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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Les Amours de Jupiter et de Sémélé

Claude Boyer· créée en 1666· 6 actes· 2 041 vers· 28 personnages

Représenté pour la première fois le 1er janvier 1666 au Théâtre de l'Hôtel du Marais.

Personnages

  • JUPITER
  • JUNON
  • VÉNUS
  • AURORE
  • MOMUS
  • APOLLON
  • MELPOMÈNE
  • THALIE
  • EUTERPE
  • AMOURS
  • HEURES
  • JEUNESSE
  • PLAISIRS
  • FUREURS POÉTIQUES
  • FANTÔMES
  • JALOUSIE
  • MERCURE
  • RENOMMÉE
  • CADMUS, roi de Thèbes
  • HERMIONE, reine de Thèbes
  • SÉMÉLÉ, fille du Roi de Thèbes
  • ALCMÉON, prince de Thèbes
  • ATYS, capitaine des Gardes de Cadmus
  • DIMAS, suivant d'Alcméon
  • DIRCÉ, confidente de Sémélé
  • Choeur de Bergers
  • Choeur de Thébains
  • Suites
Sire,

Au ROI

Ceux qui verront à la tête de mon ouvrage Votre Auguste Nom avec celui de Jupiter, s'imagineront sans doute, que je veux m'attacher à ces belles comparaisons qu'on peut faire du plus grand des Rois avec le plus puissants des Dieux, et que cherchant la vérité dans la fable j'en veux tirer un grand fonds de louanges pour la gloire de votre Majesté ; mais ce n'est pas mon dessein, de m'engager dans une carrière si vaste et si difficile : une matière si importante ne peut être dignement expliquée qu'avec le langage des Dieux, et par les bouches immortelles de l'Histoire et de la Renommée. D'ailleurs, Sire, et je veux bien l'avouer à Votre Majesté, le seul intérêt de mon Ouvrage m'a inspiré la hardiesse de vous le consacrer ; j'ai cru que je n'avais que ce moyen pour achever sa gloire, et pour assurer sa réputation, et que pour faire valoir mon présent, je pourrais publier hautement qu'il a eu l'honneur de plaire à Votre Majesté ; quoique la plus illustre Cour de l'Europe puisse rendre ce témoignage, je n'ai garde de perdre une si belle occasion d'en parler. Puis-je laisser à la Postérité une idée plus avantageuse de la bonne fortune de ma Pièce, que celle d'avoir amusé agréablement le plus grand Roi du monde, d'avoir suspendu trois heures de suite ces glorieux soins et cette Royale inquiétude qu'il donne à la conduite de la première Monarchie de la terre, et d'avoir occupé l'attention d'un esprit, dont les vastes pensées embrassent toutes les parties de l'Europe, et s'étendent jusques aux deux bouts de l'univers ? Mais, SIRE, l'oserai-je dire à Votre Majesté ? Il n'en fallait pas moins pour une Muse aussi ambitieuse que la mienne : elle ne compte le succès de son ouvrage que du jour de votre approbation. Je dirai bien davantage, la gloire de plaire à Votre Majesté donne une joie si précieuse et si délicate, que je sens pour elle une avidité qui n'a point de bornes ; rien ne peut arrêter cette ambition déréglée, pour la satisfaire je ne vois rien au-dessus de mon courage et de mes forces, et j'ose espérer qu'elles pourront égaler le zèle ardent et le profond respect avec lequel je suis,

SIRE, de Votre Majesté, le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet,

BOYER.

PROLOGUE

L'ouverture du théâtre fait voir de front le Mont-Parnasse qui s'élève du fonds du théâtre jusques aux nues, avec des allées de cyprès entremêlées de statues de rois et de héros, et l'on entend à même temps des trompettes et des clairons.

SCÈNE I.

Melpomène qui est la déesse de la tragédie, parait au fonds du théâtre, et s'étant avancée, elle dit.

SCÈNE II. Thalie, Melpomène.

SCÈNE III. Melpomène, Thalie, Euterpe.

Durant qu'EUTERPE descend du Parnasse, les Musettes et Hautbois joue un air fait exprès pour la pastorale.

MELPOMÈNE

Approchons.

Euterpe étant descendue du Parnasse.

EUTERPE

Quoi mes soeurs votre honneur dépend de mon suffrage ! Donc le prix n'est ici disputé qu'entre vous : J'admire entre vous deux ce mouvement jaloux, Qui vous fait oublier la part que je dois prendre, Mais si vous ignorez ce que je dois prétendre, Vous permettrez mes soeurs que je garde pour moi Ce que vous disputez, et ce que je me dois. Ce jugement sans doute étonne l'une et l'autre ; Vous blâmez mon orgueil pour contenter le vôtre : Mais voyons si j'ai tort, et si c'est un arrêt Dicté par la justice ou par mon intérêt. Je commence par vous de qui l'humeur altière Prétend entre les soeurs la préférence entière. Vous imaginez que toutes ces horreurs, Ces grands emportements, et ces nobles fureurs, Dont le monde autrefois fut longtemps idolâtre, Font encore aujourd'hui les beautés du Théâtre. Vos sujets quelquefois ont de tels embarras, Qu'on se lasse d'ouïr ce que l'on entend pas : Par le profond secret d'un art impénétrable, Vous embrouillez si fort l'intrigue de la fable, Qu'à peine un Jupiter la pourrait démêler. Tout ce que sur la scène on nous voit étaler, N'est souvent que fumée, et qu'un éclat qui trompe, N'a que de faux brillants, et qu'une vaine pompe. Vous avez beau donner les plus belles couleurs, Aux furieux transports, aux crimes, aux douleurs, Aux plaintes d'un amant, au désespoir, aux larmes, Ma soeur sur le théâtre on cherche d'autres charmes ; On y veut des objets agréables et doux, Sans y mêler l'horreur, la crainte et le courroux. Pour vous vous le savez, le siècle vous fait grâce, Bien souvent votre Jeu n'est que pure grimace ; Un geste ridicule, et des tons imités, Font ordinairement vos plus grandes beautés. On vous voit tous les jours avec tant de licence, (Soit adresse ou chagrin) pousser la médisance, Que les plus retenus en gronde contre vous. Pour moi qui n'ai l'esprit, ni chagrin ni jaloux, J'avouerai que vos vers vous donnent de la gloire ; Vous aurez votre place au temple de mémoire ; On vous doit estimer tout ce que vous valez, Mais peut-être un peu moins que ce que vous voulez. Je ne vous direz point à sa honte et la vôtre, Pour ne pas tout à fait confondre l'une et l'autre, Qu'on vous voit tous les jours sans front et sans pudeur Briguer chez les mortels l'estime et la faveur. Moi-même j'en rougis, quand je vois des Déesses Pour un faible intérêt faire mille bassesses. Est-ce là le moyen de mériter le prix ? Mais je veux autrement convaincre vos esprits. Pour vous faire céder la gloire et l'art de plaire, Voyez si comme vous je suis triste et sévère. Je n'ai point vos défauts, et j'ai tous vos appas. Je chante sur un ton ni trop haut ni trop bas ; J'ai de vos passions le tendre et l'agréable ; J'ai comme vous le style ingénu, raisonnable ; Dans ma façon d'agir et dans mes sentiments Je n'ai ni vos chagrins, ni vos emportements ; Plus discrète que vous je plais sans médisance ; Et plus douce que vous j'agis sans violence : Ainsi vous voyez bien si j'ai droit d'emporter Le prix qu'entre vous deux vous osez disputer. Je sais bien toutefois qu'elle est votre espérance, Pour emporter l'honneur de cette préférence. Comme le grand Louis anime votre voix, Vous me croyez mal propre à chanter ses exploits. Le moyen que je puisse avec des soins rustiques Célébrer dignement ses vertus héroïques, Ce qu'il fait tous les jours pour l'honneur des beaux arts ; Son règne plus heureux que celui des Césars ; Le retour de la paix si longtemps exilée ; L'injustice bannie et la foi rappelée ; Ses amis secourus, ses ennemis défaits ; La gloire du triomphe au milieu de la paix ; Le commerce établi par sa sage conduite ; Des tyrans de la mer la défaite ou la fuite ; Et tout ce qui le rend la gloire des François, La terreur de l'Europe et l'exemple des Rois. Mais vous verrez un jour ce que peut ma musette, Notre grand Apollon a porté la houlette, Et ma voix pour les Rois n'est pas à négliger, Si les Dieux ont paru sous l'habit de Berger.

SCÈNE IV. Melpomène, Thalie, Euterpe, Apollon au milieu des airs.

MELPOMÈNE

Allez et flattez-vous d'un bien imaginaire, Ma présence en ces lieux est encore nécessaire.

Apollon part avec rapidité vers le milieu des airs, Thalie et Euterpe partent à même temps emportées par des nues et par un vol croisé.

Vous spectacles pompeux venez parler pour moi. Venez justifier l'honneur de mon emploi. Venez me seconder, vous savantes fureurs ; Vous, qui communiquez ces divines chaleurs, Ces glorieux transports ; dont le pouvoir suprême Peut élever l'esprit au-delà de lui-même.

Les Fureurs Poétiques paraissent et dansent une entrée de Ballet, qui fait la fin du Prologue.

ACTE I

SCÈNE I. Les Heures, L'Aurore, Sémélé.

La scène est dans une chambre magnifique avec une alcôve cachée par des rideaux, aussitôt que cette décoration a succédé à celle du prologue, on voit descendre l'Aurore précédée par deux heures,et l'on entend un concert de voix et d'instruments.

SCÈNE II. Sémélé, Dircé sa confidente.

SÉMÉLÉ

Ah ! Que l'amour des Dieux est fort en sa naissance ! Il peut tout, il triomphe au moment qu'il commence. J'étais dans ce beau parc où Jupiter m'attend, Quand au milieu des airs un tumulte éclatant, Du côté de ce bruit me fait tourner la vue. À mes pieds aussitôt je vois fondre une nue, Qui s'étant entr'ouverte offre à mon oeil charmé Tous les appas d'un Dieu quand il veut être aimé. Sa Majesté d'abord trouble toute mon âme : Puis un regard mêlé de tendresse et de flamme, Comme un brillant amas de force et de douceur, Me lance un trait de feu jusques au fond du coeur. Pour mon premier amour ma raison s'intéresse ; Mais elle le défend avec tant de faiblesse, Que dans le doux penchant de cette trahison Mon coeur gagné sans peine entraîne ma raison. Jupiter qui connaît mon désordre et sa gloire, Par la parole enfin achève sa victoire ; Il me flatte, il me loue, et de la main des Dieux Tu sais combien pour nous l'encens est précieux. Ce Dieu qui sait l'orgueil qui suit notre faiblesse, Et ce que peut un Dieu qui flatte et qui caresse, Lui qui de la fierté se doit faire une loi, Avare des douceurs, les prodigue pour moi. Que ne puis-je exprimer la douce violence Que fit à mon esprit cette tendre éloquence ? Je dévore aussitôt avec avidité Ce poison de mon coeur et de ma liberté : Tous mes sens éblouis de cet amas de charmes, Contre un Dieu, sans raison, sans défense et sans armes, Je me perds, je m'égare au milieu d'un beau jour. Et n'ai des mouvements que ceux de mon amour ; Je ne me connais plus dans ce désordre extrême ; Je ne vois ni le parc, ni le Dieu, ni moi-même : Une extase amoureuse, un doux enchantement... Que te dirai-je enfin de cet heureux moment ? S'il fallait t'expliquer tout ce que j'en dois croire... Mais Jupiter m'attend et je pers la mémoire : J'en dirai davantage un jour plus à loisir.

SCÈNE III. Dimas, Alcméon, Sémélé, Dircé.

SCÈNE IV. Cadmus Roi de Thèbes, Hermione Reine, Alcméon, Suite.

SCÈNE V. La Reine, Dircé.

ACTE II

SCÈNE I. Jupiter en habit de Berger, Momus.

La Scène est dans un parc.

SCÈNE II. Jupiter, Sémélé.

SCÈNE III. Jupiter, Sémélé, Alcméon.

SÉMÉLÉ

Comment ?

SÉMÉLÉ

Ô Dieux !

SÉMÉLÉ, à Jupiter

Vous voyez...

ALCMÉON à Sémélé

Voyez quel était votre erreur.

JUPITER

Junon descend en terre ; évitons sa fureur. Nuages descendez, et qu'une épaisse nue La dérobe à sa rage et nous cache à sa vue.

Une nue descend, qui ayant enveloppé Jupiter et Sémélé, remonte dans le Ciel.

SCÈNE IV. Alcméon, Junon paraît dans un ciel orageux.

ACTE III

SCÈNE I. Jupiter, Sémélé, Momus.

La scène est dans un jardin enchanté. Jupiter et Sémélé descendent dans une nue.

SCÈNE II. Sémélé, Vénus descend du ciel dans son char, accompagnée de deux amours, et chante en descendant.

SCÈNE III. La Jeunesse, Sémélé, deux Amours.

Vénus remonte au ciel tandis que la Jeunesse descend dans un char avec une couronne de fleurs à la main.

SCÈNE IV. Junon déguisée en Mercure, Sémélé, deux Amours.

SCÈNE V. Sémélé, Junon.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Junon, Momus.

ACTE IV

SCÈNE I.

La Décoration du théâtre est composée d'un Portique magnifique, et du Temple d'Hyménée.

SÉMÉLÉ

STANCES.

Cesse de m'abuser espérance orgueilleuse ; Je ne vois plus le Dieu qui règne dans mon coeur, Il se cache cet imposteur, Qui flattait de mes feux l'erreur ambitieuse. Hélas ! Faut-il cesser d'aimer en si beau lieu ? Quelque choix, quelque amant que mon destin m'apprête, La plus précieuse conquête, L'est moins que l'erreur de posséder un Dieu. Cher Prince, dont l'amour fut si pure et si tendre, Toi que j'abandonnai par l'espoir seulement, D'avoir un Dieu pour mon amant, Ne m'offre plus un coeur que je ne puis reprendre, Après avoir flatté l'orgueil de mes désirs. De la flamme d'un Dieu que je crus véritable, Après cet espoir adorable, Peut-on s'accoutumer à de moindres soupirs ? Je te plains, Alcméon, et ce reste de flamme, Te fait voir le remords d'un changement fatal : Mais enfin tu sais quel rival, Ou plutôt quel orgueil t'a chassé de mon âme. Tu devais de ma flamme attendre un prompt retour, Après avoir guéri l'erreur de ma tendresse ; Mais la gloire est une maîtresse, Qui veut être obéie aussi bien que l'Amour. Je l'entends cette gloire incessamment me dire, Qu'un coeur qui s'est flatté jusques à se vanter, D'enchaîner le grand Jupiter, Ne doit plus d'un mortel reconnaître l'empire. Il est vrai que l'Amour à demi révolté, Honteux de son erreur d'un ton plus favorable, Parle pour un Prince adorable, Et ce tendre discours étonne ma fierté. Soutiens ce mouvement que l'amour autorise, Prince pour toi je laisse échapper des soupirs, Et parmi de faibles désirs, Je te prête un secours dont la gloire est surprise. Ménage le moment de ce tendre retour, Et pour ne laisser plus balancer la victoire, Ne laisse plus parler la gloire, Et l'ai presque oubliée en faveur de l'amour.

SCÈNE II. Sémélé, Dircé.

SCÈNE III. Alcméon, Sémélé, Dircé.

SCÈNE IV. La Reine, Sémélé, Alcméon, Dircé.

SCÈNE V. Le Roi, La Reine, Alcméon, Sémélé, Dircé, Suite.

SCÈNE VI. L'Hyménée, Le Roi, La Reine, Alcméon, Sémélé.

L'HYMÉNÉE, paraît à l'ouverture du Temple, et dit au Roi

N'attend rien de l'Hymen, ni du reste des Dieux, Le Ciel a pour toi tant de haine, Que je me vois forcé d'abandonner ces lieux, Par le commandement d'une loi souveraine.

L'Hyménée s'envole et à même temps. L'Antre de la Jalousie paraît à la place du Temple.

SCÈNE VII. La Jalousie, Le Roi, La Reine, Sémélé.

La Jalousie sort d'un abîme qui s'ouvre dans le fonds de l'Antre.

SCÈNE VIII. Le Roi, La Reine, etc.

SCÈNE IX. Jupiter, sous l'habit de Minerve, Le Roi, La Reine, Sémélé, Alcméon, Suite.

SCÈNE X. Jupiter, Sémélé.

JUPITER

Vous le voulez, Princesse, il faut vous contenter.

Jupiter s'envole dans le Ciel. Quatre fantômes paraissent dans le fonds de l'Antre de la Jalousie, et se présentent à Sémélé.

SÉMÉLÉ

Que vois-je juste Ciel ! Quel Dieu me les envoie, Ces fantômes affreux au milieu de ma joie ?

Les fantômes dansent, et après avoir dansé, Sémélé continue.

ACTE V

SCÈNE I. Sémélé, Dircé.

SCÈNE II. Sémélé, Momus, Dircé.

SCÈNE III.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Alcméon, Dimas.

Alcméon et Dimas, sortent des deux côtés. Tout le fonds du théâtre étant en feu.

SCÈNE VI. La Reine, Alcméon, Dimas.

ALCMÉON, continue

Où fuyez-vous Madame ?

SCÈNE VII. Junon dans son char avec sa forme ordinaire, La Reine, Alcméon, Dimas.

SCÈNE VIII. Le Roi, La Reine, Suite.

SCÈNE IX. Le Roi, La Reine, Atys, Suite, etc.

SCÈNE DERNIÈRE. Jupiter, Le Roi, La Reine, etc.

2 041 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica