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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Ou la Générosité d'Alexandre

Porus

Claude Boyer· imprimée en 1648· 5 actes· 1 555 vers· 11 personnages

Personnages

  • PORUS, Roi des Indes
  • ARGIRE, Femme de Porus, prisonnière d'Alexandre
  • ORAXÈNE, Fille de Porus, prisonnière d'Alexandre
  • CLAIRANCE, Fille de Porus, prisonnière d'Alexandre
  • CLARICE, Confidente d'Argire
  • PHRADATE, Écuyer d'Argire
  • ARSACIDE, Prince des Indes
  • ALEXANDRE
  • PERDICCAS, Prince de Macédoine
  • ORONTE, Capitaine des Gardes d'Alexandre
  • TROUPE DES GARDES
MONSIEUR,

À MONSIEUR MONSIEUR LE CHEVALIER DE RIVIÈRES CONSEILLER DU ROI EN SES CONSEILS, GOUVERNEUR DE LA VILLE d'Épernay, premier Gentilhomme de la Chambre de Monseigneur le Prince, et Gouverneur pour son altesse de la Ville et Château de Nérac, et Duché d'Albret.

Comme je n'ai autre dessein, en vous offrant cet ouvrage, que de vous témoigner combien je vous honore, je n'ai pas beaucoup examiné s'il était digne de vous être offert : l'impatience que j'avais de vous rendre ce devoir, a arraché ce présent de mes mains pour le mettre dans les vôtres, sans en considérer la valeur : et je ne prétends pas surprendre votre jugement par l'illustre titre que je lui fais porter, qui semble vous promettre quelque chose de grand. Pour moi je le crois très médiocre, et peut-être au-dessous de l'approbation qu'il a reçue sur le Théâtre, si ce n'est qu'il fut assez heureux pour mériter la vôtre. S'il arrivait toutefois qu'il n'eût pas l'heur de vous plaire, je me consolerais aisément de sa disgrâce, pourvu qu'il fût envers vous un témoignage de mes respects et de l'estime que je fais de votre mérite : je borne toute mon ambition à ce glorieux avantage ; sachant bien, MONSIEUR, que ces belles qualités qui vous ont acquis avec justice le véritable réputation de Gentilhomme très accompli ; que cette judicieuse conduite qui vous fait réussir dans les emplois les plus difficiles, et qu'enfin cette adresse d'esprit qui vous a fait mériter la confiance de notre GRAND PRINCE, vous donnent une place à la tête de ces ouvrages qui ne meurent jamais, et qui font durer autant qu'eux la gloire de leurs protecteurs. Aussi voyant le peu de rapport qu'il y a de ce travail avec la dignité de votre protection, je n'ai garde de la lui promettre, quoique j'osasse espérer assez légitimement de l'obtenir de cette généreuse bonté, qui se rend si facile à tous ceux qui l'implorent, et qui est déjà venue jusqu'à moi par le ressentiment que je dois à toutes les grâces que mes plus proches en ont reçues. Je rends, MONSIEUR, ce respect à vos sentiments, de ne vouloir pas leur faire quelque violence en faveur de cette pièce, quoique je sache bien que votre estime, à quelque titre qu'elle l'obtint, lui pourrait acquérir infailliblement celle du public, je me réserve de la demander pour des efforts plus grands et moins indignes de cette faveur , puisque je fais voeu dès à présent de mette entre vos mains le destin de tous mes ouvrages, et d'abandonner entièrement leur réputation à la justice de votre jugement. Agréez cependant, que je me serve de celui-ci pour avoir l'honneur de vous faire la révérence, et de vous assurer que je suis véritablement,

MONSIEUR,

Votre très humble, très obéissant et très obligé Serviteur, B.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Alexandre, Perdiccas, Oronte.

SCÈNE II. Perdiccas, Oronte.

SCÈNE III. Perdiccas, Clairance s'enfuit en le voyant.

PERDICCAS

Madame.

CLAIRANCE

Espérez.

SCÈNE IV. Argire, Perdiccas, Oraxène, Clarice.

SCÈNE V. Argire, Oraxène, Clairance.

CLAIRANCE

Dieux !

ACTE II

SCÈNE I. Porus, et Arsacide inconnus.

ARSACIDE

Mais on pourrait enfin sortir de cette erreur.

On lit et au lieu de cette erreur. Remarque : " Erreur est du masculin, " dit Marg. Buffet, Observ. p. 191, en 1668. Erreur, en effet, a été masculin au XVIe siècle, alors qu'on refit du masculin, d'après le latin, les substantifs en eur qui venaient de noms latins en or, qui étaient tous féminins dans l'ancienne langue et qui ont presque tous repris leur genre ancien, excepté quelques-uns, par exemple, amour, honneur, labeur, etc. [L]

PORUS

Quoi.

SCÈNE II. Oronte, Porus, Argire, Clairance.

ORONTE, s'en allant

Madame les voici.

CLAIRANCE

Ah ! Madame.

PORUS

Madame.

PORUS

Arrêtez.

PORUS

Moi !

SCÈNE III. Alexandre, Porus, Argire, Arsacide, Clairance, Troupe des Gardes.

ARSACIDE

Seigneur.

SCÈNE IV. Alexandre, Argire.

SCÈNE V. Clairance, Argire.

ACTE III

SCÈNE I. Porus, Arsacide.

PORUS

Hé bien cher Arsacide, en dois-je plus douter ? Diras-tu désormais que j'ai tort d'éclater ? Et que je dois bannir l'injuste défiance, Dont la vertu d'Argire et mon amour s'offense Elle le suit l'ingrate, et je suis dans ces lieux Un objet importun à son coeur, à ses yeux. Mais lâche que je suis ! Alexandre a pu dire Qu'on nous laisse ici seuls ; soldats qu'on se retire ; Et loin de l'immoler à mon ressentiment J'obéis en esclave à son commandement. Quoi dans le temps qu'il faut signaler ma vengeance, J'écoute des discours si remplis d'insolence ? Qui s'oppose à sa perte et qui retient mon bras ? Puis-je vivre, le voir, et ne me venger pas ? Quoi Porus, quoi ce Roi qui sut se faire craindre Cherche et voit son rival, et s'amuse à se plaindre ! Et sans me souvenir ni de lui, ni de moi, J'obéis en esclave et je reçois sa loi. Que suis-je devenu ! Je me cherche moi-même ; Et ne me trouve plus dans ce désordre extrême. Vous ai-je donc quittés trône, sceptre, grandeur, Pour servir mon rival et mon Ambassadeur ? Mais gardez-vous encor de montrer ma naissance : Vous quittant je vous sers autant que ma vengeance. Trône ? Pour t'asservir un rival massacré Doit être ma victime et ton premier degré ; Enfin sceptre, grandeur, je ne puis vous reprendre Que je ne sois vengé d'Argire et d'Alexandre. C'est à toi seulement que ce coeur maltraité Demande du secours en cette extrémité ; C'est par toi, c'est par toi que cette âme outragée Doit être pleinement satisfaite et vengée. Arsacide fais voir que pour me secourir Tu sais.

PORUS

Hélas ! Quand tes discours échauffent mon courage Que je hais les desseins que m'inspire ma rage ! Mais aussi quand je vois l'excès de mon malheur, Que tes discours sont froids auprès de ma fureur : Autrefois au seul bruit de ses grandes merveilles ; Quand le nom d'Alexandre eut frappé mes oreilles Avec le même effet je sentis dans mon coeur Allumer le désir d'attaquer ce vainqueur. Quand j'appris qu'il venait fondre sur cette terre, Mon âme avecque joie embrassa cette guerre, Et me voir prévenu par ce fameux vainqueur Est le seul déplaisir qui troubla ce bonheur. Mais depuis quand le Ciel ennemi de ma gloire. Dès le premier combat lui livra la victoire ; Au malheureux moment qu'il mit dans sa prison Ma femme et mes enfants ; je perdis la raison. Comme d'un gouffre affreux de ce malheur extrême S'élevèrent des maux pires que ce mal même ; Je reste sans vertu, sans coeur, sans jugement ; Et tu vois un effet de ce dérèglement. Mon dessein quel qu'il soit ne doit plus le surprendre ; Je cherche mon rival ; et non pas Alexandre, Et je cherche en rival, en amant, en jaloux ; Un tyran qui ravit sa femme à son époux. Le délai d'un moment redouble mon offense ; Et tu veux d'une nuit reculer ma vengeance. Ce conseil me nuirait, plus que mon désespoir : Aussi pour arracher Argire à son pouvoir Sans en plus consulter que ma fureur extrême, Je cours perdre Alexandre, et l'ingrate et moi-même. Enfin pour amoindrir l'excès de mon malheur Je veux tout accorder à ma forte douleur.

SCÈNE II. Argire, Porus, Arsacide, Oraxène.

SCÈNE III. Oraxène, Arsacide.

ARSACIDE

Madame.

ORAXENE

Quoi ?

ORAXENE

Arsacide.

ORAXENE

Non.

SCÈNE IV. Oraxène, Clairance.

CLAIRANCE

Sur Perdiccas.

CLAIRANCE

Quoi.

ACTE IV

SCÈNE I. Perdiccas, Oraxène.

SCÈNE II. Clairance, Arsacide, Oraxène, Perdiccas.

CLAIRANCE, retenant Arsacide

Quoi Prince ?

ARSACIDE

Non Clairance ;

Il lui échappe et met l'épée à la main.

Je ne puis perdre un temps si cher à ma vengeance.

CLAIRANCE

Au secours.

PERDICCAS, va contre lui

Ah barbare !

ORAXENE, l'arrête

Seigneur.

SCÈNE III. Alexandre, Perdiccas, Arsacide, Oraxène, Clairance.

PERDICCAS

Seigneur.

ALEXANDRE

Ce Prince !

SCÈNE IV. Porus, Alexandre, Perdiccas, Arsacide, Oraxène, Clairance.

SCÈNE V. Alexandre, Arsacide, Porus, Perdiccas.

ALEXANDRE, à Arsacide

Le connais-tu ? Son nom.

ARSACIDE

Arrête.

ARSACIDE

Sa mort flétrira ta mémoire, Et c'est pour ton malheur que le Ciel a permis Qu'on compte un vil esclave entre tes ennemis. Donne d'autres objets à ta noble colère ; Tu vois en moi l'auteur du coup qu'il n'a su faire Et ce lâche n'a rien digne de ton courroux.

Vers 998, on lit conte dans l'édition originale. Littré signale que : Provenç. contar, comtar ; catal. espagn. et portug. contar ; ital. contare ; du latin computare (voy. COMPTER) ; compter ayant pris, par une dérivation facile à saisir, le sens de conter. On trouve souvent dans des textes anciens conter et compter confondus.

SCÈNE VI. Argire, Alexandre, Porus, Perdiccas, Arsacide, Oraxène, Clairance.

ALEXANDRE

Va, tu suivras le destin de ton Roi.

Alexandre s'en va avec Perdiccas.

SCÈNE VII. Argire, Alexandre, Porus, Perdiccas, Arsacide, Oraxène, Clairance.

ALEXANDRE

Oui Reine.

ARGIRE

Moi ?

SCÈNE VIII. Porus, Argire.

PORUS

Demeurez.

ACTE V

SCÈNE I. Argire, Clarice, Oraxène, Clairance.

ARGIRE

Parle.

ARGIRE

Achève.

CLARICE

Écoutez tout. Croyant l'obtenir d'Alexandre Lui-même il vient l'offrir ; mais il est arrêté Par Porus et par ceux qui l'avaient escorté. Reconnaissant le Roi ; d'abord il perd courage ; Mais aussitôt tournant son désespoir en rage Il crie avec fureur, Aux armes mes amis Voici le plus cruel de tous vos ennemis ; Il vient de vendre aux Grecs vos femmes et vos vies, Mais le Ciel pour punir ces noires perfidies Sans défense en vos mains le livre à cette fois Frappez, et par sa mort confirmez votre choix. Il est hors de saison de s'en pouvoir dédire : Et votre sûreté dépend de mon Empire. Eux cependant pressés de leur noir attentat Par des regards affreux s'animent au combat ; D'autre côté les Grecs voyant leur contenance Pour secourir leur Roi se mettent en défense ; Là Porus à l'objet de cette trahison Sent frémir tout son corps et troubler sa raison. Tout son sang vers le coeur se ramasse et se presse ; Il pâlit ; mais ce sang d'une même vitesse Se répand au dehors avec tant de chaleur Qu'on ne peut de son front soutenir la lueur, Ses yeux étincelants de colère et de flamme Vont porter la terreur jusques au fond de l'âme. Amis, (dit-il) parlant aux Macédoniens, Ce n'est pas me servir que d'attaquer les miens. De leur perfide chef laissez-moi la vengeance. Avec tant de fureur à ces mots il s'avance, Qu'Attale et tous les siens frappés d'étonnement, Confus, épouvantés restent sans mouvement : Mais voyant le Roi seul ils reprennent courage, Soudain pour profiter d'un si grand avantage Font mine d'attaquer. Loin de parer leurs coups Le Roi jette son casque, et se fait voir à tous. Amis (leur crie-t-il) qu'on enchaîne ce traître : Lors Attale tremblant à la voix de son maître Comme un cerf fugitif, qui se sent approcher, Dans la foule des siens tâche de se cacher. Mais en vain ; le Roi suit ; et les siens sans défense Livrent ce criminel à sa juste vengeance. Seul parmi tous les Chefs d'un parti révolté Le Roi pour les dompter n'a que sa Majesté. Mais admirez l'effet de sa force Royale ; Ses plus chers confidents se tournent vers Attale. Et portent contre lui tant de coups inhumains Qu'à grand peine le roi l'arrache de leurs mains. Lors ce traître à ses pieds au point de rendre l'âme Découvre aux yeux de tous son infidèle trame. Tout le monde en frémit, quand d'un ton élevé Grâces (dit-il) destins tout n'est pas achevé. Mon rival Arsacide écumant de furie Il perd avec ces mots et la voix et la vie.

Vers 1315, L'original porte serf, on remplaçons par cerf pensant être plus proche du sens.

ARGIRE

Et le Roi.

CLARICE

On l'ignore.

SCÈNE II. Argire, Phradate, Oraxène, Clairance, Clarice.

PHRADATE

Madame ; puisqu'il faut que je vous satisfasse. Aussitôt que le Roi parut aux yeux de tous, On voit tous ses soldats tomber à ses genoux. Renouveler le voeu de leur obéissance, Et d'un cri pitoyable implorer sa clémence. Selon qu'ils avaient pris son parti dans leur coeur. On voit leur front serein, et couvert de frayeur. Et lui par les effets d'une clémence rare Confondre tous les siens, que le crime sépare. Amis (leur a-t-il dit) vous êtes innocents ; Attale a seul failli. Ces mots doux et pressants Les font lever de terre ; et leur cachant leur honte Raniment tous leurs fronts d'une ardeur vive et prompte, Porus en peu de mots les anime au combat ; Leur parle de vos fers, de l'honneur, de l'État, Et sans leur amoindrir le péril, ni croître, Leur disant seulement ce qu'il en faut connaître. Suivez-moi, reprend-il, je vais vous exhorter Par les coups glorieux que mon bras va porter : Il dit. Et cependant Alexandre s'avance ; On voit à même temps ces deux Rois en présence ; Qui sans perdre un moment à se considérer D'une égale valeur se viennent mesurer. Là d'un commun accord une louable rage Dessus ce sang Royal exerce leur courage. L'espoir de la victoire excitant leur ardeur Relève le vaincu, renverse le vainqueur. Tantôt Porus triomphe, et tantôt Alexandre. Mais pressé de tous deux ne sait à qui se rendre, N'ose se déclarer, et laisse en cet instant Le succès du combat incertain et flottant. De ce choc furieux et l'une et l'autre armée Chacune pour son Chef puissamment alarmée, Opposant sa valeur à leurs sanglants efforts Présente à leur courroux tout un monde de morts. Lui fait voir que Hydaspe en ravageant la plaine, Enflé de tant de sang qu'a répandu leur haine, Dans son débordement entraîne à flots pressés Des montagnes de morts l'un sur l'autre entassés. Mais rien ne pût calmer cette funeste envie ; Et leur fureur lassée et non pas assouvie Pour donner à leurs coups plus d'espace et de temps Dérobe l'un et l'autre aux yeux des combattants, Là par l'ardeur de vaincre encore rallumée La valeur de leur sang devient plus affamée. Ils reviennent aux mains avec plus de fureur ; Par des coups redoublés signalent leur valeur ; Et la chute du Roi seulement les sépare. Pour Alexandre enfin le destin se déclare ; Ce Roi tombe à ses pieds ; il veut le relever ; Et descend de cheval afin de le sauver.

SCÈNE III. Argire, Phradate, Alexandre, Oraxène, Clairance, Clarice.

ALEXANDRE

Madame.

SCÈNE IV. Porus, Argire, Phradate, Alexandre, Oraxène, Clairance, Clarice.

SCÈNE V. Oronte, Clairance, Oraxène, Argire, Alexandre, Porus, Arsacide, Perdiccas.

CLAIRANCE

Perdiccas.

ORAXENE

Arsacide.

PERDICCAS, à Clairance

C'est.... Madame.

CLAIRANCE

Parlez.

1 555 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica