Comédie en vers· Comédie en un Acte et en vers
La Critique
Personnages
- CLITANDRE
- DAMON, Ami de Clitandre
- ARLEQUIN, valet de Clitandre
- UN LAQUAIS, d'Hortense
PROLOGUE.
SCÈNE I. Clitandre, Damon.
DAMON
Qui vous fait brusquement quitter ainsi la table Au milieu d'un repas et d'une troupe aimable ? Pouviez-vous être mieux que parmi vos amis, Et près du tendre objet dont vous êtes épris ? Toute la compagnie en a paru choquée ; Mais Hortense, surtout, doit en être piquée, Elle que vous aimez, et qui donne à dîner : Un procédé semblable a lieu de m'étonner.CLITANDRE
Cher ami, c'est l'effet d'une faiblesse extrême, Que je ne puis dompter, dont j'ai honte moi-même^ Dont à d'autres que vous mon coeur n'ose parler, Qu'aux yeux même d'Hortense il a soin de voiler.DAMON
Mais, quoi que vous disiez, une telle faiblesse N'a pas dû vous porter à cette impolitesse Que la raison, monsieur, ne saurait excuser.CLITANDRE
C'est elle cependant qu'on doit en accuser ; Et, puisqu'il faut vous faire un aveu véritable, Nous étions... j'en rougis... nous étions treize à table, Et l'on nous a servi treize plats à la fois.DAMON, d'un air railleur
Ajoutez qu'aujourd'hui c'est le treize du mois.CLITANDRE
Moquez-vous de ma peur, Damon, je le mérite, Mais elle n'est pas moins la cause de ma fuite.CLITANDRE
Je me suis déjà fait les mêmes remontrances ; Mais je suis dans un cas et dans des circonstances Où malgré ma raison tout alarme mon coeur. Elles doivent servir d'excuse à ma terreur.CLITANDRE
Tout ce qui peut tyranniser une âme.DAMON
Mais encor ?CLITANDRE
L'intérêt, la gloire, avec l'amour, Ils m'occupent tous trois ; et dans ce même jour On juge mon affaire, on doit jouer ma pièce, Et je suis sur le point d'épouser ma maîtresse. Jugez s'il est quelqu'un en proie à plus de soins !CLITANDRE
Tous mes sens sont émus d'une façon terrible. Pour l'intérêt, ami, je suis très peu sensible. Si je perds mon procès, comme je le crois fort, Je m'en consolerai, sans faire un grand effort. Pour l'amour et la gloire il n'en est pas de même ; Tous deux me font sentir leur ascendant suprême, Tous deux d'un feu pareil enflamment mon désir, Et font en même temps ma peine et mon plaisir. Dans mes sens agités leur cruelle puissance Fait succéder la peur sans cesse à l'espérance. Plaire à l'objet que j'aime, et me voir son époux, Offre à mon coeur sensible un triomphe bien doux : Mais la crainte de perdre un bien si plein de charmes, Y porte au même instant les plus vives alarmes. Par un brillant ouvrage assembler tout Paris, Réunir tous les goûts, charmer tous les esprits, Malgré tous les efforts que tente la critique, Captiver par son art l'attention publique, Forcer deux mille mains d'applaudir, à la fois, Et s'entendre louer d'une commune voix, Présente à mon esprit la plus haute victoire ; D'un guerrier qui triomphe on égale la gloire. Mais si l'honneur est grand, le revers est affreux : Du parterre indigné les cris tumultueux, Sa fureur qui maudit et l'auteur et l'ouvrage, La tristesse et l'ennui peints sur chaque visage, Tous les brocards malins qu'on vous donne en sortant, Et votre nom en butte au mépris éclatant, Le désert qui succède à la foule écartée, Accablent à leur tour mon âme épouvantée ; Je crains des deux côtés d'avoir un sort fâcheux ; D'être amant traversé, comme auteur malheureux. Le public qu'on ennuie est un juge sévère. Hortense, quoique veuve, attend l'aveu d'un père. Si mes voeux sont trompés, un autre l'obtiendra Pour surcroît de malheur ma pièce tombera. J'en frémis.CLITANDRE
Non ; j'ai, mon cher ami, des malheurs que je crains Trop de pressentiments et de signes certains ; C'est peu d'avoir les soirs mille terreurs secrètes, D'ouïr hurler des chiens et crier des chouettes, De rencontrer le jour des créanciers fâcheux ; Sachez que cette nuit j'ai fait un rêve affreux : J'ai songe que j'allais m'unir avec Hortense, Dans le temps que vers elle un inconnu s'avance, L'arrache de mes bras, et l'enlève à mes yeux Sur un char que traînaient deux taureaux furieux : Je veux les arrêter dans leur course fougueuse, Quand je tombe au milieu d'une eau sale et bourbeuse. Mille confus objets troublent alors mes sens ; Je prends du poisson mort, je sens tomber mes dents ; J'ai vu mon procureur boire avec ma partie, Puis j'ai vu tout_à_coup jouer ma comédie. Le parterre à mes yeux, les loges, n'ont offert Qu'un grand vide effroyable et qu'un vaste désert ; Des lustres presque éteints la lueur sombre et pâle Éclairait tristement la moitié de la salle ; Tout le fond du théâtre était tendu de noir, Et formait un spectacle épouvantable à voir. Je tremble, et je veux fuir à cet objet terrible ; Mais je suis arrêté par un bras invisible : Pour comble de terreur cent voix en même temps Poussent autour de moi d'horribles hurlements ; Sur ma tête j'entends le tonnerre qui roule ; Sous les pieds des acteurs le théâtre s'écroule : Les lustres à l'instant s'éteignent tout à fait, Et mon songe finit par trois coups de sifflet.Le vers 104 est une parodie d'un vers du songe de Thieste dans la Tragédie d'Atrée et Thyeste de Crébillon : « Et le songe a fini par un coup de tonnerre » (Acte II, scène I.).
CLITANDRE
Mon esprit, dans l'horreur dont il est travaillé, Est digne d'être plaint, et non d'être raillé.DAMON
Vous méritez, monsieur, les ris de tout le monde, Et, loin que je vous plaigne, il faut que je vous gronde ; Dans votre âme aujourd'hui la superstition Étouffe du bon sens jusqu'au moindre rayon. Des plus fausses terreurs vous recevez l'empreinte, Et croyez un vain songe enfanté par la crainte.CLITANDRE
Tout ce que vous direz ne servira de rien ; Et, pour finir le cours d'un pareil entretien, Né superstitieux, je ne suis pas mon maître ; Je pense, comme vous, qu'il est honteux de l'être ; Ma raison me le dit, mais elle perd ses soins : J'en sens le ridicule, et ne le suis pas moins. Contre les préjugés en vain on se rebelle, La superstition à l'homme est naturelle ; Et le hasard malin, pour la fortifier, Se plaît incessamment à la justifier. Je l'ai trop éprouvé dans plus d'une occurrence, La raison ne tient pas contre l'expérience, Et votre coeur peut-être aurait le même effroi Si vous étiez, monsieur, sur le point comme moi D'attirer du public la louange ou le blâme, De perdre ou d'obtenir l'objet de votre flamme.CLITANDRE
En vain par sa tendresse Hortense me rassure, Je crains de le former sous un fâcheux augure.DAMON
L'inconnu, cher Clitandre, alarme votre coeur, Et je crois qu'entre nous les taureaux vous font peur.CLITANDRE
Sur ce point, j'en conviens, mon esprit va trop loin, Et suit trop la frayeur où jette un tendre soin ; Mais, si dans mes amours je parais moins à plaindre, Pour ma pièce avouez que j'ai tout lieu de craindre : Tant d'exemples fameux que je vois devant moi Ne me doivent-ils pas glacer d'un juste effroi ?CLITANDRE
Je vous l'ai dit, sans doute, et je vous le répète. Je l'ai lue aux acteurs sous le sceau du secret ; Et nul n'en est instruit, hors vous et mon valet, Et trois ou quatre auteurs, amis sûrs, que j'estime.DAMON
À dire vrai, j'y trouve et du pour et du contre ; Un prête-nom bien sûr rarement se rencontre. Ces messieurs, quand l'ouvrage attire et réussit, Souvent avec la gloire emportent le profit. Selon moi, le plus court et le plus raisonnable, Est d'oser se montrer sous son nom véritable. Un auteur mal caché se fait moquer de lui ; Et peu, par ce moyen, font fortune aujourd'hui.SCÈNE II. Clitandre, Damon, Arlequin.
CLITANDRE, donnant un soufflet à Arlequin qui entre en sifflant
Tiens, voilà pour t'apprendre à siffler de la sorte.CLITANDRE
Je te l'ai défendu cent fois.ARLEQUIN
J'ai tort, monsieur, Et j'avais oublié que je sers un auteur, Et que l'on représente aujourd'hui votre pièce : Je ne tomberai plus dans cotte impolitesse ; L'augure vous alarme, et j'ai...ARLEQUIN
De votre avocat, Monsieur, c'est une lettre, Qu'un homme de sa part m'a dit de vous remettre.CLITANDRE, prenant la lettre
J'ai perdu mon procès, je gage.Il lit.
« Vous venez, monsieur, de perdre votre procès. »
Qu'ai-je dit ? Vous le voyez, déjà mon songe s'accomplit.ARLEQUIN
J'ai rêvé comme vous de poisson mort, d'eau sale : Si la journée aussi m'allait être fatale ! Mais elle l'est déjà, je viens d'être battu.CLITANDRE
Je sais que j'ai perdu, Du reste de la lettre à quoi sert de m'instruire ? Pour moi, si vous voulez, vous n'avez qu'à la lire.DAMON
Très volontiers,Haut.
« Vous venez, monsieur, de perdre votre procès, malgré votre bon droit : tout ce que je puis vous dire, c'est que j'ai plaidé comme un ange. »
DAMON, poursuit
« Tout le monde a trouvé le jugement ridicule, et a dit hautement que, pour n'avoir pas gagné une cause que j'avais si bien plaidée, il fallait que ma partie fût née sous une planète bien malheureuse. »
CLITANDRE
Ah ! Qu'on a bien raison ! Grâces à ma planète, Je suis de l'infortune une image parfaite !DAMON, poursuit
« Ce vendredi à deux heures après midi. »
CLITANDRE
Du malheur qui m'arrive, ah ! je suis peu surpris, Rien ne me réussit jamais les vendredis !DAMON, reprend
« J'avais oublié de vous marquer que je soupçonne votre procureur d'avoir été d'intelligence avec votre partie adverse. »
CLITANDRE
Oh ! mon rêve à ce coup en plein se vérifie ! J'ai vu mon procureur boire avec ma partie : Qu'on dise après cela que tout songe est menteur ; Et vous présentement, riez de ma terreur ; Dites du moindre effroi que je reçois l'empreinte, Et crois un songe vain enfanté par la crainte. Démentez ce billet.DAMON
Je veux qu'à cet égard Votre rêve, Monsieur, ait dit vrai par hasard ; Vous le trouverez faux bientôt dans tout le reste.CLITANDRE
Non, dans ce triste jour tout va m'être funeste ! Vous me verriez tranquille, et non pas éperdu, Si mes maux se bornaient à mon procès perdu : Mais je regarde en lui les suites qu'il présage ; Il est comme l'éclair qui devance l'orage ; Il est le noir signal que le ciel en courroux Vient, tout prêt à frapper, de déployer sur nous. Hortense recevra de fâcheuses nouvelles ; Mon ouvrage essuiera des disgrâces cruelles. Justifiant l'effroi dont mon coeur est rempli, Mon rêve en tous ses points va se voir accompli ! Courez dire aux acteurs, cher ami, je vous prie, De ne pas aujourd'hui donner ma comédie ; Que pour la retarder j'ai des motifs puissants, Rendez-moi ce service, et sans perdre de temps.DAMON
N'en déplaise aux frayeurs de votre esprit crédule, Cette commission est par trop ridicule, Je ne m'en charge point.DAMON
Vous vous moquez, la pièce est pour ce soir promise ; Au lieu de vous servir, c'est vouloir qu'on vous nuise : Vous indisposeriez le public contre vous. Les acteurs à cela doivent s'opposer tous.DAMON
Ah ! Vous n'en ferez rien, et vous n'y songez pas ; Pour vous en empêcher, je marche sur vos pas.Il suit Clitandre.
SCÈNE III.
ARLEQUIN
Avec tout son savoir, ah ! Que mon maître est bête ! La frayeur à la fin lui tournera la tête ; Qu'il m'a frappé d'un coup que j'ai fort sur le coeur ! ....................................... Me battre pour siffler par pure inadvertance ! Que n'en puis-je au parterre aller prendre vengeance ? À messieurs mes pareils pourquoi l'interdit-on ? Je sifflerais alors, mais sur un joli ton : Quel plaisir pour vingt sous de huer comme un diable ! Je rendrais pour le coup son rêve véritable. Il veut être caché dans cette occasion, Mais pour mieux me venger je nommerais son nom, Et je dirais tout haut : La pièce est de Clitandre, Épargnez-vous, messieurs, la peine de l'entendre, Il croit avoir produit quelque chose de beau ; Mais l'ouvrage est un monstre, et l'auteur un bourreau.v. 223, rien ne rime avec "coeur".
SCÈNE IV. Clitandre, Arlequin.
CLITANDRE
Damon m'a su convaincre, et sa raison m'éclaire ; Mon effroi se dissipe aux traits de sa lumière : Sans lui, sans ses conseils, dans mes fausses terreurs, J'allais, à mes dépens, divertir les acteurs : J'aurais, à leurs regards dévoilant ma faiblesse, Ajouté follement une scène à ma pièce, Dont j'allais devenir moi-même le héros. Je lui dois ma raison, je lui dois mon repos. C'en est fait, mon esprit ne croit plus au présage. J'attends présentement le sort de mon ouvrage Avec la fermeté qu'un sage doit avoir ; Et, sans trop présumer, je sens un noble espoir : Je prétends me montrer, quoi que le destin fasse, Modeste dans ma gloire, ou fort dans ma disgrâce.ARLEQUIN
Ah ! qu'entends-je, monsieur ? Quel heureux changement ! Puissiez-vous persister dans un tel sentiment !SCÈNE V. Clitandre, Damon, Arlequin.
DAMON
Allons, courage, ami, le présage est flatteur ; Votre songe commence à se trouver menteur, Car vous aurez grand monde à votre comédie ; De carrosses déjà cette rue est remplie.CLITANDRE
Tant pis, un si grand monde est toujours dangereux : Le tumulte accompagne un public trop nombreux.ARLEQUIN
Ah ! monsieur, dissipez la peur qui vous domine. Le souffleur, avec qui j'ai bu tantôt chopine, M'a dit que sur la pièce il faisait un grand fond ; Et, qui plus est encor, tout l'orchestre en répond.CLITANDRE
Que m'annoncez-vous là ? Je suis perdu, monsieur, ma pièce, déplaira. Le malheur suit toujours les ouvrages qu'on vante, L'exemple nous le prouve, et le sort m'épouvante.DAMON
Moi, j'espère au retour vous faire compliment ; Et je cours me placer sans perdre un seul moment.CLITANDRE
Allez vite ; en un jour de combat et de guerre, On ne saurait avoir trop d'amis au parterre. De marcher sur vos pas je ne puis m'empêcher, Au fond du paradis je m'en vais me cacher.CLITANDRE, en s'en allant
Ce qu'il me dit n'est que trop véritable.SCÈNE VI.
ARLEQUIN
S'il tremble maintenant, ce n'est pas sans raison. Tout brave que je suis, j'ai pour lui le frisson ; Ce qui présentement m'alarme davantage, C'est qu'il m'a, ventrebleu, dépeint dans son ouvrage : J'y parais sous mon nom comme sous mes habits : Un homme comme moi craint d'être compromis ; Si le nom d'Arlequin, ce nom si respectable, Se voyait bafoué, ce serait bien le diable ! Comme la comédie est à deux pas d'ici, Je n'irai pas bien loin pour en être éclairci. Courons-y de ce pas... Mais on vient ; c'est mon maître. Ô ciel ! En quel état je le revois paraître !SCÈNE VII. Clitandre, Arlequin.
ARLEQUIN
Qu'avez-vous ?CLITANDRE
Un fauteuil, vite, je n'en puis plus ! Mes sens, jamais mes sens ne furent plus émus. J'entre à la comédie, admire mon étoile ! Dans le moment fatal qu'on a levé la toile ; Du monde que je vois je suis épouvanté ; J'entends mugir les flots du parterre agité : Je regarde en tremblant tous ces juges sévères, Que ne sauraient fléchir ni brigues, ni prières. De mon supplice alors je crois voir les apprêts : Tous les cris que j'entends me semblent des sifflets ; Quand, pour comble d'effroi, j'aperçois un vieux cuistre, Dont je n'ai jamais vu le visage sinistre, Qu'il ne m'ait annoncé quelque malheur prochain : Il me fixe des yeux, me montre de la main ; Je lis dans ses regards ma mortelle sentence, Et veux me dérober à sa noire présence ; Mais je fais un faux pas, et culbute en fuyant ; « Voilà l'auteur tombé, dit-il en me voyant ; » C'est lui, je le connais ; je crains que pour l'ouvrage Cette chute ne soit d'un funeste présage. Ces mots me percent l'âme, et je reviens enfin La pâleur sur le front, et la peur dans le sein,SCÈNE VIII. Clitandre, Arlequin, Un Laquais.
UN LAQUAIS
Une lettre, Monsieur...CLITANDRE
De quelle part vient-elle ? Tu fus toujours porteur de mauvaise nouvelle.Il lit.
« Mon père arrive en ce moment ; Il approuve notre flamme, Et pour époux j'obtiens l'amant Qui pouvait seul toucher mon âme. Enchanté, comme moi, d'un aveu si flatteur, Clitandre connaît-il l'excès de mon bonheur ? » Mon coeur est transporté ! Si le public affable Faisait à mon ouvrage un accueil favorable, Et s'il m'applaudissait en cet heureux instant, Non, il ne serait pas de mortel plus content !LA CRITIQUE, COMEDIE.
SCENE I. Apollon, Thalie.
THALIE
Seigneur, malgré la brigue et la clameur publique, Parmi les doctes soeurs, vous venez de placer La juste et la saine Critique : Elle vient s'établir dans l'État Poétique, Pour y maintenir l'ordre, et pour le policer. Je ne saurais, pour moi qui préside au Comique, Et qui tiens de ses traits mon plus grand agrément, Donner à votre choix trop d'applaudissement. Quel bonheur de la voir gouverner le Parnasse, Elle par qui le Vrai, se règle uniquement, Et ne fait à personne injustice ni grâce !Soeurs : il s'agit des neuf muses dont Thalie est l'une d'elle.
APOLLON
Dans le monde on a d'elle une autre opinion ; Par un injuste effet de la prévention, De tout le genre humain on la croit l'ennemie : On croit, que sans égards et sans distinction, Elle condamne tout par une basse envie. Pour détruire les faux portraits Qu'a fait d'elle, en tous lieux, la noire Calomnie, Il faut, au yeux de tous, qu'elle se justifie, Et dévoile au grand jour ses véritables traits. Chacun viendra lui rendre hommage, Et la féliciter sur ses honneurs nouveaux. Elle doit faire voir que son goût toujours sage , Sait apProuver le vrai, comme blâmer le faux ; Qu'elle reprend sans fiel, et que son badinage, Sans blesser la personne, attaque les défauts. Elle ne prétend plus, surtout, qu'on la confonde Avec la satire sa soeur, Qui sous son nom s'affichant dans le monde, Lui fait partager sa noirceur. Elle sent trop qu'il est de son honneur De démasquer cette même satire, Oui, dans sa maligne fureur, Ne reprend point par le désir d'instruire, Mais par le noir plaisir qu'elle prend à médire, Et de désavouer tous ces auteurs obscurs, Dont la plume anonyme Jusques sur la vertu répand ses traits impurs , Et qu'inspire en secret sa soeur illégitime. Je dois moi-même les punir, Et pour jamais bannir, Cette engeance coupable, Pour la gloire de l'art qu'elle rend méprisable. Mais j'en vois un qui paraît en ces lieux : Par le talent de mordre, il s'est rendu fameux ; Son esprit fécond en injures, Inonde le public d'un torrent de brochure.APOLLON
J'admire son audace !SCÈNE II. Apollon, Un Auteur.
L'AUTEUR
Je me suis distingué dans votre République ; Et je viens, savant Apollon, Pour complimenter la Critique, En qualité de nourrisson.APOLLON
Vous êtes bien hardi de prendre un pareil nom, Et de paraître en ma présence, Vous que guide la Haine et la Prévention ; Qui n'êtes inspiré que par la Médisance, Dont les écrits remplis de contradiction, Tronquent la Vérité, dégradent la Raison ; À qui la satire effarée Dicte tant de faux jugements, Et dont l'haleine empoisonnée Obscurcit le mérite, et ternit les talents !L'AUTEUR
Ce sont de petits badinages Fait pour égayer mes ouvrages, Et pour divertir le lecteur : Je croyais par-là même obtenir votre suffrage.APOLLON
Allez, je méprise un Auteur Qui n'a pour Muse que l'Envie, Et dont le mauvais coeur N'est racheté d'aucun trait de génie. Sortez de votre erreur, Et connaissez mieux la Critique : Contre la Vérité jamais elle n'agit ; Elle veut qu'un auteur, dans tout ce qu'il écrit, Censure en galant homme, et non en satyrique Qui ne respecte rien, et qui mord à crédit.L'AUTEUR
Je ne la croyais pas capable de scrupule : J'ai pensé jusqu'ici qu'elle mettrait son art À tourner tout en ridicule ; Qu'au mérite réel elle avait peu d'égard ; Que le succès d'un livre était chez cette Dame, Un droit pour le fronder, fut-il blâmable ou non ? Et qu'elle préférait une bonne épigramme À la plus solide raison. Pour moi, je l'avouerai, je ne lis une pièce, Que pour déchirer l'auteur ; Et jamais je ne goûte un plaisir plus flatteur, Que lorsque j'emporte la pièce.APOLLON
Le charmant petit coeur !L'AUTEUR
Là, sans détour, Seigneur, Parlons de la Critique, et rendons-lui justice : Son esprit n'est point fait pour abolir le beau ; Elle est, autant que moi, portée à la malice ; Sa main pour rien ne tient pas un flambeau ; Brûler, est pour elle un délice.APOLLON
Ôtez-vous de mes yeux, sortez de l'Hélicon ; Je jure à vos pareils une éternelle haine, Et vous défends, sous la plus rude peine D'oser à l'avenir vous parer de son nom. Apprenez qu'en tout temps le Vrai seul la transporte ; Que jamais aucun fiel n'empoisonne ses traits, Et que le flambeau qu'elle porte Éclaire et ne brûle jamais.L'auteur s'en va.
SCÈNE III. Apollon, Chrisante.
APOLLON
Que demande Monsieur ?CHRISANTE
Seigneur, c'est ce que je vais faire. Vous voyez devant vous un homme singulier : J'ai le goût excellent, mais très particulier : Ce qui plaît au Public, a droit de me déplaire ; Je blâme constamment ce qu'il semble estimer, Et j'estime au contraire, Ce qu'il affecte de blâmer.CHRISANTE
C'est la droite équité que jamais il n'écoute : Conduit pas son caprice, il est extrême en tout : Et je viens vous prier de réformer son goût.APOLLON
Sur le vôtre, sans doute ?CHRISANTE
Ne pensez pas railler ; tout n'en irait que mieux, S'il suivait aujourd'hui mon goût judicieux ; La raison fixerait son esprit trop volage, Et lui ferait tenir une route plus sage ; On verrait moins d'abus ; la prudence et la paix, Dans tous les lieux publics, régneraient à jamais ; Nuls orages, surtout, nuls flots et nuls obstacles Ne troubleraient, Seigneur, les tranquilles spectacles ; On n'entendrait plus de sifflets : L'humanité condamne un instrument si triste ; Je ne m'en suis servi que contre Inès Et contre Rhadamiste.Inès de Castro est une tragédie en cinq actes et en vers de Antoine Houdard de la Motte de 1723.
Rhadamiste et Zénobie est une tragédie en cinq actes et en vers de Prosper Jolyot de Crébillon de 1711.
CHRISANTE
Belle demande ! Leur succès. Le sentiment commun est toujours le mauvais, Je vous l'ai déjà dit, c'est pourquoi j'y résiste : Par la même raison, je me pique aujourd'hui D'être le Chevalier des pièces malheureuses ! Mes poumons éloquents et mes mains généreuses Combattent pour leur cause, en dépit de l'ennui ; Et tout auteur qui tombe, en moi trouve un appui.APOLLON
Voilà des sentiments tout-à-fait charitables. Mais, entre nous, mon cher Monsieur, N'auriez-vous point pitié de vos semblables ? Et du public qui cause votre aigreur, N'auriez-vous pas vous-même éprouvé la rigueur ?CHRISANTE
Il m'a brusqué, Seigneur, une fois dans ma vie ; Mais à la charge il n'est pas revenu, Car je m'en suis fort sagement tenu À ma première tragédie.CHRISANTE
J'ai l'avantage maintenant De le contrarier sans cesse, Et de me déchaîner contre son jugement, Sans redouter sa fureur vengeresse ; C'est pour jouir de ce contentement, Que je vais à la Comédie. Critique-t-il ? J'apologie. Applaudit-il ? Je suis ardent À faire la contre-partie. Ce qui me flatte enfin, et qui doit le piquer, Puisqu'avec vous il faut que je m'épanche, C'est qu'il n'a jamais pu qu'une fois m'attaquer, Et qu'il me donne, lui, tous les jours ma revanche.APOLLON
Vous n'êtes pas ingrat, je puis vous l'attester ; Vous lui rendez, Monsieur, ce qu'il peut vous prêter. Sans vous donner le soin de rimer et d'écrire, Vous n'avez qu'à parler et qu'à vous présenter, Pour mériter d'abord les traits de sa satyre.CHRISANTE
Vous avez beau, dans ce moment, Prendre sa cause en main à mon désavantage, J'ai là dans mon cerveau le dessein d'un ouvrage Qui vous fera bientôt changer de sentiment. Vous l'allez applaudir, je gage : Son titre seul m'est un bon pronostic.CHRISANTE
C'est la Critique du Public : Ses écarts démontrés par sa propre conduite , Par son peu de lumière, ou son peu d'équité, Et son infaillibilité Totalement détruite ; Par tous ses jugements pleins de prévention, D'erreur, de contradiction, Par ses gestes et dits, qui n'ont ni fin ni fuite.APOLLON
Le projet est nouveau ! Mais, voudriez-vous bien Me détailler et m'apprendre Ce que dans le public vous trouver à reprendre, Soit dans ses actions, ou dans son entretien ?CHRISANTE
Mille travers, mille bévues, Son goût pour le clinquant dont il est le soutien, Et pour la nouveauté qu'il porte jusqu'aux nues, Ou qu'il met au dessous du rien ; Car jamais il ne garde un milieu raisonnable : Chez lui tous est divin, ou tout est misérable : Sa fureur pour la mode et pour tout charlatan : Tous les usages fous dont il est partisan ; Toutes ses politesses fades, Ses visites, ses embrassades ; Et ses saluts du premier jour de l'an ; Du carnaval ses mascarades, Du mardi-gras son transport Calotin, Et son air sot le lendemain : Son exercice aux Tuileries, Ses caracols, ses lorgneries ; Aux spectacles ses flots, ses vertiges fréquents, Ses battements de mains donnés à contre-temps ; Toutes ses moucheries, Ses bâillements, ses crachements, Aux endroits les plus beau, les plus intéressants ; Son ridicule étrange De recevoir avidement La plus insipide louange, Et d'applaudir toujours le banal compliment, Qu'on lui retourne incessamment, Sa rage opiniâtre De crier presqu'à tout moment ; Place au Dames, place au Théâtre ; Parlez plus haut ; l'habit noir, chapeau bas ; Paix. Monsieur l'Abbé, haut les bras : Annoncez ; bis ; la capriole. Et pour tout dire, enfin, l'insupportable rôle Qu'il fait, dès qu'au Parterre il se trouve pressé, Ce qui révolte l'âme, et fait hausser l'épaule À tout homme de goût, à tout homme sensé.Caracol : Terme de manège. Succession de demi-tours à droite et à gauche qu'on fait exécuter au cheval, avec ou sans changement de main, mais sans suivre de piste.
Lorgnerie : Action de lorgner fréquemment. C'est à dire, observer à la dérobée, en tournant les yeux de côté.
Capriole : Forme ancienne de cabriole.
APOLLON
Vous peignez-là la multitude, Mère du tumulte et du bruit, Que n'arrête aucun frein, que l'exemple séduit ; Qu'entraîne la coutume ou l'aveugle habitude, Et non le vrai Public que la raison conduit, D'où part ce grand corps de lumière, Qui me guide moi-même, et sans cesse m'éclaire : Ce Public, en un mot, avec choix assemblé, Tel qu'on le voit paraître Au jeux d'un théâtre réglé, Quand il écoute en sage, et qu'il prononce en maître Ses arrêt qui le font si dignement connaître, Et dont nul, avant vous, n'a jamais appelé.CHRISANTE
Vous nous représentez une belle chimère : Le Public que nous connaissons, Tient justement un chemin tout contraire ; Et pour en appeler, j'ai de bonnes raisons, Quand dans sa fougue extrême Il juge sans entendre et s'instruire du fond, Et qu'il se contredit à chaque instant lui-même Par ses oui, et par ses non. Je porte ici de quoi prouver la chose : Tenez, lisez, sans attendre plus tard, Vous verrez qu'il approuve ou condamne au hasard. Et sans connaissance de cause. La Liste que voilà Montre son injustice, Sa légèreté, son caprice, Et son goût dépravé, qui toujours l'emporta.APOLLON, lit
Pièces que le Public a sifflées, et qu'il devait applaudir.
LE CHEVALIER BAYARD.
Le Chevalier Bayard est une comédie héroïque en cinq actes et en vers libres de Jacques Autreau (1731).
CHRISANTE
Il l'a condamné sans l'entendre, Ce généreux Bayard qu'on nous a peint si tendre ; Et si plein d'amitié. Il l'a proscrit sans aucune pitié Pour les vertus de l'aimable Julie. Sans nul égard pour le brave Monfort, Qui d'abord quoiqu'aimé, par un sublime effort À Bayard cède sa maîtresse, Et prend en même-temps, par un trait de noblesse Et plus grand et plus fort, Tout l'argent du convoi que son rival lui laisse. Sans respecter enfin dans son transport Madame Marc, la bonne amie De ce pauvre Saint-Pol que j'aime à la folie, De rage contre lui, j'en suis tout transporté.APOLLON
Sachez que le Public justement révolté, A proscrit dans Bayard un monstre dramatique, Dont on n'admire plus que son premier renom, Où, sans intéresser, tout choque la raison, À qui l'on fait l'honneur d'en faire la critique.Il lit.
ERIGONE.
Erigone est une tragédie en cinq actes en vers de La Grange Chancel (1731).
CHRISANTE
Voyons un peu comment, et par quelle couleur Vous pourrez du Public excuser la rigueur, Pour cette Reine infortunée, Presque en naissant abandonnée ?APOLLON
Sa conduite pour elle est pleine d'équité. Au second acte il a rendu justice, Applaudissant à sa beauté.CHRISANTE
C'est ce qui prouve son caprice, Et qui fait voir le mauvais goût qu'il a De préférer cet acte-là, Qui n'est qu'un rhabillage D'Heraclius, d'Amasis, de Cinna.Héraclius et Cinna sont deux tragédies de Pierre Corneille.
Amasis est une tragédie de La Grange Chancel (1701).
CHRISANTE
C'est justement le plus beau de l'Ouvrage ; Le bon coeur et l'honnêteté En sont par-out la base. On y voit la vertu régner dans chaque phrase. Erigone et Nérée offrent en vérité Un combat de civilité, Qui doit toucher les belles âmes ; Pour moi, je n'ai pu voir, sans en être enchanté, La politesse de ces Dames, Qui font assaut de compliment, En se renvoyant la couronne. L'une la quitte galamment L'autre fait des façons pour s'asseoir sur le Trône Qu'on lui présente poliment. Voilà, Seigneur, voilà de ces traits qui font rire Le Public d'aujourd'hui faussement délicat. Pour moi, je les admire, Et je trouve charmant ce qu'il trouve si plat.APOLLON
C'est pour le contredire.Il lit.
Pièce que le Public a applaudie, et qu'il devait siffler.
LE GLORIEUX.
Le Glorieux est une comédie de Néricault Destouches (1732).
CHRISANTE
C'est ici que je vous attends, Je vous défie en ces instants, De me justifier sa grande réussite.CHRISANTE
Le comble de l'égarement, D'applaudir un pareil ouvrage, Dont le héros n'est qu'un plat personnage, Copié d'après l'important, Et choquant de toute manière ; Avec sa maîtresse insolent, Malhonnête homme envers son père ; C'est le plus mauvais caractère.APOLLON
Tout est sauvé par l'art d'avoir su l'assortir : Ses contrastes le font sortir, D'une façon brillante et singulière.CHRISANTE
Oh, vous avez raison ; L'art de la pièce est grand, et la conduite exacte ; Car l'exposition, Ne s'en fait qu'au quatrième acte. Quant à l'intrigue, elle est neuve vraiment ; Une reconnaissance en est le fondement : Oh le beau noeud de comédie, Qu'un lieu commun de la tragédie Qui fait pleurer les gens ! Et l'heureux dénouement de la pièce, Que celui qu'on a vu dans plus de vingt romans ! Encore y prenaient-ils six francs !APOLLON
N'importe, il intéresse. Le public dépouillant sa rigueur à propos, En faveur des beautés a fait grâce aux défauts ; Et, tout pesé dans la balance, Il n'a pu refuser son applaudissement À qui l'a su divertir noblement, Et dans la bienséance.CHRISANTE
Et dans la bienséance ? Ah ! le trait est fort bon ! Et comment nommez-vous la proposition Que Lisimond fait à Lisette, À qui jusqu'au valet chacun conte fleurette, De lui meubler une maison ? Vous nous vantez les moeurs, la chose est sans égale ; D'un ouvrage qui peint le vice tout à nu, Et qui précisément ouvre par le scandale.APOLLON
Mais il finit par la vertu.CHRISANTE
Adieu, Seigneur, adieu, je quitte la partie, Après un pareil trait, Le Public me révolte ; et qui le justifie, Ne peut être mon fait.SCÈNE IV.
SCÈNE V. Apollon, La Critique.
APOLLON
Venez, juste Critique, il est temps qu'au Parnasse Vous fassiez respecter mes lois ; De vos faux nourrissons j'ai confondu l'audace : Je vous ai fait connaître en proscrivant leur race. Justifiez mon choix, Dans le haut rang où je vous place ; Et donnez le précepte et l'exemple à la fois.LA CRITIQUE
Pour mériter, Seigneur, tous les suffrages, Et remplir dignement ces pénibles honneurs, Je tâcherai d'instruire en censurant les moeurs ; Et ne reprendrai les ouvrages , Que pour éclairer les auteurs.Apollon s'en va.
SCENE VI. La Critique, La Médisance.
LA MÉDISANCE
J'ai pourtant avec vous assez de ressemblance. La Critique ne devrait pas Méconnaître la Médisance ; Et de moi, dans le monde, on fait assez de cas. Pour m'avouer d'abord sans nulle répugnance.LA CRITIQUE
Si je vous méconnais, il n'est pas surprenant ; Le chemin que je tiens est différent du vôtre : La Raison et le Vrai le guident constamment ; Et vous plaisez le plus souvent, Aux dépens de l'un et l'autre.LA MÉDISANCE
Vous, si vous m'imitiez, vous feriez sagement. Par la vérité trop sincère, On est presque toujours assuré de déplaire ; Et l'on ennuie indispensablement, En suivant trop exactement Les pas de la Raison sévère. C'est le trop de franchise avec l'austérité, Qui vous rend le fléau de la société. Vous n'avez point de politique ; Je suis autant que vous mordante et satirique : Mais je préviens d'abord par mon air séducteur. Je sais, pleine d'adresse, Colorer mon poison avec délicatesse : Par l'art que j'ai de flatter l'auditeur, Je couronne toujours ma victime de fleurs, Et l'égorge avec politesse.LA CRITIQUE
Il est vrai que j'agis avec plus de rudesse ; Aux auditeurs je ne tends point d'appas, Et devant eux je dis ce que je pense. Ma langue n'a pas la prudence, De ne percer que ceux qui n'y sont pas.LA MÉDISANCE
C'est pas cette conduite et mes façons polies, Que je me vois reçue avec empressement Dans les meilleures compagnies ; J'en fais tous les plaisirs et tout l'amusement ; Je porte avec moi l'enjouement. Et réveille par mes saillies. Par exemple, je sors d'un cercle maintenant, Où j'ai trouvé d'abord en arrivant, Les Hommes assoupis, les Dames endormies. Faisant sur un sofa des noeuds nonchalamment, Une Coquette assez jolie, De sa parure ennuyait son amie, Qui sommeillait en l'écoutant. Une prude enrageait, et parlait de la pluie : Un Officier barbon jurant entre ses dents, Contre l'extrême disette Des nouvelles du temps, Déplorait de la paix les malheurs éclatants, Qui faisait tomber la Gazette Faute d'événements, Et réduisait les braves gens A raisonner cornette. Dans un miroir un jeune Président, Se contemplait fort amoureusement : Et redressant son encolure, Conversait agréablement . Avec sa longue chevelure, Qu'il rajustait en fredonnant. Et pour achever la peinture, Un Marquis tout brillant Et tout chamarré de dorure, Dans un fauteuil étendu poliment, S'amusait en sifflant. À lire le Mercure.Mercure : "Le Mercure galant" est une revue littéraire créée à 1672 par Donneau de Visé et qui deviendra en 1724 "Le Mercure de France".
LA CRITIQUE
Vous peignez admirablement.LA MÉDISANCE
Toute cette Troupe réunie, S'ennuyait mutuellement ; Aucun d'eux n'avait le génie De ranimer la conversation Et d'amuser la compagnie : Tout le monde, en un mot, baillait à l'unisson Je parais ; ma présence D'abord du cercle entier fixe l'attention. Je décoche (admirez l'effet de ma puissance !) Je décoche en riant un trait de ma façon, Qui peint un homme absent de notre connaissance : De ma bouche le trait est à peine parti, Qu'il répand la chaleur dans toute l'assemblée ; L'on badine, l'on cause, on n'est plus assoupi, Dans tous les coeurs la joie est réveillée ; Chacun dit son bon mot, et médit à l'envi : Je triomphe dans la mêlée, Par un raffinement de malice nouveau ; Et profitant de leur ivresse, Je leur débite un conte, où mon adresse, Sous des noms empruntés, fait leur propre tableau, Sans qu'aucun d'eux s'y reconnaisse : On m'interrompt par mille ris ; À peine, en éclatant, permet-on que j'achève ! Je suis charmante, je ravis, Jusqu'aux Cieux on m'élève : J'avoue, en ces moments flatteurs, Que rien n'est comparable à mon bonheur suprême ; Je me fais des amis de tous mes auditeurs, En goûtant le plaisir de médire d'eux-même.LA CRITIQUE
Je suis au désespoir, moi qui suis sans noirceur, Qui seulement exerce ma censure, Pour rendre le monde meilleur ; Et ne montre jamais d'aigreur Que contre le faux goût, le vice et l'imposture, Je n'ai pas le même bonheur. On me fuit, on me redoute : Avec répugnance on m'écoute ; Et l'on traite ma candeur, D'esprit caustique et de mauvaise humeur ; Tandis que, pleine d'artifices, Par le plaisir de nuire exerçant vos malices, Et de vos traits parés de fleurs et de rubans, Perçant sous main les plus honnêtes gens, De l'Univers entier vous faites les délices, Et recevez mille applaudissements. Non, cela me dépite : Et plus j'y songe, et plus mon esprit s'en irrite.LA MÉDISANCE
C'est votre faute aussi, pourquoi vous aviser De reprendre les gens et de moraliser ? On hait le ton pédant dans le siècle où nous sommes. Renoncez à l'honneur de corriger les hommes ; Pour gagner leur esprit et pour les maîtriser, Faites comme je fais, ne songez qu'à leur plaire, Et qu'à les amuser. Dépouillez-moi cet air sévère ; Et dans le grand monde aujourd'hui, Venez avec moi vous répandre, Y puiser l'agrément qu'on ne prend qu'avec lui ; Et quittez-moi sans plus attendre, Votre Hélicon, le séjour de l'ennui. Les Muses et Phoebus, je vous parle en amie, Vont la plus sotte compagnie Qu'on puisse fréquenter, N'en déplaise à leur beau génie ; Qu'on a grand tort de nous vanter. Votre Apollon n'a que ses vers en tête. Tirez-le de la rime, il est sot, emprunté, Fait mille quiproquos dans la société, Et je ne vis jamais un Dieu d'esprit si bête, Clio, la lunette à la main, En voulant parcourir le séjour du Tonnerre, Fait mille faux pas sur la terre, Et s'écarte du grand chemin. Euterpe avec son chien et sa flûte champêtre, Ne fait plus qu'affadir par ses vieilles chansons, Et n'est bonne qu'à mener paître Ses génisses et ses moutons. Melpoméne fatigue avec ses confidences, Et désespère par ses pleurs ; Le public aujourd'hui qui rit de ses souffrances, Est rebattu de ses clameurs, De ses songes, de ses terreurs, Rassasié de ses serments, de ses fureurs, De ses oracles pleins d'horreur, Et de ses cruelles vengeances : Pour moi, son seul mouchoir me donne des vapeurs. À la faveur de la Satire, Thalie a le secret de nous mieux réveiller : Mais par malheur pour elle, et puisqu'il faut tout dire, Son devoir est de faire rire, Et son destin, souvent, est de faire bâiller, Pour votre plaisir propre, et pour celui des autres, Partons ensemble croyez-moi, Nous vivrons comme soeurs et dans la bonne-foi : Vous saurez mes secrets et me direz les vôtres, Nous mordrons en commun. Vos talents joints aux nôtres, Soumettront tout à notre loi, Et nous serons du monde, et l'amour et l'effroi.Clio : Muse qui préside à l'histoire.
Euterpe : Muse à laquelle on attribue l'invention des mathématiques et l'art de jouer du chalumeau. [L]
Melpomène : Nom d'une des neuf Muses, à laquelle on attribue l'invention du chant, de l'harmonie musicale et de la tragédie.
Thalie : Une des neuf muses, présidait à la comédie et à l'épigramme. Thalie est aussi l'une des trois grâces. [B]
LA CRITIQUE
Par vos discours vous êtes séduisante, Votre air est engageant, et votre abord enchante Avec peine l'on s'en défend ; Et vous êtes charmante À ne voir qu'en passant ; Mais à l'user, la chose est différente ; Et pour cause, entre nous, Vous me dispenserez de faire choix de vous Pour mon amie, et pour ma confidente.LA MÉDISANCE
Eh, pourquoi, s'il vous plaît ?LA CRITIQUE
Pourquoi, belle parente, C'est que sous un air prévenant ? Vous êtes fausse et méchante ; Que vous ne caressez les gens si tendrement Que pour mieux exercer contre eux, en les quittant, Votre langue mordante. Vous le voyez, je parle franchement ; De l'art de déguiser je suis très ignorante ; Et pour faire de vous ce portrait ressemblant, Je n'attends pas que vous soyez absente.LA MÉDISANCE
Quoi que vous me disiez, et malgré vos refus, J'aime votre personne, et j'ai pour vos vertus, Une estime infinie ; Vous n'avez point de plus parfaite amie : Si vous saviez les tendres sentiments Que j'ai pour vous...À part.
(comme je mens :) Vous auriez de mon coeur une meilleure idée ; Vous feriez cas sur tout de ma sincérité.SCENE VII. La Critique, Le Vaudeville.
LE VAUDEVILLE
Air : Souffrez que je dresse.
Votre règne aimable ; Critique agréable, Votre règne aimable M'attire en ces lieux, Daignez à mes voeux Vous montrer favorable : Votre règne aimable M'attire en ces lieux.LA CRITIQUE, récite
Ayez la bonté de m'apprendre Qui vous êtes premièrement, Beau chanteur qui venez me rendre Visite si gaiement ?LE VAUDEVILLE
Je suis, ma belle Reine, Flon, flon, larira dondaine, Un Dieu plaisant et gai gai Larira dondé, Soumis à votre empire, Talarari ta la ra rire, Et dans la nouveauté couru Lanturlu, lanturlu. À la Cour, à la Ville, Je célèbre Jean-Gille ; Et de Bacchus et de l'Amour, La nuit et le jour Je chante la, la, la, la, la, Je chante la Folie. J'amuse, tout à tour, La laide et la jolie, L'homme d'esprit et le nigaud, La mirtan plan lantirelarigaut. Par mes tourelourirettes Je mets en train les fillettes, Et je leur fais faire un saut, Deux sauts. Ma puissance est entière, Tout le long de la rivière ; Et je mets tout, dans mes airs fous, Sans dessus dessous, Sans devant derrière : Mon caprice est on seul roi, Et toute la terre est à moi.Jean Gille ne fait pas référence à un musicien qui composa des motets et un requiem qui fut joué aux obsèques de Rameau. Il s'agit d'une expression d'une chanson populaire.
LA CRITIQUE, récite
À ce langage, à ces refrains, Je reconnais le Vaudeville, Qui fait les plaisirs de la Ville, Et l'âme de tous les festins.LE VAUDEVILLE, chante
Air : Tu croyais en aimant Colette.
Oui, de Comus que je fais rire, Je suis le plus cher favori.LA CRITIQUE
Je ne m'étonne plus beau sire, Si vous êtes si bien nourri.Elle récite.
Mais dans ces lieux quel sujet vous amène !LE VAUDEVILLE
Air : Quel plaisir de voir Claudine.
C'est mon penchant qui m'entraîne, Madame, vers vos attraits, Daignez anoblir ma veine, Et me prêter tous vos traits.Air : La bonne aventure ô gué des Trois Cousines.
Comme vous du monde entier Je fais la censure, Mon plaisir et mon métier Sont toujours de publier La bonne aventure, Ô gué, La bonne aventure.Air : Quand le péril est agréable.
Je fais seul l'étude profonde Des jeunes Robins d'à présent, Et tout le savoir éminent Des abbés du grand monde.Air : Le Ciel bénisse la besogne.
De ces Messieurs le plus souvent. L'esprit est un recueil vivant De mes chansons les plus badines.LA CRITIQUE
Pour ne pas dire libertines.LE VAUDEVILLE, récite
Tout couple de ce genre est d'un sel enchanté : Dans un repas aimable. Il est toujours le plus goûté.LA CRITIQUE
Mais du beau sexe il n'est point écouté.LE VAUDEVILLE, chante
Air : On passe les nuits à table.
Que chanté d'un air aimable Il fasse rougir sa fierté, Voilà la fable : Mais qu'il en sourie à table, Que son goût en soit flatté, Voilà la vérité.LA CRITIQUE
Air : Pour passer doucement la vie.
Oh ! Je vous trouve condamnable En ce point-là précisément : Vous rendez le vice agréable, En lui prêtant votre enjouement.Elle récite.
Il faut pour plaire même au grand nombre de femmes. Qui ne sauraient vous chanter sans rougir, Vous corriger et m'obéir.LE VAUDEVILLE
Me voir employé par les Dames Fait mon plus grand plaisir.Il chante.
Air : L'austère Philosophe.
Oui : ma gloire véritable, Et mon triomphe certain Est quand leur bouche adorable Me chante, le verre en main : À mes couplets tous leurs charmes Semblent s'imprimer soudain ; L'Amour alors n'a point d'armes Plus sûres que mon refrain.LA CRITIQUE, récite
La table fut toujours votre champ de bataille, Et le fils de Vénus votre Dieu favori.LE VAUDEVILLE
Pour l'honneur de ce Dieu, dont je suis fort chéri, Il est vrai toujours je travaille ;Il récite.
Selon l'objet, selon l'occasion, Je fais adroitement changer d'air et de ton : Je prends ce dernier pour mon guide ; Car soit caprice, ou soit raison, Dans le monde toujours, c'est le ton qui décide. Si je veux, par exemple, enflammer un tendron Encore novice et timide, Ma voix lui glisse ainsi doucement son poison.Il chante.
Air : D'un Zéphir mutin.
Voyez un Amant D'amour tout ardent, Dont votre air enchanteur S'est rendu vainqueur ; Fixez vos beaux yeux Sur les miens pleins de feux, Dans un combat si doux, Engagez-vous, Que ma flamme Dans votre âme Porte mes brûlants soupirs ; De ma peine, Belle Reine, De tous mes désirs Faites des plaisirs. Voyez un amant,Il récite.
Si je rencontre en mon chemin Une Beauté plus aguerrie, Et dans le grand monde nourrie, Je prends alors un ton plus vif et plus badin ; Et, sans perdre le temps en des discours frivoles, Voici comment je change d'air soudain, Sans changer de paroles.Il chante.
Air : Laissons-nous charmer.
Voyez un Amant D'amour tout ardent, Dont votre air enchanteur S'est rendu vainqueur ; Fixez vos beaux yeux Sur les miens pleins de feux, Dans un combat si doux, Engagez-vous, Que ma flamme Dans votre âme Porte mes brûlants soupirs ; De ma peine, Belle Reine, De tous mes désirs Faites des plaisirs. Voyez un amant, etc.LA CRITIQUE, récite
Vous êtes, je l'avoue un dangereux fripon, Monsieur le Vaudeville : Moi-même, en cet instant, séduite par le ton, J'ai peine à vous entendre avec un coeur tranquille.LE VAUDEVILLE
Ah ! Vous avez raison D'être sensible à ma chanson.Il chante.
Pour plaire à vos yeux je me tourne, tourne, tourne, Je me tourne de tout côté ? L'air que je tourne et retourne, C'est pour vous que je l'ai chanté. Vers votre amant Votre bel oeil se tourne, Tourne tendrement, Qu'un doux baiser... encore que j'y retourne.LA CRITIQUE
N'y retournez plus vraiment.LE VAUDEVILLE
Air : Chantez petit Colin.
Ce baiser innocent, Cette faveur légère, Ce baiser innocent De votre coeur m'est-il garant ?LA CRITIQUE
La Critique est sincère, Vous avez su me plaire, Puisque je le dis, Vos airs, quoique pris, Charment les esprits.LE VAUDEVILLE
Air : Premier Menuet.
Quelle douceur Dans mon coeur Vient répandre un aveu si flatteur ! Quelle douceur Dans mon coeur Répand mon bonheur ! De votre sel piquant Naît mon agrément ; Pour unir leurs traits Nos esprits sont faits ? Comblez mes souhaits : Je vous adore et je vous plais.Air : Second menuet.
Votre amour, quand on lui plaît, Se tait.LA CRITIQUE
Qui se tait communément, Se rend Notre gloire est d'être unis : Vous deviendrez plus sage. Écoutant mes avis ? Et vos airs réjouissants, Vos chants, Vont me rendre moins sauvage. Tous deux nous allons unir L'enjouement aux leçons, la sagesse aux plaisirs.LE VAUDEVILLE
Air : Troisième Menuet.
Ô journée Douce et fortunée ! Que de biens à ce lieux Promettent ces beaux noeuds ! Que d'ouvrages Hardis, piquants, mais sages ; De traits heureux, De badinages, De jeux, D'airs fameux, Vont naître de nous deux ! Ô journée ! etc.LA CRITIQUE
récite.
Quel sons réveillent les Échos ? C'est Corésus. De loin je crois le reconnaître ; Pour nous unir vraiment il arrive à propos, Car de Bacchus il est le Grand-Prêtre. Il faut l'un et l'autre, aujourd'hui, Employer l'ironie, Pour nous moquer plus joliment de lui.LE VAUDEVILLE
Taupe à la raillerie.SCÈNE VIII. La Critique, Le Vaudeville, Arlequin.
LA CRITIQUE et LE VAUDEVILLE
On joue la Marche de Coresus, sur l'air, Faites décrotter vos souliers.
Air : de Couperin.
De Corésus Chantons la gloire, Chantons en chorus Ses airs à boire ; Tous ses rigaudons, Ses cotillons.Rigaudon : Air à deux temps, très animé, sur lequel on dansait le rigaudon, et, par extension, tout air propre à une danse vive. [L]
LA CRITIQUE
Propre, ajusté, En vérité, Il est tout fait pour charmer les plus fières, Calliroé A d'ailleurs des manières, Et tout son train à neuf est remonté.LE VAUDEVILLE
Suivant de Phaëton l'exemple, Il a fait l'achat d'un beau Temple : Hélas ! Ce sont tous frais perdus ! De Corésus Chantons la gloire, Chantons les vertus, Chantons les Prêtres de Bacchus, Chantons leurs chansons à boire, Leurs sauts périlleux, Armés de feux, En rond ils dansent tous entr'eux Jusqu'à se brûler les cheveux. De Corésus Chantons la gloire, Et les vertus.ARLEQUIN, récite
Mais, Seigneur, Mais, Madame....ARLEQUIN, récite
Est-ce pour insulter au dépit qui m'enflamme ?LE VAUDEVILLE, reprend
On trahit vos ardeurs : Mais le Dieu des Buveurs Exauce toutes vos fureurs ; Par un vin infernal , Il cause un bacchanal Brutal, Qui devient général ; Il rend les peuples fous , Ils s'entr'egorgent tous : Ô ! Courroux surprenant ! Qui pour objet de sa vengeance, Prend l'innocence : Votre noble transport Punit qui n'a pas tort ; Et généreux pour qui l'offense, Sauve Agenor.LA CRITIQUE
Vous avez trop de modestie.ARLEQUIN, chante
Air : des fraises.
Piqué contre tout Paris, Je viens de son caprice, Et de ses cruels mépris, Vous demander à grands cris Justice, justice, justiceIl récite.
Rien n'égale l'horreur de mon chagrin cuisant ; Je charmais autrefois, et j'ennuie à présent. Ramenez le bon goût, et vengez mon injure.LE VAUDEVILLE
Ture lure.ARLEQUIN, chante
Air : des Pendus.
Solitaire, triste, confus, Je m'en vais sur l'air des pendus, Vous réciter ma décadence.LA CRITIQUE
Seigneur ; parlez-moi de la danse, Et trêve de récitatif, Il est par trop soporatif.Soporatif : Fig. Qui ennuie, endort. [L]
LE VAUDEVILLE, lui coupant la parole
Air : Dans nos champs,
D'une voix Chacun admire Et désire Le beau pas de trois Plus légères Qu'un vent flatteur, Deux Bergères Suivent un Pasteur. Que de grâce ! Elle efface Et surpasse, Le Décorateur. Ô ! Rare honneur ! Grande gloire, Et victoire Pour l'Auteur !ARLEQUIN, récite
Je ne puis dire un mot, ma rage est sans seconde.LA CRITIQUE, reprend
C'est-là qu'on voit Agenor Arriver avec vitesse, Et saisi d'un beau transport, Crier en fendant la presse : Retenez, retenez, retenez-moi, Je m'offre pour la Princesse, Retenez, retenez, retenez-moi, Ou je mourrai sur ma foi.À Arlequin.
Air : Quel plaisir de voir Claudine.
Mais vous lui dérobez, Sire, La gloire de ce trépas.ARLEQUIN
Air : Père je me confesse.
À tort je le confesse On l'applaudit beaucoup ; Car j'étais dans l'ivresse Quand j'ai fait ce beau coup.Il récite.
Mais d'ouïr ma Complainte ayez la politesse.LE VAUDEVILLE, l'interrompant toujours, et continuant l'air
Dans le bien comme dans le mal, Corésus est extrême ; Dans le bien comme dans le mal, Il est original. Il s'immole lui-même, Pour unir ce qu'il aime À son heureux rival. Le trait est sans égal !LE VAUDEVILLE et LA CRITIQUE
Exaltons Et chantons Sa noblesse Dans l'ivresse, Ce héros peu commun, Je fais le crime qu'à jeun.Arlequin s'en va de dépit de ne pouvoir parler.
LE VAUDEVILLE
Air : Ma commère quand je danse.
À moi vive Contredanse, Tambourin et Menuet, Venez former notre Ballet ; Je veux, qu'ici, pour le rendre complet, Le cheval Pégase danse , Et qu'il hennisse un couplet.SCÈNE DERNIÈRE. Le Vaudeville, La Critique, La Contredanse, Le Menuet, etc.
On danse.
LE VAUDEVILLE
1 280 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0