Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Ou la Constance Eprouvée

La Belle Invisible

François de Boisrobert· créée en 1653, imprimée en 1656· 5 actes· 1 722 vers· 12 personnages

Représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne en 1653.

Personnages

  • OLYMPE, La Belle Invisible sous le nom et l'habit d'Alexis Amoureuse de D. Carlos
  • DON CARLOS, Cavalier Espagnol parent du Duc d'Ossonne Amoureux de La Belle Invisible
  • LA DUCHESSE D'OSSONNE, Vice-Reine de Naples
  • LUCILLE, Parente de la Vice-Reine, aimée de Don Pedre
  • DON PEDRE, Ami et confident de D. Carlos Amoureux de Lucille
  • MARCELLE, cousine d'Olympe, aimée de D. Alvare
  • DON ALVARE, Cavalier de Naples Amoureux de Marcelle
  • DON LÉONARD, Père de Marcelle, et oncle d'Olympe
  • ALFONCE, vieux valet confident d'Olympe
  • DEUX DAMES
  • QUATRE GARDES
  • UN PAGE
MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR DE BELLIEVRE, PREMIER PRESIDENT.

Il n'est pas juste que cette Belle Invisible se cache davantage devant vous ; puisqu'avec toutes ses beautés et ses ornements, elle n'a osé se montrer à vous sur le Théâtre, souffrez qu'elle se présente sur ce papier, et si elle est assez heureuse pour trouver grâce devant vous, souffrez qu'elle se montre après en public, sous une protection aussi favorable, et aussi glorieuse que la vôtre. Comme elle craint d'avoir eu quelque part à la disgrâce de son auteur, Agréez s'il vous plaît, MONSEIGNEUR, qu'elle reprenne de la gloire de votre approbation, les grâces qu'elle pourrait avoir perdues par le malheur de son éloignement. Si vous lui rendez justice, je ne doute point qu'elle ne la reçoive de tout le monde, et que les plus grands critiques mêmes ne se rendent avec une entière déférence au jugement que vous en ferez. Si elle vous peut délasser l'esprit, et vous donner un moment de joie, après le chagrin que vous devez quelque fois recevoir de vos pénibles occupations, elle fera, MONSEIGNEUR, une charité publique, et n'aura pas peu servi la France, si elle peut fournir quelque matière au divertissement d'un si grand homme. Je serai peut-être un jour plus heureux, et dans la véritable passion que j'ai de vous plaire plus utilement je ne désespère pas de trouver des forces, quand je me sentirai assez de courage pour vous consacrer de plus nobles veilles. Je ne connais quasi plus que vous aujourd'hui, MONSEIGNEuR, qui fasse cas des gens de mérite, ni qui ait une véritable estime pour la vertu ; aussi vous puis-je protester fort sincèrement que je borne toute l'ambition de mes muses au seul avantage de vous plaire, et toutes les passions de mon âme à l'honneur de me faire croire autant que véritablement, je le suis,

MONSEIGNEUR,

Votre très humble et très obéissant Serviteur,

BOIS-ROBERT, Abbé de Châtillon.

ACTE I.

SCÈNE PREMIÈRE. Don_Carlos d'Aragon, Don Pedre.

DON PEDRE

Hélas !

DON CARLOS

Vous soupirez.

DON CARLOS

Pourquoi ?

DON CARLOS

Oyez donc, cher Don_Pedre, oyez mon aventure Qui paraît une fable, un songe, une imposture. Comme la Vice-Reine en ce jour solennel Où j'acquis à mon Nom un honneur éternel, Avait donné licence aux Dames de paraître Sous le voile du masque, et sous l'habit champêtre, Pour sauver la dépense, et voir en liberté Ce qui se passerait dans la solennité, Après que j'eus gagné tous les prix de la fête, Glorieux des lauriers qui me couvraient la tête, Faisant partout la presse aux lieux où je passé, Je sentis d'un carrosse assez embarrassé Qu'une voix m'appelait, je m'avançai vers elle. Une Dame en portière, et qui paraissait belle, Quoi qu'elle fut masquée, avec un ton de voix, Qui seul au plus rebelle aurait donné des lois, Me dit, brave Espagnol, vous avez la victoire ! Le Ciel en soit loué, vous m'en devez la gloire : J'ai fait des voeux pour vous, ces voeux sont exaucés, Vous avez tous les prix ; mais ce n'est pas assez. Madame, cet honneur m'achève de confondre, Lui dis-je, et lui voulant plus amplement répondre, Je vis que tout_à_coup cet embarras cessa, Vite comme un éclair le carrosse passa, Et suivant avec l'oeil la belle disparue, Je demeuré confus au milieu de la rue. Je vous jure, Don_Pedre, avec sincérité, Que l'amour jusques-là ne m'avait rien été ; J'éprouvai de ce jour son pouvoir manifeste : Vous me croirez assez si vous oyez le reste. Cette beauté voilée en mon coeur s'imprima, Et mon amour bizarre aussitôt s'y forma : J'aimais sans connaissance une invisible amante, Et l'aimais toutefois d'une ardeur véhémente. Les visibles objets m'étaient moins précieux, J'avais plus de créance à ma foi, qu'à mes yeux ; Ainsi que sans espoir j'aimais sans apparence, Et cette foi pourtant flattait mon espérance : Un jour sortant d'un Temple, et rêvant fortement À l'objet inconnu de qui j'étais amant, J'aperçus qu'une Dame étant sur mon passage J'ai Don_Carlos, dit-elle, à vous faire un message : Elle en suivait une autre en qui la majesté Marquait une naissance égale à sa beauté. Un vieillard la menait superbement vêtue : Je crus voir ce même oeil qui me charme et me tue, Au travers de son voile, et ce brusque penser Me fit vite vers elle aussitôt avancer. Cavalier, me dit-elle, avez vous quelque idée De m'avoir vue ailleurs ? L'ayant bien regardée, Encor que son visage en ce lieu fut voilé, Oui, lui dis-je, Madame, et je vous ai parlé. Mon carrosse, dit-elle, à cette heure imprévue M'enlevant malgré moi, vous déroba ma vue : Mais nous pouvons ici quelque place choisir Pour nous entretenir avec plus de loisir. À ces mots je connus mon aimable inconnue Le vieillard me quitta sa main qu'elle avait nue, Et je voulus porter sur ce marbre animé, Quelque marque du feu qu'elle avait allumé, Lors qu'en la retirant : Don_Carlos, me dit-elle, J'aime qu'on soit discret, mais plus qu'on soit fidèle, Aimez vous ? Oui Madame, oui, vous m'avez charmé, Avant que de vous voir je n'avais rien aimé. Vous m'imposez, dit-elle, on sait les bruits de ville Avant que de me voir, vous recherchiez Lucille. On m'offre ce parti, le Duc l'a résolu, Mais je cède à l'amour qui ne l'a pas voulu Lui dis-je, il vous a faite ici ma Souveraine, Je vous y reconnais dessus la Vice-Reine. Puis-je dans vos discours, dit-elle, m'assurer ? N'aimerez vous que moi, l'oserez vous jurer ? J'en jure tous les Dieux (lui dis-je) hé bien dit-elle, Je connaîtrai bientôt si vous m'êtes fidèle, Je n'ignore pas un des lieux où vous entrez, Méritez mon Amour, et vous me connaîtrez, Adieu, dans peu de jours vous saurez davantage, On vous découvrira mon nom et mon visage. En vain je la pressai ; c'est tout ce que j'en eus.

Presse : Foule, multitude de gens qui se pressent.[F]

SCÈNE II. Olympe, sous le nom d'Alexis, Alfonce.

SCÈNE III. Don Léonard, Don Alexis, Alfonce.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Don Léonard, Marcelle.

SCÈNE II. Don Alexis, Marcelle.

DON ALEXIS

Hélas !

SCÈNE III. Don Alvare. Don Alexis, Marcelle.

DON ALVARE

Alexis ?

MARCELLE

Parlez-lui.

SCÈNE IV. Don Alvare, Don Alexis.

DON ALVARE

Que je baise vos pieds !

Il s'en va.

SCÈNE V. Marcelle, Don Alexis.

MARCELLE

À quoi ?

MARCELLE

Ô dieux !

SCÈNE VI. Don Alvare, Don Alexis, Marcelle.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Olympe, Marcelle.

SCÈNE II. Don Alvare, Olympe, Marcelle.

SCÈNE III. Don Alvare, Marcelle.

SCÈNE IV. Don Carlos, Don Pedre.

DON PEDRE

Pourquoi ?

DON CARLOS

Quoi !

DON PEDRE

La voici.

SCÈNE V. La Vice-Reine, Lucille, Don Carlos, Don Pedre.

SCÈNE VI. La Vice-Reine, Lucille.

LA VICE-REINE

Le voici ce volage,

SCÈNE VII. Don Carlos, La Vice-Reine, Lucille, Don Pedre.

DON CARLOS

Rompons leur entretien, je meurs d'impatience.

Il fait signe à Don_Pedre de se retirer.

LUCILLE

Que moi ?

DON CARLOS

Mon sens est assez clair, on l'a bien entendu,

Il la tire à part pour lui parler.

SCÈNE VIII. Don Carlos, Don Pedre.

SCÈNE IX. Don Carlos, Olympe en la grille basse.

OLYMPE

Non.

DON CARLOS

Je puis sincèrement vous en donner ma foi.

Pendant qu'il parle il se sent lier les bras par derrière, et voit des hommes masqués.

SCÈNE X. Quatre hommes masqués, Don Carlos, Olympe.

DON CARLOS

Ah traîtres !

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Le Masque, Don Carlos.

Don Carlos enfermé sans lumière dans un bel appartement, avec un homme masqué des quatre qui l'avaient arrêté.

DON CARLOS

Mais souffrez que par vous au moins je puisse apprendre Où je suis, et qui m'aime. Il ne veut pas m'entendre Il fuit, et mon esprit doublement agité, N'est pas moins que mes yeux dedans l'obscurité, La bizarre aventure ! Ah si je l'avais sue ! Tâchons de nous sauver, découvrons quelque issue,

Il tâtonne.

Je crois que j'en viendrai malaisément à bout, Je sens de bons verrous, et des grilles par tout, Ma patience ici trouve une ample matière, Où suis je ? Enfin je vois venir de la lumière.

Deux Dames viennent masquées avec deux flambeaux qu'elles mettent sur la table et lui font une profonde révérence :

Mais je crois que mes yeux sont encore enchantez, Dieux ! sont-ce illusions, ou sont-ce vérités ? Puis qu'elles ont placé ces flambeaux sur la table, Voyons si cette chambre est feinte ou véritable, Si j'y suis prisonnier, ou si certainement Je m'y trouve charmé par quelque enchantement. Cette porte est ouverte, ô Dieux, j'y vois des gardes, Masquez et résolus avec leurs hallebardes, Qui ferment le passage, et qui me font trop voir Qu'ici ma liberté n'est plus en mon pouvoir. Je n'ai pas de ce mal la moindre conjecture, Attendons jusqu'au bout la fin de l'aventure. Ah que j'en ai de honte, et de confusion, Sans doute que je souffre à ton occasion ! On m'enlève à tes yeux adorable inconnue ! On veut avec ton coeur me dérober ta vue : Mais c'est en vain qu'on cherche à me solliciter, Je mourrai mille fois avant que te quitter.

SCÈNE II. Deux dames masquées, Don Carlos.

Deux autres dames aussi masquées entrent en faisant la révérence avec tous les préparatifs pour un superbe couvert ; un Page masqué les précède avec deux flambeaux qu'il met sur le buffet ; on apporte les salades, et Don Carlos croyant que ceci n'était que pur enchantement, il dit à ces dames.

DON CARLOS

Il n'en est pas besoin, s'il vous plaît qu'on déserve. Je n'ai besoin ici que d'un peu de repos,

Pendant qu'on leve le couvert, on fait signe à des Musiciens de chanter, il se fait un beau concert auquel une de ces dames masquées, qui a la voix belle, répond de fort bonne grâce, et pendant qu'un Page masqué met un superbe des-habiller sur une riche toilette, on chante cet air.

CHANSON.

LA PREMIÈRE DAME

Je m'en vais l'avertir.

SCÈNE III. Olympe, Un Page.

DON CARLOS

Souffrez !

DON CARLOS

Ah souffrez un respect Qu'un dieu même en ce lieu prendrait à votre aspect.

Don Carlos s'obstine à vouloir prendre un tabouret.

DON CARLOS

J'obéis.

OLYMPE

Don Carlos, si de pleine puissance, Je vous fais enlever ici par violence, C'est qu'on ne vous pouvait autrement arracher D'un lieu qui m'est funeste, et qui vous est trop cher, Je veux vous détromper de l'erreur où vous êtes. Quoi ? Vous vous amusez à de vaines conquêtes, Pendant qu'à vos vertus on prépare des prix Que vous ne regardez que d'un oeil de mépris ? Quel est donc votre but, que prétendez-vous faire ? Vous servez en aveugle une ombre, une chimère, Un fantôme invisible, et ne regardez pas De visibles trésors de grâces et d'appas, Qui moins pour leur plaisir, que pour vos avantages, Cherchent à vous guérir de ces vaines images. Cet aveu qui m'échappe assez ingénument, Vous doit tirer enfin de votre étonnement ; Et vous excuserez ma violence extrême, Si vous considérez Carlos ! Que je vous aime. Oui, c'est par jalousie autant que par Amour, Que je vous ai tiré d'un indigne séjour, Voyant qu'aveuglément votre erreur continue ; Je connais mieux que vous cette belle Inconnue, Et je ne cèle point qu'elle a beaucoup d'appas : Mais enfin Don_Carlos je ne lui cède pas. Que si je ne suis pas à vos yeux aussi belle, J'ai du moins plus d'amour et de franchise qu'elle.

Elle lève ici son masque.

Par ce masque levé je le prouverai mieux ; Si je n'ai point d'attraits qui plaisent à vos yeux, Je suis sincère au moins, plus que cette rusée, Qui s'obstine à paraître à vos yeux déguisée. Carlos, cette inconnue a des défauts cachés, Puis qu'un voile la suit lors que vous l'approchez. La beauté n'aime point à paraître voilée, Croyez moi ! vous aimez une dissimulée : Et si vous la servez encore aveuglément, Je fais de votre esprit un mauvais jugement.

SCÈNE IV. Une dame, Don Carlos.

SCÈNE V. Un garde, Don Carlos.

DON CARLOS

À moi ?

SCÈNE VI. Don Carlos, un garde.

LE GARDE, qui est toujours Alfonce

Je vois venir vers vous quelqu'une de ses Dames,

SCÈNE VII. Don Carlos, La Dame, Olympe.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Don Carlos, Don Pedre.

SCÈNE II. Don Carlos, Don Pedre, Une dame masquée.

SCÈNE III. Don Carlos, Don Pedre.

SCÈNE IV. Don Carlos, Don Pedre, Lucille.

SCÈNE V. Don Carlos, Alfonce.

DON CARLOS, l'arrête et dit

Oui certes, j'ai reçu ce billet obligeant.

SCÈNE VI. Don Carlos, Don Léonard, Don Alvare.

SCÈNE VII. Don Léonard, Don Alvare.

SCÈNE VIII. Don Léonard, Marcelle, Don Alvare.

SCÈNE IX. La Vice-Reine, Olympe, Lucille, etc.

SCÈNE X. La Vice-Reine, Olympe, Lucille, Marcelle, Don Léonard, Don Alvare.

SCÈNE DERNIÈRE. Don Carlos, La Vice-Reine, Lucille, Marcelle, Don Léonard. Don Alvare, etc.

1 722 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0