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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Tyridate

Claude Boyer· créée en 1648, imprimée en 1649· 5 actes· 1 660 vers· 9 personnages

Représenté pour la première fois en 1648 au Théâtre du Marais.

Personnages

  • ARIARATHE, roi de Cappadoce
  • ARIARATHE, fils supposé du roi, et véritable fils d'Oronte
  • ANTHIOCHIDE, reine de Cappadoce
  • TYRIDATE, fils unique du roi
  • BÉRÉNICE, princesse de Bythinie promise à Ariarathe
  • EURIDICE, fille d'Oronte
  • ORONTE, seigneur de Cappadoce
  • ARSINOÉ, confidente de la Reine
  • TROUPE DE SOLDATS
MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR MONSEIGNEUR LE PRINCE.

Tyridate ayant dès sa naissance élevé son désir à la glorieuse ambition de plaire à votre Altesse : quelque favorable accueil qu'il ait reçu jusqu'ici, partout où il a paru, ne compte son succès que du jour de votre approbation. Vous la lui avez donnée, MONSEIGNEUR, assez hautement pour autoriser aujourd'hui la liberté qu'il prend de vous demander la permission de s'en vanter : heureux si quittant des habits avec lesquels il n'était pas mal paré, toutes les fois qu'il s'est montré au public, il peut porter vos livrées, et devoir dorénavant tout son bonheur à la protection d'un Prince à qui toute la France s'avoue redevable du sien. Que Tyridate s'applaudit dans cette pensée, MONSEIGNEUR, et qu'il estime sa fortune d'avoir pu deux heures de suite occuper l'attention d'un esprit qui n'a pas besoin d'un temps si long, pour résoudre de la perte de nos ennemis, et du salut de cet Empire, et l'occuper au retour de la plus glorieuse campagne qui fut jamais, qui nous rend toute la joie de vos victoires, et qui plus avantageusement que celle de Rocroi vous acquiert l'inestimable titre de démon tutélaire de la France ; je sais bien, MONSEIGNEUR, que pour en comprendre l'importance, et de ce que vous avez fait ensuite pour le service du Roi et le repos de l'État dans le coeur de ce royaume, il faut être plus éclairé et plus intelligent que moi ; comme aussi plus éloquent, et moins limité que je ne suis dans les bornes d'une lettre pour en parler dignement. Ce ne sont pas toutefois ces considérations qui m'arrêtent, puisque par le sang de ces mêmes ennemis, qui se promettaient d'être bientôt à nos portes, vous avez gravé votre gloire avec de caractères si visibles, qu'on s'en peut instruire de la bouche même des femmes et des enfants. C'est une de ces merveilles, MONSEIGNEUR, d'élever les imaginations, et de faire dire à tous ceux qui contemplent tant soit peu les prodiges de votre vie, des choses au-delà de leur portée naturelle ; ce miracle se fait maintenant en moi, et je sens une chaleur qui m'emporterait bien loin au-delà de mes forces, si je ne me souvenais que je parle de votre Altesse à elle-même dans une lettre destinée à lui demander l'honneur de sa protection pour Tyridate, et pour moi la glorieuse permission de me dire, MONSEIGNEUR, DE VOTRE ALTESSE, Le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur,

BOYER.

AU LECTEUR

Le sujet de cette pièce a paru si nouveau qu'on a cru qu'il était purement de mon invention, mais tu verras ici ce que l'Histoire m'a fourni.

Is (scilicet Ariarathes sicut Rex Cappadociae) filiam Antiochi, quem magnum vocant, Antiochidem nomine astutia excellentem in matrimonium accepit ; haec cum liberis careret duos marito inscio pueros supposuit, Ariarathem et Holophernem. Sed aliquando post natura semen receptante praeter spem duas filias peperit, unumque filium nomine Mithridatem, etc. Cet endroit est tiré de Diodore Sicilien Ex eclogis sine excerptis ex Bibliotheca libris qui desiderantur. (Ecloga 3. lib. 31.)

De ces deux enfants supposés je n'en ai pris qu'un, et des enfants légitimes je n'ai pris que Mithridate, dont j'ai changé le nom en celui de Tyridate, parce qu'étant obligé d'en faire mon Héros et donner son nom à ma pièce, je craignais qu'on la confondit avec une autre pièce qui porte le nom de Mithridate.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Tiridate, Anthiochide, Arsinoé.

TYRIDATE

Hélas !

ANTHIOCHIDE

L'aimez-vous ?

ANTHIOCHIDE

Si vous saviez.

ANTHIOCHIDE

Ariarathe.

TYRIDATE, l'interrompant

Est frère, et je sais mon devoir.

SCÈNE II. Anthiochide, Arsinoé.

ANTHIOCHIDE

Je suis toujours la même ; Ces grands noms dont on a flatté mes vanités Aujourd'hui seulement je les ai mérités. Pour te désabuser et me rendre ma gloire Apprends de mes malheurs la déplorable histoire, Ils ne sont pour mon mal connus en ce moment Que du perfide Oronte et de moi seulement. S'il te souvient encor de la sanglante guerre Dont le bithynien désola cette terre : Tu n'as pas oublié sous quel prétexte vain Il voulait lâchement ruiner son germain : Nous voyant sans enfants, il disait que son frère Destinait de longtemps cet empire à mon père : Et semant ces soupçons sut si bien ménager L'horreur qu'ont les États d'un monarque étranger Qu'après quelques combats il trouva tout facile, Abandonné, réduit à sa dernière ville, Pour détromper son peuple, et se justifier Le roi fut sur le point de me répudier ; Et pressé par les siens, oubliant sa tendresse, Il l'eût fait sans l'avis qu'il eut de ma grossesse. Ce bruit fit tant d'effort sur tous qu'en peu de temps Le roi fut en état de se remettre aux champs, On combat, l'ennemi perd tout son avantage, Son prétexte perdu lui-même il perd courage, Cède insensiblement, se retire, on poursuit, Partout où le roi va la victoire le suit, Il regagne en six mois la Cappadoce entière, Et va de l'ennemi délivrer la frontière ; Là Mithridate enflé par de nouveaux secours De ses heureux progrès allait rompre le cours, Et la guerre entre eux deux renaître plus cruelle, Quand j'accouchai d'un fils ; cette heureuse nouvelle Désarma Mithridate, et l'on fit ce traité Qui donne Bérénice à ce fils souhaité. Tu sais quels appareils, quelle magnificence De cet heureux enfant honorait la naissance ; Chacun montrait sa joie, et le roi de retour Ne me pouvait assez expliquer son amour. Hélas !

ANTHIOCHIDE

D'Oronte.

ANTHIOCHIDE

Hé ! Quoi ?

SCÈNE III. Anthiochide, Ariarathe, Oronte.

ARIARATHE

Madame...

SCÈNE IV. Ariarathe, Oronte.

ARIARATHE

Sans dessein.

ORONTE

Dieux !

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Bérénice, Euridice.

BÉRÉNICE

Oui je t'aime, malgré la juste défiance Qui devait t'éloigner de notre confidence ; Bien que fille d'Oronte, à qui dans cette Cour J'ai sujet plus qu'à toi de cacher mon amour. Si tu me plus d'abord, j'ai cru t'ayant connue Que tu m'aimais, tu sais si je me suis déçue. Écoute donc le reste, et vois si sous les cieux Jamais plus justement on se plaignit aux dieux, Et si jamais l'amour a fait de misérable, Qui fut de son malheur si peu que moi coupable. Promise à l'héritier de ces puissants États Par la loi d'une paix qui finit nos débats, J'accoutumais mon coeur dès ma plus tendre enfance À régler ses désirs sur mon obéissance ; Et réussis si bien que ce coeur prévenu Dès lors qu'il sut aimer aimait un inconnu. Un des miens trop jaloux d'étreindre cette chaîne, M'en donna le portrait de la part de la reine, Et me dit que pressé d'une pareille ardeur, Du procédé des grands accusant la longueur, Ce prince désirait, sans se faire connaître, De voir celle pour qui les dieux l'avaient fait naître. Il vint, et se cachant à tout autre qu'à moi, Je le vis, je l'aimai, je lui donnai ma foi : Mais las ! Pour me tromper d'accord avec sa mère, Tyridate avait pris la place de son frère, Et je ne sus jamais sa fourbe et mon erreur Que quand l'ingrat se fut assuré de mon coeur. Ce fut lorsque ses pleurs me le firent connaître, Il me désabusa, quand je ne pouvais l'être, Et sa douleur encor me sut si fort toucher, Que cette trahison me le rendit plus cher : Il me promit alors, et la reine par lettre Tout ce, qu'en cet état un amant peut promettre, Qu'elle romprait l'hymen de son frère et de moi. Je le crus, de nouveau je lui donnai ma foi ; Mais de la lui tenir est hors de ma puissance, Demain...

SCÈNE II. Bérénice, Tyridate, Euridice.

BÉRÉNICE

Quoi Prince ?

TYRIDATE

Hélas !

SCÈNE III. Ariarathe, Bérénice, Euridice.

TYRIDATE

Madame...

EURIDICE, bas

Ah ! L'infidèle.

SCÈNE IV. Le Roi, Ariarathe, Tyridate, Bérénice, Oronte, Euridice.

LE ROI, à Tyridate

Quoi perfide !

TYRIDATE

Seigneur...

SCÈNE V. Le Roi, Ariarathe, Oronte, Bérénice, Euridice.

BÉRÉNICE, à Ariarathe

Ah ! Prince.

ARIARATHE, au roi

Souffrez.

ARIARATHE

Seigneur...

SCÈNE VI. Le Roi, Oronte.

SCÈNE VII. La Reine, le Roi.

SCÈNE VIII. La Reine, Oronte.

SCÈNE IX.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Tyridate, Ariarathe.

SCÈNE II. Antiochide, Tyridate.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Le Roi, La Reine, Arsinoé.

LA REINE

Moi ?

LA REINE

Pour trancher un récit qui me couvre de honte, Je vous trompai, Seigneur, je supposai ce fils : Mais ma gloire où l'amour fit tout ce que je fis. Je vous voyais perdu ; je me voyais perdue, Et par lui la victoire à vos armes rendue, Vos États recouverts, vos ennemis chassés, Si je vous fis du tort, le réparent assez. Aussi le juste ciel qui vit mon innocence, Jugea mon action digne de récompense. D'un véritable fils il bénit notre amour : Tyridate naquit presque aux yeux de la Cour. Peut-être que pour lors des malheurs dégagée, Où ma stérilité m'avait seule plongée, Je devais révéler ce secret important : Mais, ô le faible appui que le jour d'un enfant ! Sachant à quels périls l'enfance est exposée Combien la garde en est peu sûre et malaisée, Et que mon fils mourant nous allait rejeter Aux maux que nous venions à peine d'éviter ; Je me tus, sachant bien, Seigneur, que sur deux vies Ma puissance et la vôtre étaient mieux affermies, Et que contre les miens, contre vos ennemis, C'était un grand rempart que les jours de deux fils : Je me tus, attendant un temps plus favorable, Où le Bithynien étant moins redoutable, Je puisse en sûreté ce secret révéler, M'assurant qu'à l'instant que je voudrais parler, Vous me croiriez sans peine, ou qu'Oronte le traître Lui-même m'aiderait à détromper son maître. Et j'ai cru faire assez en attendant ce jour De pouvoir de mon fils faire naître l'amour. Mais aujourd'hui voyant que malgré mon adresse On veut qu'Ariarathe épouse la princesse, Et s'acquière en perdant votre fils à vos yeux Un titre pour régner malgré vous en ces lieux. Je parle...

LA REINE

Il la cède.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Oronte, Le Roi.

SCÈNE VII.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Ariarathe, Euridice.

EURIDICE, le retirant

Mon père vient.

SCÈNE II. Oronte, Ariarathe.

ARIARATHE

Vous.

ORONTE

Moi ?

ARIARATHE

Comment ?

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Le Roi, Oronte.

ORONTE

Seigneur, tous ses appas pourraient tenter quelque autre, Qui se donnant un fils, que le ciel a fait vôtre, Croirait d'un faux aveu raffermir votre coeur, Charmer ses déplaisirs, et tromper se fureur. Mais je ne serai point ni lâche ni timide, Jusqu'à faire un aveu plus noir qu'un parricide ; Car vous ôter un fils si cher à votre amour C'est plus que vous ôter et l'Empire et le jour. Hé ! Quel autre intérêt m'oblige de me taire ? Est-ce qu'il m'est honteux de me dire son père ? Est-ce que mon silence assure dans sa main L'espoir ambitieux du pouvoir souverain ? Ah ! Si j'osais, Seigneur, sans passer pour un traître, Ou me croire son père, ou me vanter de l'être, Il me serait plus doux de m'en être loué, Que de voir sur le trône un fils désavoué, Près d'un fils si charmant et si digne qu'on l'aime, Un père parlerait en dépit de lui-même. La nature et l'amour ont beau dissimuler, Le temps où leurs transports les forcent de parler : Cependant pour cacher ma gloire et sa naissance Depuis vingt ans ma bouche eut gardé le silence ? Si j'ai pu jusqu'ici déguiser mes transports, Si le sang fait sur moi de si faibles forts ; Quand même je serais celui qui l'a fait naître, Je me ferais juger trop indigne de l'être ; Je le désavouerais de peur d'être blâmé, De n'aimer pas un fils si digne d'être aimé. Seigneur, sortez d'erreur faites-vous cette grâce : Ne me contraignez point à prendre votre place : Et d'être malgré moi le vrai maître d'un bien, Qui fait votre bonheur, et qui ferait le mien.

SCÈNE V. La Reine, Le Roi, Oronte.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Oronte, Ariarathe.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Anthiochide, Oronte.

ANTHIOCHIDE

Qu'attends-tu ?

ORONTE

Qui ?

ANTHIOCHIDE

Moi.

SCÈNE IV. Tyridate, La Reine, Bérénice, Oronte.

SCÈNE V. Le Roi, La Reine, Bérénice, Tyridate, Oronte.

ORONTE

Mais...

SCÈNE VI. Arsinoé, La Roi, La Reine, Tyridate, Bérénice.

ARSINOÉ

Ariarathe...

LE ROI

Achève.

ARSINOÉ

Est mort.

TYRIDATE

Dieux !

ORONTE

Seigneur.

LE ROI

Parle.

ORONTE

Mourir.

LE ROI, aux Gardes

Sauvez-le.

SCÈNE DERNIÈRE. Arsinoé, Le Roi, La Reine, Tyridate, Bérénice.

1 660 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica