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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Le Mort Vivant

Edme Boursault· créée en 1662· 3 actes· 934 vers· 8 personnages

Représentée, pour la première fois en 1662 à l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • FERDINAND, cru Père de Stéphanie
  • STÉPHANIE, fille d'Henriquez
  • LAZARILLE, frère de Stéphanie, et amoureux d'elle
  • FABRICE, aussi Amoureux de Stéphanie
  • HENRIQUEZ DE GALAS, père de Stéphanie
  • GUSMAN, valet de Fabrice
  • UNE SERVANTE, de l'Hôte à Lazarille
  • L'HÔTE DE LAZARILLE
MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR LE DUC DE GUISE

Permettez que je me serve ici de l'un des termes du Héros Ridicule que j vous présente, et que je dis que je tremble de peur de causer de la peur à VOTRE ALTESSE, en lui consacrant une Pièce qui n'est recommandable que par la gloire qu'elle a eue de ne pas déplaire à l'Esprit le plus sublime de notre Siècle ; et qui même ne mériterait de porter que la moitié de son Titre, si vos généreux suffrages ne l'eussent développée de l'éternelle obscurité où elle était ensevelie. Aussi, MONSEIGNEUR, quelque dessein que j'ai de me rendre considérable par les profonds respects que je veux avoir pour VOTRE ALTESSE, je n'eusse pu me résoudre à vous faire une offrande si peu digne de vous, si dans l'indispensable obligation où je me trouve de conserver la réputation que je dois à vos applaudissements, je ne me fusse imaginé que la témérité a quelque chose de moins honteux que l'ingratitude. C'est donc, MONSEIGNEUR, avec un zèle respectueux que je fais éclater une reconnaissance qui n'est pas moins juste que la liberté que j'ose prendre est condamnable ; et si VOTRE ALTESSE ne s'offensait pas de la vaste étendue d'une audace si judicieuse, je ne pourrais m'empêcher de lui dire que je ne prends l'occasion de la remercier de ses grâces passées que pour avoir sujet de m'en attirer de nouvelles. Oui, Monseigneur, puisque ce MORT n'est VIVANT que par votre moyen Et qu'il a besoin de votre Protection pour se conserver la vie que vous lui avez redonnée ; je viens vous supplier d'employer votre Générosité à la perfection de votre Ouvrage : Mais quoi que je puisse espérer de VOTRE ALTESSE, comme ce serait me rendre indigne de ses faveurs, qu'aspirer à les mériter par la honte inévitable que je recevrais si je voulais essayer de faire votre Éloge, daignez m'épargner cette confusion ; Et ne souffrez pas, MONSEIGNEUR, que je dérobe cette illustre matière à une Plume plus délicate que la mienne, ni que je prive l'Histoire de l'Ornement le plus auguste qu'elle puisse procurer à la Postérité ; chez qui sans doute je ne serai pas à mépriser, si elle apprend que j'ai eu la gloire d'être,

MONSEIGNEUR,

DE VOTRE ALTESSE,

Très humble, très obéissant,

Et très passionné Serviteur,

BOURSAULT

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Fabrice, Gusman.

FABRICE

Railleur.

FABRICE

Je le crois.

SCÈNE II. Ferdinand, Stéphanie.

STÉPHANIE, à une fenêtre

Sans doute.

STÉPHANIE

J'obéis.

FERDINAND

Mais hâte-toi.

STÉPHANIE

Je cours.

STÉPHANIE

Non, Monsieur.

STÉPHANIE

Oui, Monsieur.

SCÈNE III. Lazarille, Ferdinand.

FERDINAND

Couvrez-vous.

FERDINAND

Fort bien.

LAZARILLE

Un refus ?

FERDINAND

Un refus.

FERDINAND

Il y peut bien avoir plus de cinq fois quatre ans, Qu'une Dame à cheval, qu'avait un homme en croupe, Passa par cette ville, allant à Gadaloupe, Et pour ne pas vous faire un trop long entretien, Du logis que j'occupe en vint faire le sien. Après que de cheval elle fut descendue, Je vis qu'elle était pâle, et toute morfondue, De son maigre visage on eût compté les os, Ses bras étaient petits, mais son ventre était gros, Et s'il faut devant vous que sans fard je m'explique ; Durant une heure ou deux je la crus hydropique : Mais peu de temps après mon esprit fut certain, Que ce n'était pas d'eau que son ventre était plein. Quoique dans mon logis elle n'eut rien à craindre, J'entendis sur le soir cette Dame se plaindre ; D'abord prêtant l'oreille à sa voix, j'en ouïs : Vois de quels tristes biens à présent tu jouis, Puisque tu t'es fiée à des promesses vaines, Qu'un moment de plaisir te coûtera de peines ! Que le Ciel en courroux te prépare de maux ! Voit-on quelques malheurs à tes malheurs égaux ? Ton fruit qui voit le jour rend-il ta douleur moindre ? Là j'ouïs une voix à la sienne se joindre, Dont l'extrême faiblesse, et le ton délicat, Avait bien du rapport aux cris d'un petit Chat. Lors pour voir ce mystère ayant ouvert la porte, Je trouvais cette femme en langueur ; demi-morte. Un enfant à ses pieds qui venait d'être fait, Et qui quoique petit était beau tout à fait. En un rude courroux j'eus dessein de me mettre, Mais la mère à l'enfant ne put me le permettre, Et d'un gros Diamant le brillant gracieux, Sut me fermer la bouche, et m'éblouir les yeux : Si bien que l'Accouchée ayant par son adresse Apaisé ma colère et surpris ma tendresse, Sans rien appréhender des médisants propos, A son enfant tout nu je donnais des drapeaux, Qui la même nuitée ayant eu la migraine, Fit chercher au plus vite, et Parrain et Marraine. Car dans sa maladie on craignait qu'il mourut ; Et Dona Stéphanie est le nom qu'il reçut.

SCÈNE IV.

[SCÈNE V]. Stéphanie, Lazarille.

Fabrice et Gusman sont au même jardin.

FABRICE

Ô Dieux !

SCÈNE V[I]. Fabrice, Stéphanie, Gusman.

STÉPHANIE

Vous m'aimez !

SCÈNE VI[I]. Fabrice, Gusman.

FABRICE

Maraud insupportable...

Maraud : Terme injurieux qui se dit des gueux, des coquins qui n'ont ni bien ni honneur, qui sont capables de faire toutes sortes de lâchetés. [F]

FABRICE

Tu le peux.

FABRICE

Nullement.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Lazarille, Fabrice.

FABRICE

Hélas !

LAZARILLE

Elle-même.

LAZARILLE

Tu te plains.

LAZARILLE

Il l'aime !

SCÈNE II. Gusman, Fabrice, Lazarille, Suite.

GUSMAN, en habit d'Ambassadeur

Suivez-moi mes valets, Où d'abord faites gille. Hé bien l'avez-vous vue ? Celle dont les attraits m'ont donné dans la vue ?

Faire Gille : Populairement. Faire gille, se retirer, quitter une place. [F]

FABRICE

Monseigneur.

FABRICE

Monseigneur.

LAZARILLE

Hélas !

GUSMAN

Bon, bon.

SCÈNE III. Ferdinand, Gusman, Lazarille, Stéphanie, Fabrice, Suite.

LAZARILLE

Il est doux !

STÉPHANIE

M'aimer ?

LAZARILLE, bas

Quel brutal !

FERDINAND

Sur ce point...

FERDINAND

Seigneur...

FERDINAND

Mais...

GUSMAN

Mais.

FERDINAND

Comme ami...

SCÈNE IV. Lazarille, Fabrice.

SCÈNE V. Gusman, Lazarille, Fabrice.

GUSMAN, en habit de valet

Monsieur, je viens...

GUSMAN, bas

Fi.

SCÈNE VI. Fabrice, Gusman.

GUSMAN

Ci-fait.

FABRICE

Du meilleur.

GUSMAN

Moi ?

FABRICE

Toi.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Henriquez, Le Servante.

HENRIQUEZ

Allez.

LA SERVANTE

J'obéis.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Lazarille, Henriquez endormis, Gusman faisant l'Esprit.

LAZARILLE

Vous fuyez.

GUSMAN

Je ne prétendais pas remporter tous mes membres, Et pour m'empêcher d'être Henriquez de Gallas, J'aurais volontiers mis les oreilles à bas ; Qu'un poltron a de peine à donner de la crainte ! Emploi de faire peur je te prends par contrainte ; Pourtant tu n'as pas lieu de te plaindre de moi, Tu veux épouvanter, épouvantable emploi ; Et pour mieux faire voir que ta force est extrême, Qui te doit exercer épouvante lui-même, A parler franchement l'avantage est petit, D'avoir peu de cervelle et de faire de l'Esprit, Ou plutôt jusqu'ici l'aventure est nouvelle, De trouver un esprit qui n'a point de cervelle. Coeur poltron, sois coeur brave et t'arme jusqu'au point, De donner de la peur et de n'en prendre point, En faveur de Fabrice, ô coeur prends cette peine, Sois moins coeur de Gusman, que coeur de Capitaine, Ou bien à ce dormeur fais connaître à son dam, Un coeur de Capitaine en un coeur de Gusman ; Me le promets-tu coeur ? Oui j'entends ta réponse, Déjà le nez m'en enfle, et le sourcil m'en fronce, Et ta haute assurance assure assurément, Un trembleur qui tremblait d'avoir du tremblement Pour la seconde fois faisons peur. Lazarille, Quiconque fait un fils ne fait pas une fille, Si bien que je conclus qu'alors que je te fis, Ne faisant point de fille, il fallut faire un fils. Pour donc à mon repos être utile et prospère, Il faut restituer les larcins de ton Père, Et partir de Séville à la pointe du jour, Pour aller à Tolède établir ton séjour. Ton père...

HENRIQUEZ

Nullement.

HENRIQUEZ

Sans doute.

HENRIQUEZ

Parle-moi.

HENRIQUEZ

Ma mort !

SCÈNE IV. L'Hôte, Lazarille, Henriquez, Gusman.

GUSMAN

Mon fils.

HENRIQUEZ

Je pâme !

SCÈNE V. Des Garçons, L'Hôte, Henriquez, Lazarille, Gusman.

GUSMAN

D'accord.

SCÈNE VI. Fabrice, Gusman, Lazarille, Henriquez, L'Hôte, Ses Garçons.

HENRIQUEZ

Stéphanie !

SCÈNE VII ET DERNIÈRE. Ferdinand, Stéphanie, Lazarille, Henriquez, Guusman, Fabrice.

HENRIQUEZ

Cela peut.

FERDINAND

Lui-même.

FERDINAND

Mon ardeur...

HENRIQUEZ

M'est connue.

934 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0