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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie Burlesque

Le Médecin Volant

Edme Boursault· créée en 1694, imprimée en 1666· 517 vers· 7 personnages

Représentée, pour la première fois en octobre 1669 au Théâtre du Marais.

Personnages

  • CLÉON, amant de Lucresse
  • LISE, servante de Lucresse
  • LUCRESSE, maîtresse de Cléon
  • CRISPIN, valet de Cléon, médecin volant
  • FERNAND, père de Lucresse
  • PHILIPIN, valet de Fernand
  • CANTÉAS, habile médecin
Dédicace

À MONSIEUR C** MÉDECIN DE MON PAYS

[Cette dédicace est absente de l'édition originale et se trouve dans l'édition de 1833 de la Nouvelle Collection Molièresque.]

MONSIEUR,

Soit par coutume ou soit par générosité, je n'ai jusqu'ici dédié aucune pièce que l'on ne m'ait fait quelque présent, et, à dire vrai, l'on m'attraperait bien si on venait à perdre une si bonne habitude. Cependant je vous dédie le MÉDECIN VOLANT, qui assurément n'est pas le moindre de mes ouvrages, à condition seulement que si jamais je vais au pays, et que je sois assez heureux pour y devenir malade, vous aurez assez de bonté pour moi pour ne pas me faire languir longtemps. Remarquer, s'il vous plaît, Monsieur, que je ne veux pas dire que vous aurez la bonté de m'expédier le plus tôt qu'il vous sera possible, et souffrez que je vous avertisse, de peur d'équivoque, que je n'estime la médecine qu'en ce qu'elle peut être utile à la conservation ou au recouvrement de ma santé, parce que je mourrai bien sans le secours de personne, et particulièrement de votre Faculté, pour qui j'ai trop de vénération pour ne pas lui en épargner la peine. Il meurt plus de monde en ces quartiers par la faute des médecins que vous n'en ressuscitez par votre capacité ; et Paris est si misérable pour les malades que l'on prend plus de soin pour les faire mourir que vous n'en prendriez pour les faire vivre. Je vous proteste que si l'on m'appelait à la Police, j'y donnerais si bon ordre qu'il ne serait plus permis d'assassiner impunément un homme ; et ces Messieurs, qui ne sont médecins que par la soutane, seraient obligés, durant quelques années que je limiterais, de faire l'épreuve de leur science sur les animaux qui ne sont plus propres au travail. Si cela était, les habiles comme vous n'en seraient pas plus mal, et les malades en seraient beaucoup mieux ; vous en aurez ici plus de pratiques, et ceux qui meurent avec tant de précipitation entre les mains de ces ignorants ne mourraient peut-être pas si vite entre les autres. Enfin, Monsieur, j'ai tant d'estime pour votre personne et tant d'inclination pour le pays que, si jamais il me prend envie de sortir du monde, j'aime mieux mourir de votre main que de pas une autre, quand ce ne serait qu'à cause qu'il y a de mes parents qui en sont déjà morts, et que, par conséquent, je suis obligé d'être,

Monsieur,

Votre très humble et très affectionné serviteur,

BOURSAULT.

LE MÉDECIN VOLANT

SCÈNE PREMIÈRE. Lise, Cléon.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Crispin, Cléon.

CRISPIN

Vous plaît-il que je parle, ô babillard maudit, Ou ne dirai-je mot ?

Babillard : Qui par le continuellement, et qui dit des choses de néant. Se dit aussi d'un indiscret qui ne saurait tenir sa langue ; qui répète tout ce qu'il a ouï dire. [F]

CLÉON

Oui.

CRISPIN

Oui ?

CLÉON

Oui.

CRISPIN

Oui ?

CLÉON

Oui.

CRISPIN

Tant pis.

CLÉON

Oui.

CLÉON

Va,te dis-je, Je te suis.

Il sort.

SCÈNE IV. Cléon, Fernand, Philipin.

SCÈNE V. Fernand, Philipin.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Crispin, Fernand.

FERNAND, bas

Ô dieux !

FERNAND

C'en est un.

FERNAND, à Crispin

Monsieur ?

FERNAND

Nullement.

SCÈNE VIII. Lise, Fernand, Crispin.

CRISPIN

Médecin. Ma soutane le montre. Mais, sans perdre ma peine à prouver qui je suis, Par ma seule doctrine aisément je le puis. De la fille ergotante apportez de l'urine. Apportez !

Ergotant : De ergoteur ; celui qui dispute, qui pointille sans cesse, qui conteste sans raison. [F] Ici, qui change souvent, qui s'agite.

FERNAND, à Lise

Allez vite en quérir.

Lise sort.

SCÈNE IX. Crispin, Fernand, Lise.

CRISPIN

Approchez.

LISE, avec de l'urine

En voilà.

FERNAND, à Lise

Allez vite !

Lise sort.

SCÈNE X. Lise, Crispin, Fernand.

CRISPIN

Pauvre pisseuse !

Après avoir encore bu, il dit :

Allons au robinet En tirer.

SCÈNE XI. Lucresse, Fernand, Crispin, Lise.

LUCRESSE

Je me meurs.

LUCRESSE

Hélas !

FERNAND

Il est vrai.

LUCRESSE

Le voilà.

LUCRESSE

Je ne sais.

CRISPIN

Non

LUCRESSE

Non.

CRISPIN

Fi !

FERNAND

De quoi ?

FERNAND, à Lise

Une plume, de l'encre.

SCÈNE XII. Philipin, Fernand, Cantéas, Crispin.

FERNAND, voyant venir Philipin

Philipin, aide à Lise...

PHILIPIN

À la fin, je l'amène : Le voici.

Après que Philipin a dit cela, il aide à remener Lucresse.

CANTÉAS

Monsieur ?

CRISPIN

Ah !

CANTÉAS

Monsieur...

SCÈNE XIII. Fernand, Crispin.

CRISPIN

Pour mazette.

Mazette : masette. Petit cheval, ou cheval ruiné qu'on ne saurait faire aller, ni avec le fouet, ni avec l'éperon. On le dit aussi par extension des personnes qui ne sauraient aller loin à pied, qui ne sauraient rien porter, ou qui ne ne savent pas bien faire une chose.[F]

CRISPIN

Je le crois. Pour pouvoir de cet homme éprouver la science, J'ai voulu me résoudre à garder le silence ; Mais enfin, si le drôle eut voulu s'arrêter, Allez, vous m'auriez vu diablement caqueter. À dessein d'empêcher qu'un malade ne meure, J'allais débagouler du latin tout à l'heure ; Voir quel temps il fera dans un vieil almanach ; Réciter tout par coeur les Quatrains de Pibrac, Et, pour mieux vous montrer qu'il est vrai que j'excelle Je sais qu'un lavement fait aller à la selle ; J'ai cent fois en ma vie acheté du séné, Et je dis que le diable est un diable damné ; Je soutiens que le corps est le frère de l'âme, Que Séneque et Pauline étaient l'homme et la femme. Que Narcisse en personne autrefois se noya, Et semper quoniam tuos, alléluia.

Débagouler : Vomir, dégueuler. Ce mot est usage que parmi le peuple où on le dit le plus souvent au figuré ; et il signifie alors Dire indiscrètement ce qu'on sait. [F]

Pibrac, Gui du Frau, seigneur de (1529-1584) : Il a laissé des discours et divers écrits politiques dont une Apologie de la Saint-Barthélémy (1573) mais on le connaît surtout comme auteurs de Quatrains moraux, remarquable par la beauté des maxime et la concision du style, malheureusement la langue est devenu surannée. [B]

Séné : Arbrisseau qui croît au Levant, et dont on nous apporte les feuilles, que l'on nomme aussi Séné. C'est un grand purgatif. [Ac. 1762]

FERNAND, lui veut bailler de l'argent

Monsieur.

CRISPIN

Ah !

SCÈNE XIV.

SCÈNE XV. Fernand, Crispin.

CRISPIN, pleurant

Moi, Monsieur ? Un pauvre homme qui gueuse.

Gueuser : Mendier ; demander l'aumône. On le dit aussi d'un homme nécessiteux, quoiqu'il ne gueuse pas en effet. [F]

CRISPIN

Répandu la moitié d'un julep.

On lit julet au vers 354 dans l'édition originale.

Julep : Terme de pharmacie. Potion adoucissante ou calmante dans laquelle il n'entre ni huile, ni substances purgatives, ni poudres ou substances extractives, mais qui est composée simplement d'eau distillée et de sirops. [L]

SCÈNE XVI.

SCÈNE XVII. Fernand, Cripin.

CRISPIN, en soutane

Ah ! Maraud ! Je vous jure.

Maraud : Terme injurieux qui se dit des gueux, des coquins qui n'ont ni bien ni honneur, qui sont capables de faire toutes sortes de lâchetés. [F]

CRISPIN

Moi, Monsieur, moi, le voir, en présence du monde ! Quand je vois ce coquin, mon courroux se débonde. Je ne puis.

Débonder : Lâcher, ou ôter ma bonde d'un étang. Se dit figurément en choses morale. [F]

SCÈNE XVIII.

SCÈNE XIX. Crispin, Fernand.

FERNAND

Oui.

CRISPIN, bas

J'en enrage.

FERNAND

En tout cas, il viendra sur le soir. Entre, dis-je !

Il entre, et Fernand ferme la porte à clef.

SCÈNE XX.

SCÈNE XXI.

SCÈNE XXII.

SCÈNE XXIII. Crispin, Fernand et Philipin, au bout du théâtre.

CRISPIN, en soutane, dit à Fernand :

Pour un gueux comme lui vous prenez trop de soin : Il mériterait bien qu'on punît son audace, Le vaurien !

Vaurien : Qui est un fripon, dangereux, fainéant, vicieux, libertin. Il est du style bas. [F]

SCÈNE XXIV. Philipin, Fernand et Crispin, dans lamaison.

PHILIPIN, à Fernand

Quoi ! Monsieur, vous craignez qu'il ne sorte ? Malepeste ! Le drille ! Il sait bien d'autres tours, Le manouvre !

Drille : Méchant soldat. Il ne se dit que par mépris et par raillerie. Se dit aussi de tout autre malheureux qui porte l'épée, quoi qu'il ne soit point enrôlé. [F]

Malepeste : Imprécation qu'on fait contre quelque chose, et quelquefois avec admiration. [F]

CRISPIN, à la fenêtre

Ah ! Fripon friponnant.

FERNAND, à Philipin

Tiens,écoute.

FERNAND, à Philipin

Tu vois bien.

CRISPIN

N'était monsieur Fernand que je veux satisfaire, Pécore.

Pécore : se dit figurément en burlesque pour signifier une personne sotte, stupide, et qui a de la peine à concevoir quelque chose. [F]

CRISPIN

C'est à lui... Paix, monsieur le badaud ! Paix, fripon ! Paix, belître ! Et venez ici haut !

Crispin met son chapeau sur son coude, et puis l'embrasse si adroitement qu'il semble que ce soit une autre personne.

C'est moins par amitié que ce n'est par contrainte ; Venez, dis-je !

Bélitre : Gueux qui mendie par fainéantise, et qui pourrait bien gagner sa vie. Il se dit quelquefois par extension, des coquins qui n'ont ni bien, ni honneur. [F]

CRISPIN, à Fernand

À présent.

PHILIPIN

Épions : car, ou bien je suis ivre, Ou bien...

Il sort et met bas la soutane ; puis, comme Fernand est entré, croyant faire sortir un autre frère, Crispin prend l'occasion, et monte fort diligemment par la fenêtre, et ensuite sort avec Fernand, comme si, en effet, il était frère du Médecin.

PHILIPIN, ramassant la soutane de Crispin

Ah ! Je tiens votre gaine, Doctissime !

On lit guesne au vers 497 dans l'édition originale.

CRISPIN, En habit de valet

Est-il loin ?

FERNAND

Assez loin.

FERNAND, à Philipin

Hé bien ?

PHILIPIN, montrant Crispin et sa soutane

Voilà l'un, voilà l'autre.

SCÈNE XXV ET DERNIÈRE. Fernand, Cléon, Lucresse, Crispin, Philippin, Lise.

LUCRESSE

Daignez.

517 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica