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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

L'Aveugle Clairvoyant

Brosse· imprimée en 1650· 5 actes· 1 692 vers· 8 personnages

Personnages

  • CLÉANTHE, père de Lidamas et de Mélice, Amoureux d'Olimpe
  • OLIMPE, jeune veuve, amoureuse de Lidamas
  • LIDAMAS, amoureux d'Olimpe
  • MÉLICE, amoureuse de Thélame
  • THÉLAME, Cavalier, amoureux de Mélice
  • NÉRINE, suivante d'Olimpe
  • LUCILLE, suivante de Mélice
  • SYLVESTRE, valet de Cléanthe
MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR, MONSEIGNEUR LE COMTE DU DAUGNION, LIEUTENANT GENERAL Pour le Roi aux Villes et Gouvernements de Brouage, La Rochelle, Pays d'Aulnis, Îles et Citadelles d'Olleron et de Ré. Seul Lieutenant Général des Armées Navales de sa Majesté, et Intendant général de la Marine, Navigation et Commerce de France.

Je serais plus Aveugle que celui que je vous présente, si m'étant proposé de le faire passer pour Clair-voyant : J'empruntais d'autre que de vous de l'éclat, du jour, et des lumières. Comme je ne crois pas que cette production soit assez puissante pour se soutenir d'elle-même, je n'estime pas aussi qu'elle ait si peu de force qu'elle ne puisse entreprendre un voyage de cent lieues, pour rencontrer où vous êtes un protecteur et un appui. Quelques vers que je vous ai déjà présentés s'étant trouvés à votre goût, je ne me persuade pas qu'une composition d'un style de pareille nature vous doive être désagréable. L'Illustre Comte du Daugnion fait toujours même accueil aux choses qui se ressemblent et qu'on lui offre avec même affection ; son obligeante humeur ne se dément jamais, non plus que son courage. À ce mot, MONSEIGNEUR, commandez moi de me taire, si vous ne voulez entendre des vérités : Vous possédez parfaitement cette grandeur d'âme et cette héroïque vertu qui apprend aux hommes à mépriser le danger, la mort et la fortune. C'est par ce glorieux oubli de vous-même que vous avez si souvent donné de la terreur aux ennemis de cet État ; c'est par ce noble mépris de la vie, qu'on vous a pris en tant de mêlées pour le Dieu des combats, et qu'un même trouble ayant ôté la conduite aux chefs, et la résolution aux soldats, il n'est jamais demeuré personne qui osât tourner visage, pour s'assurer si c'était un homme qui les faisait fuir. Mais à vous figurer par d'autres traits et pour arriver par degrés au rang que vous tenez aujourd'hui : Si l'on considère votre Naissance, vous avez avec avantage cette vertu naturelle qui suit le sang, et que nous appelons Noblesse. Si l'on regarde votre Fortune, elle est grande, et telle qu'étant moindre elle serait au-dessous de ce que vous mérités. Si l'on veut connaître votre Esprit, il en éblouit beaucoup d'autres de ses lumières ; si l'on jette les yeux sur votre Jugement, les événements ne le surprennent jamais : si l'on s'informe enfin de vos emplois, ils sont importants. Le plus souverain des Monarques qui vous reconnaît pour l'un des plus Illustres sujets de sa Couronne, et peut-être pour le plus fidèle dépositaire d'une partie de sa Puissance, ne vous occupe à rien que de considérable et de glorieux, où toujours par des actions qui vont jusqu'au prodige, vous soutenez contre toutes sortes de rebelles et de factieux l'autorité de ce maître qui peut tout. Quelque chose que j'aie pu dire, MONSEIGNEUR, il m'en reste à dire davantage, mais comme la Peinture n'a point trouvé jusqu'ici de traits pour bien représenter la lumière, l'éloquence n'a point inventé de termes pour dignement louer la vertu ; J'achève donc par une impuissance de poursuivre, et par la crainte de vous fâcher par où je satisferais tout le monde, permettez-moi seulement encore un mot, pour vous assurer que je prise plus que toute ma vie le peu de temps que j'ai eu l'honneur d'être auprès de vous, et pour vous supplier de croire que je suis par naturelle inclination, et par le souvenir de vos bienfaits,

MONSEIGNEUR,

Votre très humble, très obéissant

et très obligé serviteur, BROSSE.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Olimpe, Nérine.

OLIMPE

Cléanthe m'en pria, mais ma pudeur blessée Rejeta sa prière et blâma sa pensée. Les mânes d'un mari gisant dans le tombeau D'un si prompt hyménée éteindraient le flambeau, Lui, dis-je, et leur dépit joint au courroux céleste Rendrait notre alliance et stérile et funeste, Je veux pendant un an demeurer dans le deuil Et de ma continence honorer son cercueil. Cléanthe à ce propos montra de la tristesse, Mais bientôt sa raison se rendit la maîtresse, Il loua mon dessein, et convint avec moi Que l'honneur et l'amour m'imposaient cette loi. En ce temps cet auguste et glorieux Monarque Qu'avec étonnement tout l'Univers remarque, Pour se rendre justice et rentrer dans ses droits D'un siège bien formé pressait les Dunquerquois, Cléanthe en attendant que j'essuierais mes larmes Se résolut d'aller paraître sous les armes, De signaler son coeur, de servir son pays, D'ôter à l'Espagnol des États envahis Et croître de son Roi l'illustre Renommée En ajoutant un bras au corps de son armée, Il partit sans demeure, et dans fort peu de temps Dunkerque le compta parmi nos combattants. Mais hélas dans le camp, soit par trop de fatigue, Ou soit que contre lui la fortune se ligue, Ses yeux auparavant si perçants et si clairs Sont d'un nuage obscur soudainement couverts, Ces naturels flambeaux demeurent sans lumière, Sans rien perdre pourtant de leur beauté première, On dirait à les voir qu'ils lancent des rayons Qui des objets encor lui tracent les crayons.

Dunkerquois : Habitant de Dunkerque, ville des Pays-bas, assiégée puis investie le 19 septembre 1646 et se rendit le 11 octobre de la même année. Cette victoire

SCÈNE II. Lidamas, Olimpe, Nérine.

SCÈNE III. Cléanthe, Mélice, Sylvestre.

SCÈNE IV. Cléanthe, Sylvestre.

SYLVESTRE

M'ayant dit, ne dis rien ; il ajoute, et vois tout, Et sa langue n'a pas prononcé ces paroles Qu'il me fait dans la main couler quelques pistoles.

Pistoles : Monnaie d'or étrangère battue en Espagne et en quelques endroits d'Italie. La pistole est maintenant de la valeur d'onze livres et du poids des louis » [F].

SYLVESTRE

Je veux encor un coup, si je ne suis secret Ne boire à l'avenir, ny vin blanc ny clairet. Ô l'horrible serment ! J'en ai l'âme opilée. Me garde d'un tel mal la grêle et la gelée, Après avoir lâché ce moult grand jurement Me refuserez-vous un éclaircissement ?

Opiler : Boucher les conduits du corps, et empêcher le passage des humeurs nécessaire à faire ses fonctions. Il ne se dit que des obstructions qui se font dans le bas ventre. [F]

Moult : Vieux mot qui n'a plus d'usage que dans le burlesque, et qui signifie Beaucoup, en grande quantité [Acad.]

CLÉANTHE

Touchant ?

CLÉANTHE

Assuré de ta foi comme de ton silence Je te veux honorer de cette confidence. À peine le Soleil avait produit vingt jours Depuis que pour mon Roi j'[eus] quitté mes amours, Quand un de mes amis m'assura dans l'armée Que Mélice vivait à son accoutumée, Et que pleine d'amour, et Thélame d'espoir, Leur entretien durait du matin jusqu'au soir ; Même que l'on craignait, puisqu'il te faut tout dire, Qu'il se passât entre-eux quelque chose de pire. On éprouve jamais le sort rude à demi ; Deux ou trois jours après je sus d'un autre ami Que depuis mon départ mon fils chaque semaine Visitait la beauté qu'Amour a fait ma Reine, Et qu'on soupçonnait fort que dans son entretien Il ne lui parlât moins de mon feu que du sien, Je restai si surpris d'entendre cette histoire, Que quoi qu'on m'en jurât, je n'en voulus rien croire. Ma fille a trop de soin de garder son honneur, Me disais-je à moi-même, et mon fils trop de coeur Je les croirai soumis à mon obéissance, Jusqu'à tant que mes yeux démentent ma croyance. Toutefois ma raison dissipant ce sommeil Je songe que l'amour est de mauvais conseil, Et regarde que ceux qui m'ont dépeint leur vie Ont pour eux et pour moi plus d'amour que d'envie. Mais pour mieux pénétrer dans cette obscurité Et distinguer le faux d'avec la vérité. Je contrefaits l'Aveugle, on le croit dans l'armee, Je passe ainsi partout avec la Renommée, Chacun plaint ma disgrâce, et l'ingrat Lidamas S'il ne s'en montre triste au moins n'en doute pas. Deux mois coulent pendant que cette erreur se glisse, Je reviens sans qu'aucun sache mon artifice. On accourt m'accueillir en se mouillant les yeux, Je suis aveugle enfin, et ne vis jamais mieux. Cher Sylvestre, voila l'adresse ingénieuse Par qui la vaine ardeur de ma fille amoureuse, Et les brutaux desseins d'un fils lâche et pervers Bientôt et sans travail me seront découverts.

SYLVESTRE

Ma foi si dans le monde on trouve un plus fin homme, Je partirai demain pour l'aller dire à Rome. Au Diable en ce métier vous feriez des défis.

Voir Le Menteur de Corneille : « Si quelqu'un l'entend mieux, je l'irai dire à Rome. » (Acte V, scène 5, v. 1658).

SCÈNE V. Lidamas, Olimpe, Cléanthe, Sylvestre.

LIDAMAS, bas à Olimpe

Avouez.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Thélame, Mélice.

SCÈNE II. Cléanthe, Sylvestre, Mélice, Thélame.

THÉLAME, bas

Amant infortuné !

SYLVESTRE

Allez, sortez, fuyez, drillez qu'il ne vous frappe.

Driller : Courir vite. C'est un terme bas et populaire, qui se dit des laquais, des soldats, des gueux qui s'enfuient, ou qu'on fait courir. [F]

SYLVESTRE

Je sais friser la corde en de tels personnages. Assurez-vous de moi, je paye à temps prefix, Et dans l'art de fourber Sylvestre est un phoenix.

Friser la corde : Approcher de bien près. Se dit aussi proverbialement : Cette affaire a frisé la corde, pour dire, Cet arrêt n'a passé que d'une voix. Ce criminel a frisé la corde, pour dire, a failli être pendu. [F]

Prefix : Arrêté, déterminé. Jour prefix. temps prefix. heure préfixe. somme préfixe. [Acad.]

Phoenix : Se dit figurément en Morale, lorsqu'on veut louer quelqu'un d'une qualité extraordinaire. [F]

SCÈNE III. Olimpe, Lidamas, Nérine.

SCÈNE IV. Cléanthe, Sylvestre, Olimpe, Lidamas, Nérine.

SYLVESTRE

On trouve en bien cherchant, la chose est bien certaine Ne fut-ce qu'un ciron égaré dans la plaine, Si celle dont l'absence accroît votre souci N'est pas dedans sa chambre, on la rencontre ici.

Ciron : Insecte aptère qui se développe dans le fromage et dans la farine et qui est le plus petit des animaux visibles à l'oeil nu. Dans le XVIIe siècle, avant l'usage des microscopes pour étudier la nature, le ciron fut pris comme le symbole de ce qu'il y avait de plus petit au monde. [L]

CLÉANTHE

Madame...

SYLVESTRE

Attendez donc que vous soyez vers elle, Vous ressemblez les chiens de chez Jean_de_Nivelle, Vous aboyez de loin. Avancez, Halte-là. Tournez-vous autrement, parlez, vous y voila.

Nivelle, Jean de : né en 1423, embrassa le parti du Duc de Bourgogne et refusa de marcher contre ce prince, malgré les ordres de Louis XI. (...) et devenu en France un objet de haine et de mépris et le peuple lui donne le surnom injurieux de "chien". [B] syn. de traître méprisable.

LIDAMAS, bas

Ce compliment trop long use ma patience.

Il fait lever Olimpe et seoir Nérine en sa place.

SCÈNE V. Olimpe, Nérine.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Mélice, Lucille.

SCÈNE II.

MÉLICE, seule

L'Esprit enveloppé d'un nuage d'ennuis Je m'égare en moi-même, et ne sais où je suis, Mon destin rigoureux m'a mis dans une route Où de tous les côtés ma raison ne voit goutte, Ou si mon jugement y trouve quelque jour, Il ne m'est envoyé que du flambeau d'Amour. Thélame possède d'une cruelle envie Veut aller loin d'ici finir sa triste vie, Il veut loin de ces lieux transporter ses malheurs, Mais allons soulager ses larmes par nos pleurs Dans quelque affreux désert où la douleur le mène, Faisant même chemin endurons même peine, Car mon amour enfin troublant mon jugement Me force à consentir à mon enlèvement, Au lieu de m'opposer à cette violence, Je la souffre et lui cède avecques complaisance, Je me laisse emporter au cours de ce torrent, Et Thélame excepté tout m'est indifférent. Oui, Thélame, vous seul régnez dans ma pensée, Pour votre intérêt seul, je suis intéressée, Et si vous en voulez un indice certain Vous allez voir mon coeur dans les traits de ma main. Lasse de supporter l'incurable caprice D'un esprit infecté d'une sale avarice, Je vais par un écrit exciter votre amour À m'enlever bientôt de ce fâcheux séjour, Je faciliterai cette grande entreprise Avecque la prudence et l'adresse requise, Ce papier où je vais écrire mon dessein Vous dira plus au long ce que j'ai dans le sein. Mais déplaisant abord, arrivée importune, Lâche tour que me joue encore la fortune, À peine ai-je assemblé les lettres de deux mots Qu'il faut quitter la plume et changer de propos. Toutefois je m'abuse, il n'est pas nécessaire, Je crains hors de saison ce valet et mon père, Qu'importe que tous deux dressent vers moi leurs pas, Puisque l'un ne peut lire, et l'autre ne voit pas.

SCÈNE III. Cléanthe, Mélice, Sylvestre.

SYLVESTRE

Attendant qu'elle soit plus commode à sa main, Confabulons nous deux touchant un mien dessein.

Confabuler : S'entretenir avec quelqu'un. Ce mot est bas, et ne se dit qu'en burlesque. [F]

SCÈNE IV. Cléanthe, Sylvestre.

SYLVESTRE

Et puis fiez-vous-y, parbieu ce sexe est drôle, Il a la ruse en main ainsi que la parole, Monsieur songez à vous, Mélice a du dessein.

Parbieu : On dit aussi, Par bleu, et par bieu, en faisant semblant de jurer. [F].

SCÈNE V. Lidamas, Cléanthe, Sylvestre.

CLÉANTHE

Si jamais...

SCÈNE VI. Cléanthe, Sylvestre.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Lidamas, Olimpe.

SCÈNE II. Cléanthe, Sylvestre, Olimpe, Lidamas, Nérine.

OLIMPE

Sortez.

SYLVESTRE

Allons, je suis le jour et vous êtes la nuit, Suivez votre falot.

Falot : grosse lumière qu'on porte au bout d'un bâton, enfermée dans quelque vessie ou lanterne. [F]

SCÈNE III. Olimpe, Nérine.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Cléanthe, Sylvestre.

SYLVESTRE

Âpre à vous satisfaire autant et plus qu'aux pots, N'ai-je pas inventé ce mensonge à propos ?

Âpre : Se dit aussi de celui qui est fort avide dans ses désirs et ses passions. [F]

SYLVESTRE

Sans fable.

SCÈNE VI. Mélice, Lucille.

SCÈNE VII. Thélame, Mélice, Lucille.

SCÈNE VIII. Sylvestre, Thélame, Mélice, Lucille.

SCÈNE IX. Cléanthe, Mélice, Thélame, Sylvestre, Lucille.

CLÉANTHE

Volontiers.

MÉLICE, à Thélame

Sortez.

CLÉANTHE

Brisez là. Je le sais bien Thélame Les traits de votre main, m'ont fait voir votre coeur Et passant jusqu'au mien ont tué ma rigueur, Plus touché de respect que cette ingrate fille Vous avez conservé l'honneur de ma famille.

Briser : Absolument et familièrement. Brisons là, brisez là-dessus, ne continuons pas ce discours, n'insistez pas sur ce point. [L]

THÉLAME et MÉLICE, ensemble

Oui nous vous en jurons.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Lidamas, Olimpe, Nérine.

SCÈNE II. Sylvestre, Lidamas, Olimpe, Nérine.

LIDAMAS

Quoi le mauvais parti que tu m'as voulu faire Est un trait envoyé de la part de mon père ? Il sait que j'aime Olimpe ? Et que cette beauté Ne m'a point jusqu'ici fait voir de cruauté ? Quel ennemi couvert ? Quelle bouche indiscrète ? A pu lui découvrir une amour si secrète ?

Mauvais parti : On dit aussi qu'on a joué un mauvais parti à quelqu'un, lors qu'on l'a attrapé, qu'on lui a fait quelque vilain tour. [F]

Amour est parfois féminin dans la langue classique.

SYLVESTRE

Parce qu'on me fait taire à force de pistoles. Vostre raisonnement vous fait-il soupçonner Que je ne parle pas, lors qu'on m'en veut donner ?

Pistole : Monnaie d'or étrangère battue en Espagne, et en quelques endroits d'Italie. [F]

LIDAMAS

Je le crois.

SYLVESTRE

Si je ments, jetez-vous dessus ma friperie.

Se jeter sur la fripperie : Se dit proverbialement, de quelqu'un, pour dire, le battre, le tirailler, lui déchirer ses habits. [F].

SCÈNE III.

SYLVESTRE, seul

Par quel autre moyen détourner la tempête Qui menaçait mon dos aussi bien que ma teste ? Lidamas irrité m'eût accablé de coups, Se plaire à se voir battre est le plaisir des fous, Pour moi quand honoré de sacrés caractères J'écouterais des coeurs les plus secrets mystères Plutôt qu'au beurre noir avoir les yeux pochés, D'un chacun en public je dirais les péchés. À quelque si haut point qu'un affaire me touche Je ne puis arrêter ce maudis flux de bouche, Surtout lorsque je sais qu'avecque mon caquet À qui me traite mal, je puis rendre un paquet. Depuis le grand matin, mon maître et ses caprices, M'ont employé sans trêve à de fâcheux services Et ce qui plus encor, me paraît importun C'est qu'à l'heure qu'il est je dormirais à jeun. Ce jeu ne me plaît pas, et la main sur la panse J'enrage de bon coeur aussitôt que j'y pense. Moi n'avoir aujourd'hui rien humé que du vent ! Ma foi j'éviterai ce mal dorénavant. Plutôt que de jeûner, j'irai la tête nue, Estocader du bras les passants dans la rue, Mon maître me dusse-t-il... il vient à petits pas.

Affaire est parfois masculin comme le signale Vaugelas.

Caquet : Abondance de paroles inutiles qui n'ont point de solidité. [F]

Pacquet : Se dit aussi de certaines accusations dont on charge quelqu'un. [F]

Estocader : Porter des estocades [qui est un] terme d'escrime. Botte, grand coup de pointe. Allonger une estocade. Parer une estocade. Estocade de seconde, botte semblable à la botte de tierce, sauf que la lame passe sous le bras de l'adversaire. [L]

SCÈNE IV. Cléanthe, Sylvestre.

SYLVESTRE

Justement.

SYLVESTRE

Je demeure confus à cet interrogat Il me frappe à l'honneur je vous le dis tout plat. Il semble à vous ouïr, que je sois la gazette, Mais pour vos intérêts j'ai la gueule muette.

Interrogat : Ancien terme de pratique. Question faite par les juges ; l'ensemble des questions adressées devant le tribunal à l'une des parties. [L]

Tout à plat : adv. Absolument, nettement. Je lui ai dit tout à plat et à son nez qu'il avait tort. [F]

CLÉANTHE, assis vers une table

La suite du Menteur. Lisons du premier acte. Et faisons de ces vers une censure exacte.

Il lit quelque vers de La Suite du menteur, Comédie de Monsieur Corneille.

SCÈNE V. Lidamas, Cléanthe.

SCÈNE VI. Olimpe, Cléanthe.

CLÉANTHE

Quel qu'il soit autant vaut qu'il vous soit immolé, Son nom ?

Autant vaut : Sans complément, également, semblablement. Valoir autant. Acheté autant. Je vous en rendrai mille fois autant. Autant vaudrait parler à un sourd. Cela vaut cent francs ; j'en veux tout autant. Cela est fini, ou autant vaut. [L]

CLÉANTHE

Lidamas !

SCÈNE VII. Lidamas, tenant Sylvestre, Sylvestre, Cléanthe, Olimpe.

CLÉANTHE à Sylvestre

Lâche, tu m'as trahi.

SCÈNE DERNIÈRE. Thélame, Mélice, Nérine, Cléanthe, Olimpe, Lidamas, Sylvestre.

CLÉANTHE

Entrons.

SYLVESTRE à Nérine

J'aurai soin de la paix du ménage, Et sans que je t'oblige à payer ma façon, J'essaierai dés demain à te faire un garçon.

Façon : signifie aussi, le salaire de l'artisan qui a fait l'ouvrage. [F]

1 692 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica