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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Le Jeune Marius

Claude Boyer· imprimée en 1670· 5 actes· 1 788 vers· 9 personnages

Personnages

  • MARIUS., Consul Romain, fils de C. Marius
  • SYLLA, Général
  • POMPÉE, Lieutenant de Sylla
  • CÉCILIE, Fille de Sylla
  • PISON, Ami de Sylla
  • MAXIME, ami de Marius
  • MARCELLE., Confidente de Cécilie
  • SABINE, Confidente de Cécilie
  • OCTAVE.
À Monseigneur Colbert. Ministre et secrétaire d'État

Quelque impatience que j'eusse de vous donner des marques publiques de ma reconnaissance au nom de toutes les Muses en général, et de la mienne en particulier, quoi que j'en fusse sollicité par la bonne fortune de quelqu'une de mes pièces qui ont précédé celle-ci, j'ai senti mon devoir arrêté par une juste défiance et par une crainte respectueuse. Mais enfin ne pouvant plus différer de satisfaire à ma gratitude, j'ai ramassé toutes mes forces avant que d'entreprendre l'ouvrage que je vous destinais, j'ai pris la scène la plus magnifique, j'ai choisi un des héros de l'ancienne Rome, et pour vous le rendre plus agréable, j'ai tâché de le représenter avec quelques-uns de ces traits, que nous admirons dans votre incomparable Héros, Je parle de notre grand Roi, qui rassemble en lui seul tout ce que l'Histoire a de plus incroisable et de plus merveilleux. Plein d'une si haute idée, et soutenu par la dignité de mon sujet, je vous ai consacré mon travail avant que de le commencer ; j'ai envisagé toute la gloire que je pouvais attendre de votre approbation ; j'ai invoqué avec plus de ferveur que jamais le Dieu qui nous inspire, et je me suis dit sans cesse, qu'ayant été choisi pour être un des sujets des gratifications du Roi, je devais soutenir, ou plutôt justifier un choix si honorable. C'est avec ce grand secours, MONSEIGNEUR, que j'ai travaillé assez heureusement : quoi que la fortune et la cabale se mêlent aujourd'hui de faire le bon et le mauvais destin des ouvrages du théâtre, celui que je vous ai consacré n'a pas succombé sous leur injustice. Ce n'est que vous, MONSEIGNEUR, que j'ai lieu d'appréhender, quand je l'expose à vos yeux : je sais que rien n'échappe à la pénétration de votre esprit, et que vous possédez le précieux talent de juger finement de toutes choses : je sais que c'est de cette idée générale, que vous avez du beau et du parfait que se répandent sans cesse de nouvelles beautés et de nouvelles lumières sur tous les Arts et sur toutes les sciences : c'est de là que vient ce grand amour que vous avez pour elles, ces soins continuels et cette magnifique protection, dont vous honorez l'empire des belles Lettres, au milieu de ces grandes occupations que vous donnez avec une application étonnante et sans exemple à la première Monarchie de la terre. Que j'aurais de choses à dire, MONSEIGNEUR, sur un si vaste sujet, et qu'il serait doux à une âme reconnaissante comme la mienne de s'abandonner à la louange de son bienfaiteur ! Mais je sais trop quelle est la délicatesse de votre modestie, et avec quelle discrétion il faut manier toutes les matières qui regardent votre gloire. Agréez au moins, MONSEIGNEUR, que je laisse échapper devant vous une louange qui est dans la bouche de tout le monde.

Permettez que j'apprenne à la postérité, Que vous avez exécuté Des choses qu'avant vous on avait regardées Comme les vains projets d'un zèle mal fondé, Et dont tous ceux qui vous ont précédé, Eurent à peine les idées.

Je n'entrerai point dans le détail et dans la preuve de toutes ces merveilles, le témoignage que le Roi en rend tous les jours par sa propre bouche, vaut mieux que tous nos éloges ; ces glorieuses vérités sont assez confirmées par les solides marques que sa Majesté vous donne continuellement de son estime, et par les nouvelles dignités dont il récompense vos travaux. Je suis avec un profond respect,

MONSEIGNEUR,

Votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur,

BOYER.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Marius, Maxime.

MARIUS

Cécilie, et ses charmes Sont plus forts que son père avec toutes ses armes. Mais apprends quel destin l'a menée en ces lieux. Je ne veux point ici retracer à tes yeux Les troubles intestins, la sanglante furie, Dont mon père et Sylla déchiraient leur Patrie ; Il suffit de savoir tout ce qu'a mis d'horreur Entre nos deux maisons la jalouse fureur. Sylla faisant la guerre, et craignant pour sa fille La haine que mon père avait pour sa famille, Il l'envoise à Preneste en secret et sans bruit. Tu sais en quel état ce coup m'avait réduit. Ne sachant en quels lieux on cachait ce que j'aime, Je signale par tout mon désespoir extrême, Et de mon père mort devenu successeur, Pour venger mon amour, j'imite sa fureur. Sylla revient d'Asie enflé d'heur et de gloire ; Tout mon parti s'ébranle au bruit de sa victoire. Je l'attaque, il triomphe, et trahi des Romains, Je me vois sur le point de tomber dans ses mains. Valère Gouverneur pour lui dans cette Ville, Gagné par mes présents me l'offre pour asile. Sylla me suit, m'assiège, et la soif de mon sang Lui fait négliger Rome, et sa gloire et son rang. Je me vois en état de défendre Preneste, Ou de rendre sa prise à mon vainqueur funeste. Mais admire mon sort : plein d'un si doux espoir J'apprends que Cécilie était en mon pouvoir. Je reçois aussitôt par les mains de Valère Ce précieux dépôt, qu'il tenait de son père. Sylla m'a tout offert pour un trésor si cher. Mais rien à mon amour ne le peut arracher, Et pour te faire voir mon amour toute entière, Vois quel est l'ascendant d'une beauté si fière. La voisant ma captive, à son premier aspect J'en prends un peu d'orgueil et tremble de respect, Ses fers m'enflent le coeur, et sa beauté me brave ; J'ai le pouvoir d'un maître, et la peur d'un esclave ; Mais plus esclave encor que maître en ce séjour Ce que je tiens du sort cède aux droits de l'amour.

SCÈNE II. Marius, Cécilie, Maxime, Sabine.

SCÈNE III. Cécilie, Sabine, Marcelle.

CÉCILIE

Je veux bien à vous deux en faire confidence : Je sais que votre coeur est fidèle et discret, Et que je puis sans peur vous confier mon secret. Sachez donc qu'un rival plus heureux dans mon âme, Plus fort que Marius triomphe de sa flamme : Mais parmi deux amants qui disputaient mon coeur, Pourrez-vous toutes deux avouer mon vainqueur ? Puisqu'enfin j'ai choisi, soit raison ou caprice, Songez, si je l'ai pu, sans faire une injustice. Un pareil entretien est fort peu de saison, Mais mon coeur de son choix vous veut rendre raison, Et se justifier, d'une rigueur extrême, Qui combat Marius pour servir ce que j'aime. Marius, fils d'un père, en qui la cruauté Avec un sang trop bas souilla la dignité, Ayant su surpasser la gloire de son père S'est fait une vertu, qui n'a rien de sévère ; Jamais il n'a souillé cet air auguste et doux, Par quelque emportement d'orgueil et de courroux : Rome tient de lui seul toute la politesse, Que le reste du monde enviait à la Grèce. Quand il s'agit d'aimer, toute Rome aujourd'hui Ne saurait lui fournir un Amant comme lui : Il a pour exprimer ce qu'il sent, ce qu'il pense De la bouche et des yeux la plus tendre éloquence. Si l'on voit à la guerre au milieu des combats La terreur et la mort accompagner ses pas, Si Mars lui tient toujours ses palmes toutes prêtes, En amour, l'amour même a soin de ses conquêtes ; Il conduit tous ses pas, et prête à ses désirs, Les charmes les plus doux, les grâces, les plaisirs, Les jeux les plus galants, la pompe des spectacles, Les prodiges de l'art, le secours des miracles, Et parmi des objets si pompeux et si doux, Lui-même est le plus grand et le plus beau de tous. Mais aussi parmi nous tu sais comme on le nomme, Tu sais que Marius paraît aux yeux de Rome Un héros dans la Paix comme dans les hasards, Dans l'un fils de Venus, dans l'autre fils de Mars.

ACTE II.

SCÈNE PREMIÈRE. Cécilie, Maxime, Sabine.

MAXIME

N'imputez point au sort un succès si funeste. Si notre jeune maître a du moins une fois Vaincu le grand Sylla, vainqueur de tant de Rois, Si son bras a forcé d'invincibles obstacles L'amour au désespoir a fait tous ces miracles. Admirez cet amour. Plein d'un soupçon jaloux, Qui se fait un rival qu'il croit aimé de vous, Il demande par tout l'Amant de Cécilie, Le cherche dans le Camp, le brave, le défie, Et n'en voisant aucun qui s'ose présenter, Il se voit sûr de vaincre et de vous mériter. Mais apprenez aussi malgré tant de colère, Ce que ce même amour a fait pour votre père. Sylla voisant les siens étonnez ou vaincus Ou combattre en désordre ou ne résister plus, Court avec tant d'ardeur, pour porter sa présence Aux lieux où le besoin appelle sa vaillance, Que son cheval s'abat, et pour dernier malheur Lui-même à même temps tombe aux pieds du vainqueur. Je vois d'abord cent bras se lever sur sa tête : Mais d'un ton menaçant Marius les arrête, Et relevant Sylla, rends grâce à mon amour, Lui dit-il, c'est lui seul qui t'a sauvé le jour. Le fier Sylla honteux de lui devoir la vie Des mains de Marius s'arrache avec furie. Marius, qui le veut vaincre sans le frapper, Par crainte ou par respect tâche à l'envelopper, Quand un gros d'ennemis le joint et le dégage. Il remonte à cheval, reprend quelque avantage, Et si le nombre enfin n'eut lassé sa valeur, Sa valeur indignée eut vengé son malheur : Mais voisant par les siens son attente trompée...

SCÈNE II. Marius, Cécilie, Sabine.

SCÈNE III. Marius, Cécilie, Pison, Maxime, Sabine.

MARIUS

Voisant tout mon amour, vous pouvez présumer Que ce n'est pas mon coeur qui se défend d'aimer. Quand il combat pour vous une tendresse extrême, C'est alors seulement qu'il est vrai qu'il vous aime : Car enfin est-ce aimer de vouloir ces appas Et d'accepter un coeur qui ne se donne pas ? Que mon sort est étrange, et que je suis à plaindre ! À l'offre qu'on me fait je voulais vous contraindre, Mon amour ne pouvant vous obtenir de vous, J'ai suivi les transports d'un désespoir jaloux, J'ai cherché mon rival, j'ai défendu Preneste, J'ai mis Rome en péril, et vous savez le reste ; J'ai vaincu Sylla même, et fléchi son courroux, J'ai fait tout ces efforts pour vous et contre vous. Cependant, quand Sylla m'offre tout ce que j'aime, Quand je vois son présent avoué de lui même Tout tremblant de respect, mon coeur n'ose abuser D'un généreux aveu qui pourrait m'excuser. L'ordre de votre père et toute sa puissance Doivent-ils m'arracher à mon obéissance ? S'il est votre tyran, dois-je l'être à mon tour ? Et s'il est sans pitié, dois-je être sans amour ? Vois Sylla de ma part Maxime, et va lui dire Que je souscris sans peine à la paix qu'il désire ; Que de l'honneur qu'il m'offre étant trop satisfait, Je dois pour m'acquitter lui rendre son bienfait ; Que puisqu'en ma faveur il s'est vaincu lui-même Je dois en sa faveur vaincre un amour extrême. Dis-lui que quand je vois l'effort qu'il fait pour moi Pour toute sûreté je ne veux que sa foi ; Que je livre en ses mains moi, mes troupes, Preneste, Rang, dignité, puissance, et tout ce qui me reste, Et que pour servir Rome, et venger son malheur Mon coeur brûle d'aller seconder sa valeur.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Sylla, Marius, Cécilie, suite.

SCÈNE II. Sylla, Cécilie, Pison.

SCÈNE III. Sylla, Cécilie, Octave.

SCÈNE IV. Sylla, Pison.

SCÈNE V. Sylla, Pompée, Pison, suite.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Pompée, Marcelle.

SCÈNE II. Cécilie, Pompée, Suite.

SCÈNE III. Sylla, Cécilie, Pison.

CÉCILIE

Seigneur...

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Sylla, Marius, Pison, Maxime.

MARIUS

Quitte, quitte Sylla cet honteux artifice ; Étale fièrement toute ton injustice, C'est assez une fois d'avoir su m'abuser, Et la première encore suffit pour t'excuser. Dis pour me condamner, que j'ai dû te connaître, Que si je suis trahi, j'ai mérité de l'être, Qu'au lieu de me livrer aux mains d'un furieux Sur tes lâches serments ; sur la foi de tes Dieux, Je devais préférer une guerre immortelle Au péril évident d'une paix infidèle ; Dis-moi que je devais prévoir que cette paix, Allait mettre à couvert ta haine et tes forfaits ; Que voisant tous les jours que dans ta politique La vertu vieillissait comme la République, Que sous l'infâme joug de ton autorité Toute Rome expirait avec la liberté, J'ai dû prévoir aussi qu'avec tant de puissance Sylla de cette paix prendrait plus de licence, Et qu'ainsi la vertu demeurant sans appui, L'orgueil et la fureur régnerait avec lui. Je le devais prévoir, mais qui l'aurait pu croire, Qu'un coeur peut concevoir une fureur si noire, Que pour ta fille et toi mes soins trop généreux, Qui d'un trépas certain vous ont sauvé tous deux Ne trouveraient en toi qu'un ingrat qu'un parjure ; Qu'ayant su parvenir jusqu'à la Dictature, Tes serments violés, et mon espoir trompé Seraient le digne essai d'un pouvoir usurpé. Non, soit ou ma faiblesse, ou l'erreur de ma flamme, Je n'ai pu concevoir tant d'horreurs dans une âme : Quiconque pour les croire aurait assez de foi, Devrait être méchant et cruel comme toi.

SYLLA

Je pardonne aux transports d'une aveugle colère ; Je parlais pour ma fille, et vous parlais en père : Je pouvais puisqu'il faut vous parler autrement, Vous dire que j'ai pu trahir innocemment, Le fils d'un ennemi, qui né dans la bassesse Fut le persécuteur de toute la noblesse, Le fils d'un vieux tyran qui fit par ses forfaits Une sanglante guerre au milieu de la paix. Je pouvais écouter cette haine invincible Qui rend avec mon sang le votre incompatible. Mais pourquoi rappeler ces vieux ressentiment ; J'ai dû tout oublier dans nos embrassements, Et séparer, malgré la haine héréditaire L'innocence du fils et les crimes du père. Supprimons ces raisons de haine et de courroux, J'en ai, qui malgré moi parlent trop contre vous. Regardez en quel temps l'offre de Cécilie Suivit l'heureuse paix qui nous réconcilie : Rome étant aux abois, sur le point de périr, D'autres Romains sans nous ont su la secourir ; Pompée et ses amis emportent la victoire, Préviennent mon secours, et m'en ôtent la gloire. Cécilie est le prix qu'ils avaient attendu, Et que trop chèrement Rome leur a vendu. Je sais bien qu'un hymen, qui fut leur espérance, D'un seul de ces vainqueurs sera la récompense ; Mais Pompée au combat étant leur Général, Ils souffrent en lui seul le bonheur d'un rival. Encore ai-je sujet de croire que lui-même N'ose au dépens de tous accepter ce qu'il aime ; Il hésite, et peut-être il vous a fait valoir Ce généreux refus qui flattait votre espoir. Vous seul obtiendrez-vous ce qu'ils doivent attendre, Et que même Pompée ose à peine prétendre ? Faudra-t-il nous commettre avec des chefs jaloux, Qui déjà dans leurs coeurs conspirent contre nous, À cent braves Romains préférer un seul homme Et le fils d'un Tyran au défenseur de Rome ? Non, j'aurai soin de vous, et je veux à mon tour Vous sauver, malgré vous et malgré votre amour.

SCÈNE VI.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Cécilie, Marcele.

SCÈNE II. Marius, Cécilie, Marcelle, Maxime.

CÉCILIE

Adieu.

SCÈNE III. Cécilie. Marcelle.

SCÈNE IV. Cécilie, Pompée, Marcelle.

POMPÉE

Je cours prés de Sylla lui vanter ma victoire ; Je cours sacrifier mon amour à ma gloire : Mais faut-il vous trouver encore sur mes pas ? Ah ! ne m'opposez plus ces dangereux appas. Madame, c'en est fait ; il faut que je réponde, Malgré tout mon amour aux voeux de tout le monde, Et vous devez souffrir qu'un coeur trop combattu Se rende tout entier à sa seule vertu. Je dois même rougir qu'une trop juste crainte M'impose les devoirs d'une vertu contrainte ; Déjà dans sa douleur Marius me fait voir Le secret appareil d'un sanglant désespoir, Et Sylla qui le voit outré de sa disgrâce Par des ordres cachez en prévient la menace, Et songe à rejeter sur moi-même et sur vous, Tout ce que va produire un injuste courroux. C'est à nous de sauver de ce péril extrême, Sylla, la paix, l'État, Marius et vous-même. Puisque Sylla pour nous va rompre le traité Et nous veut imputer son infidélité, Reprenons l'innocence, et l'honneur qu'il nous vole, Et forçons un ingrat de tenir sa parole. Je vous aime, Madame, et j'adore en vos yeux Le plus visible éclat de la gloire des Dieux, Il n'est rien qu'à vos yeux mon coeur ne sacrifie. Mais voisant à quel prix on m'offre Cécilie, Mon coeur tout indigné renonce à ses appas ; L'amour n'est plus amour, où la gloire n'est pas ; Ce Dieu n'est que fureur, faiblesse, extravagance, Quand son emportement nous coûte l'innocence Et tous les vrais Romains refusent des Autels À ce lâche tyran du reste des mortels ; Allons, ne laissons pas refroidir ce beau zèle ; Mon devoir prés de vous, doute, tremble, chancelle. Le mal presse, il est temps, Madame.

SCÈNE V. Sylla, Pompée, Cécilie, Sabine.

SYLLA, à part

Dieux !

SCÈNE VI. Sylla, Pompée, Cécilie, Pison, Marcelle.

SCÈNE VII. Pompée, Cécilié, Sabine.

SCÈNE VIII. Cécilie, Sabine.

SCÈNE IX. Cécilie, Sabine, Marcelle.

CÉCILIE

Qu'est-ce ?

Le vers 1725 n'est pas un alexandrin.

CÉCILIE

Comment !

SCÈNE X. Cécilie. POMPÉE. MARCELLE. SABINE.

POMPÉE

Mais ce n'est pas assez : j'ai bien plus à vous dire. D'horreur et de pitié mon coeur tremble et soupire. Marius, m'adressant sa voix et ses soupirs, Mon trépas, cher rival, venge tes déplaisirs ; Adieu, jouis en paix du bonheur de ta flamme. Attendri par ces mots jusques aux feux de l'âme, Je change tout d'un coup ma tendresse en horreur, Voisant le fier Sylla d'un oeil plein de fureur Jouir de ce spectacle, et charmé de son crime D'un avide regard dévorer sa victime. Après avoir saoulé toute sa cruauté, Inquiet, et malgré toute sa dureté, Plein du trouble qui suit les âmes criminelles, Il veut se dérober à ses peines cruelles, Et tâche vainement à force de forfaits D'étouffer des remords, qui ne mourront jamais, À toute son armée il a livré Preneste : En vain je veux combattre un dessein si funeste, Plus mon zèle importun excite ses remords, Plus pour les surmonter il demande de morts : Il va jusques sur Rome étendre la tempête, Ce ne sont que fureurs qu'il roule dans sa tête ; Et son esprit n'est plein que de punitions, De fers, de sang, d'exils et de proscriptions. Son coeur persécuté du tourment qu'il endure, Déteste sa grandeur, maudit la Dictature, Il veut l'abandonner, et privé de son rang, Se livrer à quiconque aura soif de son sang. Cependant pour combler ses remords et ses crimes Il cherche à s'immoler mille et mille victimes. Et si vous n'avez soin de calmer son courroux, Je crains tout pour lui-même, et pour Rome et pour nous.

SCÈNE DERNIÈRE. Pompée, Cécilie, Pison.

1 788 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica