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Tragédie en vers

La Mort des Enfants de Brute

Claude Boyer· créée en 1647, imprimée en 1648· 5 actes· 1 465 vers· 11 personnages

Représentée pour la première fois en 1647 au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • BRUTE, Père de Tite et de Tibère
  • TITE, fils de Brute et de Junie
  • TIBÈRE, fils de Brute et de Junie
  • VITELLE, gendre de Tarquin
  • JUNIE, femme de Brute et soeur de Vitelle
  • TULLIE, Fille de Tarquin
  • MARCELLE, Confidente de Junie
  • LIVIE, Confidente de Tullie
  • MARCELLIN, Suivant de Brute
  • JULIE, Suivante
  • Troupe de gardes.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Tite, Vitelle, Tibère.

VITELLE

Ah ! Malheureux Tarquin, ah ! Prince déplorable ! Où rencontreras-tu quelque fidèle appui, Si tes meilleurs amis te quittent aujourd'hui ? Rome monstre formé de rang d'âmes changeantes, Qui fais à notre État cent faces différentes, Et t'osant dispenser de nos premières lois : Élève l'insolence et détrône les Rois. Si le dessein d'agir contre la tyrannie, Nous fait voir maintenant la Royauté bannie, Rend au moins, rend les biens aux Rois que tu bannis. Et ne fais pas contre eux le mal que tu punis. Pinces, souffrirons nous que l'audace Romaine, Contre nos Souverains fasse éclater sa haine ? Par des crimes plus grands et plus noirs mille fois, Que ceux dont sa malice ose charger les Rois. Quel prétexte, quel droit peut avoir sa manie, D'étendre sur leurs biens sa lâche tyrannie ? Ce n'est plus l'intérêt de notre liberté, Qui doit servir d'excuse à cette cruauté. Romains, Tarquin n'est plus sur ce trône adorable, Que tes impiétés ont rendu misérables : Mais quel droit avez-vous de retenir son bien ? En cessant de régner il devient citoyen. Vous, si vous prenez part aux sentiments de Rome, Ne considérez plus ce que fut ce grand homme : Et si régner en lui n'est plus qu'un titre vain, Abandonnez un Roi, mais servez un Romain. Cet orgueil insolent qui chasse nos Monarques, Laisse de la fureur d'assez sanglantes marques : Après avoir chassé les Tarquins de leur rang, Banni tous leurs parents, versé son plus beau sang, Le débris éclatant d'une illustre couronne Doit borner ses horreurs, et sauver sa personne. Quoi Princes verrons nous un Roi précipité D'un trône si superbe à la mendicité ? Verrons-nous ce héros plus craint que le tonnerre, Le favori des Dieux, et le Dieu de la terre, Le sang de tant de Rois, et de vos Fondateurs, Tout seul abandonné de ses adorateurs, Profanant malgré lui sa majesté de Prince, Mendier du secours, de Province en Province ? Et peut-être privé d'un si honteux secours, Consommer lentement le reste de ses jours. Romains si vos rigueurs qui vont jusqu'à l'extrême, Refusent à ce Roi jusqu'à la pitié même, Ma mort qui préviendra ses suprêmes malheurs, Armera mes amis, et touchera vos coeurs.

SCÈNE II. Tullie, Tite, Tibère, Vitelle.

ACTE II

SCÈNE PREMIERE. Brute, Tite, Tibère.

SCÈNE II. Tibère, Tite.

SCÈNE III. Tullie, Tibère, Tite.

TIBÈRE

Las !

SCÈNE IV. Tullie, Tite.

SCÈNE V. Tullie, Vitelle, Tite.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Tite, Tibère, Livie.

SCÈNE II. Brute, Tite, Tibère, Troupe de Gardes.

BRUTE

M'oseriez-vous parler en leur défense, Voyez en quel péril nous met trop d'indulgence : Trésor si précieux et qui m'a tant coûté, Bien le plus grand des biens, charmante liberté ! Rome par les effets d'une fraude imprévue, Sortant de t'acquérir, t'a donc presque perdue ! Hélas ! À ce penser je sens avec terreur, Couler dedans mes os une secrète horreur Et vous restez confus après cette nouvelle ? Tout coupable qu'il est regrettez-vous Vitelle ? Ah ! De grâce, perdez pour un homme sans foi, Cette tendresse indigne et de vous et de moi. Par un noble courroux soutenez mon estime, Qui plaint le criminel, prend la part de son crime ; Et nous devons enfin loin d'en avoir pitié : Pour un perfide ami perdre toute amitié. Oui, bien que votre esprit aujourd'hui s'intéresse, Pour un homme autrefois cher à votre maîtresse, Au zèle du pays immolez tous vos soins : La victime étant moindre il éclaterait moins : Que si malgré l'ardeur qu'un Père vous inspire, Votre bouche en sa perte et gémit et soupire ; Si Rome est la plus faible et ne l'emporte pas, Plaignez-le pour son crime et non pour son trépas : Mais plutôt, mes Enfants, imités votre Père, Montrez que de vous deux aucun ne dégénère Et pour venir à bout de ce monstre nouveau, Si le fer ne suffit, portons-y le flambeau : Suivez les mouvements d'une si belle audace. Lâches à ce discours vous paraissez de glace ! Honte de ma famille, allés enfants sans coeur, Je saurai bien sans vous soutenir mon honneur. Le voici, le voici ce dangereux rebelle, Bientôt vous entendrez sa sentence mortelle ; Et puisque son salut borne votre désir : Je hâterai sa perte avec plus de plaisir.

SCÈNE III. Vitelle, Brute, Tite, Tibère, Troupe de Gardes.

SCÈNE IV. Brute, Vitelle, Tullie, Tite, Tibère, Troupe de Gardes.

ACTE IV

SCÈNE PREMIERE. Tullie, Julie, Livie.

SCÈNE II. Tullie, Tite, Livie.

SCÈNE III. Tibère, Tite, Tullie, Julie.

SCÈNE IV. Tullie, Junie, Tibère, Tite, Julie, Marcelle.

SCÈNE V. Junie, Tibère, Tite, Marcelle.

TIBÈRE

Hélas !

TITE

Madame.

SCÈNE VI. Tite, Marcellin, Junie, Tibère.

JUNIE

Cruel !

ACTE V

SCÈNE PREMIERE. Junie, Marcelle.

MARCELLE

Si tôt que vos deux fils D'un nombre d'affligés confusément suivis, Ont paru sur les bords de la place publique, La foule qui fermait ce théâtre tragique, S'est ouverte soudain : Brute les voit venir : Et malgré des soupirs qu'il ne peut retenir, Il les voit ; mais d'un oeil tout ardent de colère, Qui leur fait voir leur Juge, et leur cache leur Père. Le Peuple, que Vitelle et d'autres conjurés, Qui si prés de la mort se montraient assurés, Remplissaient du regret de voir tant de noblesse, Payer si chèrement un crime de jeunesse, Jetant de cet objet ses yeux de toutes parts, Sur les fils de son Brute attache ses regards. Une fière douleur sur leur visage peinte Faisait naître autour d'eux le respect et la crainte. Et leur maintien superbe imprimait à l'abord, Aux coeurs les plus Romains l'image de leur mort. La crainte et la douleur erraient dans cette place, Où les seuls condamnez exprimaient de l'audace ; De sorte qu'il semblait à nos sens étonnés, Que les seuls assistants étaient les condamnés. Cependant à l'aspect d'un objet si terrible : Parmi tant d'affligés leur Père est insensible, Son visage est égal, et sa mâle fierté Dans le coeur des Romains porte la fermeté : Il voit son plus beau sang prêt à couler par terre : Il peut ou retenir, ou lancer le tonnerre ; Mais plus pour ses enfants il souffre des combats, Plus son zèle cruel demande leur trépas. De tous les sentiments les plus tendres d'un Père, Il dresse un beau Trophée à sa vertu sévère : Et quand sur son esprit le sang est le plus fort, Il prononce à ses fils la sentence de mort. Il presse les bourreaux de hâter leur supplice, Et lors qu'ils semblent lents à faire leur office, Ces enfants trop soumis d'un Père trop cruel, Demandent à l'envie le premier coup mortel. Ils s'offrent l'un et l'autre au coup qui les menace ; Mais Tite le premier occupant cette place, Après quelques soupirs donnez à son amour, Adresse ces propos aux peuples d'alentour : Voici l'unique Auteur du crime de Tibère, Sauvez un fils à Brute, et que ce soit mon frère : Tibère est innocent, et pour perdre deux fils, Votre Brute, Romains, vous a trop bien servis. Empêchez malgré lui le mal qu'il se veut faire. Le peuple était tout prêt d'accorder sa prière, Quand Tibère indigné contre son amitié, Refuse également leur grâce et sa pitié. Tite plaint son malheur, et soudain il s'apprête D'obéir à son Père en lui donnant sa teste : L'exécuteur tout prêt à faire son devoir. Lève le bras.

SCÈNE II. Talluie, Junie, Marcelle.

SCÈNE III. Marcellin, Junie, Tullie, Marcelle.

MARCELLIN

C'en est fait.

SCÈNE IV. Brute, Tullie, Junie, Marcellin, Marcelle.

SCÈNE V. Junie, Brute.

SCÈNE DERNIÈRE. Livie, Junie, Brute.

1 465 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0