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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Les Druides

Marc Antoine Blanc· créée en 1772, imprimée en 1783· 5 actes· 1 652 vers· 16 personnages

Représentée pour la première fois sur le Théâtre Français le 7 Mars 1772.

Personnages

  • CYNDONAX, grand Druide des Gaules
  • EMNON, premier Druide des Carnutes
  • INDUMAR, Roi des Carnutes
  • ÉMIRÈNE, fille d'Indumar
  • CLODOMIR, Prince du Sang Royal
  • AXÉNOÉ, première Druidesse du Temple
  • LUTHAR, Druide attaché à Emnon
  • VARSORIX, Druide attaché à Cyndonax, (Personnage muet.)
  • DRUIDES
  • DRUIDESSES
  • BARDES
  • EUBAGES
  • SATELLITES DU TEMPLE
  • CHEFS DES GAULOIS
  • GARDES
  • PEUPLE, etc

ACTE I

Le théâtre représente une enceinte dans une antique Forêt fort touffue et peu éclairée. Au milieu est un vieux Chêne au pied duquel est un autel sans ornement où l'on voit l'urne sacrée. On découvre quelques tombeaux sur les côtés et dans le fond.

SCÈNE PRÈMIERE. Emirène en habit de Druidesse, mais sans voile et les cheveux flottants, Axénoé et les druidesses.

ÉMIRÈNE

Hélas !

ÉMIRÈNE

Clodomir !

ÉMIRÈNE

Moi !

SCÈNE II. ÉMIRÈNE, AXÉNOÉ.

AXÉNOÉ

Clodomir !

ÉMIRÈNE

Eh ! Pouvais-je éviter ou prévoir mon malheur ? En ces temps orageux de trouble et de terreur Où ce chef des brigands qui dévastent la terre, César remplit ces bords des flammes de la guerre, Dans un combat fatal, mon père infortuné, Par ses lâches soldats, se vit abandonné. Prêt à subir le joug dés Romains en furie, Mais frappé seulement des maux de sa patrie, « Ô Dieux ! s'écria-t-il, épargnez-moi l'horreur De voir, en expirant, triompher mon vainqueur. Sauvez de son courroux les tombeaux de nos pères ; Je dévouerai ma fille à vos sacrés mystères. » Ai-je pu démentir un voeu si solennel ? Ce jour même, ce jour, d'un honneur éternel Couronna les exploits de ton jeune courage, Cher Prince. Hélas, sans lui, le plus dur esclavage, La mort la plus sanglante était l'horrible prix Des efforts de mon père indignement trahis. Lui seul, dans tous les coeurs, sut réveiller la gloire. On s'arme, on se rallie, on vole à la victoire ; On dégage mon père et l'ennemi pressé, Jusqu'aux bords de la Seine, est enfin repoussé. Des Romains cependant la fureur indomptable Annonçait à la Gaule un joug inévitable, Et ce torrent fougueux, un moment retenu, Allait tout entraîner s'il n'était prévenu. Clodomir fut choisi pour ranimer nos Princes Endormis trop longtemps au fond de leurs provinces. Il partit. Il vola chez cent peuples divers Menacés, comme nous, des plus indignes fers. Je cachais de mes feux le dangereux mystère, Lorsqu'il fallut remplir le serment de mon père, Et les voeux qu'en ce jour on attend de ma foi, Quand mon amant paraît, vont m'arracher à moi.

SCÈNE III. ÉMIRÈNE, AXÉNOÉ, INDUMAR, EMNON.

ÉMIRÈNE, se jetant dans les bras de son père

Mon père !

SCÈNE IV. Emirène, Axénoé, Indumar, Emnon, Luthar.

SCÈNE V. Emirène, Axénoé, Indumar, Emnon.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Emirène, Clodomir.

ÉMIRÈNE, sur le devant, sans voir Clodomir

Qu'entends-je ?

ÉMIRÈNE

Clodomir !

CLODOMIR

Achevez.

CLODOMIR

Moi, je n'aurois vaincu que pour votre malheur ! Les destins, à ce ptix, me vendroient cet honneur, Et leur faveur cruelle, à mes armes offerte, Attacheroit ainsi ma gloire à votre perte ! Car enfin, dans la nuit où vos yeux sont plongés, Connaissez-vous les lois où vous vous engagez ? Quoi vous qui, des humains, pouviez vivre adorée, Par un père trop faible aux autels consacrée, Vous allez prononcer le serment solennel De faire, avec la terre, un divorce éternel ! Vous ! Et moi, dans les pleurs !... Ô jours de notre enfance ! Ces pleurs, sur vous, alors avaient quelque puissance : Alors vous m'auriez plaint ; alors, dans votre coeur, Mon sang, prêt à couler, eût porté la terreur... Je vois qu'à cette gloire il ne faut plus prétendre. J'obéis. Cependant, si l'amour le plus tendre Donnait un droit... Mais, non. Je me dois oublier, Et votre bonheur seul m'occupe tout entier. Qu'allez-vous devenir, si, malgré sa constance, Votre coeur se repent de son obéissance ? Voyez quels jours affreux vous seraient préparés ; Quels regrets ! Quels tourments en secret dévorés ! Toujours cacher son coeur ; s'éviter ; se contraindre ; Pleurer ; se condamner ; tout désirer ; tout craindre ; Nourrir toujours en soi son plus fier ennemi ; Ne voir jamais le Ciel d'un regard affermi ; Attendre, avec effroi, la mort que l'on implore, Et traîner au tombeau la chaîne qu'on abhorre.

Il se jette à ses pieds.

Ah, je suis à vos pieds, arrosés de mes pleurs ; Princesse, au nom des Dieux, prévenez tant d'horreurs.

CLODOMIR

Il fait quelque pas pour la suivre.

Non. Cruelle.

SCÈNE VIII. Emirène dans le fond ; Clodomir, Luthar, plusieurs Satellites du Temple armés de haches.

LUTHAR, arrêtant Clodomir au milieu du Théatre

Où courez-vous, impie ? Arrêtez.

Les Satellites l'environnent et le pressent de toutes parts, malgré ses efforts.

ÉMIRÈNE, dans le fond

Ah, c'est fait de sa vie !

SCÈNE IX.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Emnon, Luthar, et deux Eubages.

SCÈNE II. Cyndorax, Varsorix, Emnon, Luthar, Druides, Druidesses.

EMNON, se prosternant aux pieds de Cyndonax, ainsi que tous les Druides et Druidesses

Souffrez que les premiers, à vos sacrés genoux, Seigneur, nous adorions...

SCÈNE III. Les mêmes. Indumar, Chefs des Gaulois, Gardes.

SCÈNE IV. Cyndorax, Varsorix, Emirène, Axénoé, les Druidesses.

Le Roi et les Chefs sortent d'un côté ; Emirène et Axénoé entrent de l'autre.

AXÉNOÉ, à Emirène dans le fond en entrant

Avançons.

CYNDONAX, à Axénoé, et aux Druidesses

Laissez-nous.

SCÈNE V. CYNDONAX, ÉMIRÈNE, VARSORIX.

CYNDONAX

Que craignez-vous ? Le juste, au-dessus de la crainte, Doit-il, comme l'impie, en éprouver l'atteinte ? Cette sainte frayeur, en présence des Cieux, Vous rend plus précieuse et plus chère à leurs yeux. Vous avez dû peser, au poids du sanctuaire, La grandeur des devoirs où vous destine un père. Vous savez qu'un mortel, dont Dieu même a fait choix Pour annoncer son Être et faire aimer ses lois, Vit et meurt éloigné de la foule égarée Qui, toujours de plaisirs et d'erreurs enivrée, S'agite, avec orgueil, sur les bords du tombeau, Et de la vérité dédaigne le flambeau ; Mais avez-vous compris quelle vertu sévère Doit distinguer en nous un si grand caractère ? S'il n'arrache nos coeurs au joug des passions ; S'il n'épure nos sens de leurs illusions ; S'il n'est en nous du Ciel et l'amour et la gloire, Il en devient l'opprobre... Ah, vous devez m'en croire. Intrépide, ou trop faible à repousser l'erreur, Un Prêtre est, des humains, l'ornement ou l'horreur. Grand Dieu, si tu prévois qu'à tes lois infidèle, Son coeur s'élève un jour et dépose contre elle, Que ta voix, dans ce coeur, ne tonne point en vain ! Que ton bras déployé, comme un rempart d'airain, Au zèle qui l'égare oppose une barrière ! Ou daigne, é ton Ministre, accorder ta lumière, Et m'épargner du moins la honte et la douleur D'avoir, en te l'offrant, préparé son malheur ! Ah, vous voyez l'effroi de mon âme attendrie. Ce jour va décider du sort de votre vie ; Vous livre, ou vous arrache à des regrets amers, Et vous ouvre à jamais les Cieux ou les enfers.

SCÈNE IV. Xyndorax, Emirène, Emnon, Varsovix.

ÉMIRÈNE, à part

Juste Ciel !

ÉMIRÈNE, à part

Ah, malheureuse !

SCÈNE VII. Cyndonax, Émirène, Emnon, Luthar, Varsorix.

ÉMIRÈNE, à part

Ciel, éclate !

ÉMIRÈNE, à Emnon, avec impatience

Eh bien ! Seigneur ?

SCÈNE VIII. Cyndonax, Varsorix.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Emirène, Axénoé.

SCÈNE III. Emirène, Axénoé, Cyndorax, Varsovix, Indumar, Emnon, Luthar, Druides, Bardes, Eubages, Chefs des Gaulois, Soldats, Gardes.

Ils entrent au bruit d'un concert de guerre, les enseignes déployées. Quelques-uns portent des aigles brisées, conquises sur les Romains.

ÉMIRÈNE, à part

Ciel ! Encore !

SCÈNE IV. Cyndorax, Varsorux, Clodomir.

Tandis que le Roi, les Prêtres, les Chefs et les Soldats sortent par le fond du Théâtre, Emirène sort par un côté, consternée et levant les mains au ciel, et Clodomir entre par l'autre. Il est enchaîné et conduit par deux Druides qui portent ses armes et les déposent sur l'autel.

SCÈNE V. Cyndonax, Clodomir.

CYNDONAX

Moi ?

CYNDONAX

Eh bien ?

CYNDONAX

Ciel !

CLODOMIR, avec une fureur sombre

C'est assez.

CLODOMIR

Non, cruel.

SCÈNE VI. Cyndonax, Varorix.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. EMNON, LUTHAR.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Emnon, Emorène, Axénoé, Luthar, Druides, Druidesses.

Les Druides entrent avec ordre, immédiatement suivis de Luthar portant l'urne sacrée qu'il va déposer sur l'autel, tandis qu'ils se rangent sur les deux côtés. Les Druidesses arrivent aussitôt dans le même ordre, et se placent devant les Druides. Leur marche est terminée par Emirène, ayant à ses côtés deux jeunes Druidesses, dont l'une porte le voile, et l'autre le bandeau qui lui sont destinés, (Ce bandeau est une couronne de chêne) : derrière la Princesse est Axénoé. Toutes les quatre s'avancent jusqu'auprès de l'autel où elles restent.

EMNON, prenant le voile et le bandeau des mains des Druidesses, et les plaçant sur la tête d'Emirène

Recevez, de mes mains, ce voile révéré. Baissez un front soumis sous ce bandeau sacré.

ÉMIRÈNE

Tous !

SCÈNE IV. Les mêmes. CYNDONAX, VARSORIX.

ÉMIRÈNE, se jetant dans ses bras, avec abandon

Je n'ai point prononcé.

CYNDONAX, à Emirène

Ah ! Ce Dieu vous inspire.

SCÈNE V. Emirène, Axénoé, les Druidesses.

SCÈNE VI. Emirène, Axénoé, Clodomir, troupe de soldats l'épée à la min.

CLODOMIR, en entrant

La voici.

ÉMIRÈNE

Dieux !

CLODOMIR, à une partie de ses soldats

Gardez ce passage, Amis.

CLODOMIR

Viens.

ÉMIRÈNE

Ah Dieux !

CLODOMIR

Ô ciel !

SCÈNE VIII. Clodomir, Soldats.

ACTE V

SCÈNE I. [Indumar, Cyndonax, Emnon].

INDUMAR

Ma fille !

EMNON, voulant les retenir

Arrêtez.

SCÈNE II. Indumar, Emnos, Luthar, les Druides.

SCÈNE III. Les mêmes, Erimène conduite par deux druides et suivie d'Axénoé et les druidesses qui se rangent tout autour du théâtre.

ÉMIRÈNE

Qui vous ?

ÉMIRÈNE

Ah !

SCÈNE IV. Les mêmes, Clodomir arrivant avec précipitation.

INDUMAR, prêt à tirer son poignard

Ah ! C'en est trop, ou frappe, ou...

ÉMIRÈNE, le retenant

Je n'y puis suffire.

CLODOMIR, tirant son poignard

Parlez, ou je m'immole.

INDUMAR, prêt à se frapper

Dieux, recevez mon sang.

ÉMIRÈNE, se précipitant sur lui et le retenant

Cruel, ce n'est pas vous.

CLODOMIR, aussi prêt à se frapper

C'est donc moi ! Je triomphe.

SCÈNE V. Les mêmes, Cyndonax à la tête du peuple et des guerriers qui ont tous une épée à la main.

Cyndonax en entrant se précipite sur Clodomir, et retient le poignard, tandis qu'Erimène retient son père. Le peuple et les guerriers, accourant en foule, les environnent et les désarment.

EMNON, à Cyndonax

Eh bien, vous l'emportez. À vos affreux parjure un vil peuple se livre. À ma religion je ne veux pas survivre. Tombent, sur vous, d'Hésus tous les foudres vengeurs !

Il sort avec les druides. Tous les guerriers lèvent leurs épées sur lui, comme prêts à le massacrer. Cyndonax les retient.

SCÈNE DERNIÈRE. Les mêmes, hors Emnon et les druides.

1 652 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0