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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pastorale en vers

Lisimène ou La Jeune Bergère

Claude Boyer· créée en 1695, imprimée en 1672· 5 actes· 1 732 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain le 4 mars 1695.

Personnages

  • DORILAS, père de Silène
  • CLIMÈNE, mère de Lisimène
  • SILÈNE, amoureux de Télamire, promis à Lisimène
  • ERGASTE, frère de Télamire, Amoureux de Lisimène
  • LISIMÈNE
  • TÉLAMIRE, déguisée en Berger, sous le nom de Licaste, Soeur d'Ergaste
  • SILVANIRE, déguisée en Berger, sous le nom de Tirsis, Soeur de Silène
  • PHILIS, compagne de Lisimène
  • PALÉMON, ami de Silène
  • DAMIS, amoureux de Silvanire
MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR LE COMTE DU LUDE, GRAND-MAÎTRE De l'Artillerie.

Quand je prends la liberté de vous offrir mon Ouvrage, c'est moins pour vous en faire un présent, que pour m'acquitter d'une dette. Il y a longtemps que je dois à Monseigneur d'Albi votre Oncle, des marques publiques de mon respect et de ma reconnaissance, et j'ai cru que je pouvais lui rendre cet hommage en votre Personne. Cette union d'Esprits et de Coeurs, ce rapport de sentiments et de qualités qui vous lie l'un à l'autre autant que le Sang même, semblent confondre vos droits et vos intérêts, et m'imposer à l'égard de tous deux les mêmes obligations. Je vois, MONSEIGNEUR, dans l'un et dans l'autre, cet air de Grandeur, qui brille dans les Personnes dont la Naissance est aussi élevée que la vôtre ; une généreuse bonté qui se répand sur tout le monde ; une charmante civilité qui gagne tous les Coeurs, et enfin toutes ces éminentes qualités qui composent le caractère de ces Hommes que le Ciel a fait naître pour les grandes choses. Aussi le Roi qui se distingue principalement de tous les autres Rois de la Terre, par ce précieux talent qu'il a de bien choisir les Personnes qu'il destine aux grands emplois, vous a honoré d'une des plus vastes et des plus importantes Charges de l'État. Sa Majesté confie aux uns sa Justice, aux autres ses Trésors ; et c'est à vous, MONSEIGNEUR, qu'il a confié la principale partie de ses forces et de sa puissance : Vous êtes l'Aigle de notre grand Jupiter, je veux dire le Maître et le Dépositaire de sa Foudre. Quelle moisson de gloire vous prépare la prochaine Campagne ! Que votre zèle a d'impatience d'aller seconder la valeur de notre invincible Monarque ! Avec quelle promptitude, avec quel succès vous verra-t-on faire parler ces Bouches de feu qui expliquent les dernières raisons des Rois. Mais, MONSEIGNEUR, tandis que je conçois de grandes espérances pour votre gloire, je tremble au souvenir des périls que vous courûtes dans nos dernières guerres. Épargnez-nous ces mortelles alarmes ; l'importance de vos emplois, et les soins que vous devez à la vie qui est l'unique espérance d'une des plus illustres Maisons du Royaume, vous obligent à donner quelque mesure à votre courage, et à ne pas tenter par des entreprises trop hasardeuses cette puissance qui préside aux Combats, et qui a fait des miracles en votre faveur. Mais, MONSEIGNEUR, quel est mon dessein ? L'amour de la Gloire a des transports qui n'écoutent guère les conseils d'autrui, quand il s'agit de servir une telle Maîtresse, et un Maître comme le vôtre. Vouloir retenir votre zèle, c'est l'offenser ; et le mien se doit borner à faire des voeux pour une vie aussi précieuse que la vôtre, et à vous dire que je suis avec un profond respect,

MONSEIGNEUR, Votre très humble et très obéissant Serviteur,

BOYER.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE.

Le Temple s'ouvre.

SCÈNE II. Lisimène, Silène, Palémon, Philis.

SCÈNE III. Silène, Palémon.

SILÈNE

Mon amour.

SILÈNE

Je n'ose, et je ne puis, Admire, et prends pitié de l'état où je suis. J'ai honte d'adorer une ingrate Maîtresse, Et me suis reproché cent fois cette faiblesse. Je te l'ai dit cent fois ; mais à ne rien celer, C'était un fier dépit qui me faisait parler. Trahi par ce dépit, j'allai voir Lisimène ; J'essayai d'y trouver le remède à ma peine ; J'y cherchai des attraits qui pussent m'enflammer ; Si je ne l'aimai pas, au moins je crûs l'aimer. Abusé par l'erreur d'un dépit plein de flamme, Je crus avoir chassé mon amour de mon âme ; Et sans appréhender un retour dangereux, Je pressai mon Hymen, croyant me rendre heureux. Mais quand le jour fut pris (j'ai honte de le dire) Je me trouvai toujours amant de Télamire ; Et lorsque j'ai besoin de tout, pour la quitter, Tout dans ce dernier jour me la fait regretter. Lisimène aime ailleurs, Ergaste est dans son âme ; Et si son coeur pour lui semble ignorer sa flamme, C'est l'erreur de son âge, et Lisimène un jour Peut aimer un amant digne de son Amour. Mais Télamire au moins envers moi si cruelle, L'est pour tous les Bergers qui soupirent pour elle ; Et je trouve en mes maux un destin assez doux, De n'avoir pas au moins celui d'être jaloux. Voilà bien des raisons pour flatter ma faiblesse. Mais, pour dire encor plus, je verrai ma Maîtresse ; La Fête de demain m'en donne un doux espoir, Mais c'est assez hélas ! D'espérer de la voir. Avant ce triste Hymen, si je vois Télamire, Il me semble que j'ai cent choses à lui dire, Qui malgré la rigueur de son coeur inhumain...

PALÉMON

Quoi...

SCÈNE IV. Silène, Damis, Palémon.

DAMIS

Silène, tu me vois presque tout hors d'haleine, Je viens de voir ici sur la rive prochaine... Ah ! Que n'ai-je pas vu... J'en suis tout enchanté. C'est Vénus, c'est Diane, ou la même Beauté. Je brûle de savoir le nom de cette Belle. Écoute. L'aventure est charmante et cruelle. Cherchant pour mon troupeau dans la chaleur du jour L'innocente fraîcheur des ombres d'alentour, Je suis enfin venu dans cette Île charmante, Qui sépare en deux bras les eaux de l'Érymanthe Laissant à des Bergers le soin de mon troupeau, J'ai conduis en rêvant mes pas le long de l'eau. Tu sais qu'en cet endroit un Bois triste et sauvage Sur le Fleuve en tout temps y donne de l'ombrage, Et formant un Berceau de ses rameaux épais, En dépit du Soleil, y conserve le frais. Là m'étant par hasard assis au pied d'un Chêne, Je rêvais doucement au bruit d'une Fontaine, Qui roulant son argent dessus un sable d'or, Offrant à l'Érymanthe un si riche trésor, Quand surpris par un bruit dont l'onde s'est émue, Sur le Fleuve aussitôt j'ai détourné la vue. Un objet surprenant en grâces, en beauté, Sortant de se baigner dans un bord écarté, S'efforçait à grands pas de gagner le rivage : Sa fuite m'empêchant de voir tout son visage, Il ne laissait paraître à mes yeux éblouis Que de quoi me jeter dans le doute où je suis. Ce que de plus charmant a produit la Nature, N'est de ce rare objet qu'une faible peinture ; Et mon oeil, s'il n'eût cru connaître ses appas, Eût cru voir une Nymphe, et ne se tromper pas. Son corps que l'eau couvrait comme un faible nuage, N'offrait de sa beauté qu'une imparfaite image ; Et toutefois hélas ! À ce que j'en ai vu, Mes sens se sont troublés, tout mon coeur s'est ému : Je la suivais des yeux, et sa vitesse extrême Emportait mes regards, m'enlevait à moi-même, Quand un ombrage épais qui tombe sur ces bords, Tout d'un coup à mes yeux dérobe ces trésors. Je l'ai cherchée en vain, je pense la connaître. Ce violent transport que mon coeur fait paraître, M'étonne, et sans pouvoir en dire la raison, Je brûle de la voir, et d'apprendre son nom. Peut-être que j'ai vu quelques traits d'un visage Que l'Alphée à mes yeux fit voir sur son rivage. Si c'était ma Bergère...

SCÈNE V. Silvanire, Silène, Damis, Palémon.

SILÈNE

Ma Soeur.

SCÈNE VI. Damis, Silène, Palémon.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Ergaste, Télamire, déguisée en Berger.

ERGASTE

Ma Soeur, connaissez mieux le coeur de Lisimène ; Vous savez bien, ma Soeur, qu'en ces prochains Hameaux J'ai toujours eu le soin de gardez nos troupeaux, Lorsqu'aux bords du Ladon, étant près de ma mère, Vous aviez soin des biens que nous laissa mon père. C'est dans ce temps heureux, qu'exempt de tout amour, Je conduisais ici mon troupeau chaque jour. Un jour rêvant, les yeux baissés sur l'Érymanthe, Et frappé tout d'un coup par une voix charmante, Je relève ma vue, et mes yeux tous ravis Virent... Vous puis-je dire hélas ! ce que je vis ? Je vis un air touchant, un air plein d'innocence ; Sa voix m'avait charmé, j'adorai son silence ; Ses regards pleins de feu secondant ses appas, Semblaient dire à mes yeux... Que ne disaient-ils pas ? Je vis en Lisimène enfin tout ce qu'on aime, Tous les jeunes appas, ou la jeunesse même, Son air, ses traits, son teint, et j'en fus tout charmé ; Au moment je fus pris, au moment je l'aimai, Depuis ce jour qui fit et ma joie et ma peine, Ergaste n'a pu vivre un jour sans Lisimène. Tout flattait de mes feux la naissance et le cours, Elle était attentive à mes tendres discours : Mais, ma Soeur, j'ai bien vu que sans y rien comprendre, Son faible et jeune coeur aimait à les entendre ; Que sans jamais aller plus loin que l'amitié, Mes larmes ne faisaient qu'exciter sa pitié : Mais las ! Cette pitié, cette heureuse faiblesse, Qui semblait imiter l'amoureuse tendresse, Flattait d'un vain espoir mes regrets superflus : Elle plaignait mes maux, et puis n'y songeait plus.

Ladon : Fleuve d'Arcadie, que la Fable dit être pere de la Nymphe Daphné et de la Nymphe Syrinx. C'est des roseaux du fleuve Ladon dont Pan se servit pour faire sa flûte à sept tuyaux. [T]

Érymanthe : Montagne de l'Arcadie, couverte de bois et de forêts. Erymanthus. La forêt d'Erymanthe, ou la montagne d'Erymanthe, est célèbre dans la poésie ancienne. [T]

SCÈNE II. Philis, Lisimène, Ergaste, Télamire.

PHILIS, à Lisimène

Voici ce pauvre Ergaste.

SCÈNE III. Télamire sous le nom de Licaste, Lisimène.

LISIMÈNE

Ah je jure...

TÉLAMIRE

Fuyons.

SCÈNE IV. Silène, Lisimène, Silvanire.

LISIMÈNE

Hélas !

SCÈNE V. Silène, Silvanire.

SILVANIRE

Comme fort loin d'ici Auprès d'un vieux Parent, le bien que j'en espère M'attache malgré moi par les ordres d'un Père, Je me cache en ces lieux sous ce déguisement ; Ou plutôt je me cache aux regards d'un amant, À qui je dois mon coeur pour le prix de la vie, Qu'un extrême péril sans lui m'aurait ravie, Sur les bords de l'Alphée où j'allai voir un jour Des Jeux qu'on célébrait à l'honneur de l'Amour, Arrêtant dessus l'eau ma vue et ma pensée, Sans songer au péril dont j'étais menacée, Deux Chevaux qui traînaient un Char sans Conducteur, Vers le bord où j'étais courraient avec fureur, Quand Damis leur offrant le fer de sa Houlette, La frayeur les saisit, et d'abord les arrête, Et se voyant pressés par un effort nouveau, Pour éviter le fer, ils s'élancent dans l'eau. Jugez par le péril de ma reconnaissance, Et voulant m'acquitter, voyez mon impuissance. Dans l'état où j'étais, presque morte de peur, J'inspire à ce Berger une tendre douleur : Mais des Pasteurs zélés une troupe accourue, Pour me rendre leurs soins, m'enlevant à sa vue, Lui-même à même temps se dérobe à mes yeux, Et son Père mourant le rappelle en ces lieux. De plus, un beau Pasteur, qu'on m'a nommé Licaste, Qu'hier auprès de ces lieux je vis avec Ergaste, M'a donné trop d'amour pour le pouvoir cacher. Je me cache à Damis ardent à me chercher ; Cet habit me dérobe à son amour extrême, Mais cet habit aussi me cache à ce que j'aime. Je voudrais me montrer aux yeux de mon Vainqueur ; Je voudrais me cacher à mon Libérateur. Mon frère, vous voyez l'embarras et la peine...

Alphée : Fleuve du Péloponèse, aujourd'hui Orfea. Les Italiens le nomment Carbon. Il arrose l'Arcadie et l'Achaie, et se décharge dans la mer Ionienne au dessous de Pise. Les poètes ont feint qu'Alphée, conservant la passion qu'il avait eue pour Aréthuse, qui fut changée en une fontaine qui est en Sicile, et porte son nom, passe sous les flots de la mer sans s'y mêler, et vient joindre ses eaux avec celles de cette fontaine. [T]

DIALOGUE. CHOEUR DE BERGERS ET DE BERGÈRES,Dont les uns dansent, et les autres chantent.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Philis, Ergaste.

SCÈNE II. Ergaste, Lisimène, Philis.

SCÈNE III. Lisimène, Philis.

SCÈNE IV. Silène, Silvanire, Lisimène.

SCÈNE V. Silvanire, Lisimène, Philis.

LISIMÈNE, à Philis

Quel est cet Étranger ?

SILVANIRE

Ne vous y fiez pas ; le perfide Hyménée, Avec toutes ces fleurs dont sa tête est ornée, Est le cruel tyran de votre liberté, Le tombeau de l'amour, le fléau de la beauté.

Il faut prononcer fléau comme flô. Sinon il y a 13 pieds. selont Féraud, Flé-o, et non pas Flo : celui-ci est un gasconisme.

SCÈNE VI. Lisimène, Silvanire, Télamire, Philis.

SCÈNE VII. Silvanire, Télamire.

TÉLAMIRE

Elle est belle.

SCÈNE VIII. Silène, Silvanire.

SCÈNE IX. Silène, Damis.

DAMIS, aux pâtres

Tenez-vous prêts tantôt, j'aurai besoin de vous.

Des Pâtres dansent.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Climène, Lisimène.

SCÈNE II. Lisimène, Philis.

PHILIS

Et c'est ce qu'en fuyant il vous faut éviter.

v. 1149, L'original porte "Est" au lieu de "Et".

SCÈNE III. Ergaste, Lisimène, Télamire, Philis.

ERGASTE

Moi.

SCÈNE IV. Ergaste, Télamire.

SCÈNE V. Silvanire, Télamire, Ergaste.

SILVANIRE, sous le nom de Tirsis

Le voici.

SCÈNE VI. Télamire, Silvanire.

SILVANIRE

Qui suis...

TÉLAMIRE

Quoi ?

TÉLAMIRE

Non.

TÉLAMIRE

L'un et l'autre plutôt se ressemblent trop bien. Adieu. Vous en saurez quelque jour davantage.

L'original met deux fois Silvanire, comme locuteur Ici, c'est Télamire.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Silvanire, Damis.

SCÈNE IX. Silène, Damis.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Silvanire, Palémon.

SCÈNE II. Damis, Silvanire.

DAMIS

Sachant que vers le Fleuve il avait pris la fuite, J'y vole, et cours en vain tous les lieux d'alentour. Je passe à l'autre bord, et sur le point du jour Nos yeux plus éclairés découvrent deux visages Dont la blancheur brillait à travers des feuillages. J'approche, à leur abord l'obscurité s'enfuit ; Leur teint semble chasser le reste de la nuit. Sur du gazon (jugez quel trouble fut le nôtre) Nous les voyons tous deux couchés l'un près de l'autre. D'une main soutenant leurs têtes qui penchaient Comme pour se baiser leurs bouches s'approchaient, Et d'un vif incarnat toutes deux allumées, D'un semblable désir paraissaient animées. Lisimène éveillée admirait son amant, Qui près de tant d'appas dormait tranquillement, Comme sûr du succès d'un Hymen légitime, Ou comme s'il était sans amour et sans crime. Nos amis survenants et troublants son sommeil, De nouvelles clartés brillent à son réveil. Ses timides regards entrouvrant sa paupière, Mêlent au jour naissant une douce lumière. Tous deux en cet état surpris, environnés, Se lèvent en sursaut sans paraître étonnés. Toute leur action fait voir une assurance, Qui sans autre témoin, montre leur innocence. Que nous demandez-vous ? dit tout haut le Berger. De quels crimes, Pasteurs, nous venez-vous charger ? Nous sommes mariés : Licaste et Lisimène Sont unis désormais d'une si belle chaîne, Par un amour si saint, par un si digne choix, Qu'ils peuvent défier les plus sévères Lois.

v.1274, Le texte porte "nous venez-vous changer", il semble que ce doit être "nous venez-vous charger".

SCÈNE III. Climène, Ergaste, Damis.

SCÈNE IV. Dorilas, Climène, Damis.

SCÈNE V. Dorilas, Climène, Damis, Lisimène, Silène.

SCÈNE VI. Climène, Dorilas, Damis, Ergaste, Lisimène.

SCÈNE VII. Ergaste, Dorilas, Climène, Damis, Silène, Lisimène, Télamire.

ERGASTE

Le voici.

TÉLAMIRE, à Ergaste

Consultez cet amant.

DORILAS

Climène ?

SCÈNE DERNIÈRE. Dorilas, Climène, Télamire, Lisimène, Ergaste, Silène, Damis, Silvanire.

1 732 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica