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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Ou Momus Corrigé

L'Apologie du Siècle

Louis de Boissy· créée en 1734· 666 vers· 6 personnages

Représentée pour la première fois, par les Comédiens Italiens, le premier Avril 1734.

Personnages

  • MOMUS
  • UNE ACTRICE
  • PHILINTE
  • L'INDIFFÉRENT
  • LE GÉNIE DU SIÈCLE
  • TERPSICORE

SCÈNE PREMIÈRE. Momus, Une Actrice.

L'ACTRICE

De qui ?

L'ACTRICE

Mais jamais au panégyrique, Ces lieux ne furent consacrés ; Et de tout temps, sur la Critique, Nos revenus sont assurés ; Sans elle, serviteur au Théâtre Italique,

Panégyrique : Discours d'un Orateur fait à la louange d'une personne, ou d'une vertu extraordinaire, ou qu'on veut faire passer pour telle.

SCÈNE II. Momus, Philinte.

PHILINTE

De l'Univers entier. Contre lui, répandez un torrent d'épigrammes : Tirez à bout portant. Morbleu, point de quartier ; Déchirez, à l'envi, les hommes et les femmes.

Epigramme : c'est une espèce de poésie courte, qui finit par quelque pointe ou pensée sublime. [F] Elle exprime souvent une pensée mordante envers une personne ou une oeuvre.

PHILINTE

Quoi ! Vous voulez que je ménage Un siècle si fripon ?

Fripon : Méchant, maraud, fourbe, coquin ; qui dérobe secrètement ; qui tâche à tromper ceux qui ont affaire à lui ; qui fait des gains illicites au jeu, ou dans le négoce, et qui est sans honneur et sans bonne foi. [F]

PHILINTE

Un Chevalier de l'industrie, Qui de filer la carte ose professer l'art ?

Industrie : Habileté à faire quelque chose, à exécuter un travail manuel. Cela est fait avec beaucoup d'industrie. Avoir de l'industrie. Une dangereuse industrie. [L]

PHILINTE

Peste ! Quel éloge sublime ! Et celui qui voilant le noir dessein qu'il a, Répand malignement un libelle anonyme, Contre son concurrent qu'il supplante par là ?

Libelle : Ecrit qui contient des injures, des reproches, des accusations contre l'honneur et la réputation de quelqu'un. [F]

PHILINTE

En ce siècle pervers, voilà comme l'on donne De favorables noms aux vices triomphants ; Par ces beaux correctifs et ces tours éloquents, Tout crime est excusé, toute action est bonne, Et l'on ne trouve plus de malhonnêtes gens. Moi, qui ne puis souffrir ce jargon qui m'irrite, Je parle à découvert contre les moeurs du temps, Et je donne à chacun le vrai nom qu'il mérite. J'appelle une maîtresse, au maintien hypocrite, Qui me trompe sous-main en feignant de m'aimer, Une coquette insigne, et qu'on doit enfermer : Et mon ami qui l'a séduite, Un perfide, un ingrat digne d'être noyé. Un valet qui me vole, un scélérat à pendre ; Un Procureur qui prend sans jamais rendre, Un fripon privilégié. Un Chevalier qui fait commerce de jouer, Pour escroquer et filouter l'espèce, Est un gentilhomme à clouer Sans quartier, sur la table où brille son adresse. Un homme qui parvient à des emplois brillants Par la bassesse et le pillage, Un pied-plat qui devrait conduire l'équipage Dont il occupe le dedans. Celui de qui la noire calomnie Va semer contre nous des écrits clandestins, Et nous couvre d'ignominie, Le plus affreux de tous les assassins Qui nous ravit l'honneur bien plus cher que la vie. Le Roi des animaux est le pire de tous, Et ce siècle, celui des travers lés plus fous. Momus enfin, Momus qui justifie Ce que notre age a de plus odieux, Est le dernier de tous les Dieux ; Et, par sa lâche flatterie, Cent fois plus bas, plus méchant à mes yeux Que les mortels qu'il justifie. Adieu. Ton seul aspect me chasse de ces lieux, Vil apologiste du vice : Va, qui prend sa défense, en devient le complice.

Pied-plat : Fig. et par mépris, pied plat, homme qui ne mérite aucune considération ; locution qui vient non du vice de conformation indiqué ci-dessus, mais d'une différence de chaussure entre les gens du peuple et les gentilshommes, ceux-ci portant des souliers avec des talons rouges très relevés, tandis que les ouvriers et les bourgeois portaient des souliers plats. [L]

SCÈNE III. Momus, L'indifférent.

L'INDIFFÉRENT

Que votre esprit, par de subtils détours, Sais adroitement se conduire ? Mais tout le monde, cher Momus, De ce prosélyte crédule Ne suivra pas le sot abus ; En entrant, en sortant je l'ai vu ridicule.

Prosélyte : Nouveau converti à une foi religieuse. Par extension, un converti, un homme gagné à une doctrine. [L]

SCÈNE IV. Momus, Le Génie du siècle.

LE GÉNIE

Voilà pourquoi je les proscris, Et ne veux plus qu'on les exerce. Je leur substitue, en ce jour, L'Inconstance, qui de l'amour Fait un amusement au lieu d'un esclavage, Et rend illustre une aimable volage La juste Défiance, au coeur toujours couvert, Qui sait se déguiser sous un maintien ouvert, ; Et qui désigne un homme sage. La Bonne Opinion, ferme dans tous ses pas, Qui porte et met en jour le mérite qu'elle aide, Qui fait briller l'esprit que l'on possède, Et paraître souvent celui que l'on n'a pas. La, douce Politesse, et l'exacte Décence Que suivent les égards si respectés en France Qui parent les dehors sans gêner les désirs, Et leur servant de voile, augmentent les plaisirs, La Coquetterie attrayante, Au souris fin, au regard séducteur, Pour mieux plaire toujours décente, Se couvrant à demi d'un vernis de pudeur, Animant la beauté qu'elle rend plus piquante, Qui répand ses attraits jusques sur la laideur, Et forme, en épuisant son pouvoir enchanteur, La femme du grand monde, ou la femme charmante. La fine Politique, et le Manège adroit, Époux clandestin de l'Intrigue, Ami des Souterrains, et père de la Brigue, Qui cache, d'un rideau que personne ne voit, L'art de tout aplanir, et l'utile science D'aller à la Fortune avec rapidité,v Et d'une main que conduit la prudence, D'arracher ses faveurs avec impunité ; C'est ce Manège enfin qui compose d'essence, Du Génie élevé, de l'esprit transcendant, Qui franchit la barrière, et qui vole au plus grand.

SCÈNE V ET DERNIÈRE. Momus, Terpsicore.

TERPSICORE

On dansait ?

DIVERTISSEMENT.

MENUET.

VAUDEVILLE.

666 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica