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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie-vaudeville en vers et en prose

Les Boîtes, ou La Conspiration des Mouchoirs, Divertissement-Vaudeville

Bizet· créée en 1796· 222 vers· 8 personnages

Représenté pour la première fois sur le théâtre de la Cité-Variétés, le 19 fructidor, au IVe. de la République.

Personnages

  • DORCY, Tautin
  • MULEFORT, le Roi
  • BLAISE, Beaulieu
  • TORQUATUS, Tiercelin
  • CATON, Genest
  • SCÉVOLA, Delaporte
  • ARISTIDE, Guibert
  • SUBTIL, Fréderick

LES BOITES.

SCÈNE PREMIÈRE.

SUBTIL, seul, brossant un bonnet rouge

Le v'la donc arrivé le moment heureux de la résurrection des jacobins, ce jour si vivement désiré ; c'est ce soir que la conjuration éclate.

AIR : En quatre mots.

Je vais revoir tous ces messieurs en us, Les citoyens Horatius, Curtius, Mutius ; Il n'y a qu'une chose qui m'désespère, C'est qu'not, président m'préfère C'vilain Torquatus, Mais j'ai l'appui du citoyen Gracchus, À ses yeux Torquatus N'est qu'un Olibrius ; J'sais qu'il a des poings tant et plus, Pour de l'esprit, motus.

Cette nuit sera le plus beau jour de notre règne, il y a assez longtemps qu'on nous persécute, et pourtant nous n'voulons que l'bien d'nos concitoyens. Oh ! Qui m'tarde de voir r'commencer nos séances. J'veux l'jour d'l'ouverture d'not'salle, débiter cette superbe motion que mon cousin Sangsue m'a rédigée par écrit, et que j'ai apprise sur le bout de mon doigt.

AIR : Ah ! que je sens d'impatience.

Tout en haut des bancs je m'élève Cela fixe l'attention ; Drès le moment que je me lève Pour débiter m'a motion, Le plus profond silence, Le plus profond silence, Soudain se fait de l'un à l'autre bout Pour écouler mon éloquence , On prête l'oreille par-tout ; On demandera , Qui donc parle-là ; C'est lui, le voilà , Puis chacun dira ; C'est lui, le voilà , Puis chacun dira ; Paix là, paix là, paix là.

Président, j'demande la parole, j'fais la motion qu'on arrête sur-le-champ tous ceux qui n'iront pas d'not' avis. Quand ils seront une fois en prison, ils apprendront à d'venir libres. - Arrêté à l'unanimité. En masse... Et puis ensuite :

À force, À force Chacun m'applaudira.

Bis.

SCÈNE II. Subtil, Caton.

SUBTIL

Ah ! C'est toi, citoyen Caton, eh bien ! Qu'y a-t-il de nouveau ?

CATON

Tout succède à nos voeux : cette nuit enfantera des miracles, nous chargeons les honnêtes gens d'un crime nouveau, nous armons contre eux les amis du gouvernement du jour, ces furoristes infâmes qui assassinèrent, les dix et onze thermidor, le génie de la liberté dans la personne de ses plus zélés défenseurs ; nous affaiblissons un parti par l'autre et ensuite nous les écrasons tous les deux.

SUBTIL

Oui, nous les écraserons tous les deux.

CATON

Au milieu du tumulte, nous nous porterons aux prisons, et nous délivrerons nos patriotes énergiques qui gémissent dans les fers.

SCÈNE III. Subtil, Caton, Torquatus, Scévola.

CATON

Que dis-tu ?

SUBTIL

Pas possible.

SCÉVOLA

Il n'est que trop vrai.

TORQUATUS

Tandis que j'le r'mouchions à la Porte_Saint-Denis, il est sorti par la Barrière_des_Gobelins.

CATON

Mes amis, il n'en faut pas moins poursuivre notre entreprise ; quand elle aura réussi, nous aurons le temps d'envoyer des forces après lui, qui s'empareront de son escorte, qui le délivreront et qui le ramèneront en triomphe, recevoir le prix dû à ses rares vertus, à son incorruptible patriotisme.

SCÉVOLA

Ah ! Sandis, ce jour-là, je manque toutes mes pratiques.

TORQUATUS

J'veux morgué, quand i r'viendra, qu'j'allions tous aud'vant lui, que i'détellions les chevaux de sa voiture, et que j'le traînions en triomphe.

AIR : J'ai perdu mon âne.

T'nez-moi, j'suis crâne,

Bis.

J'm'atelle à près.

TORQUATUS

Qu'appelles-tu traîné par un âne ? Moineau sans plumes, j'te f'rai voir à qui tu parles.

CATON

Eh ! Mes amis, ne vous occupez point de querelles particulières, quand la querelle générale est sur le point de se vuider. Vous devez vos bras à la patrie.

SUBTIL, à part

Nos bras tant que l'on voudra, pourvu que nos mains nous restent.

SCÉVOLA

Caton a raison, la patrie a besoin de vous, et elle met vos bras en réquisition.

TORQUATUS

T'es ben heureux, j'dis, que s'té réquisition-là vienne, sans ça tu sentirois c'qui pèsent.

SUBTIL, à part

Il le ferait comme il le dit.

TORQUATUS, à Subtil

Mioche.

SCÉVOLA

En vérité tu es têtu comme une mule.

TORQUATUS, à Caton

Allons, explique-moi c'que j'ons à faire.

CATON, à Subtil

Que tu ne sais ce que tu dis.

À Torquatus.

Mon ami, depuis longtemps nous méditons notre projet dans l'ombre et le silence.

SUBTIL

Certainement dans l'ombre, nous nous assemblons dans des caves.

CATON

Mais tais-toi donc ; déjà tu le sais, nos ennemis en ont empêché l'exécution, en arrêtant notre tribun et ses braves amis ; mais les obstacles nous irritent, les revers nous élèvent, et de même que le nitre enflammé, plus nous sommes resserrés, plus notre explosion est terrible.

Nitre : Nom vulgaire du nitrate de potasse et du salpètre (azotate de potasse) ou nitre prismatique. [L]

SCÉVOLA

Oui, nous sommes des petits volcans.

CATON

Cette nuit nous devons placer dans différents endroits de cette Commune des drapeaux blancs avec cette inscription : Mort aux Républicains. Les drapeaux seront couverts des emblèmes de la royauté, et ornés de cocardes blanches.

TORQUATUS

J'commence à découvrir la manigance, j'écrirons ben hant qu'c'est les royalistes, et que la contre-révolution est entrain.

CATON

C'est cela.

SUBTIL

C'est cela.

SCÉVOLA

C'est cela.

CATON

Des boîtes seront tirées dans différents quartiers, elles serviront de point de réunion pour nous, et de signal pour le massacre de nos ennemis. Quel plaisir, nous allons revoir du sang, du sang ! Nos yeux seront récréés par le spectacle enchanteur de l'aristocratie expirante. Oh ! Nuit immortelle, la postérité te placera auprès des journées des deux et trois septembre.

SCÉVOLA

Oh ! Que l'obscurité de cette nuit va me paraître brillante !

CATON

Toi, Torquatus, tu seras chargé de tirer une boîte ici, pendant que moi et Scévola planterons le drapeau.

SUBTIL

Rédige ben ta boîte toujours, et n'vas pas te fracasser la mâchoire avec.

TORQUATUS

Sois tranquille, j'nous y prendrons comme il faut.

CATON

Mes amis, souvenez-vous que la patrie attend tout de vous, méritez par votre dévouement, le titre glorieux de se s défenseurs.

SCÉVOLA

Mais quel est l'homme que notre courageux Aristide nous amène.

SUBTIL

C'est sans doute un collègue.

SCÈNE IV. Les précédais, Aristide et Blaise.

ARISTIDE

Je suis charmé, mes amis, de vous rencontrer ensemble je vous présente un nouveau prosélite qui veut attacher sa fortune à la vôtre.

BLAISE

Oui, Messieurs, j'veux m'faire jacobin, c'est s'y prendre un peu tard ; mais comme dit l'proverbe, vaut mieux tard que jamais.

CATON

Es-tu intelligent, mon ami ?

BLAISE

Mon maître me dit quelquefois qu'je n'suis qu'une bête, mais j'espère vous prouver avant peu , que je ne suis pas aussi, bête que l'on pourrAit le croire.

TORQUATUS

Dis donc, ton maître est-il riche ?

BLAISE

Il l'était autrefois ; mais d'puis qu'il a perdu son père, vous savez ben.

SCÉVOLA

D'not temps ?

BLAISE

Oui, d'vot temps.

C'est bon, c'est bon, tu le verras avant peu....

ARISTIDE

Te sens-tu des dispositions suffisantes pour remplir les augustes fonctions qui te seront confiées.

BLAISE, faisant le signe de prendre

Oui, citoyen, j'sais parfaitement.

SUBTIL

C'est cela.

SCÉVOLA

C'est le but de toutes nos actions.

SUBTIL, allant prendre la main de Blaise

Mon camarade, permettez que je me prosterne devant vos dispositions.

BLAISE

Mon camarade, si j'ai quelques talents, vous en avez aussi ; et je crois que nous ne nous nuirons pas.

SUBTIL

Citoyen collègue, j'en accepte l'augure.

SCÈNE V. Les Précédents, troupe de membres des comités révolutionnaires et de jacobins.

CATON

Voici nos braves défenseurs qui se rendent ici ; Aristide parle-leur, mon ami, enflamme leur courage.

Bas, à part.

Quel enthousiasme les empêche de voir le péril dans lequel nous les précipitons.

SUBTIL

V'la Aristide qui va m'emflammer.

ARISTIDE, monté sur un banc

Amis ! L'heure de la vengeance a sonné, la mort va planer sur cette ville, et dans peu d'instants vos ennemis expireront sous vos coups, dans peu d'instants la liberté triomphante vous nommera ses libérateurs ; soyez implacables, mes amis, souvenez-vous des outrages sans nombre que vous ont faits les royalistes : souvenez-vous qu'ils vous ont, le dix thermidor, arraché la puissance souveraine que vous avez entre les mains, que vos coups se dirigent surtout contre les auteurs de l'infâme constitution de 95, qui, n'en doutez pas, est l'ouvrage du cabinet autrichien, et dont l'effet est de ramener lentement au despotisme le peuple qui n'est plus réveilla par des secousses révolutionnaires.

SCÉVOLA

Cette phrase mérite de figurer dans nos journaux exclusifs.

ARISTIDE

Jurez, oh ! Mes amis, de ne faire aucune grâce à quiconque ne sera pas jacobin.

TOUS

Nous le jurons.

ARISTIDE

De n'avoir égard ni au sexe, ni à l'âge, et d'éteindre dans le sang de leurs enfants, les germes de l'aristocratie.

TOUS

Nous le jurons.

ARISTIDE

Jurez, surtout, de faire tous vos efforts pour ressaisir les rênes de l'empire, rétablir le code auguste de Robespierre la constitution de et d'être toujours révolutionnaires.

TOUS

Nous le jurons.

ARISTIDE, descendant

La victoire est à nous, j'en atteste l'ardeur qui brille dans vos yeux.

SCÉVOLA

Je m'sens du courage pour deux.

SUBTIL

Ah mon_Dieu, il faut que c'diable de merlan m'ait pris le mien, car je ne m'en sens plus du tout.

Subtil tire un mouchoir blanc de sa poche, et est prêt de se moucher.

SCÉVOLA

Prends-donc garde, tu vas salir notre drapeau.

CATON

Mes braves amis, entrez chez moi ; là, nous vous donnerons les dernières instructions et tout ce qui vous est nécessaire pour votre entreprise.

Il les ramène en groupe.

N'oubliez pas surtout le mot de ralliement, oreilles de chien.

SCÈNE VI.

BLAISE, seul

J'saurai ben l'empêcher votre projet, scélérats ; mais qu'est-ce donc que c'est que s't'engeance-là ? Fallait que les Français eussent bien peu de chose à faire quand ils imaginèrent les jacobins.

AIR : Des portraits à la mode.

Jadis, dans la France, Il n'était qu'un moyen D'être , regardé comme un bon citoyen, On donnait ce titre à l'homme de bien, C'était la vieille méthode. Toujours dans le coeur un sinistre projet, Par un nouveau crime, cacher un forfait Nager dans le sang voilà trait pour trait, Tous les exclusifs à la mode.

Monsieur Dorcy a été instruit de leurs projets, et tandis qu'il est allé avertir plusieurs de ses amis, moi, j'ai voulu pénétrer leurs complots de plus près. J'suis venu m'offrir au président, et il m'a reçu comme un sot... Puisse mon exemple prouver que s'ils ont trouvé quelques complices dans la classe indigente du peuple, c'est dans cette classe aussi qu'un gouvernement sage trouvera des bras pour le défendre et des coeurs pour l'aimer.

SCÈNE VII. Blaise, Dorcy, Millefort.

DORCY

Eh bien, mon cher Biaise ?

BLAISE

Eh bien, Monsieur, tout est connu, on vous l'a dit, drapeaux blancs, inscriptions, cocardes, rien n'y manque.

MILLEFORT

Je vous félicite, mon ami, sur ce que votre active vigilance vous a fait découvrir.

DORCY

Ce n'est pas à moi, mon cher Millefort, c'est à Blaise c'est à ce brave homme que vous devez rendre des actions de grâces... Il a été jusqu'au milieu d'eux leur arracher le secret de leur complot.

MILLEFORT

Je n'en suis pas étonné... Ce n'est pas la première fois que Blaise a servi l'humanité, nous l'avons vu dans ces temps de terreur, où toutes les bouches étaient muettes, arracher par sa rustique éloquence des victimes à l'échafaud.

La Terreur : période de la Révolution française entre le 5 septembre 1793 et le 28 juillet 1794. On dénombre de 35000 à 40000 morts violentes pendant cette période.

BLAISE

Citoyen, j'ai fait mon devoir ; mais il me reste encore à faire, je vais entrer là-dedans, mais...

AIR : N'en demande pas davantage.

Que cette nuit pour eux déjà, De l'avenir soit le présage, Comme ces vilains messieurs-là Sont un dangereux voisinage ; N'oubliez donc rien, Traitez les si bien Qu'ils n'en veuillent pas davantage.

Bis.

Il entre dans la maison de Caton.

SCÈNE VIII. Dorcy, Millefort.

MILLEFORT

Moi, je vais disposer mes amis autour de ce lieu, partout où les scélérats se porteront, ils seront à l'instant cernés. Le gouvernement veille, sou active vigilance lui a fait prendre toutes les mesures nécessaires pour déjouer ce complot infernal ; mais il faut que les anarchistes frappent les premiers coups, c'est le moyen le plus sûr de connaître ces scélérats et leur chef. Vous m'avez choisi entre mille, pour partager avec vous le plaisir de les rosser ; j'espère vous prouver que je ne suis indigne ni de votre estime ni de votre confiance.

Il sort.

SCÈNE IX.

DORCY, seul

Tout va pour le mieux.... Rosser un jacobin, c'est faire une oeuvre pie.

AIR : Vaudeville du Cousin de tout le monde.

À son âme pure et fidèle On connaît un vrai citoyen , À son âme vile et cruelle On reconnaît un jacobin ; Démasquons donc sans plus attendre Les méprisables ennemis ; Oui, les poursuivre, c'est défendre Son innocence et son pays.

Regardant dans la maison de Caton.

J'entends du bruit... C'est ce malheureux Subtil... Puisque j'ai du temps de reste, amusons-nous un peu à ses dépens.

Il sort.

Jacobin : Membre d'une société politique établie, en 1789, à Paris, dans l'ancien couvent des jacobins, et ardente à soutenir et à propager les idées d'une démocratie et d'une égalité absolues. [L]

SCÈNE X.

SUBTIL, seul, arrive en chantant

Ah ! ça ira , ça ira , ça ira ; D'not expédition le moment avance ; Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, De nous dans la France L'on parlera,

Nous verrons quand j'aurai d'la gloire par-dessus la tête, si mamzelle, Thérèse refusera encore de m'épouser. Demain, avec mon habit des dimanches et une couronne de lauriers sur le front, j'vas chez elle et lui dis... Citoyenne, j't'aime, je t'adore et tu ne sais'ce que peut te valoir le bonheur de m'épouser.

AIR : Des petits montagnards.

Outre ma main et ma fortune, Je donne à tes appas divins, Une place dans la tribune Du président des jacobins.

Bis.

Tu verras quand j'ai la parole, Mon air , mon geste et mon regard , En honneur je remplis mon rôle Comme un illustre montagnard.

Bis.

Après ça, elle ne peut pas me refuser, et puis le contrat, et puis les accords, et puis la noce.

AIR : Colinette au bois s'en alla.

Mon_Dieu, mon_Dieu, j'voudrais déjà Qu'ça soit après d'main ce jour-là Tralà deri dera , tralà deri dera, Et puis un gros bouquet sera Planté ç'te boutonnière là, Tralà deri dera, tralà deri dera, Au bal je frai d'jolis p'tits pas, Des rigaudons, des entrechats, Comme Vestris lui-même ; Tralà deri dera , la , la, la, etc. N'y a pas d'mal à ça Moi j'les aime , N'y a pas d'mal à ça.

Montagnard : S'est dit, sous la Convention, des membres du parti qu'on appelait la montagne. [L]

Rigaudon : Ancienne danse d'un mouvement vif sur un air à deux temps ; elle se dansait à deux personnes, et faisait décrire des lignes assez compliquées, comme on le voit dans le Rigaudon de la Paix, qui ouvre le recueil des danses de Feuillet. [L]

Vestris, Auguste (1760-1842), célèbre danseur de l'Opéra de Paris qu'il intégra en 1772.

SCÈNE XI. Subtil et Dorcy.

DORCY, feignant d'être ivre

Réveillons là, réveillons là,

SUBTIL, effrayé

Ah ! Mon_Dieu, mon_Dieu, c'est ce diable de Dorcy... Je m'souviens encor comme il m'a rossé à l'affaire du quatre Prairial... Où me cacher.

Il se met sur l'avant-scène, derrière la draperie.

Le 3 et 4 pririal, tentative de d'attentat contre Robespierre et Collot d'Herbois.

SUBTIL

Hai ! hai ! hai !

SUBTIL

Je suis perdu.

DORCY, feignant de découvrir Subtil

Mais que vois-je là, c'est, je croie, ce coquin de Subtil.

SUBTIL, tombant a genoux

Ne me faites pas de mal, citoyen Dorcy, j'vais m'en aller.

DORCY

Je rends grâces au ciel qui me donne les moyens d'accomplir une partie de mon voeu.

SUBTIL

Ayez pitié de moi.

DORCY, tirant son épée

Non, il faut que je te coupe les oreilles, ce sera toujours deux à compte sur celles que je veux remporter.

SUBTIL

Citoyen, respectez les personnes et les propriétés.

DORCY

Écoute, composons, je pourrais te prendre tes deux oreilles de force, donne-m'en une de bonne volonté, je te tiendrai quitte de l'autre.

SUBTIL

La belle figure que j'aurai avec une oreille.

DORCY

Ah ! C'est trop barguigner.

Il se recule comme pour le frapper ; Subtil profite de cet intervalle, pour se sauver, en criant : au secours , au secours.

SCÈNE XII.

DORCY, seul, riant

Ah ! ah ! ah ! Il en a au moins pour huit jours à, revenir de cette peur-là,

Il entend du bruit chez Caton.

Voici les autres, allons leur en préparer une qui ne soit pas moindre.

SCÈNE XIII. Caton, Aristide, Torquatus, Scévola, Troupe de Jacobins.

Ils sortent portant quatre drapeaux blancs, et les attributs relatifs ; trois drapeaux sortent de différents côtés avec les groupes, les acteurs ci-dessus restent en scène, on joue l'air : Il nous fallait du sang.

SCÈNE XIV. Les précédents, excepté les groupes sortis.

CATON

Dépêchons-nous de planter notre drapeau, et allons nous cacher en attendant l'issue du combat.

SCÉVOLA

La motion est prudente, et je l'approuve.

ARISTIDE, à Torquatus

Torquatus, es-tu prêt ?

TORQUATUS

Quand tu voudras.

ARISTIDE

Allons, feu.

Torquatus met le feu à la boite, elle éclate, ils prêtent l'oreille, on entend différents coups dans le lointain.

CATON

Bon, ça va.

ARISTIDE

Vite le drapeau.

Scévola apporte une échelle, et Caton plante le drapeau.

SCÉVOLA

Ah ! Sandis, les royalistes en tiennent.

TORQUATUS

Oui morgué, ils en tiennent.

SCÈNE XV. Les précédents, Subtil.

SUBTIL, accourt tout effrayé, un oeil poché, les cheveux tout en désordre

Ah ! Mes amis, sauvez-vous, tout est perdu.

TOUS

Que dis-tu ?

SUBTIL

Une foule de diables déchaînés, sont à nos trousses, ils ont battu les groupes où j'étais. Voyez comme ils m'ont arrangé.

ARISTIDE

Encore, comment ?

CATON, effrayé

Mes amis, il a raison, nous n'avons rien de mieux à faire que de nous sauver.

TOUS

Oui... oui...

Comme ils vont pour se sauver, de toutes les coulisses, débouchent des citoyens armés de bâtons, conduits par Dorcy, Millefort et Blaise, ils forment un cercle autour des jacobins.

SCÈNE XVI. Les précédées, Dorcy, Millefort, Blaise ; troupe de citoyens armés de bâtons.

DORCY

Nous vous tenons.

LES JACOBINS

Grâce, grâce.

DORCY

Non, scélérats, point de grâce, il faut confesser vos crimes et faire amende honorable Parlez.

LES JACOBINS

Comment !... Que dire ?

DORCY

Parlez, morbleu, ou vous expirez sous le bâton.

LES JACOBINS

Ah ! Mon_Dieu, mon_Dieu.

LES JACOBINS

Oui.

LES JACOBINS

Oui.

LES JACOBINS

Oui.

LES JACOBINS

Oui.

LES JACOBINS

Oui.

DORCY, MILLE FORT, BLAISE, ensemble

Quand sur nos jours, etc.

Pendant le dernier couplet, la force armée est entrée et a passé devant les citoyens, de manière que les jacobins quiont tous la figure du côté du public, ne peuvent la voir à la fin du couplet.

LES JACOBINS, apercevant la force armée

Ah ! Mon_Dieu, nous sommes perdus.

SCÉVOLA

Citoyen, vous qui êtes si bon, ne nous livrez pas. Daignez garder Le silence, et....

DORCY

Garder Le silence ?.... Jetez les yeux sur le passé....

AIR : Jeunes amants, cueillez des fleurs.

Tremblant à la voix des bourreaux, Le Français garda le silence, Et sur des milliers d'échafauds Coula le sang de l'innocence ; Se taire sur un tel projet, Serait un crime impardonnable, On est complice du forfait Quand on veut sauver le coupable.

À la force armée.

Citoyens, faites, votre devoir.

La garde les saisit et les emmène à l'instant où ils sont prêts à sortir ; Subtil appelle Dorcy.

SUBTIL

Citoyen Dorcy, citoyen Dorcy.

DORCY

Que me voulez-vous ?

SUBTIL

J'ai quelque chose à vous dire de bien intéressant.

La garde qui tient Subtil, le rumine sur le devant de la scène.

DORCY

Qu'avez-vous à me dire ?

SUBTIL

Si vous voulez me faire lâcher, je vais vous dévoiler un complot bien plus important que celui-ci.

DORCY

La loi seule peut maintenant prononcer sur votre sort... Je ne puis rien pour vous... Quant à votre secret...

SUBTIL

Je m'en vais toujours vous le dire et ensuite vous ferez ; ce que vous pourrez pour moi ; la nuit du... au de ce mois, nous devons nous porter au camp de Grenelle bien armés, y surprendre les soldats endormis, et là...

AIR : Sous le nom de l'amitié.

Sous le nom de l'amitié, Les jacobins en masse.

Bis.

Sous le nom de l'amitié, Doivent avec audace Égorger sans pitié, Sous le nom, Sous le nom, Sous le nom de l'amitié.

Ensuite nous nous porterons sur le directoire, et quand nous serons les maîtres, soyez sûr que je vous protégerai...

DORCY

Vous croyez que ce projet insensé réussira ?

SUBTIL

Certainement, nous avons des intelligences dans le camp, et...

SUBTIL

Souvenez-vous toujours que c'est moi qui vous ai averti.

Son garde L'emmène.

DORCY

C'est bon, c'est bon.

SCENE XVII et dernière. Les mêmes, excepté les jacobins.

MILLEFORT

Le génie qui veille sur la France, ne permettra pas que cette conspiration réussisse, elle servira seulement à prouver que l'être du monde le plus lâche et le plus cruel, c'est un jacobin.

VAUDEVILLE.

AIR : Le bonheur en famille.

222 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica