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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Revue et corrigée par son véritable Auteur

La Comédie sans Titre

Edme Boursault· créée en 1683, imprimée en 1694· 5 actes· 1 706 vers· 21 personnages

Représentée pour la première fois, le 5 mars 1683 au Théâtre de l'Hôtel Guénégaud.

Personnages

  • ORONTE, Gentilhomme, Cousin de l'Auteur du Mercure Galant, et Amant de Cécile
  • MONSIEUR DE BOISLUISANT, Père de Cécile
  • CÉCILE, Maîtresse d'Oronte
  • MERLIN, Valet d'Oronte
  • LISETTE, Suivante de Cécile
  • MONSIEUR MICHAUT
  • MADAME GUILLEMOT
  • LONGUEMAIN, Receveur des Gabelles
  • BONIFACE, Imprimeur
  • MONSIEUR DE LA MOTTE, Amant de Claire
  • CLAIRE, Maîtresse de M. de la Motte
  • DUMESNIL, Professeur de Langues
  • MONSIEUR BRIGANDEAU, Procureur du Châtelet
  • MONSIEUR SANGSUE, Procureur de la Cour
  • MADAME DECALVILLE, Veuve
  • LE MARQUIS
  • ORIANE, Soeur d'Élise, qui a appris l'art de se taire
  • ÉLISE, Soeur d'Oriane, qui a appris l'art de se taire
  • BEAUGÉNIE, Poète
  • LA RISSOLE, Soldat
  • DEUX LAQUAIS
Monseigneur,

À MONSEIGNEUR LE DUC DE ST AIGNAN, PAIR DE FRANCE, Chevalier des Ordres du Roi, Premier Gentilhomme de la Chambre de Sa Majesté, etc.

Je vous ai des obligations de tant de manières, que je ne puis m'empêcher de vous en rendre grâces en toute sorte de genres. J'avoue que la Comédie sans Titre est une offrande bien indigne de l'illustre Nom qui fait le titre de cette Lettre : mais, MONSEIGNEUR, quand je me gendarmerai contre la nature de ce qu'elle ne m'a pas donné d'assez beaux talents pour faire quelque chose de proportionné à ce que vous êtes, il n'en sera désormais ni plus ni moins. Vous êtes naturellement si grand, et moi naturellement si petit, que vous ne pouvez assez vous abaisser pour moi, ni moi assez me hausser pour Vous : je le sais ; je me le suis dit ; mais MONSEIGNEUR, mon zèle l'a emporté sur tout ce que je sais, et sur tout ce que j'ai pu me dire : et j'ai cru ne vous en pouvoir donner de plus grandes marques, qu'en vous dédiant ce que j'ai fait de moins mauvais. Comme la pièce que je vous consacre a peu de ressemblance avec toutes celles qui jusqu'ici ont été représentées, je voudrais que l'Épître que je prends la liberté de vous faire ne ressemblât à aucune de toutes celles qu'on vous a faites ; et je ne sais qu'un moyen pour y réussir : C'est, MONSEIGNEUR, de ne vous point donner de louanges, quoique ce soit l'ornement des Lettres Dédicatoires, et qu'il y ait peu d'hommes dans le monde à qui l'on en puisse donner plus légitimement qu'à Vous. Eh ! Que vous dirais-je que ne vous aient dit des plumes plus délicates que la mienne ; et par conséquent plus délicatement que je ne vous le dirais ? Puis-je parler de l'illustre Sang dont vous sortez, plus avantageusement que toutes les Histoires que l'on a faites ; et n'est-ce pas là que les fréquentes défaites des ennemis de l'État sont autant d'éloges pour vos Aïeux ? Quelque grands hommes qu'ils aient été, serait-ce apprendre quelque chose au siècle où nous vivons, de dire que vous êtes encore plus grand homme qu'eux ? Et pourrais-je, en parlant de votre valeur, lui donner autant d'éclat que lui en ont donné vos actions ? Ne serait-ce pas des répétitions usées de parler de la fidélité inviolable que vous avez toujours eue pour le Roi ; Et quand j'oserais me le permettre, qu'en pourrais-je dire qui ne fut au dessous, non seulement des preuves que vous en avez données, mais encore de ce que le Roi en croit lui-même. Enfin, MONSEIGNEUR, quand je dirais que tout le cours de votre vie est un exemple continuel de générosité ; qu'on ne vous est pas moins redevable de la manière obligeante dont vous accordez une grâce, que de la grâce que vous accordez ; et qu'à l'imitation du plus honnête homme de l'antiquité, personne n'est jamais sorti mécontent d'auprès de Vous : à qui le dirais-je qui n'en soit convaincu par expérience, ou qui n'en soit instruit par la voix publique ; Non, MONSEIGNEUR, non, je ne puis me résoudre à vous louer, puisque vos louanges sont dans la bouche de tout le monde, et que tous ceux à qui l'on vante vos vertus enchérissent sur ce qu'ils entendent dire. Je souhaiterais même qu'on n'eût jamais fini de lettre comme je vais finir celle-ci, pour avoir l'honneur de vous assurer le premier, qu'on ne peut être avec un respect plus grand que celui que j'ai pour Vous,

MONSEIGNEUR,

Votre très humble, et très obéissant serviteur,

BOURSAULT.

AU LECTEUR

Mon dessein, en faisant cette pièce de théâtre, n'a pas été de donner aucune atteinte à un livre que son débit justifie assez ; mais seulement de satiriser un nombre de gens de différents caractères, qui prétendent être en droit d'occuper dans Le Mercure Galant la place qu'y pourraient légitimement tenir des personnes d'un véritable mérite. Je croirais avoir rendu un service important à son auteur, et même à ceux dont je veux parler, si j'avais fait des portraits assez ressemblants pour épargner à l'un la peine d'écouter tant de sottises, et aux autres la honte de les dire. Des personnes qui ont autant de probité que d'esprit pourraient rendre témoignage que je les ai consultées, moins pour les prier de me donner des lumières sur mon ouvrage, que pour savoir s'il y avait apparence que je pusse faire tort à quelqu'un ; et s'il m'était resté quelque scrupule sur ce sujet, peut-être n'y aurait-il eu aucun espoir de succès qui m'eût obligé à mettre cette Comédie au jour.

Je ne prendrai pas tant de soin à justifier ma pièce que ma conduite. Je dirai seulement qu'il y a longtemps qu'on n'en a représenté, dont on soit sorti avec plus de satisfaction, que de celle-ci ; et qu'on n'a point eu de peine à faire grâce aux défauts qui y sont, en faveur des beautés qu'on y a trouvées. Monsieur Poisson, que je priai de la mettre sous son nom, pour quelques raisons que j'avais, et qui ont cessé, eut assez de scrupule pour ne vouloir être que l'économe d'un bien dont je lui avais abandonné la propriété. Quand il eut assuré le succès de cet ouvrage il cessa d'en vouloir être l'Auteur. Et le refus qu'il fit d'accepter une réputation qui ne lui appartenait pas mérite que ma reconnaissance ajoute ce témoignage à celle qu'il s'est acquise.

J'oubliais à dire que l'énigme qui est à la fin du cinquième acte n'est point de ma façon ; mais dans le dessein que j'avais de critiquer les énigmes, qui d'ordinaire cachent des sottises sous de pompeuses paroles, je crus ne pouvoir faire un meilleur choix, pour en montrer tout le ridicule, qu'en jetant les yeux sur celle-là.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Oronte, Merlin.

MERLIN

Non.

MERLIN

Non.

MERLIN

Un quadruple.

Quadruple : Monnaie d'or valant deux Louis, ou deux pistoles, ou quatre demi-pistoles. [F]

ORONTE

À toi ?

MERLIN, après avoir pris les quatre louis

Pour vous les refuser je suis trop complaisant ; Je vous l'offre.

ORONTE

C'est par-là. Justement. J'aperçois son billet ; le voilà.

Il lit.

J'arrivai hier au soir à Paris avec mon père, qui est plus entêté que jamais de l'auteur du Mercure Galant. Il ne trouve point de mérite égal au sien. Si vous avez fait ce que je vous ai mandé par ma dernière Lettre, nos affaires font dans le meilleur état du monde.

Jusqu'ici pour mes feux tout est de bon augure : Je suis cousin germain de l'auteur du Mercure : Et pour contribuer au succès de mes feux, Il en use sans doute en parent généreux. Quel zélé plus ardent peut-on faire paraître ? De son logis entier il me laisse le maître : Déjà depuis trois jours, sans avoir son talent, Je passe pour l'auteur du Mercure Galant ; Et selon l'apparence il me sera facile, De plaire sous ce nom au père de Cécile. Jamais rien à mon sens ne fut mieux inventé.

Mercure galant : revue littéraire fondée en 1672 fondée par Jean Donneau de Visé. À partir de 1680, Thomas Corneille est associé.

SCÈNE II. Monsieur Michaut, Oronte, Merlin.

ORONTE

Oui, Monsieur.

À Merlin.

Laisse-nous.

ORONTE

Fi !

MONSIEUR MICHAUT

Michaut.

MONSIEUR MICHAUT

Qu'importe ?

SCÈNE III. Madame Ghuillemot, Oronte, Jasmin.

MADAME GUILLEMOT

Du gros rouge ?

MADAME GUILLEMOT

Parlez donc, petit sot.

MADAME GUILLEMOT

De grâce...

ORONTE

J'obéis.

MADAME GUILLEMOT, en sortant

Vous aurez le fouet en entrant au logis, Petit gueux.

Gueux : Indigent, qui est réduit à mendier. [FC]

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Oronte, Merlin.

On heurte assez rudement.

SCÈNE II. Lisette, Merlin, Oronte.

SCÈNE III. Oronte, Merlin.

SCÈNE IV. Longuemain, Oronte, Merlin.

ORONTE, à Merlin

Va-t'en.

SCÈNE V. Merlin, Oronte.

MERLIN

On ne saurait mieux être.

Ils entrent.

SCÈNE VI. Monsieur de Boisluisant, Cécile, Oronte, Lisette, Merlin.

MONSIEUR DE BOISLUISANT

Oui, Monsieur.

SCÈNE VII. Boniface, Oronte, Monsieur de Boisluisant, Cécile, Lisette, Merlin.

MONSIEUR DE BOISLUISANT, à Oronte

Adieu. Tantôt nous reviendrons.

ORONTE, à Monsieur de Boisluisant

Monsieur, vous voulez bien me donner la licence...

MONSIEUR DE BOISLUISANT

Vous m'obligerez.

ORONTE, à Boniface

Qu'est-ce ?

MONSIEUR DE BOISLUISANT

Le secret serait beau !

SCÈNE VIII. Oronte, Monsieur de Boisluisant, Cécile, Lisette, Merlin.

MONSIEUR DE BOISLUISANT

C'est vous incommoder.

MERLIN

À montrer mes talents l'occasion est belle, Savoir ferrer la mule est un art où j'excelle, Secrétaire banal je m'en vais essayer, Puisqu'il me met en oeuvre à m'en faire payer.

Ferrer la mule : On dit proverbialement, ferrer la mule, quand les valets ou les commissionnaires trompent sur le prix des marchandises, et les comptent plus qu'ils ne les ont achetées. [F]

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur de Boisluisant, Oronte.

SCÈNE II. Lisette, Cécile, Oronte.

ORONTE

Oui.

SCÈNE III. Claire, Oronte, Cécile, Lisette.

SCÈNE IV. Monsieur de la Motte, Claire, Oronte, Cécile, Lisette.

MONSIEUR DE LA MOTTE

Et moi le vôtre.

MONSIEUR DE LA MOTTE

D'où vient ?

MONSIEUR DE LA MOTTE

À vous ? Tout de bon ?

MONSIEUR DE LA MOTTE

J'en suis vraiment bien aise.

MONSIEUR DE LA MOTTE

Bon ! la paille est rompue, et tout est à vau-l'eau. Vous le savez, fort bien, fin matois que vous êtes.

Matois : rusé, difficile à être trompé ; adroit à tromper les autres. [F]

MONSIEUR DE LA MOTTE

D'accord.

MONSIEUR DE LA MOTTE

Elle a plus de vertus encore que d'appas, C'est je crois dire assez qu'elle n'en manque pas. De quelqu'autre que moi qu'elle soit la conquête, Des dangers de l'hymen je garantis sa tête : Mais tout ce que j'entends, et tout ce que je vois, Pour m'appeler Cocu semble prendre une voix. Écoutez quatre mots, sans aucune incartade, Et traitez-moi de fou si j'ai l'esprit malade. Ce fut Jeudi dernier que l'enfer en courroux, Du plaisir que j'aurais si j'étais votre époux, Déchaîna contre moi tout ce qu'il crut capable, De pouvoir me contraindre à me donner au diable. Ce jour-là, que depuis j'ai maudit mille fois, Ayant beaucoup marché sans dessein et sans choix, Je fus me reposer vers des bornes de pierre, Qui d'un jaloux voisin ont séparé ma terre ; Pour rêver à mon aise au moment bienheureux, Où l'amour dans vos bras remplirait tous mes voeux. À peine étais-je assis sur une de ces bornes, Que deux gros limaçons me présentent les cornes ; Plus je donnai de coups pour les faire rentrer, Plus ils prirent de peine à me les mieux montrer ; Et de leur insolence ayant pris quelque ombrage, Je me levai sur l'heure, et les tuai de rage ; Étant persuadé qu'à moins d'un prompt trépas, Les affronts à l'honneur ne se réparent pas. Je venais en Héros de venger mon injure, Quand par méchanceté, pour confirmer l'augure, Une misérable oiseau pensa me rendre fou, À force de crier coucou, coucou, coucou. Enragé contre lui, mon fusil sur l'épaule, J'entre dans la forêt, et je cherche le drôle, Fortement résolu pour venger mes soupçons, De lui faire éprouver le sort des limaçons. Mais zeste ! Le coquin de branchage en branchage, De son maudit coucou redoubla le ramage ; Et quatre coups en l'air, loin de l'épouvanter, Lui servirent d'appas pour le faire chanter. Limaçons et coucou, mon âge et votre sexe ? Tout rendait à l'envi ma pauvre âme perplexe, Lorsque dans mon chemin, et presque sous mes pas, Je trouve un bois de Cerf fraîchement mis à bas ; Et vois un peu plus loin cette maligne bête, Qui semblait m'annoncer que c'était pour ma tête, Vous en aurez, menti, malheureux animaux, Je rendrai malgré vous tous vos présages faux, M'écriai-je, et soudain je gagnai ma chaumière, Sans vouloir regarder ni devant ni derrière, Ainsi vous avez beau menacer ou prier, Qui diable après cela voudrait se marier ?

Coquin : terme injurieux qu'on dit à toutes sortes de petites gens qui mènent une vie libertine, friponne, fainéante qui n'ont aucun sentiment d'honnêteté. [F]

MONSIEUR DE LA MOTTE

Pour longtemps ?

SCÈNE V. Cécile, Oronte, Claire, Lisette.

SCÈNE VI. Du Mesnil, Oronte.

DU MESNIL

Non, Monsieur.

DU MESNIL

Pas un.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Claire, Oronte.

SCÈNE II. Madame de Calville, Oronte.

MADAME DE CALVILLE

Le Comte de Calville.

SCÈNE III. Oriane, Oronte, Élise.

ÉLISE

Elles parlent toutes deux le plus vite qu'il leur est possible.

La qualité d'aînée est ici sans pouvoir.

ORONTE, à Oriane

Madame...

ORONTE, à Élise

Madame...

ORONTE, à Oriane

Si vous...

ORONTE, à Élise

Croyez...

TOUTES DEUX, ensemble

C'est moi.

ÉLISE

À peine l'une donne-t-elle le temps d'achever à l'autre.

Et pour en être instruit vous n'avez qu'à m'entendre.

TOUTES DEUX

Adieu, Monsieur.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Oronte, Merlin.

MERLIN

Monsieur.

SCÈNE VI. La rissole, Merlin.

LA RISSOLE

Est-il là ?

MERLIN

Non.

MERLIN

Vous ?

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Oronte, Merlin.

SCÈNE I.. Monsieur de Boisluisant, Oronte, Merlin.

SCÈNE III. Cécile, Monsieur de Boisluisant, Oronte, Lisette, Merlin.

CÉCILE

Et moi cent.

LISETTE

Oui.

SCÈNE IV. Le Marquis, Oronte, Monsieur de Boisluisant, Cécile, Lisette, Merlin.

SCÈNE V. Monsieur de Boisluisant, Oronte, Cécile, Lisette, Merlin.

ORONTE, à Merlin

Va chercher un Notaire, et reviens promptement.

Brigandeau paraît.

SCÈNE VI. Monsieur Brigandeau, Oronte, Monsieur de Boisluisant, Cécile, Lisette, Merlin.

MONSIEUR BRIGANDEAU

Tout de bon ?

SCÈNE VII. Monsieur Sangsue, Monsieur Brigandeau, Oronte, Monsieur de Boisluisant, Cécile, Lisette, Merlin.

MONSIEUR BRIGANDEAU

Sans doute.

MONSIEUR BRIGANDEAU

Vous ?

MONSIEUR SANGSUE

Oui.

MONSIEUR BRIGANDEAU

Sauf correction, vous imposez.

MONSIEUR SANGSUE

Bon.

SCÈNE VIII. Beaugénie, Oronte, Monsieur de Boisluisant, Cécile, Lisette, Merlin.

BEAUGÉNIE

Devinez.

BEAUGÉNIE

Et Monsieur ?

BEAUGÉNIE

Et vous ?

SCÈNE IX. Oronte, Monsieur de Boisluisant, Cécile, Lisette, Merlin.

1 706 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica