, il respirait à peine ; Il rappelle ses sens ; et ses vils assassins Le parcourAient encor de leurs yeux inhumains. Les monstres, à ses maux feignant d'être sensibles, Présentent des secours aussi prompts qu'infaillibles ; Si, rendu plus docile, il trahit son pays ; Vous jugez sa réponse, et quel en fut le prix. Nu, seul, et sans secours, couché sur la poussière, Il vit naître du jour et mourir la lumière. Alors de Charleston le tyran détesté, Balfour, dit que mon fils, contre lui révolté, A voulu s'affranchir d'un honteux esclavage ; Du fer sacré des lois il ose armer sa rage, Et la main des bourreaux comblant ses attentats, Mon fils subit le sort des plus vils scélérats.

SCÈNE II. Lincoln, Macdal, Washington, Guerriers.

SCÈNE III. Les MÊMES, UN AIDE DE CAMP.

WASHINGTON

Je l'attendais ; Qu'il vienne,

L'aide-de-camp sort.

SCÈNE IV. Les mêmes.

SCÈNE V. Washington, Jonston.

WASHINGTON

Vaine erreur ! Je connais ces haines politiques, Éternel aliment des misères publiques ; Johnson, nos préjugés ont été trop longtemps La ressource du fourbe, et l'arme des tyrans. De l'art de gouverner le ténébreux mystère, En vain croit éviter l'oeil perçant qui l'éclaire. Ministres orgueilleux du trône et des autels, N'espérez plus tromper les crédules mortels : L'homme sort du sommeil, las d'un double esclavage : Ses yeux s'ouvrent ; tremblez : déjà gronde l'orage : Un grand événement est tout prêt d'éclater. La raison indignée ose enfin présenter, Entre le peuple et vous, la vérité terrible : Tyrans, à son aspect un peuple est invincible. L'amour de la justice et de la liberté Qui semble élever l'homme à la divinité, Est un bienfait, grand Dieu ! De ta bonté suprême : Dans le fond de nos coeurs tu l'as gravé toi-même ; C'est-là qu'interrogeant tes immuables lois, La raison dit : « Sois homme et rentre dans tes droits. » Peut être le Français, objet de votre haine, Sera-t-il le premier qui brisera sa chaîne. D'amour pour son pays que son coeur enflammé Donne ce grand exemple à tout peuple opprimé. De l'hydre des abus qu'il écrase les têtes ; Ami du monde entier, qu'il renonce aux conquêtes ; Et qu'il puisse amener ces beaux jours de la paix, Où la liberté fière, enchaînant pour jamais L'orgueil, l'ambition, les haines et les guerres, Doit s'étendre et planer sur les deux hémisphères.

SCÈNE VI. Washington, Lincoln, Guerriers.

SCÈNE VII. Washington, Lincoln, Laurens, Guerriers.

LINCOLN

Dieu ! Savez-vous quel trait déchirant et cruel Vous venez d'enfoncer dans ce sein paternel ? Connaissez-vous Lincoln ?

Abraham Lincoln (1744-1786), capitaine de la milice du Comté d'Augusta, grand-père du président américain.

SCÈNE VIII. Les mêmes, Macdal, Guerriers qui le suivent.

WASHINGTON, retenant Lincoln

Arrêtez.

WASHINGTON

Arrêtez.

SCÈNE IX. Les mêmes, Lismor.

ACTE II

Le théâtre représente l'appartement de Madame Nelson à Philadelphie.

SCÈNE PREMIÈRE. Madame Nelson, Madame Laurens ;

MADAME NELSON

Ciel !

SCÈNE II. Madame Laurens, Madame Nelson, Lismor.

SCÈNE III. Madame Nelson, Lismor.

LISMOR

Moi !

MADAME NELSON

Il va l'être à l'instant.

Elle sort.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Lismor, Madame Nelson.

MADAME NELSON

Quoi ?

LISMOR

Lui-même.

SCÈNE VI. Madame Nelson, Lismor, Johnson.

JOHNSON

Oui.

MADAME NELSON

Oui, j'y cours.

SCÈNE VII. Johnson, Lismor.

ACTE III

Le théâtre représente la salle du congrès, les galeries sont vides, les députés sont sur leurs banquettes, le premier secrétaire est au fauteuil, il voit arriver Laurens, il lui cède le fauteuil du président, et va reprendre sa place de premier secrétaire.

SCÈNE PREMIÈRE.

LAURENS

Je sais que des soldats la voix accusatrice, Contre lui du congrès invoquant la justice, A longtemps attendu : s'ils n'avaient dénoncé Qu'un citoyen obscur, auriez-vous balancé ? Loin de blâmer le peuple alors qu'il est extrême, De ses emportements n'accusons que nous-mêmes. Il n'a pas reconquis l'égalité des droits Pour voir des citoyens plus puissants que les lois. Je porte à Washington l'amitié la plus tendre ; Mais il est accusé, qu'il vienne se défendre ; Et nous à tous les yeux montrons la vérité : C'est l'éclat du grand jour qui sert la liberté. Le peuple, trop en butte aux traits de l'imposture, Cruel par ignorance, est bon par sa nature, Soupçonneux et facile, il se laisse égarer ; Voulez-vous qu'il soit juste ? Il le faut éclairer. Si nos malheurs passés n'avaient pas su l'instruire ; S'il ne s'était armé contre l'art de séduire, Au nom d'un Dieu de paix les fiers épiscopaux Du fanatisme encor allumaient les flambeaux. Un souffle a renversé, du sein de l'opulence, Ce colosse d'orgueil, fondé sur l'ignorance. Déjà, de toutes parts, nos ministres sacrés Abjurent un vain faste et sont plus honorés. J'ai vu ces citoyens que la voix populaire Fait monter aux emplois d'un si saint ministère ; De cette auguste enceinte ils attendent l'accès, Impatiens d'offrir leur hommage au congrès, En foule sur leurs pas, charmé de les entendre, Dans ces lieux respectés le peuple vient se rendre. Sénateurs, prononcez ; y sera-t-il admis ?

Tous les membres du congrès se lèvent.

Le sénat y consent.

Laurens fait signe aux huissiers d'ouvrir au peuple les galeries et d'introduire les ministres du culte.

SCÈNE II. Le Congrès, Laurens, Le PREMIER Secrétaire, Députation des Ministres du Culte, L'Orateur, Peuple, Lismor, Huissiers.

L'ORATEUR, à la barre

De notre liberté courageux fondateurs, Et de ce vaste empire immortels bienfaiteurs, Dont les hardis travaux, la sagesse profonde, Vont servir de signal et de modèle au monde. Sur d'antiques abus désormais éclairé, L'homme à l'Être Suprême offre un culte épuré. Oui, la religion, des lois que l'homme enfante, Chaste fille du ciel, naquit indépendante, On la vit, dédaignant leurs profanes secours, Charitable, indigente, humble dans ses beaux jours, Même aux yeux des tyrans, ardents à la proscrire, Étendre sur les coeurs son pacifique empire. Jamais de plus d'éclat n'ont brillé nos autels ; Mais la foi vive et pure y guidait les mortels. L'intérêt corrompt tout ; une loi tyrannique Fit de nos dogmes saints un ressort politique, Qui, servant à la foi le sceptre et l'encensoir, Enchaîna la raison sous un double pouvoir. Dieu ! Si tu m'as donné ce rayon qui m'éclaire, Ce n'est que pour t'offrir un culte volontaire. Qu'un despote insolent m'ait imposé la loi ; Mon corps est dans ses fers ; mon âme n'est qu'à moi. Ou mon hommage est libre, ou la loi n'est qu'un piège ; Elle fait un rebelle, ou veut un sacrilège. Les prêtres consacraient ces moyens corrupteurs ; En approchant du trône ils en prenaient les moeurs ; De la raison captive, éternisaient l'enfance ; Des États décharnés dévoraient la substance ; Rivaux des souverains, en usurpaient les droits, Et mettaient leur orgueil à régner sur les rois. Vos décrets ont proscrit l'orgueil et l'avarice, La superstition, la fraude, l'artifice, Et jusqu'au fanatisme, allumé par nos mains. Fléau le plus affreux des crédules humains, Lui qui depuis mille ans fut la source féconde, De guerres, des forfaits et des malheurs du monde. J'ose, ici, devant vous, attester l'Éternel Que mon coeur applaudit à ce soin paternel. Par le même serment chacun de nous se lie. Soumis à vos décrets, je jure à la patrie De remplir les devoirs d'un libre citoyen, D'un pasteur vigilant et d'un humble chrétien.

SCÈNE III. Les Mêmes, Johnson.

LE PEUPLE

Non, non.

LAURENS

Vous ne l'obtiendrez pas.

Tandis que Lismor et les siens tirent leurs poignards, d'autres conjurés sont en foule à la porte du parquet, ils attaquent les sentinelles et se jettent sur elles.

Laurens continue.

Je vois grossir les flots d'une horde en furie.

Aux sénateurs.

Rivaux de nos guerriers, mourons pour la patrie.

LES SÉNATEURS, en se levant

Mourons.

Les galeries se remplissent de soldats qui désarment Lismor et ses compagnons.

LAURENS

Le bruit, l'horreur, les cris sont redoublés. Traîtres, que faites-vous ?... Washington vient ; tremblez.

Quelques conjurés, le bras levé à deux pas des sénateurs, s'arrêtent au nom de Washington.

SCÈNE IV. Les Mêmes, Lincoln, Soldats, qui remplissent l'intervalle entre les sénateurs et les conjurés.

SCÈNE V. Les mêmes, Washington, suite.

SCÈNE VI. Les mêmes, Lincoln, suite.

ACTE IV

Le théâtre représente une grande plaine sur les bords de la Delaware, nommée le champ de la Fédération. Tous les préparatifs sont faits : sur l'autel de la patrie, on voit en forme de colonne la table d'airain sur laquelle est le traité d'alliance avec les Français.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Lincol, Guerriers, Le Sécretaire.

LINCOLN prosterné

Macdal le suit !

LE DÉPUTÉ

Lui-même.

LE DÉPUTÉ

Quoi !

LE DÉPUTÉ

Ô ciel !

LINCOLN

Mes yeux l'ont vu calme dans ses fureurs, Des soldats, en secret, exciter les clameurs, Et contre les Anglais animé d'un faux zèle, Jurer à Washington une haine immortelle. Chers amis, défendons ce héros, notre appui, Courons sauver ses jours, ou mourir avec lui.

Avant qu'ils sortent, le peuple arrive en foule du bruit des tambours, des fifres et des haut-bois. On voit s'avancer le corps municipal, les membres de l'ancien et du nouveau congrès, les femmes, les vieillards, les enfants marchent ensemble.

SCÈNE III.

LE SECRÉTAIRE

Donnez.

LAURENS, rejetant la lettre

Que faites-vous ? Non. Cet infâme écrit, trop indigne de nous, Souillerait les regards de ce sénat auguste : Qu'importe un vil esclave à l'homme libre et juste ? Les efforts des tyrans ne feront qu'aguerrir Un peuple qui prétend vivre libre ou mourir. De notre liberté l'édifice s'élève ; La valeur l'a fondé, que la vertu l'achève. Citoyens, l'univers attentif, étonné, Trouve enfin dans les lois qu'un peuple s'est donné, Ces grandes vérités dont la base éternelle Est la raison suprême, unique, universelle Qui ne peut émaner que d'un Dieu bienfaiteur, Et que l'homme, en naissant, porte au fond de son coeur Les peuples façonnés au dur métier des armes, L'un par l'autre opprimés, s'abreuvent de leurs larmes ; Un faux patriotisme enivrant la raison Des poisons de l'orgueil et de l'ambition, Alimente en leurs coeurs et la haine et l'envie ; Mais, fondé sur nos lois, l'amour de la patrie N'est que le pur amour de nos concitoyens ; La douce égalité qui forme nos liens, Loin de nous inspirer des haines meurtrières, Nous fait mieux souvenir que les hommes sont frères Voulons-mous couronner nos généreux efforts ? Soyons toujours unis, nous serons toujours forts.

Aux nouveaux Représentants.

C'est à vous d'affermir cette paix fraternelle, Vous qu'à nous remplacer le voeu public appelle. Le sentier de la gloire, aplani devant vous, Vous promet des succès moins contestés, plus doux ; D'un pas sûr et hardi, marchez dans la carrière Où notre heureuse audace a porté la lumière. Vous n'avez vu que trop quels troubles, quels combats, Quels obstacles sans nombre ont assiégé nos pas : D'un roi toujours séduit les trompeuses promesses ; De nos lâches tyrans les perfides caresses ; Leurs agents orgueilleux, confus, humiliés, Conjurés contre nous et par nous soudoyés ; Et l'hypocrite, armé de fraude et d'artifice, De l'intérêt du ciel couvrant son avarice ; Et l'ignorant imbu de préjugés honteux, Tous, en nous poursuivant de leurs cris scandaleux, Pour étouffer la voix de la raison suprême, Ont su, trop fréquemment, nous diviser nous-mêmes Ce que de nos efforts nous nous étions promis, Nos éternels débats ne nous l'ont point permis ; Mais vous, que le succès, que notre exemple éclair Vous répondrez du bien qui nous restait à faire : Voilà le seul serment que la patrie et nous, Vertueux citoyens, nous attendons de vous.

SCÈNE IV. Les mêmes, Washington, Lincoln, Guerriers.

Montant à l'autel de la patrie et levant la main ainsi que le peuple et les guerriers.

WASHINGTON

Nous le jurons.

LINCOLN, lui tendant la main

Macdal, recevez mon hommage. Lincoln d'un faux soupçon doit réparer l'outrage.

Macdal embrasse Lincoln.

SCÈNE V ET DERNIÈRE. Les mêmes, L'Ambassadeur de France, Suite.

Le peuple se range de manière à laisser libre la marche de l'Ambassadeur et de sa suite, au bruit des canons, des tambours, des fifres, et des hauts-bois.

1 289 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica