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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Ou la Lecture de Phyché

Racine chez Corneille

Bruleboeuf-Letournan· créée en 1825· 727 vers· 11 personnages

Représentée pour la première fois, à Rouen, sur le Théâtre des Arts, le 29 juin 1825, jour anniversaire de la fête du grand Corneille.

Personnages

  • PIERRE CORNEILLE, - MM. SAINT-ELME
  • THOMAS CORNEILLE, ROBLIN
  • FONTENELLE, leur neveu, ERNEST
  • VALÈRE, jeune avocat, ami de Fontenelle, EDOUARD
  • MOLIÈRE, TISTE
  • BOILEAU DESPRÉAUX, RAYNAL
  • RACINE, ALFRED
  • LA FONTAINE, BIÉ
  • MADAME CORNEILLE, Mme SIMONNET
  • MADEMOISELLE CORNEILLE, Mme SAINT-ELME
  • UN PAGE, à la livrée de Colbert, Mme ASTRUC
MONSIEUR LE BARON,

À MONSIEUR LE BARON DE CHAPAIS DE MARIVAUX, Ancien premier Avocat- général de la Cour des comptes, aides et finances de Normandie, etc., Conseiller de Sa Majesté en sa Cour Royale de Rouen, Chevalier de l'ordre royal de la Légion-d'Honneur, Membre de l'Académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, de la Société d'émulation de la même ville, etc., etc.

Je place sous l'auspice de l'amitié ce faible opuscule. C'est dans vos doctes entretiens (qu'il vous en souvienne) que j'en ai conçu la première idée ; j'ai puisé le reste dans mes adorations, comme dans le noble et brûlant enthousiasme que vous inspire, et à tous vos compatriotes, le nom du grand Corneille.

L'admiration des Rouennais a consacré, par un marbre pieux, le toit modeste et révéré où naquit l'immortel auteur du Cid et de tant d'autres chefs d'oeuvre ; chaque année, à la Saint-Pierre, une fête, qui les honore, célèbre ce beau souvenir de gloire ; et j'ai osé, celle-ci, entrelacer à mon tour quelques festons au solennel apothéose du père de la tragédie.

Comblé de suffrages honorables, mais trop indulgents peut-être, j'aspire moins, par l'impression de ma pièce, à les justifier, qu'à remplir un devoir bien doux, celui de vous la dédier, et d'exprimer ma respectueuse et inviolable reconnaissance envers la patrie du grand homme. Et quelle contrée ! La nature l'a comblée d'incomparables largesses. Rouen n'est pas moins la ville du génie que celle des hautes conceptions agricoles, commerciales et industrielles qui en font comme la seconde capitale de la France.

J'ai l'honneur d'être avec respect,

MONSIEUR LE BARON,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

BRULEBOEUF LETOURNAN.

Dédicace

REMERCIEMENT À MADAME LEVAVASSEUR, née DE CHAPAIS DE MARIVAUX, et à M. Charles LEVAVASSEUR, son fils,

du superbe bouquet de fleurs et de la lettre toute flatteuse, toute poétique, l'accompagnant, qu'ils m'ont fait l'honneur de m'adresser le lendemain de la représentation, sur le théâtre des Arts, à Rouen, de la comédie 1 en un acte et en vers, ayant pour titre : Racine chez Corneille, ou la Lecture de Psyché.

CORNEILLE, oh ! Qu'il est doux, après t'avoir chanté, Et fait voler les coeurs sur tes divines traces, De conquérir un prix dont l'éclat t'eût flatté !... Je reçois en ton nom, des mains de la beauté, L'encens du dieu du goût et le bouquet des Grâces. BRULEBOEUF-LETOURNAN. ROUEN, 1er, juillet 1825.

RACINE CHEZ CORNEILLE

Le théâtre représente l'intérieur du cabinet de P. Corneille. Au lever de la toile, il est assis, en robe de chambre, à son bureau, placé à la gauche de l'acteur ; du même cité y et attenant, sont un portrait en pied de Louis XIV et une petite porte ouvrant dans le cabinet de Thomas Corneille. À droite est une console couverte de plusieurs vases de fleurs, tout auprès une autre porte ; dans le fond l'entrée principale.

SCÈNE PREMIÈRE.

CORNEILLE seul, à son bureau, tenant à la main le manuscrit de Psyché, qu'il achève

Oui, Psyché doit, au gré de mon âme charmée, De ce bon Poquelin servir la renommée. Je n'ai fait que les vers !... trop heureux, seulement, Si du plan qu'il traça mon vers est l'ornement. Noire auguste monarque avait dit à Molière : « Mais à quand donc Psyché ? - Sire, j'ai tant à faire... - Hé bien, soit, dit Louis : Je la veux... dans huit jours. » Molière embarrassé m'appelle à son secours. Ce tableau, de l'Albane exigeait la palette, Un ami m'en priait.... j'ai liquidé sa dette. Le Roi sera content ; huit jours , un opéra ! J'ai mis plus de deux ans à composer Cinna. Racine, Despréaux, dites que je sommeille ; Je suis, à soixante ans, toujours le grand Corneille.

Se levant, son manuscrit en main.

Molière ne sait pas que j'achève aujourd'hui j Avant de l'en instruire et de passer chez lui, Faisons part à Thomas de cette oeuvre nouvelle.

Il appelle à la petite porte de gauche.

Thomas !... De l'amitié mon frère est le modèle ; À ses avis souvent je gagne à me ranger.

Appelant encore.

Thomas !... Il est sorti ! Cela me fait songer Que nous eûmes hier une querelle ensemble : C'est, depuis quarante ans, la première !... Je tremble De l'avoir affligé, contrarié... Non, non, Il est bien sans rancune, et puis j'avais raison. C'est pour ma pension que Colbert me supprime ; Je ne réclame point, Thomas m'en fait un crime !... Je l'obtins, on le sait, sans la solliciter ; Le Roi m'en fit honneur, Colbert peut me l'ôter.

Apercevant les fleurs qui ornent la console et son bureau.

Des fleurs ? Quelque surprise encor que l'on m'apprête !...

Se ressouvenant.

Je l'avais oublié, c'est aujourd'hui ma fête. L'absence de Thomas est un point éclairci ; Il est allé chercher ma fille : Elle est ici !

SCÈNE II. Corneille, Madame Corneille, Mademoiselle Corneille, Thomas.

CORNEILLE, souriant

Je vois.

MADAME CORNEILLE, à son mari

Il badine.

À Thomas, avec intention.

Valère, je m'en doute, est le choix qu'il a faiL ?

THOMAS

Certes.

CORNEILLE, à sa femme

Quel âge a-t-il ?

MADAME CORNEILLE

Vingt-quatre ans.

CORNEILLE, comme se ressouvenant

En effet !...

À Madame Corneille.

Il est ?...

MADAME CORNEILLE

Avocat.

MADEMOISELLE CORNEILLE, vivement

On ne peut davantage.

CORNEILLE

Il t'aime ?

MADEMOISELLE CORNEILLE, baissant les yeux

Je ne sais.

SCÈNE III. Les Précédénts, Molière.

Il est entré sans être vu, et s'est arrêté dans le fond du théâtre pour contempler ce tableau de famille.

MOLIÈRE, à part

Ce tableau m'attendrit ! D'un hymen orageux Je n'ai recueilli, moi, que des dégoûts affreux !... Ce cruel souvenir empoisonne ma vie.

Il tombe, accablé de douleur, dans un fauteuil, et ce mouvement le fait apercevoir des femmes et de Corneille qui vont à lui.

CORNEILLE, à Molière

Mon ami !

THOMAS, de même

Habit de cour, vraiment.

CORNEILLE

Partez vite.

MOLIÈRE, à Thomas

Ton frère me désole.

CORNEILLE, remettant à Molière le manuscrit de Psyché

J'ai promis à Molière, et je lui tiens parole.

MADEMOISELLE CORNEILLE, à sa mère

J'aime à le voir content, ce bon monsieur Molière.

MOLIÈRE, souriant

Je le crois.

MOLIÈRE

Mais encor...

CORNEILLE, à Thomas

Bien raisonné !

MADEMOISELLE CORNEILLE

Que voudrions-nous plus ?...

MOLIÈRE

À mi-voix.

J'en suis fort aise. Un mot !

CORNEILLE, de même

Qu'est-ce ?

CORNEILLE, avec un peu d'humeur

Encor faut-il que je m'habille.

Il entre chez lui par la porte de droite.

SCÈNE IV. Les Précédents, Hors Corneille Thomas, regardant sortir son frère.

MADEMOISELLE CORNEILLE

Ce sera votre ouvrage.

Racine venait de faire représenter, avec un grand succès, cette tragédie admirable.

MADAME CORNEILLE

Lisez !

MADEMOISELLE CORNEILLE, saisie

Ah !

MADEMOISELLE CORNEILLE, de même

Demain !

MADAME CORNEILLE

Et votre frère ?

THOMAS, à Madame et Mademoiselle Corneille

Craignons de le troubler ! Psyché lui plaît, l'entraîne.

MADAME CORNEILLE, à sa fille

Nous, pendant leur entretien, Préparons mon époux à recevoir Valère.

Elles sortent du même côté que Corneille. Fontenelle et Valère entrent par la porte principale et les saluent de loin.

SCÈNE V. Thomas, Fontenelle, Valère, Molière à l'écart.

THOMAS, allant au-devant de Fontenelle et de Valère

Ah ! Vous voilà, Messieurs.

VALÈRE

Non.

VALÈRE, lui désignant Molière assis à l'écart

Est-ce ton oncle Pierre ici que j'aperçois ?

FONTENELLE, avec une maligne intention

Mon oncle !... Assurément.

THOMAS, à Fontenelle

Il a fort bonne grâce ? Ton ami.

VALÈRE

Mais....

MOLIÈRE, toujours préoccupé de Psyché

Partout le même esprit et la même élégance !

Ici Valère, tout entier à son erreur, exprime une profonde et vive admiration.

MOLIÈRE, se levant et frappant avec enthousiasme sur le manuscrit qu'il lisait

Ici l'auteur du Cid doit être reconnu !

MOLIÈRE, à Valère

Vous êtes bien ému.

MOLIÈRE

Moi !

FONTENELLE, riant aux éclats

Pour mon oncle l'aîné.

MOLIÈRE, avec modestie à Valère

Diantre !... c'est différent.

FONTENELLE, à Valère stupéfait

Tu vois Molière.

VALÈRE

Ô ciel !

SCÈNE VI. Les Précédents, Corneille, en habit de cour, Madame et Mademoiselle Corneille.

FONTENELLE, à Valère

Mon oncle Pierre !

CORNEILLE, à Fontenelle

Ali ! Ah !

FONTENELLE

Nous vous attendions tous.

Lui présentant Valère.

Vous voyez...

CORNEILLE, examinant tour-a-tour sa fille et Valère, qui se regardent à la dérobée

À Valère.

Je devine !.. Eh ! pas mal. C'est donc vous ? Excusez-moi, Monsieur, je sors avec Molière. Restez !... nous causerons. Vous me plaisez, Valère.

MOLIÈRE, à Valère

Vous lui voliez son nom pour m'en glorifier, Monsieur ; mais je n'ai pas de fille à marier.

À Corneille avec gaîté.

Je veux, chemin faisant, vous conter l'aventure.

Ils sortent par le fond, en se donnant le bras ; Thomas les suit.

MADAME CORNEILLE, bas à Fontenelle

Vous restez ?

FONTENELLE

Oui.

MADAME CORNEILLE, à sa fille qui la suivait

Demeure !

Elle suit son beau-frère et son mari.

SCÈNE VII. Madame Corneille, Fontenelle, Valère.

FONTENELLE, bas à Valère

Entretiens ta future !

Il court s'asseoir au bureau de Corneille, y fait mine de lire, les contemple et les écoute malicieusement.

MADEMOISELLE CORNEILLE, à part

Je suis toute tremblante.

VALÈRE, de même, s'enhardissant

Il faudrait approcher.

MADEMOISELLE CORNEILLE

Mon cousin qui nous laisse !

FONTENELLE, à part

Ira-t-il la chercher ?

VALÈRE, allant à Mademoiselle Corneille

Rassurez-vous, de grâce.

FONTENELLE, de même

Enfin il est près d'elle !

MADEMOISELLE CORNEILLE, à part

Comme il est agité !

FONTENELLE, qui n'a pu longtemps tenir en place, venant se placer au milieu d'eux

Ne savoir exprimer ce que tu sens si bien ; Pauvre amoureux ! Cousine...

VALÈRE, repoussant Fontenelle

Ah ! Laisse-moi lui dire...

MADEMOISELLE CORNEILLE, se trahissant

Mon père ! Il consent donc ?...

VALÈRE, tombant aux genoux de Mademoiselle Corneille

Vous consentez aussi.

SCÈNE VIII. LES PRÉCÉDENS, THOMAS.

THOMAS, surprenant Valère aux genoux de Mademoiselle Corneille

Hé ! Mais, tu le disais timide, Fontenelle ? Je ne vois pourtant pas...

FONTENELLE

Oui.

FONTENELLE, sautant de joie comme un enfant

Ah ! Je m'en réjouis.

FONTENELLE

Bien dit.

Ils rentrent, à l'exception de Thomas.

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Corneille, Thomas, de temps à autre se montrant à la porte de son cabinet.

CORNEILLE, écrivant à son bureau, en face du portrait de Louis XIV

« Remerciement au Roi sur Cinna, Pompée, Horace, Polyeucte, Rodogune, dont il vient d'ordonner les représentations extraordinaires sur le grand théâtre de la cour, à Versailles. »

THOMAS

Et c'est ainsi qu'un roi, sur le Pinde adoré, Des talents qu'il honore est lui-même honoré.

Il rentre dans son cabinet.

Pinde : chaîne de montagnes qui sépare la Thessalie de l'Epire. Elle est consacrée à Apollon et aux Muses.

SCÈNE XI. Corneille seul, puis Valère.

VALÈRE, arrivant par le fond du théâtre

Je le vois en effet. Entrons.

Saluant de loin Corneille qui ne le voit pas.

Monsieur....

CORNEILLE, écrivant

Ce vers me paraît admirable.

VALÈRE, à part

Il compose !

VALÈRE, à part

Que dit-il ?

CORNEILLE, avec humeur, à Valère qu'il ne reconnaît plus

Votre nom, quel est-il ? Que me demandez-vous ?

VALÈRE, à part

Restons.

CORNEILLE

Il se lève et prononce avec force, en se promenant sur le théâtre, ces vers qu'il compose devant l'image de Louis XIV.

« Ma muse peut encor s'élever jusqu'à toi : Comme elle s'applaudit d'espérer en mon Roi ! Le plus pénible effort n'a rien qui la rebute ; Commande, elle entreprend ; ordonne, elle exécute ! »

CORNEILLE, Épître au Roi.

Ici,dans sa marche, il heurte Valère qui n'a pu l'éviter.

Je vous croyais parti depuis longtemps ?

CORNEILLE, avec bonté

Non, je n'ai plus d'humeur.

VALÈRE

Je crains...

VALÈRE, remettant à Corneille une lettre

Veuillez lire...

SCÈNE XII. Les Précédées, Thomas, sortant de son cabinet.

CORNEILLE

Mon gendre, embrassez-moi.

Il embrasse Valère.

SCÈNE XIII. Corneille, Thomas, d'abord seuls, puis Boileau et Racine, d'un côté ; Molière et La Fontaine de l'autre.

MOLIÈRE, bas à Racine

En effet.

CORNEILLE, prenant sur son bureau une pièce de théâtre et la présentant à Thomas

Tiens ! Vois si je l'honore. Lis !

CORNEILLE, lui désignant une autre note

Ici !

CORNEILLE, ému, l'embrassant

Vous aviez ma tendresse, et vous l'aurez toujours.

Apercevant Boileau, Molière et La Fontaine.

Quoi ! Mes meilleurs amis....

BOILEAU, à Corneille

Il était du complot.

CORNEILLE, tendant sa main a Thomas, qui la baise avec transport

Je devais m'en douter.

BOILEAU, à Racine

Le bonhomme est plaisant.

CORNEILLE, à Racine

Vous !

RACINE, à Corneille

Vous !

BOILEAU, d'un ton chagrin

Un opéra !

BOILEAU

Tant mieux.

RACINE, bas à Boileau

Quelque fatras bien ennuyeux !

MOLIÈRE

Aux deux Corneille.

Je les veux intriguer.

Haut.

Boileau, point de satire.

BOILEAU

bas à Racine.

Vous n'écrivez pas mieux.

BOILEAU, à Molière

Nommez donc cet auteur.

RACINE, de même

Oui.

LA FONTAINE, à part, surprenant un geste d'intelligence entre Molière et Corneille

Serait-ce ?... peut-être.

MOLIÈRE, regardant Corneille

Il est facile à reconnaître.

CORNEILLE, bas à Molière

Comme il est convenu, nommez-vous seul.

MOLIÈRE, bas à Thomas

Non pas !

Aux deux frères.

Jouissons de leur embarras.

RACINE, cherchant

Facile ?

BOILEAU, de même

Je m'y perds.

BOILEAU, à Corneille

Boileau vous félicite.

RACINE, au même

Nous irons voir Psyché.

SCÈNE XIV ET DERNIÈRE. Les Précédents, Un Page, puis Madame et Madamoiselle Corneille, Fontenelle, Valère.

LE PAGE

Mille pardons, Messieurs, d'arriver jusqu'ici. Monsieur Corneille est-il ?...

Tout le monde s'est levé, à l'exception de La Fontaine.

CORNEILLE

Me voici !

RACINE, à Boileau

Un page de Colbert !

LE PAGE, à Thomas

Attendez... on m'a dit au grand Corneille !

Thomas prend la lettre, la donne à son frère ; le page sort.

LA FONTAINE, se levant avec vivacité

Holà ! Thomas est notre ami.

BOILEAU, serrant la main à Thomas

Point de doute à cela.

CORNEILLE, remettant à Thomas la lettre, après l'avoir lue

Tiens, lis à ces Messieurs ; ils voudront bien apprendre Ce qu'a produit pour moi le zèle-le plus tendre.

Ici la famille de Corneille, qui était restée dans le fond du théâtre, s'approche pour entendre la lecture de cette lettre. Chacun prête l'oreille avec intérêt, hors Boileau, dont la contenance décèle un secret embarras.

THOMAS, lisant

« Cabinet du Ministre.

À MONSIEUR CORNEILLE L'AÎNÉ.

Je m'empresse de vous informer, Monsieur, que le Roi vient de me donner l'ordre de rétablir sur les feuilles du trésor votre pension, et de la porter à deux mille écus. Cette prompte justice du souverain, vous la devez, sans y contredit, à son intérêt particulier, et aussi aux vives instances de l'un de vos meilleurs amis auprès du Roi.

Sire, a-t-il dit librement à Sa Majesté, oufaites restituer au grand Corneille la pension dont par erreur, sans doute, on l'a privé, ou souffrez que je fasse en vos mains le sacrifice de la mienne. Cet ami m'a fort recommandé de vous taire son nom, mais ses défenses me prescrivent un devoir contraire. Je vous le signale, je vous le dénonce impitoyablement : c'est notre satirique, c'est Monsieur Despréaux !

Votre affectionné,

Signé COLBERT. »

CORNEILLE, à Boileau

Noble ami !

CORNEILLE, à ses amis, montrant sa famille

De dîner avec nous faites-moi tous l'honneur. Femme, entends-tu ?

MOLIÈRE, prenant par la main Mademoiselle Corneille et la présentant à la compagnie

Oui, Pierre nous invite aux noces de sa fille. Le jour est bien choisi ! Qu'il soit tout employé À fêter les amours la gloire et l'amitié.

La toile tombe.

727 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica