Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· A-Propos en un Acte

L'Auteur Superstitieux

Louis de Boissy· créée en 1732· 332 vers· 4 personnages

Représenté pour la première fois le 2 septembre 1732 au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • CLITANDRE, amant d'Hortense
  • DAMON, ami de Clitandre
  • ARLEQUIN, valet de Clitandre
  • UN LAQUAIS, d'Hortense

SCÈNE I. Clitandre, Damon.

CLITANDRE

Tous mes sens sont émus d'une façon terrible. Pour l'intérêt, ami, je suis très peu sensible. Si je perds mon procès, comme je le crois fort, Je m'en consolerai, sans faire un grand effort. Pour l'amour et la gloire il n'en est pas de même ; Tous deux me font sentir leur ascendant suprême, Tous deux d'un feu pareil enflamment mon désir, Et font en même temps ma peine et mon plaisir. Dans mes sens agités leur cruelle puissance Fait succéder la peur sans cesse à l'espérance. Plaire à l'objet que j'aime, et me voir son époux, Offre à mon coeur sensible un triomphe bien doux : Mais la crainte de perdre un bien si plein de charmes, Y porte au même instant les plus vives alarmes. Par un brillant ouvrage assembler tout Paris, Réunir tous les goûts, charmer tous les esprits, Malgré tous les efforts que tente la critique, Captiver par son art l'attention publique, Forcer deux mille mains d'applaudir, à la fois, Et s'entendre louer d'une commune voix, Présente à mon esprit la plus haute victoire ; D'un guerrier qui triomphe on égale la gloire. Mais si l'honneur est grand, le revers est affreux : Du parterre indigné les cris tumultueux, Sa fureur qui maudit et l'auteur et l'ouvrage, La tristesse et l'ennui peints sur chaque visage, Tous les brocards malins qu'on vous donne en sortant, Et votre nom en butte au mépris éclatant, Le désert qui succède à la foule écartée, Accablent à leur tour mon âme épouvantée ; Je crains des deux côtés d'avoir un sort fâcheux ; D'être amant traversé, comme auteur malheureux. Le public qu'on ennuie est un juge sévère. Hortense, quoique veuve, attend l'aveu d'un père. Si mes voeux sont trompés, un autre l'obtiendra Pour surcroît de malheur ma pièce tombera. J'en frémis.

CLITANDRE

Non ; j'ai, mon cher ami, des malheurs que je crains Trop de pressentiments et de signes certains ; C'est peu d'avoir les soirs mille terreurs secrètes, D'ouïr hurler des chiens et crier des chouettes, De rencontrer le jour des créanciers fâcheux ; Sachez que cette nuit j'ai fait un rêve affreux : J'ai songe que j'allais m'unir avec Hortense, Dans le temps que vers elle un inconnu s'avance, L'arrache de mes bras, et l'enlève à mes yeux Sur un char que traînaient deux taureaux furieux : Je veux les arrêter dans leur course fougueuse, Quand je tombe au milieu d'une eau sale et bourbeuse. Mille confus objets troublent alors mes sens ; Je prends du poisson mort, je sens tomber mes dents ; J'ai vu mon procureur boire avec ma partie, Puis j'ai vu tout_à_coup jouer ma comédie. Le parterre à mes yeux, les loges, n'ont offert Qu'un grand vide effroyable et qu'un vaste désert ; Des lustres presque éteints la lueur sombre et pâle Éclairait tristement la moitié de la salle ; Tout le fond du théâtre était tendu de noir, Et formait un spectacle épouvantable à voir. Je tremble, et je veux fuir à cet objet terrible ; Mais je suis arrêté par un bras invisible : Pour comble de terreur cent voix en même temps Poussent autour de moi d'horribles hurlements ; Sur ma tête j'entends le tonnerre qui roule ; Sous les pieds des acteurs le théâtre s'écroule : Les lustres à l'instant s'éteignent tout à fait, Et mon songe finit par trois coups de sifflet.

Le vers 104 est une parodie d'un vers du songe de Thieste dans la Tragédie d'Atrée et Thieste de Crébillon : « Et le songe a fini par un coup de tonnerre » (Acte II, scène I.).

SCÈNE II. Clitandre, Damon, Arlequin.

CLITANDRE, donnant un soufflet à Arlequin qui entre en sifflant

Tiens, voilà pour t'apprendre à siffler de la sorte.

CLITANDRE, prenant la lettre

J'ai perdu mon procès, je gage.

Il lit.

« Vous venez, monsieur, de perdre votre procès. »

Qu'ai-je dit ? Vous le voyez, déjà mon songe s'accomplit.

DAMON

Très volontiers,

Haut.

« Vous venez, monsieur, de perdre votre procès, malgré votre bon droit : tout ce que je puis vous dire, c'est que j'ai plaidé comme un ange. »

DAMON, poursuit

« Tout le monde a trouvé le jugement ridicule, et a dit hautement que, pour n'avoir pas gagné une cause que j'avais si bien plaidée, il fallait que ma partie fût née sous une planète bien malheureuse. »

DAMON, poursuit

« Ce vendredi à deux heures après midi. »

DAMON, reprend

« J'avais oublié de vous marquer que je soupçonne votre procureur d'avoir été d'intelligence avec votre partie adverse. »

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Clitandre, Arlequin.

SCÈNE V. Clitandre, Damon, Arlequin.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Clitandre, Arlequin.

SCÈNE VIII. Clitandre, Arlequin, Un Laquais.

332 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica