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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Ou la Contre-Critique de l'Ecole des Femmes

Le Portrait du Peintre

Edme Boursault· créée en 1663· 557 vers· 9 personnages

Représentée pour la première fois en 1663 sur le Théâtre Royal de l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • DAMIS, Baron, amant d'Amarante
  • AMARANTE, maîtresse de Damis
  • CLITIE, cousine d'Amarante
  • LE COMTE, courtisan ridicule
  • LE CHEVALIER DORANTE, courtisan ridicule
  • LA MARQUISE ORIANE, qui fait la Précieuse
  • LISIDOR, poète
  • PETIT-JEAN, page d'Amarante
  • LA RAMÉE, laquais du Comte
MONSEIGNEUR,

À SON ALTESSE SÉRÉNISSIME MONSEIGNEUR LE DUC.

Je n'aurais jamais osé prendre la liberté de lever les yeux jusques sur VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME, pour lui faire un Présent si peu digne d'Elle, sans la Permission qu'elle semble m'en avoir donné par les généreux Applaudissements dont Elle a eu la bonté d'honorer un Ouvrage qui n'est considérable que par l'avantage de ne lui avoir pas Déplu. Je sais MONSEIGNEUR, que la seule Gloire de votre Suffrage peut remplir la respectueuse attente d'une Personne aussi ambitieuse que moi ; mais quiconque a l'honneur de connaître combien il y a de plaisir à vous être redevable, ne peut s'empêcher de rechercher l'Occasion de vous être obligé plus d'une fois. Jamais Pièce n'eut si besoin d'Appui que celle que je vous consacre ; Et je ne vois point de Protecteur qui soit si Auguste que Vous. Car enfin, MONSEIGNEUR, si l'on considère VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME du côté du Sang, celui dont elle est formée ne produit que des Héros qui naissent pour immortaliser les Siècles qui auront eu le bonheur de les posséder ; et pour ce qui est de la capacité, il semble qu'il n'y ait que ces mêmes Héros qui aient mérité de faire voir à la Postérité que la Naissance Royale n'est pas incompatible avec les sublimes Clartés que l'on remarque en Eux. À toutes ces illustres vérités, MONSEIGNEUR, je n'en veux joindre qu'une ; Je suis avec tout le respect imaginable,

MONSEIGNEUR,

De V. A. SÉRÉNISSIME,

Très humble, très obéissant, et très fidèle serviteur,

BOURSAULT.

AU LECTEUR

Je ne me serais jamais avisé, mon cher Lecteur de vouloir t'ennuyer par une espèce de Préface, si je n'étais obligé d'en faire le sacrifice à la Gloire outragée des plus honnêtes Gens de notre Siècle. Si l'on s'était contenté de me ravir l'avantage d'avoir attaqué Molière, et de l'avoir réduit à la honteuse nécessité de recourir aux invectives pour repousser la Satyre spirituelle qui a mis en plein jour les défauts du plus considérable de ses Ouvrages, j'eusse laissé la liberté du doute à tous ceux à qui l'on a voulu persuader que je n'étais pas l'Auteur de la moindre chose que je sois capable de produire ; Mais il n'est pas juste que je me laisse dépouiller d'un bien qui ne peut enrichir personne, et je suis contraint de défendre tout le Parnasse contre l'injurieuse charité qu'on lui a voulu prêter. Les grands Hommes n'ont point d'occupations si basses, ils ne travaillent qu'alors qu'il y a de la gloire à acquérir ; et c'est dire assez clairement que Molière n'a rien à craindre d'Eux. Pour moi je suis redevable à l'Ouvrage qu'il m'a voulu faire : croire ma Pièce digne de ceux qui sont accusés d'y avoir mis la main, c'est demeurer d'accord de son mérite, et toutes les injures qu'on me dit dans le Galimatias que Molière appelle Impromptu ne peuvent détruire la bonne Opinion qu'il a fait concevoir de mon Ouvrage. Je pourrais repousser ces injures par d'autres injures plus piquantes, si j'en avais aussi bien la volonté que j'en ai le droit, mais je n'y suis pas accoutumé comme lui ; Et puis cette sorte de vengeance est si indigne d'un honnête homme, que la sienne n'a pas eu lieu de me surprendre.

SCÈNE PREMIÈRE. Clitie, Damis.

SCÈNE II. Le Comte, Damis.

LE COMTE

Parbleu, Baron, tout autre y serait attrapé ; Te voilà Dieu me damne, assez bien équipé, Têtebleu ! Des collets de dentelle de Flandre ! Justice.

Collet : partie de l'habillement qui joint le cou, qui se met autour du cou. Est aussi un ornement de linge qu'on met sur le collet du pourpoint pour la propreté. [F]

DAMIS

Quoi...

DAMIS

Mais...

LE COMTE

Mais Justice.

LE COMTE

Si tu m'en crois, Mon cher, ne va pas chez le Roi, Tu n'entrerais jamais dans la Salle des Gardes Qu'il ne plût sur ton nez plus de mille nasardes.

Nasardes : chiquenaude que l'on donne sur le bout du nez. On dit d'un homme ridicule, et faible, qu'il a le nez à camouflets ou à nasardes. [F]

LE COMTE

Baron, moi qui te parle, moi, Je te dis en ami, si tu vas chez le Roi Que tu n'entreras point sans un point de Venise.

Point de Venise : se dit de toutes sortes de passements, et particulièreent de fil fait à l'aiguille. Les points de Genes, de Venise et d'Angleterre ont été défendus en France. On fait maintenant des points de France et de Paris. [F]

LE COMTE

Pourquoi !

LE COMTE

Continue.

LE COMTE

On te jouera.

DAMIS

Mais...

SCÈNE III. Amarante, Clitie, Le Comte, Damis.

CLITIE

Cousine Il n'appartient qu'à lui d'aimer à la sourdine ; La Marquise d'Oriane a des appas si doux...

Sourdine : se dit de toutes choses qui se font en cachette, et sans bruit. [F]

SCÈNE IV. Petit-Jean, Amarante, Le Comte, Damis, Clitie.

AMARANTE

Oui, Madame.

LE COMTE

Moi ?

AMARANTE

Oh quelqu'un.

ORIANE

Ne bougez.

LE COMTE

Tout exprès, La Marquise y courait pour voir le « Le » d'Agnès.

Voir l'École des Femmes de Molière, Acte II, Scène 5, v. 572.

AMARANTE

Imprimée.

LE COMTE

« Et femme qui compose en sait plus qu'il ne faut », C'est vous.

Voir l'École des Femmes de Molière, Acte I, Scène 1, Arnolphe, v. 94.

AMARANTE

C'est moi ?

LE COMTE

C'est vous.

SCÈNE V. Petit-Jean, Amarante, Oriane, Clitie, Le Comte, Damis.

PETIT-JEAN

C'est un homme.

PETIT-JEAN

Oui.

SCÈNE VI. Dorante, Damis, Amarante, Le Comte, Clitie, Oriane.

DORANTE, voyant Damis

C'est lui ! Oui, c'est lui !

DAMIS

Oui.

LE COMTE

Moi.

SCÈNE VII. La Ramée, Le Comte, Damis, Amarante, Dorante, Clitie, Oriane.

LE COMTE

Peste le sot.

LE COMTE

Paies.

LE COMTE

Admirable.

DORANTE

Et vous ?

DORANTE

Entre nous.

CLITIE

Ah !

SCÈNE VI.I. Lisidor, Amarante, Dorante, Damis, Oriane, Le Comte, Clitie.

CLITIE

Bon.

DORANTE

Ah, ah, ah.

AMARANTE

Il faut...

DORANTE

Tudieu !

CLITIE

Courage.

LE COMTE

La peste !

DAMIS

Si...

LE COMTE

Fort bien.

CLITIE

Vivat.

ORIANE

Il oublie un endroit effroyablement bon Où l'on parle d'Agnès qui joue au Corbillon ; Pour moi quand je l'ouis mon plaisir fut extrême.

Corbillon : est ausi un petit jeu d'enfant, où il faut répondre ou rimer en "on". [F]

Voir L'École des Fammes, Acte I, scène 1, vers 97-102.

DORANTE

Oui.

DORANTE

Oui.

LE COMTE

Ni moi.

LISIDOR

Ni moi.

ORIANE

Ni moi.

DORANTE

Pourquoi ?

DORANTE

Mais je sais le Théâtre, et j'en lis la Pratique ; Quand la scène est sanglante une pièce est tragique.

Référence à "La Pratique du Théâtre" de l'Abbé d'Aubignac, ch. 10 : "... plusieurs se sont imaginés que le mot de tragique ne signifioit jamais qu'une aventure funeste et sanglante ; et qu'un poème dramatique ne pouvait être nommé tragédie , si la catastrophe ne contenait la mort ou l'infortune des principaux personnages".

LE COMTE

Oui.

LISIDOR

Sans doute.

AMARANTE

D'accord.

DORANTE

Dans celle que je dis, « Le petit Chat est mort ».

Molière, L'École des femmmes, Acte 2, scène V, v. 461

LISIDOR

Oh, oh !

DORANTE

« Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi », Et je tiens qu'une pièce est également bonne. Quand un matou trépasse, ou quelque autre personne.

L'École des Femmes, Acte II, scène 5, Arnolphe, v. 462.

Matou : chat mâle et entier. [F]

LISIDOR

Oui.

DAMIS

Mais...

DAMIS

Quoi...

LISIDOR

Oh.

LISIDOR

Puth.

Puth : mot inconnu ou interjection.

DAMIS

Oui.

LE COMTE

Bagatelle !

DAMIS, au Comte

Tu sais...

AMARANTE, à Dorante

Je crois...

DAMIS, au Comte

Mais...

LE COMTE, chante

La, la, la, la, la, lare, la, la, la, la, la, la.

AMARANTE, à Dorante

Quoi...

DORANTE, chante aussi

La, la, la, la, lare, la, la, la, la, la, la.

DAMIS, au Comte

Si...

LE COMTE

La, la, la, la, la, lare, la, la, la, la, la, la, la, la.

AMARANTE, à Dorante

Vous...

DORANTE

La, la, la, lare, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la.

AMARANTE

Un garçon que je sais qu'on appelle Boursault...

Boursault (Edme) [1638-1701] : auteur dramatique qui écrit cette pièce en 1663.

LE COMTE

Je le connais, Pécore.

Pécore : se dit figurément en burlesque pour signifier une personne sotte, stupide, et qui a de la peine à concevoir quelque chose. [F]

LE COMTE

Je le soutiens, Madame, un Butor parisis, Une grosse pécore, une pure mazette.

Butor : Gros oiseau, espèce de héron fainéant et poltron. On dit figurément d'un homme stupide et maladroit que c'est un butor. [F]

AMARANTE

À l'Hôtel de Bourgogne, où les plus délicats...

Hôtel de Bourgogne : un des deux principaux lieux de représentation et où fut joué cette pièce en 1663. Boursault flatte ici son public.

SCÈNE VIII, et DERNIÈRE. Petit-Jean, Amarante, Le Comte, Damis, Dorante, Lisidor, Oriane, Clitie.

557 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0