Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Ou la Véritable Religion

Jésus-Christ

Nicolas de Bohaire-Dutheil· imprimée en 1792· 5 actes· 1 400 vers· 8 personnages

Personnages

  • JÉSUS
  • PILATE
  • CAÏPHE
  • MADELEINE
  • ZÉLINE, Confidente de Madeleine
  • PRINCES DES PRÊTRES
  • PRÊTRES ET DOCTEURS
  • PEUPLE ET SOLDATS
LETTRE de l'Auteur, aux Comédiens du Théâtre de la Nation

Messieurs, Je vous ai présenté ma Tragédie, intitulée : Jésus-Christ, ou la véritable Religion. Ce genre étant nouveau, vous avez paru désirer qu'il acquît une sorte de consistance dans le Public auparavant de vous décider à la représenter.

Les Cultes sont libres, la nature l'a dit avant nos lois ; la morale du nôtre paraît la plus conforme à la raison, surtout quand on s'en tient à l'Évangile. Mon but est d'en apprécier, en quelques sorte, le véritable sens en faisant parler, mettant en action ses différents caractères, et d'ajouter, s'il est possible, à la publicité du sublime d'une oeuvre, que J.-J. Rousseau lui-même a citée comme divine.

Je déclare d'ailleurs , que je n'ai pas entendu, et que je n'entends point prendre aucune part dans les querelles scolastiques, et autres, relatives à la Religion ; ma Tragédie n'est que l'extrait de l'Évangile : heureux ! si mon style a pu atteindre l'énergie de ce prodige en morale !

Je dois prévenir, que la lecture d'un ouvrage aussi important, ne convient pas aux esprits faibles et susceptibles de préjugés ; ces gens-là ne voudront jamais voir d'un bon oeil, la représentation d'un tel sujet sur le théâtre.

Je désire modeler le spectacle de cette pièce sur celui d'Athalie ; former des choeurs et même des danses. Je me propose, de vous engager à prier l'Académie de Musique de vouloir bien se prêter à contribuer, autant qu'il sera en elle, à l'éclat et à la pompe de la représentation, en y faisant paraître aussi les sujets dont les talents nous sont si précieux dans le chant et la danse.

Certes, un spectacle qui donnerait un ensemble aussi parfait, ne pourrait manquer d'avoir un grand succès, il s'exécuterait tour-à-tour dans la salle de l'Opéra et dans la vôtre.

J'enverrai des exemplaires aux différentes personnes en place ; en les suppliant de s'y intéresser, et de faire en sorte que mon projet soit exécuté.

Je terminerai, Messieurs , par vous renouveler une observation que je vous ai déjà faite, relativement à la manière dont vous décidez du sort des nouvelles pièces.

L'acteur est, sans-doute, un des premiers à consulter sur cet article ; mais avec tout cela, la réputation de l'auteur ne doit pas dépendre de la seule opinion du comédien.

Or, l'on sait qu'à force d'intrigues, vous vous trouvez assaillis, et forcés quelquefois d'accueillir le faux mérite, tandis que par la même raison, le véritable talent ne pourrait s'approcher de vous.

Il faudrait donc un Comité, pour juger les nouvelles Pièces.

Gardons-nous de le composer comme nos nouveaux Tribunaux.

Que la morgue de l'Acteur n'égale pas celle de certains Avocats [1].

Ces derniers se sont distribués les places de Juges : ne les avoir choisi presque tous que parmi les avocats, cela a été aussi abusif, que si on ne les eût pris que parmi les procureurs.

Les uns dédaignent trop la forme, et les autres en sont les esclaves.

Pour éviter un abus semblable, il faudrait que le Comité fut composé d'un nombre égal d'auteurs et d'acteurs.

L'auteur pourrait défendre sa pièce, être présent à la décision ; on établirait d'ailleurs le régime nécessaire : la Comédie en corps ne serait jamais consultée, que d'après la décision du Comité ; en tout temps, il lui serait libre de faire ou de ne pas faire la dépense de la représentation ; de manière que, comme on le voit, ses droits seraient toujours conservés.

Seulement, les ouvrages acquerraient plus de crédit ; on ne ferait pas attendre aussi longtemps les auteurs ; et si la Comédie refusait de faire la dépense de la représentation, la gloire de l'auteur n'en souffrirait pas au moyen de la décision du Comité, quand elle serait favorable, et alors elle pourrait s'imprimer et publier avec succès.

Dira-t-on que les Auteurs refuseront de se trouver avec les Acteurs ? Ils seraient bien petits ! S'il leur restait encore des préjugés, surtout, dans le temps où nous existons.

À cet égard, je suis toujours étonné qu'un corps tel que celui des comédiens, aussi utile aux beaux arts , aussi considérable dans l'État, n'ait pas un seul sujet à l'Assemblée Nationale et à l'Académie.

Par exemple , MM. de Larive et Monvel, ne valent-ils pas ces Cuistres d'Avocats, qui déshonorent ceux dont j'ai parlé ?

L'un serait-il donc si déplacé à l'Assemblée, et l'autre à l'Académie [2] ?

Ô préjugés !.... préjugés ! Et nous nous vantons de n'en avoir plus ! Ah ! Que nous sommes encore éloignés du but que nous prétendons avoir atteint ! Monarque ou Sujet, Général ou Soldat, Auteur ou Danseur, Orateur ou Scribe, avec tous, ce monde est un Théâtre, chacun en est l'Acteur, pour jouer le rôle que le hasard lui a distribué : mais les vertus et les talents, seuls, distinguent le Comédien, tel que soit son genre, sublime ou mince, triste ou gai.

Je suis avec la plus grande considération, Messieurs,

Votre, etc.

[1] Je dis certains, parce qu'il s'en fait bien que je veuille attaquer en général l'ancien ordre et le nouveau ; l'on sent en effet que parmi les Jurisconsultes, il y a de grands sujets, et beaucoup.

[2] La profession de Comédien était honorable à Syracuse et à Athènes.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Pilate, Caïphe.

Joseph Caïphe : grand prêtre du temple de Jérusalem de 18 à 36. Il est nommée dans l'évangile selon Saint Mathieu 26 :57

PILATE

Si je me peins un Dieu, je me peins ses vertus, Et se le peindre ainsi, c'est le voir dans Jésus. Votre Religion vous promet un Messie ; Vous attendez l'effet de cette prophétie. Un Dieu, m'avez-vous dit, sous les traits d'un mortel, Doit descendre ici bas pour nous ouvrir le ciel. Et quel mortel plus digne en ces lieux d'injustice , Peut chasser de vos coeurs la noirceur, la malice ? Il est affable et doux, il pardonne aisément, Et pour faire du bien il est toujours ardent. Qu'on soit puissant ou riche , ou bien dans la misère, Il aime son prochain, et tout homme est son frère. Il fait grâce au coupable, et par lui consolé, Pour s'éloigner du crime, il devient plus zélé ; Et c'est par sa douceur, cette grande clémence , Que du Peuple en ces lieux il a la confiance. Puisqu'il vous faut un Dieu, choisissez celui-ci, Et nous autres Romains, ha ! Puissions nous aussi En avoir un pareil ! Car, à voir nos idoles, Qui pourrait retenir ses écrits, ses paroles ? Nous adorons, la pierre ; et le bois bien sculpté Est, comme un Dieu, par nous dans Rome respecté ; Et plus grossiers encor les Égyptiens barbares ; Dans leur aveuglement, se font des Dieux bizarres : L'encensoir à la main, suivant les animaux, Ils s'estiment bien moins que leurs vils bestiaux. Jésus veut réformer tous ces absurdes cultes ; Contre les siens et lui pourquoi tant de tumultes ?... Loin de le traverser, vous Ministre d'un Dieu , Accueillez son projet ; et Pilate en ce lieu Estimant votre zèle et suivant votre exemple, D'un mortel vertueux ornera votre Temple.

SCÈNE II.

SCÈNE III. La Précédente ; Jésus, Disciples, Peuple, Prêtres, Docteurs.

MADELEINE, se prosternant

Jésus !...

SCÈNE IV. Les Précédents, excepté Madeleine.

SCÈNE V. Les Précédents ; Un Bourgeois.

SCÈNE VI. Il reste deux Prêtres.

SCÈNE VII. Madeleine, Zéline.

SCÈNE VIII. Plusieurs Prêtres et Docteurs.

SCÈNE IX. Les Précédents, Pilate.

SCÈNE X. Les Précédents, Plusieurs négociants.

SCÈNE XI. Les Précédents, excepté Pilate.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Troupe de peuple, Bourgeois et Négociants armés.

SCÈNE II.

Jésus paraît au milieu de son parti, qui donne la chasse aux négociants, renverse leurs loges : L'action s'engage vivement ; les négociants succombent ; Jésus, tandis que les siens poursuivent, se trouve enveloppé par un reste du parti, qui lui lance des traits et des pierres ; mais par la manière précipitée dont les ennemis se sont placés, ces pierres et ces traits tombent sur eux-mêmes : Jésus élève les mains, et la foudre, lancée vers les voûtes du Temple, écrase ou dissipe les ennemis.

SCÈNE III. Les Précédents : Une Femme, Troupe de Bourgeois.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Les Précédents, excepté la Femme.

SCÈNE VI. Les Précédents, Un Discipline.

SCÈNE VII. Pierre, Un Autre Disciple.

SCÈNE VIII. Les Précédents, Pilate.

SCÈNE IX. Caïphe, Prêtres et Docteurs.

SCÈNE X. Les précédents, Un Autre Prêtre, déguisé.

SCÈNE XI. Jésus, Disciples.

SCÈNE XII. Jésus, Caïphe.

CAÏPHE

Malheureux ! Je veux bien me compromettre encor Pour te sauver ici des dangers de la mort ! Mais fuis ! Il en est temps, ou tu perdras la vie. Oses-tu bien te dire un prophète, un messie ? Va, je t'estime assez , pour parler avec toi, Non, comme un Dieu, mais comme un docteur de la loi. Insensé ! Conçois-tu quelle est ton entreprise ? Ce qu'elle coûterait, comme elle nous divise ? As-tu pu l'espérer, de gagner nos docteurs, Et qu'ils accueilleraient tes oracles trompeurs ? Va prêcher ta morale aux viles populaces , Que toi, tes compagnons, fréquentez sur les places. Écoute, faux Prophète ? Il faut croire en un Dieu , Pour croire en un Messie, et je t'en fais l'aveu , Certes, je ne crois rien ni de l'un, ni de l'autre, Et notre opinion, va, ressemble à la vôtre. Penses-tu nous ravir la fortune et l'État, Et que nous souffrirons ce perfide attentat ? Il faut nous massacrer, avant d'avoir la place ; Je pourrais te punir, je viens t'offrir ta grâce : C'est à condition de sortir de ces lieux. Tu passe ici pour juste ; on te dit vertueux : Allons, n'abuse plus de ton charlatanisme ; Redoute la fureur du plus noir athéisme Ouvre les yeux, connais nos prêtres, nos bourgeois ; Sur la religion ils empruntent ma voix : Nous n'obéissons tous qu'à la seule nature ; C'est, pour fuir toute erreur, la route la plus sûre. Le hasard fait tout naître, et le hasard détruit. Oui, la nature en tout produit et reproduit ; Les éléments ensemble entretiennent la sève ; Tout être végétal de lui-même s'élève ; Il croît comme il décroît, son principe est en lui ; Où finit le principe, il n'est plus reproduit. Et quant à notre Dieu, voit-on une chimère Qu'on dise plus inepte ? Et quel est l'atmosphère Où tu le trouveras ? Définis-donc ce Dieu : Peux-tu l'apercevoir ? En quel temps, en quel lieu ?...

JÉSUS

Je devrais mépriser les discours d'un athée, Et plaindre les noirceurs de son âme irritée ; Mais avant de mourir pour la Religion, Il faut bien lui donner, ah ! Quelque instruction. Tiens, voilà ma réponse, écoute ma prière, Puisses-tu la porter dans le sein de mon père ! Ô Dieu de l'Univers ! Rends-moi bien vertueux ; Quand on est juste et sage, on est toujours heureux. Que si tu me fais riche, alors, pour l'indigence, D'un tendre régisseur, j'aurai la bienveillance. Je prendrai soin du pauvre, et ton or dans mes mains, Ne sera qu'un dépôt pour aider les humains. Que la discrétion, le zèle et l'indulgence., L'amitié, la candeur, fixent mon existence. Grand Dieu ! De ton aspect ne m'éloigne jamais ! T'aimer, te contempler, est un de tes bienfaits. Quand mon âme est en toi, je la trouve parfaite ; Mais ton éloignement la ferait indiscrète. Que si tu me rends pauvre, alors, sans murmurer, On dira qu'à ton ordre on me voit déférer. Non, non, je ne dois pas, atome, ver de terre, Critiquer, ô mon_Dieu ! Ta bonté, ta colère ! Quand tu fais un arrêt, qui peut le mieux sentir ! Tu sais, quand il le faut, récompenser, punir : Tes suprêmes décrets, ton éternelle essence, De la pure équité ne sont que la substance. Je m'abandonne à toi, tu fus mon créateur, Et toi seul as le droit d'être mon destructeur. Patient, modéré, la peine et l'infortune, Ne m'arracheront plus ni plainte, ni rancune. Je bénirai ton nom, et, subissant mon sort, Je chanterai ta gloire aux portes de la mort. Rapportant tout à toi, c'est, en réglant sa vie, Qu'on trouve le bonheur, et qu'on se glorifie. Quant à ton existence, ô chef-d'oeuvre des Cieux ? C'est à lui

En fixant Caïphe.

qu'il faut dire : Impie ! Ouvre les yeux ! Où tu vois ce chef-d'oeuvre, il faut un ouvrier, Et plus il est parfait, plus il est régulier, Plus il faut que sa main soit céleste et divine. Vois-donc ce firmament, réfléchis, examine ; Vois cet astre du jour, et ces champs, et ces bois Les rivières, la mer, tant de divins exploits, Serait-ce ton ouvrage, ou bien de ton semblable ? La nature est un mot ; mais cet être admirable Qui dirige son but, n'est-il pas le vrai Dieu ? Va , tu le connaîtras quelque jour en ce lieu. Et quant à ta menace, ainsi que tes injures , Je remplis mes destins, et par des routes sûres, Je pourrais d'un seul mot te perdre et te punir ; Mais les plus grands décrets il me faut accomplir. Ton âme vile et basse est loin de les comprendre, Je ne veux point du tout te gagner ou surprendre, Et mes voeux et ma gloire ont tous autres motifs, Qu'il n'est pas encor temps de révéler aux Juifs. Adieu.

SCÈNE XIII.

SCÈNE XIV.

PILATE, seul

Quel embarras cruel ! Deux partis dans la ville Agitent les esprits ; ma prudence inutile Veut en vain les calmer, car la Religion Est le prétexte faux de cette passion. L'un paraît animé par l'honneur et la gloire ; L'autre ourdit en secret la trame la plus noire. Grand Dieu ! Si, d'un mortel écoutant les raisons, Tu me permets ici quelques réflexions, J'oserai définir ton éternelle essence , Et même combiner ta divine existence. A tes oeuvres, sans doute, on reconnaît un Dieu ; De vouloir te cacher qui pût te donner lieu ? On ne voit parmi nous aucune architecture, De tes moindres sujets égaler la nature ; Mais, enfin, un héros, dont j'aperçois les faits, N'es-t-il plus un grand homme alors qu'on voit ses traits ? Puisque ta volonté nous fait rois de la terre, À tes enfants chéris dois-tu celer un Père ? Crains-tu que ta présence ils ne puissent point voir ? Mais de la contempler donne leur le pouvoir ; Désignant ton ouvrage, achevant tes miracles, Pour te montrer à nous écarte les obstacles ; Dis seulement un mot, et d'un oeil paternel, Honore l'Univers dans un jour solennel. Que ne vint-il ce jour ? hélas ! que ta présence Eût épargné de sang ! L'erreur en ton absence Se plut à nous aigrir ; pour toi l'absurdité A commis tant d'abus ; par-tout la cruauté Immola l'innocent, et de tristes victimes Subirent des destins qui ne sont dûs qu'aux crimes. Un seul signe de toi, un seul de tes regards, Nous eût tous préservés de funestes écarts. Il règne en tes hauts faits, un ordre magnifique ; Notre félicité est seule hyperbolique ; Bien souvent en danger, rarement le bonheur Des jours les plus sereins fait goûter la douceur. Si richesse et vertu contentent tout le monde, De ces dons précieux que l'univers abonde ; Un Dieu n'a qu'à parler, il fait tout, il peut tout, Et l'on est ici bas suivant qu'il le résout : Il dispense à son gré le vrai bonheur des hommes, En partage à son choix les différentes sommes. Quant à notre existence, est-elle ce bonheur ? Et la mort même, enfin, est-elle un vrai malheur ? De notre individu la fin toujours hideuse, De ce corps corrompu, la perspective affreuse... Mais avant d'exister, quand on est au néant, Que pour le bien, le mal, on n'a point de penchant, Que me ferait alors de venir sur la terre, Pour supporter des maux la cruelle misère ? A-t-on quelque plaisir ? On a mille embarras ; Car pour de vrai bonheur, non, non, il n'en est pas. Or, respirer ici pour être dans la peine, Être toujours en transe, et toujours dans la gêne : Au moins, dans le néant, si vous n'avez du bien , Les maux qu'on souffre au jour vous ne sentez en rien. C'est pourquoi je calcule, et, dans cette aventure, Réfléchissant au bien, pour le mal que j'endure, Si l'essence est trop forte en ce mauvais côté, J'entends préférer l'autre avec grande équité. Au néant, au sommeil, on est comme insensible ; Quel bonheur de sentir ce qui nous est nuisible ! Il vaut mieux n'être pas, qu'être dans le malheur ; Si je n'ai du plaisir, je n'ai point de douleur. Peignons-nous le tableau des revers détestables, De nos gémissements, sources intarissables Et nous verrons alors que sortir du néant, Pour pleurer et souffrir, n'est pas un beau présent. Cependant, de nos soins surveillons cette ville : Puisse mon zèle à tous leur être encor utile !

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Les Disciples de Jésus.

SCÈNE II. Les Précédents, Jésus.

SCÈNE III. Les Précédents, Les Princes des Prêtres, Les Docteurs.

SCÈNE IV. Les Précédents, excepté Jésus et ses Disciples.

SCÈNE V. Les Précédents, Caïphe.

SCÈNE VI. Les précédents, Jésus et Suite.

SCÈNE VII. Les Précédents, Pilate et Suite.

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Pilate, Judas.

SCÈNE X.

SCÈNE XI. Prêtres, Soldats, Peuple, Madeleine.

SCÈNE XII.

MADELEINE, seule

Eh quoi ! Jésus leur est enfin livré, De ce malheur affreux mon coeur est pénétré... Je le sais trop, hélas ! Les docteurs et les prêtres Voudront sacrifier le plus humain des maîtres, Ils voudront sur Jésus rejeter leurs forfaits ; Déjà de leur fureur on reconnaît les traits. Ah ! Puissé-je mourir avec Jésus, mon maître ! Et son disciple, ici, Judas, ingrat et traître, A donc pu le trahir ! Dieu juste ! Dieu vengeur... Souffriras-tu ce crime ? Un prêtre, un imposteur Réussirait enfin dans ses complots perfides ! Du meurtre de Jésus, ces cruels homicides Jouiraient en ce jour ! Je ne puis le penser, Si je le supposais, je croirais t'offenser... Cependant ô mon_Dieu ! Ton fils, le vrai Messie, Ah ! Suit de tes décrets la sage prophétie ! Il a fallu, dit-on, qu'il fût ainsi trahi, Et l'arrêt de sa mort doit être en tout suivi. Le sang de l'innocent doit sceller ce mystère, Et, pour nous sauver tous, ainsi le veut son Père. Puisqu'il le faut subir ce destin rigoureux. Je ne survivrai pas au sort le plus affreux. Oui, Jésus, en ce jour, oui, je me sacrifie ; S'il faut que tu périsse, ah ! Je perdrai la vie ; Je m'attache à tes pas. Ô Jésus ! Tes douleurs Vont être le signal de mes sanglots, mes pleurs ; Tes cruels ennemis, et ces prêtres barbares, Avides de ton sang, dont ils seraient avares , S'ils avaient tous mon coeur ; ils ne lanceront pas Un seul trait, un seul coup, qu'au plus affreux trépas. Je ne m'expose aussi ! Toi le meilleur des maîtres, Oui, je te sauverai de la fureur des traîtres, Ou leurs sanglantes mains arracheront ce coeur Qui ne veut respirer que pour son Créateur... Dans cette extrémité, Pierre éperdu, sans armes, Paraît nous annoncer de nouvelles alarmes.

SCÈNE XIII. Madeleine, Pierre.

SCÈNE XIV.

SCÈNE XV. Pilate, Un Bourgeois.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Quelques Bourgeois.

SCÈNE II. Jésus, Peuple, Soldats.

JÉSUS

Jésus couronné d'épines, vêtu d'une tunique d'écarlate, la croix sur une épaule, la soutenant d'une main, et de l'autre un roseau, paraît affaissé et succombant : il tombe vers le milieu de la scène comme écrasé par le poids de la croix ; un garde veut le percer d'un coup de lance ; Jésus se relève avec tout le courage que lui permet sa position, et dit :

Réservez-moi ce coup. Ah ! Pour ma dernière heure ! J'ai bien plus à souffrir, avant qu'ici je meure ; Telle est la loi d'un Dieu, les prophètes l'ont dit, Tout, suivant leur décret, en ce jour s'accomplit. Ô mon_Dieu ! Dieu puissant ! Puisque le Fils-de-l'homme Doit de ces maux cruels subir toute la somme, Épargne mes bourreaux ; à la fatalité Impute, ô juste Dieu ! Toute leur cruauté ! Marchons.

SCÈNE II. Les Précédents, Pilate à la tête d'un groupe de Romains et bourgeois armés.

SCÈNE III. Les Précédents, Madeleine.

MADELEINE

Ah ! Seigneur ces barbares Dans leur vengeance atroce, inhumains et bizarres... Ils ont assassiné le plus doux des humains ! Si vous les eussiez vus de leurs clous dans ses mains, Enfoncer les poignards, son sang jaillir sur terre, Il subit ces tourments sans fiel, ni colère... On l'élève à la Croix, entre deux criminels ; Il leur donnait encor des avis fraternels ; Il les encourageait, et ses vives prières , Pour les porter au bien, sont des traits de lumières. Enfin sur cette croix, avili dans ce lieu, Son corps annonce un homme et son esprit un Dieu ; C'est la seule vertu, c'est la seule sagesse, Qui sur Jésus attire une fureur traîtresse ; Et tout prêt d'expirer, ah ! Jésus prouve aux Juifs, Que malgré leurs forfaits, leurs efforts excessifs Pour le calomnier ; s'il n'est point leur Messie Il mérite de l'être. Oui, si la prophétie Parut nous annoncer un être tout divin, N'en doutons point Seigneur, Jésus est cet humain ; C'est le mortel choisi pour régner sur nos Pères, Un jour on connaîtra le plus grand des mystères.

Tonnerre, pluie de feu, tremblement de terre, des ombres sortent des tombeaux.

Mais j'aperçois déjà la vengeance d'un Dieu ; La terre et les Enfers tout s'agite en ce lieu. Reconnaissez ô Juifs ! Au bruit de ce tonnerre, À ce bouleversement et tremblement de terre, Cet Être tout divin. Quelle confusion ! Tout semble consterné... dans l'agitation.... Des morts ressuscités, et du temple la voûte Par un coup de tonnerre abattue et dissoute.... Ces soldats renversés... Dieu ! Prend pitié de nous, Et que sur les seuls juifs soient lancés tous tes coups. Dieu conserve mon Maître, ah ! Sauve-lui la vie ; Puissai-je me jeter aux pieds de ce Messie, Le revoir, l'arroser du torrent de mes pleurs ! Ô Ciel, daigne calmer, apaiser ses douleurs ! Mais Caïphe en ces lieux, il ose encor paraître ; Il faut que de ma main je punisse ce traître.... Non, Dieu saura venger ses insignes forfaits ; Il en connaît le but, la noirceur et les traits ?

SCÈNE IV. Les Précédents, Caïphe, Suite.

SCÈNE V. Les Précédents, Un Prêtre.

SCÈNE VI. Les Précédents, Pierre.

PILATE

Ah ! L'âme de Jésus retourne vers les Cieux, Le crime est consommé ; la mort la plus hideuse Vient de nous enlever cette âme vertueuse ; Un Soldat en furie a lancé vers son coeur Le dernier coup, hélas ! De toute leur fureur. Jusqu'au dernier moment assouvissant leur rage, Pour étancher sa soif du vinaigre en breuvage, Ils ont avec l'éponge offert à leur Sauveur. Le Ciel vient de venger un aussi grand malheur, Et la nature enfin a su faire connaître Qu'en immolant Jésus, on immolait son Maître. Mais moi tout le premier l'ai-je bien pu ; Il me l'avait prédit,... ma trop faible vertu... J'ai pu le renier... ô Ciel toute la vie J'aurai regret d'avoir été traître au Messie. Ainsi donc par les siens il vient d'être trahi, Judas l'aura livré, dans le crime endurci Il a perdu son maître ; et moi craintif et lâche Je n'ai pu l'avouer : ah ! Quel affreuse tache À nous, ses compagnons, qui de tant de bienfaits, De ses tendres avis ressentions tous les traits : Il était notre père, il était notre maître : Et moi le plus zélé je suis devenu traître. Judas s'en est puni, je crains donc bien la mort... Pour avoir pu survivre à ses jours, à son sort. Qui nous rendra seigneur ce guide doux et sage Qui de notre salut s'était rendu l'otage Riches, ou malheureux tous le mortels enfin : Vous perdez ses bienfaits ; la veuve et l'orphelin Seront sans défenseur. Ah ! Jésus notre maître Était le seul ici qui se plaisait à l'être. Allez je le prédis, notre Religion Sera seule partout digne d'attention. Cette secte à son chef devra donc la fortune En vain pour se venger, la fureur peu commune Des Prêtres et des Juifs inventant les détours D'un homme vraiment Dieu pouvait trancher les jours. Ils se verront les seuls, leur noire perfidie Ne peut se soutenir contre notre Messie. Qu'on cite une Morale, une Religion Et plus sainte et plus belle, où les sens la passion Liés avec plus d'art puissent dans leur faiblesse Attacher les humains aux moeurs, à la sagesse. Sainte Religion tu régneras un jour L'Univers en entier ; Jésus par son amour, Par ses grandes vertus, enfin par son courage Retire les humains du barbare esclavage De funestes erreurs. Les mortels en ce lieu Comme en tout l'Univers, verront que d'un seul Dieu Il nous faut reconnaître et les droits, la puissance Et que pour l'adorer nous avons l'existence. Lui seul, oui ce vrai Dieu fut le grand ouvrier De tout ce qui respire en l'Univers entier. Un auteur à fait tout, c'est l'effet à la cause ; Certes c'est blasphémer que penser autre chose. Car rien n'est fait par rien, ce qui n'est pas prescrit, Ou n'est pas ordonné, tout, tout le contredit. Le haSard manque tout et sur nulle assurance On ne pourrait au moins en calculer la chance Il faut donc un esprit, un être tout divin Qui détermine ici le principe et la fin. Naturaliste, Athée examine l'ouvrage, Et vois si le hasard d'un si riche assemblage A combiné l'essor ; ce temple, ce vaisseau, Cette horloge superbe et ce que le pinceau Pourrait nous peindre ici, tout enfin est l'ouvrage D'un homme et d'un auteur ; mais lui seul, son image La Nature en ensemble, un Dieu juste et Puissant Est, est vraiment l'auteur de ce tout surprenant... Mais songeons au malheur...

Regratter : ratisser quelque chose de vieux, la raccommoder pour le faire paraître neuf, ou prolonger sa durée. [F]

SCÈNE VII. Caïphe et suite.

ACTE V

SCÈNE I. Disciples, et suite.

PIERRE

Des Soldats apostés du tombeau de Jésus, Gardent dans le secret les chemins défendus : Mais que peut contre un Dieu toute leur vigilance. En vain ils y mettraient la moindre confiance, Et tout le genre humain garderait ce tombeau, Que Dieu l'écraserait comme un frêle arbrisseau, S'il voulait que Jésus, ainsi qu'un vrai Messie ; Ressuscitât pour nous suivant la prophétie... Mais que viens-je d'entendre, un coup de foudre, hélas ! Semble entrouvrir la terre encor dessous nos pas, Un nuage éclatant....

Ce nuage et d'autres qui sortent du calvaire, au lieu du sépulcre, se succèdent rapidement, le dernier porte Jésus ayant sa croix à son côté au milieu des éclairs et d'un tonnerre dont les Gardes ont été foudroyés.

Aposter : attirer quelqu'un, le mettre en avant pour épier, tromper, ou surprendre quelqu'un. [F]

SCÈNE II. Les Précédents, Jésus, sur le nuage vers le milieu de la scène.

SCÈNE III. Plusieurs Prêtres et Docteurs.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Madeleine, Jésus sans se faire connaître.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Caïphe, Pilate.

PILATE

Votre religion de semblable merveilles Partout est un tissu ; le seul attouchement Du prophète Elisée eut tel enchantement ; Un mort ressuscita ; depuis notre naissance. Ah ! Pour notre malheur, tout n'est qu'extravagance. Depuis Adam, Noé ; depuis Eléazar, Tout n'est qu'enchatement de l'une et l'autre part ; Ici, c'est Noé le merveilleux déluge, Et plus loin c'est Moïse qui, grand prophète et juge, Dicte de décalogue, en un nuage épais, Sur le mont Sinaï, dont il fait un Palais Éclatant de lumière et de feux et de foudre, Paraissant menacer de mettre tout en poudre. Et là, c'est Daniel dans la fosse aux lions... Où des anges aux Cieux, différents escadrons, Fixant les éléments, les changeant de nature, Pratiquant sur les eaux la route la plus sûre, Ôtant la force au feu, arrêtant le soleil ; Sans cesse nous montrant quelqu'accident pareil. Et sur ces faits pourtant croyants opiniâtres, Les autres vous traitez de païens, d'idolâtres. Mais la mythologie et ses religions, Comme la vôtre folle en leurs opinions, Dénaturent les Cieux et chacun se croit sage ; Mais c'est Dieu qui l'est seul, le sera dans tout âge. Que lui sert en effet qu'un Être si petit Observe dans son culte ou l'un ou l'autre rite ? N'est-il pas au dessus de leurs folles prières, Des honneurs qu'on lui rend dans nos fourmilières ? Il a pitié de l'homme, et loin de se venger, Il met toute sa gloire à ne pas y songer. ne critiquez donc pas votre nouveau Messie, Respectez ses vertus et votre prophétie ; Et puisqu'enfin il faut une Religion, Honorez dans chacun sa propre illusion.

La rime du vers 1304 s'écrit "rit" pour rimer à l'oeil avec "petit".

SCÈNE VIII. Peuple, Disciples, et suite de Jésus.

SCÈNE IX ET DERNIÈRE. Les précédents ; Tonnerre, Nuages portant Jésus.

JÉSUS, sans descendre de l'un de ses nuages

La paix soit avec vous ; de vos tendres hommages J'accepte dans ce jour les plus heureux présages, Je vous ai tous sauvés, méritez ce bonheur, Et garantissez-vous à jamais de l'erreur Du culte des feux Dieux ; mais ayez pour maxime Que la vertu surtout méritât mon estime : Chérissez votre frère, idolâtre ou chrétien, S'il est honnête et juste il sera toujours bien : Fut-ce un jour de Sabat, il faut d'un bon office, Autant que vous pourrez, lui rendre le service, Mais sans bruit, sans éclat ; ne confondez jamais Les mots avec la chose, et sachez désormais Que les mets en tous temps souilleront moins votre âme, Que fait le médisance ou bien une épigramme. Innocent ou coupable, aimez votre prochain, Avec zèle et candeur présentez-lui la main ; N'adorez qu'un seul Dieu, soulagez votre frère, Eussiez-vous éprouvé son injuste colère. Le véritable culte est dans la charité, Ainsi qu'en vos vertus et dans la chasteté : Et c'est par ces vertus que de toute la terre Vous pourrez triompher dans ce vaste hémisphère. La philosophe en tout, fut-il un vrai païen, Reconnaîtra son Dieu dans les lois d'un chrétien, Ah ! C'est par sa morale aussi juste que pure Qu'il chérira l'Auteur d'une sainte Écriture. Allez, soyez en paix, adorant le vrai Dieu, Donnant l'exemple en tout, en public, en ce lieu Que l'homme ne doit plus esclave en sa patrie De la foi des docteurs, et de l'idolâtrie.

En même temps que les nuages et Jésus remontent au bruit de la foudre, la toile se baisse.

1 400 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica