Comédie en prose· Comédie en un Acte
Les Embarras du Derrière du Théâtre
Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain, le 14 septembre 1689.
Personnages
- MADAME LUCE
- MAROTE, Servante de Madame Luce
- LE BARON, Fils de Madame Luce
- LE MARQUIS, Ami du Baron
- MONSIEUR MÉNANDRE, Poète
- MONSIEUR DE L'ÉTOILE, Comédien
- MADEMOISELLE DE L'ÉTOILE, Comédienne
- MONSIEUR DAMIS, Comédien
- MONSIEUR DUVERGER, Comédien
- MONSIEUR FLORIDOR, Comédien
- MONSIEUR ALIDOR, Comédien
LES EMBARRAS DU DERRIÈRE DU THÉÂTRE
SCÈNE PREMIÈRE. Madame Luce, Marote.
MADAME LUCE
Non, non, Marote, tu as pris quelque autre pour Ménandre.
MAROTE
Je suis aussi sûre, Madame, que celui que je viens de voir avec Monsieur votre fils, est le poète Ménandre, que je suis sûre que vous êtes Madame_Luce, ma Maîtresse.
MADAME LUCE
Tu t'es trompée, te dis-je.
MAROTE
Bon, trompée, à un poète ? Est ce qu'on ne connaît pas ces Messieurs-là de cent pas ? Et puis, qui diantre se méprendrait à celui-là ? Il n'est ni petit, ni grand à Lyon qui ne le connaisse ; n'est ce pas lui qui rêve toujours profondément ? Qui fait des vers partout, dans les rues, à table, en jouant à l'ombre ? N'est-ce pas ce fou qui fait de si mauvaises Comédies ?
MADAME LUCE
Insolente !
MAROTE
Je vous demande pardon, Madame, je ne songeais pas que vous en faites aussi, et que vous êtes associés ensemble pour cela.
MADAME LUCE
Eh bien, je te dis encore une fois, que mon fils et Ménandre sont ici quelque part à la Comédie : écoute, ne me chagrine pas davantage.
MAROTE
Là, Madame, sans vous fâcher, où voulez-vous qu'ils soient ? De la loge où nous nous sommes d'abord placées en entrant, nous avons vu qu'ils ne sont pas dans le Parterre, je viens par votre ordre de fureter haut et bas ; et enfin vous avez voulu les venir chercher derrière le Théâtre.
MADAME LUCE
Marote, n'est-ce pas mon Fils qui vient de passer ?
MAROTE
Eh ! Non, Madame, c'est le Moucheur_de_chandelles ; croyez-moi, retournons à notre loge.
MADAME LUCE
Non, je suis venu ici pour surprendre mon Fils avec Mademoiselle_de_Beauregard, et j'y resterai : depuis qu'il est amoureux de cette actrice, je ne le reconnais plus. Quoiqu'il ne soit que le fils d'un Échevin de Gascogne, il se fait appeler Monsieur_le_Baron ; et il est toujours avec ce fat, qui, n'étant que le fils d'un banquier, prend aussi la qualité de Marquis.
MAROTE
Parlez bas, Madame, vous risquez d'être entendue ici de gens qui pourraient être dans le même cas.
MADAME LUCE
En un mot, je ne veux point que mon Fils épouse Mademoiselle_Beauregard.
MAROTE
Oh ! Oh ! Madame ; eh ! vous le souhaitiez ces jours passés avec tant d'empressement ; vous vouliez même que votre Fils entrât dans cette troupe-ci ; il y a quelque chose de nouveau.
MADAME LUCE
Il y a de nouveau... que je ne le veux plus.
MAROTE
Je le vois bien ; mais vous souvient-il, Madame, que vous me disiez, je ferai des Comédies, Marote ; la Troupe les recevra, mon Fils les jouera, et le profit ne sortira pas de la Famille ?
MADAME LUCE
Oui, mais depuis j'y ai fait des réflexions ; ne m'en parle plus.
MAROTE
Avez-vous quelque scrupule de faire des pièces de Théâtre, et de les voir jouer par votre Fils ? Croyez-moi, Madame, ceux qui travaillent à divertir innocemment le Public, ne sont pas les gens les plus inutiles de la Société. Euh ! Vous avez quelque rancune contre cette troupe-ci.
MADAME LUCE
Oh ! Puisqu'il te faut tout dire, saches-donc, Marote, que ces imbéciles ont refusé d'accepter la Comédie que je leur lus hier ; ils disent qu'elle ne vaut rien.
MAROTE
Oh ! Après cela, Madame, je n'ai rien à dire. Voilà le plus juste sujet du monde pour rompre un mariage ; mais peut-être leur avez-vous obligation de leur refus.
MADAME LUCE
Taisez-vous, impertinente.
MAROTE
Pardon, Madame, ils ont tort de parler mal de votre pièce, après le bien que je vous en ai ouï dire, et à Monsieur_Ménandre.
MADAME LUCE, apercevant Ménandre
Eh bien, vois si j'avais raison : voilà-t-il pas Monsieur_Ménandre ?
SCÈNE II. Monsieur Ménandre, Madame Luce, Marote.
MADAME LUCE
Monsieur, je vous prie de me dire où vous avez laissé mon fils.
MONSIEUR MÉNANDRE
Un moment, Madame, au nom des Dieux, un moment.
MAROTE
Ne l'interrompez pas, il compose.
MADAME LUCE
Oh ! Qu'il prenne un autre temps... Monsieur... Monsieur.
MAROTE
Il ne vous entend plus, le voilà aux nues.
MADAME LUCE
Monsieur, Monsieur Ménandre, Monsieur... Il enfante quelque chose de grand ; mais je veux savoir de lui...
MAROTE
Madame, vous allez coûter la vie à quelques vers... Comme il roule les yeux !... Quelles grimaces !... Il se mange le bout des doigts... Bon, il s'arrache la barbe... Ah pauvre tête !... Quel métier !
MADAME LUCE
Ah ! Bon, bon, il se radoucit.
MONSIEUR MÉNANDRE
Ah ! Je les tiens...
MAROTE
Quoi ?
MONSIEUR MÉNANDRE
Non... Je ne les tiens plus.
MADAME LUCE
Qu'est-ce, Monsieur ?
MONSIEUR MÉNANDRE
Quatre Vers, quatre, que je cherche depuis ce matin.
MAROTE
Est-ce, Monsieur, que vous les avez perdus ici ?
MONSIEUR MÉNANDRE
Qu'on me laisse en repos.
Il sort.
MAROTE
Laissons-le là, Madame, aussi bien Monsieur_du_Verger, que voici, vous donnera peut-être des nouvelles de votre Fils.
SCÈNE III. Monsieur Duverger, Madame Luce, Monsieur Ménandre, Marote.
MADAME LUCE
Monsieur, je suis votre servante.
MONSIEUR DUVERGER
Ah ! Madame_Luce, je suis votre très humble serviteur.
MAROTE
Bonjour, Monsieur.
MONSIEUR DUVERGER
Serviteur Marote.
MAROTE
Oh ! Loué soit Dieu, voici un homme qui parle au moins.
MONSIEUR MÉNANDRE, déclame
Précipices affreux...
MAROTE
Fort bien, l'un est sur le toit, et l'autre dans la cave.
MADAME LUCE
Faites-moi la grâce, de me dire, Monsieur, si mon fils...
MONSIEUR DUVERGER
Madame, vous savez à quoi mon devoir m'oblige ; il s'agit aujourd'hui d'une nouveauté ? Je vous demande pardon, je n'ai pas de temps de reste, et je suis venu ici pour me recueillir un moment.
MADAME LUCE
Monsieur_du_Verger est bien incivil de ne me pas écouter.
MAROTE
Eh ! Ne voyez-vous pas, Madame, qu'il a en tête l'annonce de quelque méchante pièce, et qu'il travaille à dorer la pilule ?
MADAME LUCE
Je lui pardonne de bon coeur, et je songe que je pourrais faire de ceci une assez plaisante scène...
MAROTE
Je meurs de peur, Madame, que l'envie d'y rêver ne vous prenne aussi.
MADAME LUCE
Oui, vraiment... Le sujet en sera singulier... Mais où placer la Scène ?... Je pense que... Fort bien.
MAROTE
Madame ?
MADAME LUCE
Tais-toi, sotte.
MAROTE
Bon : les voilà tous trois aussi fous l'un que l'autre. Quels gens ! quel pays ! on ne voit ici que des possédés... J'enrage de bon coeur ; car je n'ai jamais eu tant d'envie de parler... Tâchons donc de lier conversation avec quelqu'un d'eux...
Au Poète.
Monsieur, Monsieur...
MONSIEUR MÉNANDRE
Paix.
MAROTE
Il n'est pas jour chez celui-là. Il est encore dans les précipices : allons à l'autre... Monsieur... Monsieur...
MONSIEUR DUVERGER
Eh ! Patience donc.
MAROTE
La pilule n'est pas encore dorée... Essayons à ma Maîtresse... Madame !... Madame,...
MADAME LUCE
Taisez-vous, ignorante.
MAROTE
La Scène n'a pas encore trouvé sa place ; mordienne, que ne suis-je auteur ! Je ferais de ceci une scène assez drôle.
SCÈNE IV. Monsieur Ménandre, Madame Luce, Monsieur Duverger, Marote.
MONSIEUR DUVERGER, répétant son annonce
Messieurs, nous vous donnerons demain pour la première fois.
MAROTE
Oh, oh !
MADAME LUCE
Non, cette scène n'est pas bien-là.
MAROTE
Ah, ah !
MONSIEUR MÉNANDRE
Précipices affreux, et vous noires forêts.
MAROTE
Ah ! L'autre.
MONSIEUR DUVERGER
Les caractères en sont nouveaux...
MADAME LUCE
À merveille ! Voilà tout juste où il la faut placer.
MONSIEUR MÉNANDRE
Je languis dans vos fers depuis trois_fois trois_lustres...
MAROTE
Oh ! Ma foi, je n'y puis plus tenir ; Monsieur, Monsieur, Monsieur, voulez-vous rêver jusqu'à demain ?
MONSIEUR DUVERGER
Enfin, mon annonce est faite.
MADAME LUCE
Pour le coup j'ai trouvé où placer ma scène.
MONSIEUR MÉNANDRE
Apollon soit loué ; je tiens mes quatre vers.
MADAME LUCE
Présentement, Monsieur, dites-moi je vous prie, où est mon fils ?
MONSIEUR MÉNANDRE
À propos, Monsieur, pourquoi avez-vous eu la cruauté de refuser la comédie que Madame vous lut hier ?
MONSIEUR DUVERGER
Monsieur, je vous le dirai tantôt... Madame, votre fils est ici quelque part.
MADAME LUCE
Il est, sans doute, avec sa Mademoiselle_Beauregard, et je la veux attendre ici.
MONSIEUR MÉNANDRE
Nous avons une autre comédie, intitulée : Les Sept_Sages_de_la_Grèce, quand la lirons-nous ?
MONSIEUR DUVERGER
Quand il vous plaira, Monsieur.
À Madame Luce.
Madame ne vous attendez pas de voir ici d'aujourd'hui Mademoiselle_Beauregard ; à l'heure que je vous parle, elle joue le rôle de Bérénice. Vous savez sa coutume ; lorsqu'elle joue, elle passe de la scène dans sa loge ; et vous ferez mieux de vous aller remettre à vos places pour entendre la comédie.
MAROTE
Il se passe dans les foyers, Monsieur, des scènes qui valent quelquefois bien celles du Théâtre.
MONSIEUR MÉNANDRE
Je vais suivre ses pas, et ne le quitte point qu'il ne m'ait dit les raisons de son injuste refus, et qu'il n'ait pris jour avec moi, pour la lecture de nos sept_Sages_de_la_Grèce.
MADAME LUCE
J'aperçois Monsieur Alidor, il faut que je me plaigne à lui, de ce que mon fils recherche encore Mademoiselle_Beauregard, après les défenses qu'il lui en a faites de ma part.
SCÈNE V. Monsieur Alidor, Madame Luce, Marote.
MAROTE
Vous prenez fort mal votre temps, Madame, vous voyez bien qu'il joue aujourd'hui, et qu'il repasse son Rôle.
MADAME LUCE
N'importe... Monsieur... Monsieur Alidor... Monsieur...
MONSIEUR DUVERGER
Ah ! Madame, je suis votre serviteur.
MADAME LUCE
Va, toi, cependant chercher mon fils, et si tu le trouves, viens vite m'avertir.
MONSIEUR DUVERGER
Ce n'est pas à moi qu'elle en veut.
MAROTE
Oui, Madame... Fiez-vous-y.
SCÈNE VI. Monsieur Alidor, Madame Luce.
MONSIEUR ALIDOR, répétant un rôle
Pourquoi vous dérober vous-même en ce moment ?Ci-dessous les vers 705 à 710 de la tragédie Bérénice de Jean Racine.
MADAME LUCE
Monsieur, après ce que vous avez dit de ma part à mon fils, je voudrais bien savoir pourquoi il aime encore Mademoiselle_Beauregard, et ce qu'il vient chercher ici ?
MONSIEUR DUVERGER
Le plaisir de lui faire un aveu si charmant.MADAME LUCE
Je m'en moque.
MONSIEUR DUVERGER
Elle l'attend, Madame, avec impatience.MADAME LUCE
Je n'en doute pas...
MONSIEUR DUVERGER
Je réponds en partant de son obéissance.MADAME LUCE
Chansons !
MONSIEUR DUVERGER
Et même elle m'a dit, que prêt à l'épouser, Vous ne la verriez plus que pour l'y disposer.MADAME LUCE
Elle en a menti, Monsieur Alidor, elle en a menti.
MONSIEUR DUVERGER
Qui, Madame ?
MADAME LUCE
Mademoiselle_Beauregard.
MONSIEUR DUVERGER
Et qui vous parle d'elle, Madame ?
MADAME LUCE
Vous, Monsieur, qui me dites que mon fils est prêt à l'épouser.
MONSIEUR DUVERGER
Moi, Madame ? Je ne songe ni à elle, ni à Monsieur votre fils.
MADAME LUCE
Vous ne m'avez pas répondu ?
MONSIEUR DUVERGER
Je repasse quelques endroits d'un rôle que je joue aujourd'hui.
MADAME LUCE
Vous ne m'avez donc pas entendu ?
MONSIEUR DUVERGER
J'entendais qu'on parlait derrière moi ; et il nous arrive tous les jours de repasser nos rôles dans la confusion de ceux qui nous environnent.
MADAME LUCE
En effet, j'étais bien bête de ne pas m'apercevoir, que ce qu'il disait était du Rôle d'Antiochus. Eh bien ! Monsieur, je ne vous interromps pas davantage... et je vais moi-même chercher mon fils. Cette coquine de Marote pourrait bien être d'intelligence avec eux.
SCÈNE VII. Monsieur Alidor, Le Marquis.
MONSIEUR DUVERGER
La peste soit de la folle...
Il répète.
Madame après cela.
LE MARQUIS
Ah, ah, ah, ah !
MONSIEUR DUVERGER
Titus m'a commandé...À part.
Non, j'ai sauté quatre vers : au diable soient les rieurs.
Vers 893 de Bérénice de Racine, persOnnage d'Antiochus.
LE MARQUIS
Ah, ah, ah, ah, ah, ah !
MONSIEUR DUVERGER
Eh, Monsieur, ne sauriez-vous aller rire ailleurs ? Vous riez de bien peu de chose.
LE MARQUIS
Ah ! Par_la_sambleu, celui-ci est encore assez plaisant ; je ris de bien peu de chose : vous vous figurez donc qu'on rit de vous, Monsieur_Alidor ?
MONSIEUR DUVERGER
Vous feriez bien mieux, Monsieur_le_Marquis, d'aller dire à Monsieur_le_Baron, votre ami, de prendre garde à Madame_Luce sa mère, qui le cherche.
LE MARQUIS
Oui, Monsieur Alidor... Ah, ah, ah, ah !
MONSIEUR ALIDOR
La place n'est pas tenable.
LE MARQUIS
Adieu, Roi_de_Comagène.
MONSIEUR DUVERGER
Adieu, Monsieur le Marquis... Où diantre aller pour ne pas trouver des fâcheux ? Il en pleut ici de tous les côtés.
SCÈNE VIII. Le Marquis, Le Baron.
LE MARQUIS, à part
La peste me tue, si ce petit Monsieur là n'a cru que je riais de lui. Ah, ah, ah... Te voilà, mon cher Baron ; et d'où diable sors-tu ? je t'allais chercher pour te dire que ta mère...
LE BARON
Eh je le sais, Marote me l'a dit, mais de quoi ris-tu ?
LE MARQUIS
Peux-tu, toi-même... t'empêcher de rire ?
LE BARON
Eh par la sandis, de quoi veux-tu que je rie ? De te voir rire.
LE MARQUIS
Tu n'as donc encore rien vu ?
LE BARON
Je sors d'entrer tout à l'heure.
LE MARQUIS
Tu ne fais que d'entrer ?
LE BARON
Eh non, te dis-je ; est-ce qu'on a commencé sans moi ?
LE MARQUIS
Eh morbleu, n'entends-tu pas ? Voilà qu'on finit le second acte, et je suis venu me cacher ici pour y rire tout mon saoul.
LE BARON
Et dis-moi donc, quelle pièce joue-t-on, qui te fait tant rire ?
LE MARQUIS
Bérénice.
LE BARON
Bérénice.
LE MARQUIS
Oui, Bérénice, de l'illustre Monsieur_Racine.
LE BARON
Eh Dieu me damne si je n'y pleure toujours comme un veau.
LE MARQUIS
Ô ! Regarde si tu y pleureras aujourd'hui, voici celui qui joue Titus.
SCÈNE IX. Monsieur DE L'Étoile, Le Marquis, Le Baron.
LE BARON
Eh, cadedis, qu'est-ce que je vois ? Monsieur de l'Étoile Titus ! Ah, ah, ah, ah, c'est donc aujourd'hui le monde renversé. Ah, ah, ah, ah.
LE MARQUIS
Eh, mon cher, avais-je tort ?
LE BARON
Eh par_la_sandis, approchez-donc, Monsieur_de_l_Étoile, que je vous voie de près. Ah, ah, ah, ah.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Ah, ah, ah, ah. Par_la_sandis, j'approcherai, quand vous aurez achevé de rire... Monsieur_Floridor, Monsieur_Floridor, vous m'avez fait faire la sottise, vous ne m'y rattraperez plus, ou le diable m'emporte.
LE MARQUIS
Mais, mais, par_la_sambleu, Monsieur_de_l_Étoile depuis quand vous fâchez-vous donc de faire rire les gens ? Cela n'est pas donné à tout le monde.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Oh, parbleu, Monsieur, je me fâche que les gens rient, quand ce n'est pas mon dessein de les faire rire... Je l'avais bien prévu, que dès qu'on me verrait sous cet équipage, tout le sérieux de la pièce s'en irait au diable... Mes camarades n'ont pas voulu me croire, je me suis laissé engeôler... de Pasquin que j'étais hier, on m'a fait aujourd'hui, malgré moi, Empereur_Romain. Dès que j'ai montré le nés, on a ri... J'entends qu'on rit encore... Voici des rieurs qui m'attendent au passage... Oui... cela est-il donc ainsi ? Je renonce à l'Empire. Achève la pièce qui voudra.
LE BARON
Eh donc, Monsieur_de_l_Étoile ?
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Eh donc, Monsieur_le_Baron ?
LE BARON
Il m'est avis, que quand on a commencé un rôle, on ne le quitte pas ; et les Spectateurs ?
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Oh ! Les Spectateurs, les Spectateurs, ils doivent rire, quand ils doivent rire, et pleurer quand ils doivent pleurer ; c'est-là leur rôle ; s'ils le quittent, l'acteur doit quitter le sien aussi.
LE MARQUIS
Il est morbleu en colère tout de bon. Ah, ah, ah, ah !
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Oh ! Riez, riez tant qu'il vous plaira : mais si on me voit jamais ni Empereur, ni Roi, ni Consul, ni Tribun, ni seulement Prêteur, je veux bien l'aller dire à Rome.
LE BARON
Eh, Mardis ! Si vous cessez de jouer, que dira le Public ?
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Eh, Mardis ! On lui donnera Merlin_Dragon, ou quelque autre pièce.
La Dragonne ou Merlin dragon, jouée à Namur lors du dernier siège. La Haye : E. Foulque, 1696. cote BnF : ASP 8-RE-20063
LE MARQUIS
Voici Monsieur_Floridor qui vient sans doute pour y donner ordre.
SCÈNE X. Monsieur Floridor, Monsieur de L'Étoile, Le Baron, Le Marquis.
MONSIEUR FLORIDOR, d'un air froid et grave
Qu'est-ce ceci, Monsieur de l'Étoile ? On vient de me dire que vous ne voulez pas achever.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
On vous a dit vrai, vous avez voulu vous divertir à mes dépens.
MONSIEUR FLORIDOR
Oh ! Pour cela, non.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
On nous avait demandé Bérénice, il a fallu la jouer, et je sais de bonne part que vous avez cabalé pour faire tomber sur moi le rôle de Titus.
MONSIEUR FLORIDOR
Oh, oh ! Que dites-vous là ?
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Chacun pour s'en dispenser avait une excuse toute prête, Cléante disait qu'il était trop froid pour faire l'amoureux ; Philandre, que l'application que ce rôle demandait, lui ferait perdre les idées d'une pièce dont il menace le public ; Cliton craignait les sifflets ; Jolimont disait qu'il avait trop soupé hier au soir ; vous que vous aviez passé toute la nuit au jeu ; je voulus m'excuser comme les autres sur une pièce de vin_de_l_Hermitage que je devais aller retirer au port ; mais je fus obligé de consentir, à la pluralité des voix, que la chose fut mise au sort, et vous avez fait en sorte, ou mon malheur a voulu que l'Empire Romain me soit échu en partage. Vous voyez ce qui est arrivé : vous devez être bien content au moins, car tout le monde en a ri, vous l'avez vu.
MONSIEUR FLORIDOR
J'ai vu... J'ai vu... que... que voulez-vous que je vous dise... Voilà un grand mal, on a ri, eh bien ?
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Eh bien, ne vous voilà-t-il pas avec votre sang-froid : j'aimerais autant qu'on me rit au nez.
LE MARQUIS
Mais, Monsieur_de_l_Étoile, j'ai pourtant vu cinq ou six Dames qui pleuraient à chaudes larmes.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Oui, je l'ai bien vu aussi ; mais c'était à force de rire, et je gagerais bien...
MONSIEUR FLORIDOR
Monsieur_de_l_Étoile, notre profession nous engage à respecter tout ce qui vient du public.
LE BARON
Eh ! Cadedis, moquez-vous de cela Monsieur_de_L_Étoile : un bon Acteur ne s'émeut de rien : qu'on rie, qu'on pleure, qu'on siffle, il va toujours son chemin, prenez exemple de Monsieur ; l'avez-vous jamais vu déconcerté, quoique je l'aie sifflé plus de vingt fois ?
SCÈNE XI. Mademoiselle de L'Étoile, Monsieur Floridor, Monsieur de L'Étoile, Le Baron, Le Marquis.
MADEMOISELLE DE L'ÉTOILE
Eh mon_Dieu ! quel désordre est ceci ?
LE MARQUIS
Ah ! Mademoiselle de l'Étoile, vous voilà aujourd'hui belle à ravir.
LE BARON
Voilà, Dieu me damne, une petite étoile qui ne doit rien au soleil.
MADEMOISELLE DE L'ÉTOILE
Oui, Messieurs, je suis belle, mais je suis chagrine, et j'ai sujet de l'être.
MONSIEUR FLORIDOR
Eh, morbleu Mademoiselle, avec qui vous amusez-vous-là ? Venez, s'il vous plaît, et priez ces Messieurs de nous laisser en repos.
MADEMOISELLE DE L'ÉTOILE
Messieurs, allez, je vous prie, vous remettre sur le Théâtre ; parlez, gesticulez, étalez votre parure et votre bonne mine aux Dames et au Parterre, enfin divertissez le public, et donnez-nous le temps de régler tout ceci.
MONSIEUR FLORIDOR
Oui, ces Messieurs sont fort complaisants ; voyez comme ils s'en vont. Il est vrai que vous n'êtes guère propres à chasser les gens.
MADEMOISELLE DE L'ÉTOILE
Oh ! Qu'ils demeurent, je ne saurais qu'y faire.
MONSIEUR FLORIDOR
Voilà cependant votre mari qui ne veut pas jouer.
MADEMOISELLE DE L'ÉTOILE
Il y a bien d'autres nouvelles. Mademoiselle_Beauregard a su que Madame_Luce est ici, elle a juré qu'elle ne sortirait point, et s'est barricadée dans sa loge.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Oh ! Courage ; voilà ma Bérénice aux arrêts ; si on cesse de jouer, ce ne sera plus ma faute.
MONSIEUR FLORIDOR
Ceci est embarrassant, Monsieur_le_Baron ; prenez, s'il vous plaît, la peine d'aller trouver Monsieur du Verger, il est dans ma loge avec Monsieur_Ménandre ; tâchez tous ensemble de faire entendre raison à Madame_Luce, vous savez son faible, il ne faut que lui dire... Vous comprenez bien.
LE BARON
Si je comprends ? Et qui comprendra donc ? Viens, Marquis ; tu nous aideras.
LE MARQUIS
De tout mon coeur ; aussi bien, si tu entres dans la troupe, parbleu je songe à te suivre.
LE BARON
Je te réponds qu'une part vaut bien le revenu de ton marquisat.
LE MARQUIS
Et de ta Baronnie aussi...
SCÈNE XII. Monsieur Floridor, Monsieur de L'Étoile, Mademoiselle de L'Étoile.
MONSIEUR FLORIDOR
Songeons à disposer votre mari à sortir quand son tour viendra. Je vous réponds, Monsieur, qu'on ne rira plus, pourvu que vous récitiez, comme je vous ai dit.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Eh ! Ventrebleu, Monsieur, ne l'ai-je pas déjà fait inutilement ? Tenez, pour vous bien imiter j'ai d'abord jeté nonchalamment un côté de ma perruque, comme cela sur l'épaule droite... Ou sur la gauche : car vous m'avez dit que c'était la même chose.
MONSIEUR FLORIDOR
Cela est d'un grand maître.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Après j'ai étendu les bras amoureusement.
MONSIEUR FLORIDOR
Fo... fort bien.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Ensuite, pour varier, je les ai tristement croisés sur la poitrine.
MONSIEUR FLORIDOR
Pa... Pa... Pas mal.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Quelquefois le chapeau à la main d'un côté, et le poing serré de l'autre, j'ai balancé tout mon corps sur la pointe de mes pieds comme cela.
MONSIEUR FLORIDOR
On ne peut pas mieux.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Dans cet endroit de la pièce où mon Paulin me vient dire que Rome n'entend pas raillerie, vous savez bien ?
MONSIEUR FLORIDOR
Oui, eh bien ! Par quelle action avez-vous marqué votre tristesse ?
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
J'ai mis brusquement mes gants, comme ceci.
MONSIEUR FLORIDOR
Cela parle assurément.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Et après, quand on m'est venu dire que le Sénat fait l'entendu... Je les ai arrachés avec transport, comme ceci.
MONSIEUR FLORIDOR
Cela est très pathétique.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Oui : mais tout cela au diable n'a de rien servi.
SCÈNE XIII. Marote, Monsieur de L'Étoile, Mademoiselle de L'Étoile.
MADEMOISELLE DE L'ÉTOILE
Eh ! Mon_Dieu dépêchons-nous. On vous vient sans doute avertir que le public se plaint de notre retardement.
MAROTE
Non, je viens vous dire que Monsieur_du_Verger craignant que le Parterre ne s'impatientât selon sa louable coutume, a fait habiller promptement quatre danseurs qui amusent le Public par un entracte. Pour moi, j'ai laissé Madame_Luce entre les mains de gens qui ne la quitteront point, qu'ils ne l'aient rendue traitable sur ce que l'on désire d'elle. Monsieur_Ménandre raisonne fortement avec vos Messieurs sur la pièce que vous refusâtes hier, et commence à croire que ce qui se passe ici finira par quelques mariages, comme les Comédies. Mais voici nos disputeurs.
SCÈNE XIV. Monsieur Ménandre, Monsieur Duverger, Madame Luce, Marote, Monsieur Floridor.
MONSIEUR DUVERGER
Eh ! Sans passion, Monsieur, sans passion.
MONSIEUR MÉNANDRE
Non, non, je vous soutiens que si vous n'avez trouvé que cela à redire à la Comédie que Madame vous lut hier, vous errez toto coelo, toto coelo.
MONSIEUR DUVERGER
Mais, Madame, il ne faut que le sens commun pour voir...
MADAME LUCE
Pures chimères, Monsieur, pures visions.
MONSIEUR DUVERGER
Mais, Monsieur.
MONSIEUR MÉNANDRE
Je vous prouverai par Aristote, Horace, Anaxagore...
MONSIEUR DUVERGER
Monsieur, sans aller chercher ces grands hommes-là, je ne veux pour juge que cette fille ; je sais qu'elle a assez de bon sens pour le différend dont il s'agit, elle ne vous est pas suspecte...
MONSIEUR MÉNANDRE
Non.
MAROTE
Çà voyons, de quoi est-il question ? Parlez, je vous écoute... Tâchons de contenter tout le monde.
MONSIEUR DUVERGER
Monsieur et Madame, ont fait une Comédie, intitulée : L'Amour_Soldat.
MAROTE
Ce titre est fort galant.
MONSIEUR MÉNANDRE
Il vaut seul une Comédie. L'Amour_Soldat !
MADAME LUCE
Voilà ce qu'on appelle un titre : L'Amour_Soldat.
MONSIEUR DUVERGER
Tous les personnages de cette pièce sont Capitaines ou Gens d'épée.
MAROTE
On ne saurait mettre sur le théâtre de plus braves Gens.
MADAME LUCE
Quel dommage !
MONSIEUR DUVERGER
La scène est à Paris, dans la maison d'une jeune Comtesse, où se rendent d'autres Dames... Là, on y joue, on y festine, on y fait l'amour.
MAROTE
Eh bien ! Cela n'est-il pas dans l'ordre ? Les Officiers font-ils autre chose, quand ils sont à Paris ?
MONSIEUR MÉNANDRE
Quelle imagination !
MONSIEUR DUVERGER
Écoute-moi seulement, voici la difficulté ; on veut nous faire jouer cette Comédie en été, en été.
MAROTE
Ah ! Je vous comprends, Monsieur, vous voulez dire que les gens d'épée sont partis, et qu'il n'est pas à propos de les mettre sur la scène à Paris, dans un temps où ils sont tous à la guerre.
MONSIEUR DUVERGER
Te voilà au fait.
MAROTE
Par ma foi, Madame, Monsieur a raison ; j'ai ouï dire qu'il n'a resté à Paris que les Officiers qui ne sont plus en état de servir. Les femmes ne s'accommoderaient pas de ces gens-là.
MONSIEUR MÉNANDRE
C'est une illusion.
MAROTE
Ne vous jouez pas à cela, Monsieur, on prendrait à présent la maison de votre Comtesse pour les Invalides.
MADAME LUCE
Et ne verrait-on pas que ce seraient de jeunes officiers, galants et bienfaits.
MAROTE
Eh ! Bien, Madame, cela fait contre votre Comédie ; les femmes qui la verraient, enrageraient de voir un si grand nombre d'Officiers sur le Théâtre, et de n'en avoir plus chez elles. Je suis de l'avis de Monsieur ; cette pièce ne vaut rien pour l'été ; mais aussi, Monsieur, il y a un expédient ; recevez-la pour l'hiver, et tout le monde sera content.
MONSIEUR DUVERGER
Eh ! Bien, Monsieur, pour juger votre différend avions-nous besoin d'Aristote ?
MAROTE
Bon ! Aristote ; il faut être benêt pour le consulter sur le goût des femmes d'aujourd'hui. Je ne suis qu'une servante ; mais si cet Aristote-là revenait au monde, je voudrais qu'il vînt plus de quinze jours à mon école ; encore n'en saurait-il pas tant que moi.
MONSIEUR MÉNANDRE
J'entre assez, Madame, dans les réflexions de cette fille ; gardons cette Comédie pour l'Hiver.
MADAME LUCE
Donnons-leur, en attendant, cette Pièce, dont nous avons tiré le sujet de Térence : il n'y a que des bourgeois.
MONSIEUR MÉNANDRE
La voici dans cette poche.
MONSIEUR FLORIDOR
Quel titre lui donnez-vous ?
MONSIEUR MÉNANDRE
L'Heautontimorumenos.
Heautontimorumenos, comédie de Térence (-190,-159)
MONSIEUR FLORIDOR
Monsieur, ce nom seul ferait fuir tous nos auditeurs.
MADAME LUCE
Eh bien ! Monsieur, nos Sept_Sages_de_la_Grèce ?
MONSIEUR MÉNANDRE
La voici dans cette autre poche.
MAROTE
Je crois qu'il en est farci.
MONSIEUR DUVERGER
Nous n'avons pas le temps de la lire ; mais comment traitez-vous ce sujet ? les mettez-vous tous sept sur la Scène ?
MONSIEUR MÉNANDRE
Oui, Monsieur.
MADAME LUCE
Et ils sont tous sept amoureux ?
MONSIEUR FLORIDOR
Sept sages amoureux ?
MONSIEUR MÉNANDRE
Oui, Monsieur, en amour le nombre de sept est mystérieux.
MADAME LUCE
Ce n'est pas tout ; chaque sage a un confident, et chaque maîtresse de Sage une confidente, qui s'aiment aussi.
MAROTE
Et que faites-vous de tant d'amoureux ?
MADAME LUCE
Ce que nous en faisons, ignorante ?
MONSIEUR MÉNANDRE
Nous les marions tous au dernier acte.
MONSIEUR FLORIDOR
Vous les mariez tous ?
MONSIEUR MÉNANDRE
Oui, Monsieur, et la pièce finit par quatorze mariages.
MAROTE
Miséricorde ! Quatorze mariages ?
MONSIEUR MÉNANDRE
Aucun auteur ancien, ni moderne, n'est encore allé jusques-là, que je sache.
MONSIEUR DUVERGER
Non, assurément,
MADAME LUCE
Nous les avons surpassés en cela, à coup sûr.
MONSIEUR FLORIDOR
Sans doute.
MONSIEUR MÉNANDRE
Il ne faut pas rire, c'est une affaire de calcul, et qui se prouve comme deux et deux font quatre.
MAROTE
Il est aussi sur que sept et sept font quatorze. Messieurs, ne privez pas le Public d'une pièce, où il y a quatorze mariages, quand ce ne serait que pour faire celui de Monsieur le Baron.
MONSIEUR FLORIDOR
Pour amuser Madame_Luce, allez lui accorder par forme de trêve tout ce qu'elle voudra, afin qu'elle laisse jouer en repos Mademoiselle_Beauregard, et consente à son mariage. Voici Monsieur_de_l_Étoile, je vais le disposer à sortir.
SCÈNE XV. Monsieur de L'Étoile, Mademoiselle de L'Étoile, Monsieur Floridor.
MONSIEUR FLORIDOR
Oh ! Ça, Monsieur, vous voilà, sans doute, prêt à jouer, dès que l'entracte sera fini ?
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Non, et je venais vous dire que...
MONSIEUR FLORIDOR
Quoi ?
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Que vous devriez prendre ma place.
MONSIEUR FLORIDOR
Moi ? Je crois que vous êtes fol ; que dirait-on de voir sortir un autre Titus ?
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Au moins qu'on me donne un autre confident, un autre Paulin, que Monsieur_Damis.
MADEMOISELLE DE L'ÉTOILE
Bon, il est bien temps à cette heure.
SCÈNE XVI. Monsieur Damis, Monsieur de L'Étoile, Monsieur Floridor, Mademoiselle de L'Étoile.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Le voici, le pauvre_diable, il enrage aussi bien que moi.
MONSIEUR DAMIS
Eh ! Qui diantre n'enragerait ? Dès que nous paraissons ensemble, Monsieur Titus et moi, au diable un seul mot de notre Rôle veut-on écouter. Vous diriez qu'aujourd'hui Titus et Paulin jouent la scène qu'on a vu jouer autrefois à Arlequin et à Scaramouche.
MONSIEUR FLORIDOR
Vous n'avez plus qu'une petite scène à paraître ensemble ; répétez-là ici, pour voir ; vous verrez que cela ira mieux.
MONSIEUR DAMIS
Oh ! Pour cela, non, cela ira de mal en pis.
MADEMOISELLE DE L'ÉTOILE
Eh ! Que sait-on ? Allons, répétez-la, j'ai ici le livre, je vous soufflerai. C'est à vous à commencer, Monsieur_Damis ; courage ! Bérénice en s'en allant, dit adieu.
MONSIEUR DAMIS
...Dans quel dessein vient-elle de sortir, Seigneur, est elle enfin disposée à partir ?Vers 1197 et suivants de Bérénice de Racine, acte IV, scène 6, Paulin puis Titus.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Paulin, je suis perdu ; je n'y pourrai survivre, La Reine veut mourir : allons, il faut la suivre ; Courons à son secours,MONSIEUR DAMIS
Eh ! Quoi n'avez-vous pas Ordonné dès tantôt qu'on observe ses pas ? Quels applaudissements l'Univers vous prépare ! Quel rang dans l'avenir !Vers 1211-1215 de Bérénice, acte V, scène 6, Paulin et Titus.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Non, je suis un barbare ; Moi-même je me hais ; Néron tant détesté, N'a point à cet excès poussé sa cruauté. Je ne souffrirai point que Bérénice expire ; Allons ; Rome en dira ce qu'elle en voudra dire.MONSIEUR DAMIS
Quoi, Seigneur ?MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Je ne sais, Paulin, ce que je dis : Ah ! Rome, ah ! Bérénice ! ah ! Prince malheureux ! Pourquoi suis-je Empereur ? Pourquoi suis-je amoureux ?Vers 1225-1226, Bérénice de Racine, acte V, scène 6, Titus.
MADEMOISELLE DE L'ÉTOILE
Oh ! Si vous la récitez comme cela, tant pis pour ceux qui riront.
SCÈNE XVII. Monsieur Duverger, Monsieur Damis, Monsieur de L'Étoile, Monsieur Floridor, Mademoiselle de L'Étoile.
MONSIEUR DUVERGER
Nos Danseurs vont finir. Il faut vite aller commencer le troisième acte.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
Ah ! Mon pauvre Paulin.
MONSIEUR DAMIS
Ah ! Titus.
MONSIEUR DUVERGER
Cependant j'ai bien fait des affaires en peu de temps.
MONSIEUR FLORIDOR
Eh ! Quoi ?
MONSIEUR DUVERGER
Madame_Luce consent au mariage.
MADEMOISELLE DE L'ÉTOILE
Et comment l'avez-vous fait revenir ?
MONSIEUR DUVERGER
En lui promettant de jouer ses Comédies à ses risques, périls et fortune.
MONSIEUR DE L'ÉTOILE
S'il y a des Empereurs, les joue qui voudra.
MONSIEUR DAMIS
Et les Paulins aussi.
MONSIEUR FLORIDOR
Allons donc continuer Bérénice, et puis ensuite terminer le mariage de Mademoiselle_Beauregard.
22 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica