Comédie en vers· Comédie en un Acte en vers
Molière en Bonne Fortune
Représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre national de l'Odéon, le 15 janvier 1876.
Personnages
- MOLIÈRE, quarante cinq ans. M. Porel
- CHAPELLE, quarante ans. M. François
- ARMAND, AMAURY
- MAROTTE BEAUPRÉ, Mme Léonide Leblanc
- LAFOREST, servante de Molière.... Mme Crosnier
Préface
Molière à Auteuil, demandé par M. Duquesnel, directeur de l'Odéon, pour le 15 janvier 1876, anniversaire de Molière, devait être le début au théâtre des jeunes auteurs chargés de composer cet acte. Léon Valade, n'ayant pu, par suite de sa santé précaire, faire sa part de collaboration, ne voulut pas signer la comédie entièrement écrite à la hâte par M. Émile Blémont, auquel il adressa la lettre suivante :
Paris, 7 décembre 187f.
« Mon cher ami,
« Du moment que l'état actuel de la comédie intitulée Molière à Auteuil ne vous paraît plus comporter le travail de seconde main qui m'était réservé d'après nos conventions récentes, ce m'est un devoir de ne pas figurer dans une de ces collaborations purement nominales auxquelles ma conscience a toujours répugné.
La part que j'ai prise au scenario fait en commun, il y a plus d'un an, est vraiment trop peu de chose pour que je puisse prétendre au partage de la signature et des droits. Je vous adresse donc ma démission, de meilleure grâce, n'en doutez pas, qu'un ministre de l'ordre moral.
J'aurais pu vous dire cela tantôt ; si j'ai préféré vous l'écrire, c'est précisément à cause de l'adage : Verba volant, scripta marient, et pour que ce billet ait entre vos mains une valeur testimoniale.
Un droit que je n'avais pas, et qui m'est rendu en qualité de simple spectateur, c'est celui d'applaudir chaudement le soir de la première. J'en userai, et en attendant, je vous serre très cordialement la main.
Votre bien dévoué,
LÉON VALADE. »
Rien ne fut changé à la pièce, qu'il fallait, sans aucun retard, faire copier, lire au théâtre, distribuer et mettre en répétitions, pour qu'elle fût prête le 15 janvier. Mais M. Émile Blémont, malgré la lettre du 7 décembre, maintint le nom de Léon Valade à côté du sien ; et il l'y maintient encore, en souvenir d'une amitié qui lui est restée chère.
MOLIÈRE À AUTEUIL
SCÈNE PREMIÈRE. Molière, Laforest.
LAFOREST, paraissant sur le pas de la porte de la maison
Monsieur Molière !LAFOREST
C'est vrai.MOLIÈRE
N'avais-je pas demandé, par deux fois, Que l'on me laissât seul ? Je travaille, tu vois ; Et là-bas, au théâtre, on attend notre ouvrage.LAFOREST
Bah !MOLIÈRE
Ces comédiens, un rien les décourage. Depuis que Scaramouche, avec son perroquet, Sa guitare, son chat, son singe, son roquet, Est revenu montrer son nez blanc de farine, Toute ma compagnie a peur de la ruine. Ils jettent les hauts cris, il leur faut du nouveau ; Il faut que je me creuse en hâte le cerveau Et que je trouve, encor malade et d'humeur triste, De quoi faire oublier le bouffon guitariste. - Dis que je n'y suis pas. Il a mal pris son jour.Roquet : Sorte de petit chien à oreilles droites. [L]
LAFOREST
Il a l'air bien honnête.LAFOREST
Si j'avais su !LAFOREST
Bien. J'y vais.SCÈNE II. Molière, Marotte, Laforest.
MAROTTE
Bonjour. C'est moi. Quel est donc ce monsieur, très timide, ma foi ? Je l'ai vu quelque part. Tant pis ! il peut attendre.LAFOREST
Oh, ne l'écoutez pas !MAROTTE, à Laforest
Ton goût n'est pas mauvais.MOLIÈRE
Reste sage.LAFOREST
Épousent-ils ?MAROTTE
Peut-être.LAFOREST
À quand le mariage ?MOLIÈRE
Ah !LAFOREST
Le pauvre homme !LAFOREST
Il est peut-être chauve ?MAROTTE
À peine !MOLIÈRE, à Laforest
Elle plaisante.MAROTTE
Et pour moi ?MOLIÈRE
Mais que t'avons-nous fait ?MAROTTE
Oh ! Rien. Que de bon temps ! Quel agréable emploi de mes pauvres vingt ans ! Tout le jour on répète et tout le soir on joue ; La fièvre allume l'oeil, le fard fleurit la joue ; On a de beaux galants, de grands biens au soleil ; Et pour couronner tout, le respect non pareil Des femmes de la cour et des bourgeoises prudes. Mais c'est assez railler. Vos plaisirs sont trop rudes. Me rendez-vous justice au moins ? J'ai sur les bras Les rôles effacés et les rôles ingrats. A peine ai-je à lancer parfois quelques mots drôles ; Et d'autres ont toujours les longs et les beaux rôles, D'autres dont on pourrait, sans trop de vanité, Égaler le bien dire et même la beauté.MOLIÈRE
Jalouse !MOLIÈRE
Ainsi, c'est sérieux.MAROTTE
Très sérieux, mon maître.MOLIÈRE
Je tremble, Laforest. Marotte, le sais-tu, Est un vrai spadassin. Cet ange s'est battu à l'épée, en duel. Elle a tiré flamberge Comme un vieux capitan.LAFOREST
Contre qui, Sainte Vierge !LAFOREST
Quoi ! Deux femmes ?...LAFOREST
Mais comment le combat ?...MAROTTE
Moquez-vous, c'est aisé ; mais pouvais-je gaîment Me laisser affubler d'un niais pour amant Par une sotte ? non ! Si j'eusse été de celles Dont le coeur flambe et saute aux moindres étincelles, Quelque beau ferrailleur pour moi se fût battu, Et m'eût sauvé l'honneur, m'ayant pris la vertu. Elle avait dix vengeurs, moi pas un. Avec elle, Seule à seule, j'ai dû vider cette querelle, Loyalement d'ailleurs et sans autre dessein Que de lui balafrer le visage ou le sein Et de montrer à tous comment à coups d'aiguille Peut se faire au besoin respecter une fille.MAROTTE
Moquez-vous !MOLIÈRE
Tu m'en veux beaucoup ?MAROTTE
Oui.LAFOREST
Gare aux épines !MAROTTE
C'est...MOLIÈRE
C'est le rôle d'Aglaure Qui te met en courroux ?Aglaure : personnage de la soeur de Psyché dans PSYCHÉ.
MAROTTE
Juste !MOLIÈRE
J'en suis fâché.MAROTTE
Je veux jouer Vénus.LAFOREST, riant
Vénus !MAROTTE
C'est donc risible ?MOLIÈRE
Mais le rôle est donné.MAROTTE
Vous le reprendrez bien.MOLIÈRE
Oh ! Je ne puis.MAROTTE
Pourquoi ? De_Brie a-t-elle rien De ce qu'il faut pour faire une Vénus complète ? Elle a la grâce maigre et sèche d'un squelette.Catherine Leclerc du Rosé (1630-1706), dite Mademoiselle De Brie comédienne de la troue de Molière, spécialisée dans les rôles d'ingénue. Elle créa Agnés dans L'École des Femmes.
MOLIÈRE
Sois raisonnable.MAROTTE
Et vous, soyez juste.MOLIÈRE
D'honneur, Je te promets, Marotte, un rôle plus flatteur Dans la prochaine pièce. Allons, point de chicane !MOLIÈRE
Oui, Diane.MAROTTE
C'est Vénus que je veux.MOLIÈRE
Non pas !MAROTTE
C'était fatal. Je sais fort bien pourquoi vous êtes partial ; Faites-la donc briller, votre déesse étique ! Je m'en vais du théâtre.LAFOREST
Ouf ! Encore un duel !MAROTTE
Les deux y sont.MAROTTE
Il est de famille huppée.LAFOREST
C'est un financier ?MAROTTE
Oui.MOLIÈRE
Mon voisin d'Auteuil ?MAROTTE
Lui.LAFOREST
Et très mûr !MAROTTE
Moins que vous !LAFOREST
Il vous adore donc ?MAROTTE
Si Molière voulait !...MOLIÈRE
N'en parlons plus.LAFOREST
Fi ! Le chat ! Mais, mon_Dieu ! Le temps passe, Et ce pauvre jeune homme attend toujours là-bas.MOLIÈRE
Non.MOLIÈRE
Ah ! vraiment ?MAROTTE
Je suis sûre...MOLIÈRE
Chut ! Il vient.SCÈNE III. Molière, Armand, Marotte, Laforest.
ARMAND, à part, apercevant Marotte
Elle est là !LAFOREST
Qu'est-ce ? Vous pâlissez !LAFOREST
Avez-vous peur ? Chassez Cette crainte bien vite. Allez, c'est un bon homme, Encore qu'en tous lieux, monsieur, on le renomme, Et qu'il soit plus connu qu'aucun auteur ancien. Il ne me fait pas peur à moi, vous voyez bien.ARMAND, à part
C'est elle. Du courage !LAFOREST, à part
Oui-da ! Mais suis-je sotte ? On dirait qu'il en veut à la belle Marotte. Ah bah ! tant pis pour lui !... Quel singulier émoi !Laforest sort en observant le manège du jeune homme.
MAROTTE, à Armand
J'ai pris le pas sur vous, monsieur ; excusez-moi. J'ai terminé, je pars. Mais je crois vous connaître. Où vous ai-je pu voir ?ARMAND
Au théâtre, peut-être.MAROTTE
C'est probable.ARMAND
J'y vais souvent.MAROTTE, buvant à l'improviste la tasse de lait que rapporte Laforest
Molière, il est Bien meilleur que celui de Paris, votre lait.Elle s'enfuit en riant, suivie de Laforest qui hausse les épaules.
SCÈNE 1V. Molière, Armand.
ARMAND, embarrassé
Monsieur...ARMAND, présentant une lettre
Cette lettre...MOLIÈRE, prenant et ouvrant la lettre
Voyons. C'est un mot de Fourcroy... Il est votre parent, vous recommande à moi Chaudement, mais sans rien qui soit bien explicite Sur le motif que peut avoir votre visite.ARMAND
Je vous ai dérangé ?...ARMAND
M'ouvrir votre théâtre.MOLIÈRE
Ah ! Vous êtes poète ?ARMAND
Je n'ai pas débuté.MOLIÈRE
La démarche est hardie.ARMAND
Je le sais.ARMAND
Qui voit dans l'avenir ?MOLIÈRE
Ô jeunesse !...ARMAND
Pourtant...MOLIÈRE
Ah ! Si vous connaissiez ce qui vous fait envie ! Mais il faut avant tout me dire votre vie, Votre état, vos parents ?... Je vous suis tout acquis : Vous n'êtes pas traitant, médecin, ni marquis ?MOLIÈRE
Je gage Qu'il ne soupçonne pas votre petit voyage Du Palais de Justice à mon jardin d'Auteuil.ARMAND
De sa profession, oui, mon père a l'orgueil. Il veut... Mais c'est plus fort que ma volonté même ! Et tout en respectant mon père autant qu'il m'aime, Je sens que le barreau n'est pas mon fait ; je sens Que je saurais très mal changer en innocents Les gens dont la vertu me paraîtrait flétrie. Puis j'aime le théâtre avec idolâtrie.MOLIÈRE
Ah !ARMAND
Tout enfant, souvent je récitais des vers ; On m'admirait. Plus tard on a dit : « Quel travers ! » Mais j'ai continué, quoi que l'on ait pu dire. Plus on me trouvait fou, plus j'aimais mon délire. Avec quelques amis je m'échappe souvent Et nous jouons devant les badauds, en plein vent, Non sans succès. Je puis vous déclamer, du reste, Pour ne pas vous sembler trop fier ni trop modeste, Des vers, à votre choix nobles ou familiers ?MOLIÈRE
Je refuse.ARMAND
Pourquoi ?MOLIÈRE
De peur que vous n'alliez Vous méprendre, et confondre un conseil nécessaire Avec l'arrêt poli d'un juge trop sincère.MOLIÈRE
Mon_Dieu ! je sais le goût qu'a le fruit défendu ; Je veux vous épargner sa fatale amertume, S'il en est temps encor.ARMAND
Ce n'est pas ma coutume De reculer devant la peine et le danger. J'aurais peur, quand les grands savent envisager La guerre et ses périls sans alarme vulgaire !MOLIÈRE
Faites-vous donc soldat...MOLIÈRE
Qui sait ?ARMAND
Le péril même invite.MOLIÈRE
Oui, mais ses préjugés sont ceux de tout le monde, Et la racine en est dans les coeurs trop profonde Pour qu'on en ait, hélas ! de très longtemps raison. Il pourra, pensez-y, vous fermer sa maison ; Et si, vieillissant vite, avant l'heure il succombe, Vous aurez des remords, peut-être, sur sa tombe.ARMAND
Non, cela ne se peut ; non, je réussirai ; S'il me voit applaudi, s'il me voit admiré, Il me pardonnera. Puis ma mère est si bonne ! Pour elle, il faudra bien qu'un jour il me pardonne. Si vous la connaissiez !ARMAND
Ah !MOLIÈRE
Ses yeux caressants M'auraient peut-être bien retenu... Moins amère Eût été l'existence, alors ! Mais votre mère, Dites, n'a-t-elle pas l'esprit religieux ?ARMAND
Oh, si !ARMAND
Que vous êtes cruel !MOLIÈRE
Moins cruel que la vie ! Allez ! l'illusion trop souvent est suivie D'incurables chagrins et d'éternels regrets. Êtes-vous fils unique ?ARMAND
Oui.MOLIÈRE
Restez donc auprès De vos parents ! Ils ont l'estime de la ville ; Le bonheur avec eux est certain et facile. D'eux et de vous pourquoi vous faire le bourreau ? Travaillez, devenez éloquent. Le barreau A ses succès, qui sont plus prisés que les nôtres. Vivez pour vous, au lieu de vivre pour les autres ; Et puisque vous avez bons parents et du bien, N'allez pas, mon ami, faire comme le chien De ce cher La Fontaine, un chien fou qui se noie, En lâchant, pour courir après l'ombre, la proie.ARMAND
Je vous comprends fort bien, mais je ne puis me rendre. Ai-je pour la chicane une vocation ? Non, plaider ne sera jamais ma passion ; Et vraiment les plaideurs ne sont bons, quoi qu'on die, Que si monsieur Racine en fait la comédie. Entrer dans votre troupe est-il si hasardeux ? J'avais une famille ; eh bien, j'en aurai deux !MOLIÈRE
Vous n'en aurez pas deux ; vous n'en aurez aucune. Ceux qui vous entouraient vous garderont rancune, Et les gens qui prendront leur place autour de vous, Seront peu complaisants, surtout s'ils sont jaloux. Vous êtes jeune encore, et la Fortune blonde Vous a toujours souri dans tous les yeux du monde ; Sauf quelques mots surpris et quelques livres lus, Vous ignorez la vie et la scène encor plus ; Et vous ne savez pas vers quels naufrages roule Qui s'expose en aveugle au grand flux de la foule.ARMAND
Ah !...MOLIÈRE
Je suis devant vous, là, comme un vieux forban Qui sur toutes les mers a tâté l'ouragan, Et refuse d'admettre en son rude équipage Un citadin naïf et joli comme un page. Il lui dit : « C'est terrible ! » Et le page répond Qu'il a souvent vu l'eau... qui coule sous le pont, Qu'il connaît l'océan... d'après une peinture, Et n'a pas mal au coeur... quand il monte en voiture.Forban : Corsaire, pirate. [L]
ARMAND
Mais tel bon matelot put choir au premier pas ; Les marins nés sur mer sont rares, n'est-ce pas ?MOLIÈRE, souriant
Il faut discrètement user des métaphores. Laissons-les aux pédants, à ces rhéteurs sonores Dont je me suis moqué. Parlons plus simplement. Je vous veux exposer sans le moindre ornement, Toute nue, au grand jour, la vérité, la vraie, Celle qui rit afin d'en oublier sa plaie.MOLIÈRE
Oh ! je dis Tout bonnement qu'il est loin d'être un paradis. Ce n'est qu'un vain décor, des voix et des costumes, Le tout entremêlé de rimes et de plumes, Ayant un lumignon pour astre, ayant pour fleur La rhétorique, et pour providence un souffleur. Le reste est dans l'esprit du parterre et des loges ; Et marquis à rubans, écoliers de Limoges, Gens des halles, bourgeois des quais ou du Pont-Neuf, Campagnards au cerveau lourd et lent comme un boeuf, Pour peu que ces gens-là soient sots ou soient fantasques, Ont le droit de chuter et de huer les masques ! Pour leur argent, il faut les servir vite et bien. Êtes-vous las ? Tant pis ! cela ne leur fait rien : Vous devez être agile. Avez-vous la migraine ? Il faut être pour eux bien portant sur la scène. Avez-vous la douleur et le deuil dans le coeur ? Qu'importe ? Allons, prenez un petit air moqueur, Et riez franchement, et faites-les tous rire ! Sinon clameurs, sifflets, peut-être un destin pire. Parfois, si c'est écrit dans le rôle du soir, C'est son propre chagrin, son propre désespoir Qu'il faut rendre grotesque aux yeux de l'assistance. On le sait dans la salle, on en sourit d'avance ; La gazette en médit, et pour les courtisans Les beaux esprits en font de petits vers plaisants.Lumignon : Bout de la mèche d'une bougie, d'une chandelle ou d'une lampe allumée. [L]
ARMAND
Je...MOLIÈRE
Vous doutez, Monsieur ? C'est en vainqueur, en maître, Que le comédien a dû vous apparaître ; Mais il laisse son rôle en sortant du décor Et revient chaque soir plus las, plus triste encor.MOLIÈRE
C'est ainsi que nous sommes. Rien au fond n'est moins gai que d'égayer les hommes. Dominique, ce fou, cet Arlequin vanté, Il a l'esprit si noir qu'il en perd la santé. L'autre jour, il consulte un moderne Esculape. On le tâte, on le tourne, on le palpe, on le tape, On regarde sa langue. - « Oh ! oh ! dit le docteur, C'est de l'hypocondrie, un mal persécuteur. Il est à votre cas un remède, l'unique : Allez voir Arlequin. - Alors, fit Dominique, Je suis mort. Arlequin, c'est moi. »Dominico Guiseppe Biancolelli (1636-1688), dit Dominqiue comédien ayant joué le rôle d'Arlequin dans la Commedia del Arte.
ARMAND
Pauvre Arlequin ! Mais s'il est bilieux, on peut être sanguin ; Et tout comédien n'est pas aussi funèbre.ARMAND
Du bien qu'on sait de vous, que sert de vous défendre ? C'est vous surtout, c'est vous qui m'avez fait comprendre La force et la grandeur de cet art souverain, Dont vous me détournez avec tant de dédain. Je vous vis sur la scène, et crois vous voir encore. Vous arrivez, front haut, regard clair, voix sonore ; Tout se tait. Du parterre aux dernières hauteurs, La salle est devant vous pleine de spectateurs ; Seul, vous êtes debout. Vous parlez : c'est Alceste ! Et tandis que les mots s'envolent, votre geste, Ample et puissant, paraît, sur le peuple assemblé, Éparpiller le vrai, comme un semeur le blé.MOLIÈRE
Cessez, je vous en prie. C'est que, pardonnez-moi, j'ai peur des compliments : Ce sont lettres de change en mots des plus charmants ; Et j'en accepte peu, de crainte que je n'aie Rien pour les rembourser que mauvaise monnaie. Vous me nommez Alceste aussi ; tant pis pour vous !ARMAND
Alceste aux gens de coeur préfère-t-il les loups ? Tout au théâtre est-il décor vain, masque vide ? Non, non ; la Vérité rayonnante et lucide Y couronne de fleurs son miroir enchanté, Et le bon sens y rit d'embrasser la beauté.MOLIÈRE
Mais le comédien, qu'est-ce ? Un bouffon qu'on siffle, Un esclave à tout faire, une figure à gifle, A coups de pied, que sais-je ? Un bandit, un glouton. Un jour j'étais mourant. « Il a bu ! » cria-t-on.ARMAND
Ah ! Quelle indignité !ARMAND
L'honneur !MOLIÈRE
Ah ! Songez-y, c'est surtout quand on aime, Que le bonheur chez nous est un triste problème. Oui, vous profiterez de plus d'un fol amour, Sans doute ! Entendez-moi : purs caprices d'un jour ! Non pas vous, je dis mal, mais votre personnage. Puis, quand vous serez las de ce libertinage, Quelle est la chaste fille aux yeux profonds et doux Que ses parents voudront marier avec vous ? Mais ce sera bien pis, si votre coeur malade S'éprend, sans y songer, de quelque camarade. Une comédienne !... Ah ! Gardez-vous-en bien ! Car c'est vraiment l'enfer, alors, qu'un tel lien. Coquette par métier, vaniteuse, frivole, Elle n'est pas plus tôt à vous, qu'on vous la vole ; Et près du couple heureux, raffinement exquis, Vous jouerez le... Dandin ! Puis viendront les marquis, Ricanant : « Le bon tour ! La femme à Sganarelle !... » Ne vous hasardez pas à leur chercher querelle, On vous rirait au nez !ARMAND
Je ne sais...SCÈNE V. Molière, Chapelle, Armand, Laforest.
LAFOREST
Vous ne passerez pas.CHAPELLE
Que si !CHAPELLE
Moi ?LAFOREST
Certes !CHAPELLE
Oh ! Si peu, ma belle.CHAPELLE
Qui ? moi ! Moi qui viens de tant boire à la santé du roi, Moi qui, dans la maison du Misanthrope, apporte La gaîté, le printemps, le soleil, - que j'en sorte !CHAPELLE
Oui, j'ai bu vingt santés ; Aussi je suis allègre et j'ai dans la cervelle De quoi conter fleurette à la muse nouvelle. J'entends chanter en moi de petits vers pimpants. Tiens, à boire !... Du lait ! breuvage de serpents !À Armand.
C'est de vin vieux, monsieur, que je suis idolâtre. Mais pardon. Vous disiez : Je renonce au théâtre. Et pourquoi ?ARMAND
Il m'en a détourné.CHAPELLE
Pas possible !CHAPELLE, riant
Ah ! ah ! ah !ARMAND, prêt à partir
Permettez, Monsieur...MOLIÈRE
Des vérités.CHAPELLE, à Molière
Vous êtes gris.MOLIÈRE
Mais...CHAPELLE
Chut !À Armand.
Votre cas m'intéresse. Oui, monsieur, j'ai pour vous presque de la tendresse, Et votre air tout d'abord m'a plu. Récitez-moi Quelque chose, Tartuffe ou l'Étourdi, ma foi !CHAPELLE
C'est moi qui vous en prie.MOLIÈRE
À quoi bon ?...ARMAND
Je crains...ARMAND
Vous n'y pensez pas.CHAPELLE
Si ! cherchons un peu. Mais, baste ! Prenons le Misanthrope et la scène d'Acaste Avec Clitandre, alors que ces deux éventés Font assaut de grands airs et de fatuités. Vous devez posséder le rôle à fond ?...MOLIÈRE, avec un geste d'acquiescement résigné
Si vous voûtez !...ARMAND
Excusez-moi !ARMAND
C'est inutile.CHAPELLE
Eh bien, commencez ! Je languis.ARMAND, récitant
« Parbleu, je ne vois pas, lorsque je m'examine, Où prendre aucun sujet d'avoir l'âme chagrine. J'ai du bien, je suis jeune, et sors d'une maison Qui peut se dire noble avec quelque raison, Et je crois, par le rang que me donne ma race, Qu'il est fort peu d'emplois dont je ne sois en passe. Pour le coeur, dont surtout nous devons faire cas, On sait, sans vanité, que je n'en manque pas ; Et l'on m'a vu pousser dans le monde une affaire D'une assez vigoureuse et gaillarde manière. Pour de l'esprit, j'en ai sans doute, et du bon goût À juger sans étude et raisonner de tout, À faire aux nouveautés dont je suis idolâtre Figure de savant sur les bancs du théâtre, Y décider en chef, et faire du fracas À tous les bons endroits qui méritent des has ! Je suis assez adroit ; j'ai bon air, bonne mine, Les dents belles surtout, et la taille fort fine. Quant à me mettre bien, je crois, sans me flatter, Qu'on serait mal venu de me le disputer. Je me vois dans l'estime autant qu'on y puisse être, Fort aimé du beau sexe et bien auprès du maître. Je crois qu'avec cela, mon cher marquis, je crois Qu'on peut par tout pays être content de soi... »CHAPELLE
Bravo ! Je suis ravi.À Molière.
Vous haussez les épaules. Je vous dis qu'il jouerait mieux que vous certains rôles.CHAPELLE, montrant Molière
C'est qu'il est irritant, c'est qu'il me damnerait Avec son ton de glace et sa mélancolie. Qu'on soit fou, mais au moins d'une aimable folie !MOLIÈRE
Comme vous.CHAPELLE
Comme moi, pardieu ! Si vous voulez. Jeune homme, vous irez jusqu'aux cieux étoilés. Quand débuterez-vous ? Il faut débuter vite.ARMAND
Je ne débute point.CHAPELLE
Vous plaisantez.ARMAND
J'hésite.CHAPELLE
Vous hésitez. Pourquoi ?MOLIÈRE
Pour de bonnes raisons.CHAPELLE
Il vous a dit du mal du théâtre ? Chansons ! Les hommes y sont faux, et les femmes coquettes... Surtout quand les marquis garnissent les banquettes. Et caetera. Voyons, n'est-ce pas bien cela ?ARMAND
Vous voulez rire.CHAPELLE
Un peu.MOLIÈRE
Le beau fou que voilà.CHAPELLE
Demandez donc, monsieur, à cet austère Alceste, Pourquoi, si c'est l'enfer, à son âge il y reste.MOLIÈRE
Pourquoi ! Vous le savez, Chapelle ; si je pars, Ma troupe est ruinée et réduite aux hasards. Ce serait le malheur de plus de vingt familles. Les nourririez-vous ?CHAPELLE
Non.MOLIÈRE
C'est certain.CHAPELLE
Bah ! Les filles S'en tireraient toujours ; et quant aux matassins, Ils se feraient tout droit valets de médecins. Ce n'est pas pour cela, monsieur, qu'il y demeure.Matassins : Nom qu'on donnait autrefois à certains danseurs, qui portaient des corselets, des morions dorés, des sonnettes aux jambes et l'épée à la main avec un bouclier. Une entrée de matassins. [L]
CHAPELLE, à Armand
Plus sage, il eût déjà quitté les planches, lui. Boileau le lui disait.À Molière.
Il vous le disait, oui !À Armand.
S'il s'obstine à jouer, c'est un vrai suicide ; Et pour sa troupe alors que reste-il ? Le vide. Vingt familles d'un coup sont en proie aux hasards. Les nourrirai-je ? Non : ces gens sont trop bavards. Tandis que s'il voulait quitter un temps ses rôles, Passer sa lourde charge à plus fortes épaules, Apprendre ce qu'il sait à des gens studieux Comme vous, tout irait plus loin, peut-être mieux. Mais c'est plus fort que lui, rien ne lui fait : il reste, Et c'est par pur amour pour son enfer, sa peste !MOLIÈRE, à Armand
Le fou dans ce qu'il dit n'a pas tort tout à fait, Et je songe parfois que peut-être, en effet, Je devrais renoncer à paraître en spectacle. Mais il est trop tard ; oui, c'est là le grand obstacle. Une fois qu'on a mis les pieds sur les tréteaux, Il semble qu'ils y soient fixés par des étaux. On tient à cette vie enivrante et factice, Comme un méchant au mal, un vicieux au vice, Comme Chapelle au vin. Nul ne s'en veut guérir. Martine est en péril, gardez-vous d'accourir : « Il me plaît, dira-t-elle, à moi, d'être battue ! » Don_Juan vainement lutte avec la Statue ; Quoi que notre festin puisse avoir de splendeur, N'y venez pas souper ; c'est chez le Commandeur !CHAPELLE
Le Commandeur ! Ah, bah ! un spectre de commande ! Qui donc fit-il jamais trembler, je le demande, Ce funèbre Pierrot sur un tombeau planté ?À Armand.
Tous les métiers, Monsieur, ont leur mauvais côté. D'ailleurs que feriez-vous, renonçant à la scène ?CHAPELLE
C'est obscène ! C'est des métiers le pire et le moins délicat ; Quittez ce métier vite : on n'est pas avocat. Moi, mon père voulait que je fusse d'Église. J'ai balancé trois mois entiers, sans vantardise ; Mais s'il avait voulu me faire chicanier, Je me serais du coup sauvé dans un grenier. Quand on est avocat, on cesse d'être un homme ; On n'est plus désormais qu'une bête de somme, Oui, qu'un âne bâté, qui brait dès le matin Et qui brait jusqu'au soir en très mauvais latin, Qui s'offre à tout venant, qui se mène à la longe, Portant le vrai d'un bord, de l'autre le mensonge. Avocat ! vous, monsieur, que déjà j'estimais ! Avocat ! ne soyez pas avocat, jamais ! Oh ! je sais, on vous dit, la phrase n'est pas neuve : « Vous avez mission de défendre la veuve Et le mur mitoyen... non, pardon ! l'orphelin. » Et là-dessus l'on va, l'on va comme un moulin. Eh bien ! c'est faux, monsieur. L'orphelin et la veuve Ne font jamais plaider. L'on ne trouve à l'épreuve Que des clients qui sont presque tous des coquins, Et qui ne payent pas ou se montrent mesquins. Quand on a par hasard une honorable cause, On la perd ; car, monsieur, vous savez, je suppose, Que les honnêtes gens connaissent peu la loi. Tartuffe aurait gagné son procès, sans le roi. La Chicane est, monsieur, une atroce marâtre ; Sortez de sa caverne, et venez au théâtre. Là, tout est joyeux, chante, étincelle, fleurit : Des femmes tout amour, des hommes tout esprit ! Vous vous amuserez là, je vous certifie, Plus en un jour, qu'ailleurs en toute votre vie. Molière s'est trompé. Depuis qu'il vit de lait, Il enlaidit et voit tout l'univers en laid.Longe : Corde, ou forte lanière de cuir plus ou moins longue, destinée à attacher les animaux à l'écurie, au poteau, ou à les guider dans les premières opérations du dressage. [L]
MOLIÈRE
Vous n'aurez donc jamais la force et le courage De résister, Chapelle, à cette étrange rage Qui vous tient de parler sans peser vos discours ? Vous sacrifierez donc tout au monde toujours Pour le plaisir de faire une plaisanterie ?CHAPELLE
Jasez !MOLIÈRE, à Armand
Chapelle a l'art de dire avec les airs sensés D'un almanach, marquant la lune et l'équinoxe, Le plus drôle et le plus monstrueux paradoxe. Quand il parle à des gens pris de vin comme lui, C'est dangereux. Je n'ai pas grand'peur aujourd'hui. Admirez son entrain, tandis qu'il est en joie ; Mais gare à ses discours ! on s'y perd, on s'y noie.MOLIÈRE, à Armand
Croiriez-vous Qu'un jour, ici, chez moi, cet homme à l'air si doux, Ayant après souper gagné quelque migraine, Fit si bien, qu'entraînant Mignard et La_Fontaine, A Boileau, Boileau même, il sut persuader, Mon vin d'Auteuil aidant, de se suicider. Ils avaient tous déjà pris en horreur la vie Et couraient se livrer à leur funèbre envie ; Laforest me prévint par bonheur. Je voulus Partager leur destin, les voyant résolus ; Mais je leur demandai, comme il faisait nuit noire, De se noyer au jour, pour avoir plus de gloire, Et pour qu'un tel exploit se perpétrât du moins Avec solennité, devant nombreux témoins. Là-dessus on dormit. Chapelle vit encore.CHAPELLE
Et s'il m'a préservé de cette eau que j'abhorre, Ce dont je lui sais gré de tout mon coeur, — pourquoi ? C'est qu'il est bien meilleur comédien que moi ! Donc, vive le théâtre ! Ayez l'âme hardie, Poussez ferme, monsieur, jouez la comédie ; Vous pourrez être utile à des extravagants. Avocat, vous seriez utile à des brigands, Tout au plus à des gens de petite figure. Regardez donc Molière ! il rit comme un augure. Ah ! ah !CHAPELLE, riant
Ah ! ah ! ah !CHAPELLE
Vouez-vous donc au diable !SCÈNE VI. Molière, Chapelle, Armand, Marotte.
MAROTTE
C'est moi, c'est encor moi. Voilà. Tout est conclu. Il m'a dit : « Voulez-vous m'épouser ? » J'ai voulu.CHAPELLE
C'est selon.MAROTTE
Selon quoi ?CHAPELLE
C'est selon l'acabit : Tous les dos ne vont pas, Marotte, au même habit.Acabit : Qualité bonne ou mauvaise des choses. [L]
CHAPELLE
Vous êtes familière !CHAPELLE
Je suis fidèle.MAROTTE
Vous ! Chapelle pirouette À tous les vins, Messieurs, comme une girouette À tous les vents.Girouette : Feuille de tôle taillée ordinairement en forme de banderole, et mobile sur un pivot, qu'on place sur le haut des maisons pour indiquer la direction du vent. [L]
MOLIÈRE
Parfait !MAROTTE
Certainement.CHAPELLE
Non pas.MAROTTE
Viendrez-vous à ma noce ?CHAPELLE
Quand vous couronne-t-on ?ARMAND, s'avançant tristement vers Marotte
C'est donc vrai !ARMAND
Sans regret ?MAROTTE
Y voyez-vous du mal ? On a si mauvais goût À Paris, aujourd'hui ! Le grand nombre préfère Des tours de chiens savants aux pièces de Molière. Bah ! j'ai rêvé la gloire aussi, moi ! Maintenant Je ne me repais plus de ce mot bien sonnant. Qu'ai-je gagné ? l'injure avec la calomnie. Notre vertu, monsieur, on s'en moque, on la nie ; Et l'on ne reconnaît jamais notre talent S'il n'est pas soutenu d'un cortège galant. La folle que je fus quand je tirai l'épée Pour mon honneur ! C'était une sotte équipée, Il faut en convenir. On ne m'y prendra plus ; o J'ai perdu deux printemps tristement révolus. Les planches, mauvais sol ! les vers, mauvaise graine ! J'étais esclave hier ; demain je serai reine. A quoi sert la jeunesse, à quoi sert la beauté, Même avec le plus pur trésor de chasteté, Quand on n'a pas, avec un époux authentique, Honorable douaire et nombreux domestique ? Sans mari, sans argent, tout est misère, affronts : J'épouse et m'enrichis. Ensuite nous verrons Si l'on peut s'amuser.CHAPELLE
Nous en verrons de belles !MOLIÈRE
Les Ris et les Amours viendront par ribambelles Assiéger le palais du financier.Ribambelle : Terme familier et péjoratif. Longue suite. [L]
ARMAND
Quoi ! C'est...ARMAND, à part, s'écartant
Adieu, mon rêve !CHAPELLE
Vous ne jouerez plus rien ?MOLIÈRE
Rien que le rôle d'Ève.ARMAND
Moi !MAROTTE
J'invite le théâtre entier. Hein ! quel émoi ! Et je vais inviter Laforest, par vengeance. Molière, à vous revoir. Adieu, vilaine engeance ; Adieu, Chapelle impur, dont Bacchus est le dieu !SCÈNE VII. MOLIÈRE, CHAPELLE, ARMAND.
CHAPELLE
Vrai ! ce sera curieux, Sa noce. Nous irons. Quels regards furieux On y verra ! combien de fines infamies Y diront les amis et les bonnes amies !À Armand.
Je vous y mènerai, monsieur, bon gré mal gré ; Et quant à son seigneur, je vous le griserai Si bien, que si Marotte a pour vous quelque zèle, Vous pourrez rire un brin avec mademoiselle Son épouse.MOLIÈRE, à Armand
Vous aurais-je blessé ?ARMAND
Non, non, bien au contraire ! Vous m'avez détourné d'un projet téméraire ; Vous me faites quitter un chemin séduisant, Mais mauvais. Je vous en serai reconnaissant Toujours, du fond du coeur.CHAPELLE
Jeune homme, qu'est-ce à dire ?ARMAND
Je m'étais abusé.CHAPELLE
Non pas !SCÈNE VIII. Molière, Chapelle, puis Laforest.
CHAPELLE
Qu'il aille au diable !CHAPELLE, maugréant
Tirez donc la vérité du puits !MOLIÈRE, pensif
Pourtant, comme une femme, il mordait à la pomme.LAFOREST, entrant
Marotte se marie ?CHAPELLE
Oui.LAFOREST
Qu'en dit le jeune homme ?MOLIÈRE
Que veux-tu qu'il en dise ?CHAPELLE
Il vient de s'en aller.CHAPELLE
Pourquoi faire ?LAFOREST
Pour voir.CHAPELLE
Pour quoi voir ?LAFOREST
Sa figure.MOLIÈRE
Elle t'intéressait ?CHAPELLE
Qui ?LAFOREST
Marotte, parbleu ?MOLIÈRE
Lui, Marotte ! Comment ?CHAPELLE
Et les femmes !673 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica