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Folie-Revue en vers et en prose· Folie Revue en un Acte

La Claque ! la Claque !

William Brunach· créée en 1862· 543 vers· 14 personnages

Représentée pour la première fois, à Paris sur le Théâtre de la Société artistique (Rue Bellefond), le 15 Février 1862.

Personnages

  • LA FICELLE DRAMATIQUE, Mademoiselle DÉSIRÉE
  • JULIE, Mademoiselle CARROUCHE-DALBERT
  • LE THÉÂTRE BELLEFOND, Mademoiselle CARROUCHE-DALBERT
  • LA FRÉGATE-ÉCOLE, Mademoiselle SURAND
  • LA COMÈTE, Madame MAGNUS
  • COLLODION, Monsieur PÉTAIN
  • ROMULUS, Monsieur GUSTAVE BLOCK
  • BAIN-DE-FER, Monsieur J.JACOB
  • CHABANNAIS, Monsieur PAUL J
  • LE BOULEVARD DU TEMPLE, H
  • WATEFERFISCH, Manuel
  • ORÉLIE-ANTOINE, ALFRED N
  • BRULE-PAVÉ, PARIZE
  • UN VIGNERON, MASSON
Dédicace

A M. N. BRANDT

TÉMOIGNAGE DE RECONNAISSANCE ET D'AMITIÉ

W. BUSNACH.

LA CLAQUE ! LA CLAQUE !

Le théâtre représente un salon. Une toile de fond de jardin. Au second plan, à droite, un objectif et des instruments de photographie. Un grand rideau coupant à volonté le théâtre. Canapés, fauteuils, chaises, etc., etc.

SCÈNE PREMIÈRE. Bain-de-fer, Julie.

Au lever du rideau, Julie est assise sur le fauteuil et pose ; Bain-de-Fer a la figure cache sous le voile de l'objectif.

JULIE

Est-ce bien comme cela, dites ?

BAIN-DE-FER

Parfaitement, Mademoiselle !

JULIE

J'espère que cette fois vous réussirez.

BAIN-DE-FER

La tête un peu plus de trois quarts... Là, voilà !... Maintenant, Mademoiselle, soyez immobile, s'il vous plaît.

Il sort la tète de dessous la toile, ses cheveux sont ébouriffés.

Regardez là, dans l'instrument...

Il opère et regarde Julie d'un air tendre ; il compte en soupirant.

Une... deux... trois... quatre... cinq... six...

Tout à coup il s'élance vers elle.

Ah ! Mademoiselle !

JULIE, poussant un cri

Qu'est-ce qu'il y a ?

BAIN-DE-FER

Rien ! Mademoiselle, rien !

JULIE

Ah ! Que c'est bête de me faire peur comme ça !... Voilà encore mon portrait manqué ! c'est amusant... C'est au moins la dix-septième_fois que je pose depuis ce matin.

BAIN-DE-FER

Accablez-moi, Mademoiselle, je ne répondrai pas !

JULIE

Mais enfin, qu'est-ce que vous avez à sauter comme ça en l'air ?

BAIN-DE-FER

Ce n'est pas moi qui saute, Mademoiselle, c'est mon coeur !... Croyez-vous donc que je puisse comprimer ses élans, à ce coeur, et lui dire de ne pas battre si fort quand je suis en face de vous ?... Croyez-vous qu'il me soit possible de rester ainsi, bêtement, à compter les secondes, comme si je faisais cuire un oeuf à la coque, quand votre regard croise le mien ? Ah ! Julie !... C'est plus fort que moi... mes jambes flagellent, - dit-on gellent ou geolent, - je suis si ému que je ne sais plus...

JULIE

Geolent... Monsieur.

BAIN-DE-FER

Merci, ange ; mes jambes flageolent, et je ne peux m'empêcher de tomber à vos pieds !

JULIE

Monsieur_Gustave !

BAIN-DE-FER

Ne m'appelez pas Gustave, Mademoiselle ! Vous savez bien que depuis que, pour me rapprocher de vous, j'ai laissé là mes pinceaux et mes couleurs pour devenir opérateur_photographe chez monsieur votre père, il a eu l'heureuse idée de changer mon joli nom de Gustave_Chimpazard contre le sobriquet de Bain-de-Fer, et il exige que je n'en porte pas d'autre !... Ah ! Julie !

JULIE

Calmez-vous, je vous en prie... Pourquoi me parler ainsi ? Vous savez bien que mon père ne consentira pas à notre mariage.

BAIN-DE-FER

Et vous me dites cela tranquillement ! Mais voilà pourtant ce qui fait le désespoir de mon horrible existence !... Et bientôt sans doute... Ah ! C'est bien imprudent à lui de laisser ainsi sous ma main une foule de produits dangereux ! Un jour ou l'autre, voyez-vous, je me laisserai aller à préparer une plaque dans mon estomac !

JULIE

Y pensez-vous, Monsieur_Bain-de-Fer ?... Vous détruire !

BAIN-DE-FER

Certainement. Tenez, mademoiselle, si vous m'aimiez autant que je vous aime, loin de chercher à me détourner de mon sinistre projet, vous devriez, au contraire, dans un trépas commun, trouver l'union de nos deux âmes !

JULIE

C'est encore une jolie idée que vous avez là !

BAIN-DE-FER

Ah ! Vous ne m'aimez pas alors !... Julie... Julie... Songez-y, vous êtes mon premier amour !

JULIE

Premier... premier... Il y a bien eu un entresol ?

BAIN-DE-FER

Vous riez, et je souffre... Triste... triste !... Ingrate, ne vous souvint-il plus de cette promenade que nous fîmes l'an dernier dans les bois de Ville_d_Avray, de ces doux épanchements, de ce bras serré contre mon coeur, de ces regards brûlants, de vos yeux baissés ?... Ah ! Julie !... Julie !

AIR :

C'était cet automne, un dimanche, Je vous avais offert mon bras ! Vous portiez une robe blanche, Un joli mantelet lilas. Nous courions dedans la prairie ; Vous en souvient-il pas, Julie ? Ah ! redites-moi, par pitié ! Que vous n'avez rien oublié 1

BAIN-DE-FER

Ah ! Julie, après cet aveu si doux, je ne puis plus douter... Vous m'aimez, n'est-ce pas ?

JULIE

Taisez-vous !... Si mon père vous entendait !...

BAIN-DE-FER

Votre père... Et que m'importe !... Je brave sa colère, à présent. Qu'il vienne donc, ce barbare tyran ! Qu'il vienne me disputer à vous... Je lui dirai : Monsieur Collodion, j'aime votre fille, et...

JULIE

Et il vous mettra immédiatement à la porte.

BAIN-DE-FER

C'est assez probable... Mais que faire alors ?... Vous voyez bien qu'il faut en revenir à... Vous savez, l'union de nos deux âmes ?

JULIE

Il faut, au contraire, chercher un moyen de le faire consentir... Tout n'est pas désespéré peut-être... Vous savez que mon père, qui a fait sa fortune dans le caoutchouc durci...

BAIN-DE-FER

Une fière Chance qu'il a eu là, par exemple ! Mais que m'importent sa fortune et son caoutchouc durci, c'est vous seule que je veux.

JULIE

Laissez-moi donc continuer.

BAIN-DE-FER

Je vous écoute comme si vous étiez Mademoiselle_Lenormand.

JULIE

Mon père, dis-je, s'est pris ces derniers temps d'une passion désordonnée pour la photographie. C'est son côté faible, c'est par là qu'il faut l'attaquer... Si nous pouvions trouver quelque chose qui flattât sa manie !

BAIN-DE-FER

En effet, vous avez raison, il faudrait inventer... Mais quoi ?

JULIE

C'est lui... Je l'entends... Je reprends ma pose. (

Elle se rassied dans le fauteuil.

BAIN-DE-FER, à son objectif

Fixe repos !... Ça va commencer...

SCÈNE II. Collodion, Bain-de-fer, Julie.

COLLODION, un journal à la main

Malgré moi, j'y pense sans cesse, et dans le tourment qui m'oppresse...

BAIN-DE-FER

Ah ! Mademoiselle, monsieur votre père qui parle comme à l'Odéon.

COLLODION

Tiens, vous êtes là !

JULIE

Oui, papa... Monsieur_Gust... Monsieur_Bain-de-Fer me fait mon portrait.

COLLODION

Mais il y a deux heures que je vous ai laissé à cette même place, Julie !... Il est impassible que vous ayez mis tout ce temps...

BAIN-DE-FER

C'est que... J'ai cherché plusieurs positions, patron, et je n'ai pas encore trouvé...

COLLODION

C'est bien... laissez-moi... Je suis rêveur... J'ai besoin de rentrer en moi-même ! Ô humiliation ! sentir en soi l'étoffe d'un homme de génie, et ne pouvoir parvenir à percer !

JULIE

Mais qu'est-ce qui vous tracasse ainsi, papa !

COLLODION

Ne m'interroge pas ; Julie, tu ne saurais me comprendre... ou plutôt si, écoute, Julie !

JULIE

Papa ?

COLLODION

Lis-tu quelquefois la quatrième page des grands journaux, ma fille.

BAIN-DE-FER, indigné

Ah ! Monsieur...

COLLODION

C'est juste, je te l'ai défendu... Mais enfin la lis-tu quelquefois ?...

JULIE

Jamais, papa ; je ne lis que les feuilletons, ceux du vicomte Ponson_du_Terrail par exemple ! Ah voilà qui est amusant !

Vicomte Ponson du Terrail : Pierre Alexis de Ponson du Terrail (1829-1871) écrivain de 200 romans populaires. Son personnage récurrent est Rocambole.

COLLODION

Naïve enfant ; je reconnais bien là, le fruit de l'éducation distinguée que je lui ai donnée. Cette littérature à la fois simple et auvergnate, suffit aux besoins de ton âme candide ! C'est bien, petite, viens m'embrasser.

JULIE

Oui, papa !

Elle l'embrasse.

BAIN-DE-FER, à part

Il l'embrasse !... Lui ! Ah !... Je voudrais être son père. C'est-à-dire... Non !...

COLLODION

Eh bien, ma fille, je veux bien, pour aujourd'hui, te permettre cette lecture commerciale : tiens, lis.

Il lui donne le journal.

JULIE, lisant

Vitaline_Steck.

COLLODION

Plus loin, plus loin...

JULIE, lisant

Corsets à buses_magnétiques...

COLLODION, vivement

Plus bas, plus bas !

À part.

Vraiment, ces journaux !

Haut.

Tiens, là !... En bas... Ces gros caractères !...

JULIE, lisant

Étrennes_1862... Album_Onzéderi... Plus de 12000 portraits des célébrités contemporaines... 1ère_liste... Jolanchaux... Ventujol, Rougnol, Chamouton, Rigolinski... Mais je ne connais pas ces noms-là... Papa...

COLLODION

Moi non plus, ma fille, ni personne ; mais c'est égal, il parait que ce sont des illustrations contemporaines... Eh bien ! Cette annonce-là !... Julie !... C'est le ver qui me ronge, le fer suspendu sur ma tête... c'est...

BAIN-DE-FER

C'est un cheveu sur votre potage, quoi !...

COLLODION

Cette expression triviale rend assez bien ma pensée... Viens m'embrasser Bain-de-Fer... Non, plus tard... L'année prochaine... Oui Julie, oui moi aussi je rêve un Album... Vois-tu quel effet ça ferait ?... Album Collodion !... Mais qu'y mettre dans cet album ?... Il faudrait quelque chose de neuf... d'original ; c'est ce que je cherche en vain, depuis huit_jours.

BAIN-DE-FER

S'il vous faut des images gracieuses, patron, je suis prêt à poser dans toute espèce de position.

Pose.

COLLODION

Et laisse-moi donc tranquille, toi ! Non... Ce que je voudrais c'est une actualité quelconque, à mettre au jour... C'est... je ne sais quoi enfin !...

BAIN-DE-FER, inspiré, poussant un cri

Ah...

COLLODION

Quoi... Qu'y a-t-il ?

BAIN-DE-FER

Je tiens la chose, patron...

COLLODION

Toi ?...

BAIN-DE-FER

Oui, moi.

COLLODION

Et c'est ?...

BAIN-DE-FER

C'est de... me laisser faire, mais à une condition...

COLLODION

Parle, parle vite !

BAIN-DE-FER

Si je réussis à faire ce que vous désirez, m'accorderez-vous ?...

COLLODION

Quoi ?

BAIN-DE-FER

Ce que je vous demanderai, une fois l'album terminé.

COLLODION

Tu es charmant, toi ; je ne peux pas m'engager ainsi ! Est-ce dans les prix doux, au moins ?

BAIN-DE-FER

C'est un trésor, au contraire, mais un trésor qui ne vous coûtera rien !

COLLODION

Explique-toi, voyons.

BAIN-DE-FER

Je ne peux vous en dire davantage, c'est à prendre ou à laisser.

COLLODION

Je prends, alors, et je t'engage ma parole.

BAIN-DE-FER

Vite à l'ouvrage.

À Julie.

Le temps de monter au sixième, chez mes anciens camarades d'atelier et je reviens. Ah ! Mademoiselle, je crois que je puis m'écrier comme Archimède : Eurêka... Allons, bon, je parle grec à présent ! Ça veut dire tout simplement : je crois que... dans six semaines, vous serez ma femme.

À Collodion.

À tout_à_l_heure, patron.

Il sort.

SCÈNE III. Collodion, Julie.

COLLODION

Comprends-tu quelque chose à ce qu'il dit, toi, Julie ?

JULIE

Non,papa, rien du tout ; mais j'ai confiance, et puisqu'il vous a promis de satisfaire votre ambition, laissez-le faire.

COLLODION

Au fait, je ne risque rien, je lui ai donné ma parole... Ça n'engage pas à grand'chose... Ainsi...

JULIE

Comment, papa !... Mais...

COLLODION

Va, ma fille, laisse ton père rêvasser à son aise.

JULIE

Au revoir, papa.

En sortant.

Je vais guetter Monsieur_Gustave.

SCÈNE IV.

COLLODION, seul

Dois-je me fier à l'idée de ce Bain-de-Fer. Oh mon rêve ! Oh ! La célébrité ! L'atteindrai-je enfin ? C'est en vain que je l'ai demandée à l'industrie du caoutchouc durci, trois faillites successives, tout en m'enrichissant honorablement, m'ont laissé dans l'obscurité... Être illustre !... N'importe à quel prix... Être un grand homme... Ah ! Ce fut le désir de toute ma vie ! Aussi, en quittant le commerce, j'ai cherché dans quelle branche je pourrais m'illustrer... J'avais bien pensé à me faire nommer ambassadeur, mais les costumes officiels sont si chers ! Alors je me suis jeté à corps perdu dans la photographie...

SCÈNE V. Bain-de-fer, Collodion.

COLLODION

C'est toi, Bain-de-fer ?

BAIN-DE-FER

Oui, c'est moi !

COLLODION

Eh bien, quoi de neuf ?

BAIN-DE-FER

Apprêtez-vous, patron, vous allez bientôt voir comment je tiens ma parole ; moi, je rentre là pour exécuter vos ordres.

À part.

Si Romulus, notre ancien modèle, m'a bien compris, ça va marcher, et enfoncé le père Collodion !

Il passe derrière le rideau.

COLLODION, seul

Que veut-il dire ?

À ce moment on entend au dehors un grand bruit de sifflets et de bravos à la porte.

Entre Romulus.

SCÈNE VI. Collodion, Romulus.

ROMULUS

Il entre à reculons en se bouchant les oreilles.

Assez, assez... Grâce, grâce !...

Se tournant vers Collodion.

Au nom du ciel, Monsieur, secourez-moi, cachez-moi n'importe où, dans une armoire, dans votre fontaine, dans voire objectif, ou vous voudrez enfin, mais cachez-moi !

COLLODION

Pardon, Monsieur, mais je ne comprends pas ; à qui ai-je l'honneur de parler ?

ROMULUS

Monsieur, vous voyez en moi le descendant d'un illustre Romain ; un de mes aïeux eut l'honneur de claquer autrefois Néron.

COLLODION, sans comprendre

Ah ! Vous avez claqué Néron... Enchanté, Monsieur,... mais je ne comprends pas toujours ce qui me procure ?...

ROMULUS

Vous devez être allé quelquefois au théâtre ?

COLLODION

Souvent, Monsieur, j'adore le spectacle ; j'ai même ma stalle à l'année... aux Funambules... derrière la clarinette.

Stalle : Dans un théâtre, siéges séparés et numérotés. [L]

Thépatre des Funambules : Salle de Spectacles parisienne entre 1816 et 1862. Situé Boulevard du temps, maintenant Place de la République, il faut détruit lors des travaux haussmannien.

ROMULUS

Eh bien, Monsieur, je suis un de ceux qui sont chargés de manifester aux auteurs et aux artistes la satisfaction du public.

COLLODION

Oh ! J'entends maintenant, vous êtes un claqueur !

ROMULUS

Vous l'avez dit, j'ai cet honneur ; placé sous le lustre, c'est moi qui applaudis tous les acteurs en renom, depuis Mélingue jusqu'à Vavasseur ; du reste, voici ma carte : « Romulus, entrepreneur de succès, attaché aux théâtres des boulevards, claque tout ce qui concerne son état, fait des envois en province... » Tout ce qui s'est joué depuis vingt ans, je l'ai applaudi... quelle besogne !... J'ai vu trois cent vingt-sept fois le Pied de Mouton.

Le Pied de mouton, mélodrame-féerie comique, d'Alphonse Martainvile avec Ribié (1807).

Étienne Marin Mélingue (1807-1875), peintre et acteur. Il a connu une carrière riche et tourmentée.

COLLODION

Oh ! Pauvre homme.

ROMULUS

Eh bien, Monsieur, imaginez-vous que dans le courant de l'année dernière, il s'est formé contre mon honorable profession une ligue acharnée ; ces gueux de payants ne se sont-ils pas imaginé de vouloir applaudir eux-mêmes, comme s'ils savaient ; hein ! Si ça ne fait pas pitié ?

COLLODION

Mais pardon, Monsieur, il me semble pourtant...

ROMULUS

Quoi ? Quoi ?... Il vous semble... En seriez-vous un par hasard ?

COLLODION

Un quoi ?

ROMULUS

Un merle.

COLLODION

Un merle ?

ROMULUS

Oui. C'est le nom de ces oiseaux-là ! Ils ont formé un club : le Club_des_Merles... Aussi je suis traqué, poursuivi, à peine hasardé-je le plus petit bravo qu'on me crie aussitôt : chut, chut ! À la porte ! C'est intolérable ! Mais que veut-on que je devienne ?

COLLODION

Certainement, Monsieur, je compatis de tout mon coeur à votre noble infortune, mais je n'y puis rien et je ne m'explique toujours pas davantage ce que...

ROMULUS

Comment vous ne comprenez pas ? Seriez-vous bouché par hasard ?

COLLODION

Non, Monsieur, je suis photographe, le collaborateur du soleil.

COLLODION

Et ?...

ROMULUS

Et je désire laisser mes traits à la postérité... C'est pour cela que vous me voyez chez vous... Je veux avoir mon portrait avec ce costume caractéristique, et ce vers à mes pieds : Du plus gros des Romains, voilà tout ce qu'il reste !

COLLODION

Comment, Monsieur, c'est pour cela ? Mais alors donnez vous donc la peine de...

ROMULUS

Tenez, Monsieur, je veux vous rendre un service, je veux qu'on parle de votre atelier. Si vous y consentez, toutes les célébrités de l'année défunte vont venir poser ici, devant vous !

COLLODION

Ciel ! Qu'entends-je ?... Quoi !... Mais alors mon rêve se réaliserait... Mon album... Le voilà... Album_Collodion... Revue_de_1861. Ah ! Mon cher Néron !

ROMULUS

Romulus !

COLLODION

Oui, Néron... que ne vous devrai-je pas ?

BAIN-DE-FER, derrière le rideau et d'une voix grave

Patron, songez à votre promesse.

ROMULUS

Quelle est cette voix humaine ?

COLLODION

Bain-de-Fer, mon commis principal, mon assesseur... Oui, Bain-de-Fer, oui, je saisis tout maintenant, c'est toi qui me vaux cette aubaine, et je le jure que, mon album terminé, je t'accorderai ce que tu me demanderas.

BAIN-DE-FER, passant sa tète entre les rideaux

J'y compte, patron.

COLLODION

Ah ! Monsieur Néron, quelle joie, venez m'embrasser... Non, c'est inutile... Ah ! Mon cher Romulus, votre main... Oh ! La belle main.

ROMULUS

J'ai la paire... Tenez... Comme ça claque.

SCÈNE VII. Les mêmes, Chabanna1s.

CHABANNAIS

La claque, la claque ! Où est-elle, la claque ?

ROMULUS, à Collodion

Monsieur_Chabannais, que j'ai l'honneur de vous présenter.

CHABANNAIS

Monsieur, pourquoi donc me regardez-vous d'un air étonné ? Ah ! Je la trouve mauvaise, celle-là... Ça va marcher ! Parce qu'avec moi, ça ne traîne pas, voyez-vous ; j'aurai bientôt fait de vous envoyer la...

Il fait le geste de donner une claque.

COLLODION

Bigre ! Il n'a pas l'air d'avoir le caractère bien fait.

CHABANNAIS

Bien fait ! Quoi, bien fait ! Ah ne la faites plus celle-là... Hein ?... Elle est mauvaise...

ROMULUS

Calmez-vous, Chabannais ; monsieur n'a pas voulu vous être désagréable.

CHABANNAIS

À la bonne heure, parce que je n'aime pas qu'on plaisante là-dessus ; ça n'est pas pour moi, c'est pour ma famille.

ROMULUS

Vous voyez là, monsieur Collodion, une des célébrités des petits théâtres. Monsieur a fait courir tout Paris. Ah ! C'est là qu'on s'amusait ! J'ai vu monsieur plus de cinquante fois, et toujours je riais comme un bossu.

CHABANNAIS

Comment, comment ça... bossu ! C'est encore une de celles qu'il ne faut pas me faire, celle-là... Un jour, à la Marche, un joli gandin m'a demandé si j'avais avalé un tire-bouchon ! Je n'ai pas bien compris d'abord, mais ensuite il m'a appelé bombé ; alors, vous jugez ! Ça n'a pas été long la pluie de claques ! Il a exigé des excuses, j'ai refusé, et le lendemain, à Vincennes, sur un dégagement... Je l'ai tué, moi, Chabannais, parole d'honneur ! C'est alors seulement que j'ai consenti à accepter ses excuses... Aussi ne m'asticotez pas, voyez-vous, parce que j'aurais bien vite fait de vous envoyer la...

Gandin : Dandy ridicule (du nom d'un personnage de vaudeville ; mot passé tout récemment dans l'argot du monde). [L]

ROMULUS

Ah ! Mais vous m'embêtez à la fin, savez-vous ? Je me moque pas mal de vous et de votre claque ! Envoyez-la donc un peu pour voir !

CHABANNAIS

Quelle soupe au lait que ce Romain... Il a cru que c'était sérieusement que je voulais lui envoyer la claque... À lui, un professeur de claque !... Est-il susceptible... hein ? La claque à toi, un ami que je ne connais pas du tout ; la claque à tout le monde, mais à toi, jamais !... Étreins-moi.

Il l'embrasse.

COLLODION

À la bonne heure... Je craignais un malheur... Monsieur, si vous voulez entrer là, on va vous faire poser.

CHABANNAIS

Comment ça, comment ça... me faire poser !... Je la trouve mauvaise, celle-là.

Ça ne sera pas long, n'est-ce pas ?... J'ai rendez-vous avec une petite fillette ; j'adore les primeurs, moi !... Si on ne se dépêche pas, j'envoie un coup d'épée... Je suis du Midi, et que voulez-vous, on ne se refait pas.

COLLODION

Malheureusement...

CHABANNAIS

Comment ça... malheureusement ?... Qu'est-ce que tu entends par là, toi ?... Ah ! Mais, ah ! Mais...

Il passe derrière le rideau.

COLLODION

Il est enragé !

ROMULUS

Que voulez-vous, il a eu tant de succès avec son méchant caractère !... De tous côtés on ne voit que gens qui bégayent et qui parlent de vous envoyer la claque.

AIR de Roger Bontemps.

La claque, la claque, la claque 1 On n'entend plus que ça ; Partout chacun vous traque Avec ce refrain là. Jadis, dans l' demi-monde, On n' parlait qu' javanais ; À présent, à la ronde, On parle le Chabannais, Demi-monde ou grand monde, Partout le Chabannais !

SCÈNE VIII. Collodion, Romulus, Le Boulevard du Temple.

COLLODION

Qu'avez-vous, mon brave homme, et pourquoi pleurez-vous ?

LE BOULEVARD

Ah ! Monsieur, si vous saviez, c'est navrant.

ROMULUS

Mais je te reconnais toi, mon vieux : tu t'appelais jadis la Foire_Saint_Laurent, plus tard on t'a nommé le Boulevard_du_Crime, hier tu étais le Boulevard_du_Temple, et demain tu seras le Boulevard_du_Prince-Eugène !

La Foire Saint-Laurent : Foire parisienne située en lieu et place de la Gare de l'Est. Elle se déroulait du juillet à septembre à partie de 1661, jusqu'à 1840.

LE BOULEVARD

Oui, Monsieur.

AIR : Ne raillez pas la garde citoyenne.

Vous connaissez le boulevard du Temple Et son aspect vraiment miraculeux ? Depuis longtemps tout Paris y contemple De gais tableaux, des spectacles joyeux. Au temps jadis, c'était alors la foire, On y voyait des tours de gobelets, Des charlatans, un tas de balançoires, D' plus en plus fort ! Comme chez Nicolet ! On admirait des puces très savantes, Qui, sans trembler, vous tiraient le canon ; On y levait des poids de cent_cinquante, On y trinquait au café_d_Apollon. Vous souvient-il encore de Lantimèche, De Curtius et du gai Tabarin ? C'était chez moi que paradait Bobèche ; Le grand Jocrisse est né sur mon terrain. Depuis ce temps, j'ai su grandir encore, Et sans parler de Collé, de Panard ! Les grands talents que le public adore Sont presque tous enfants du boulevard. Quand Frédérick au Lazary commence, Quand Dejazet chez moi vint s'établir, Ne puis-je pas à bon droit, je le pense. Regretter tant de me voir démolir ?

REPRISE.

Vous connaissez le boulevard_du_Temple, etc,

Et mes deux pauvres enfants !

Lantimèche : nom de personnage, idiot.

Tabarin : Bateleur de Foire parisien de son vrai nom Antoine Girard (1684-1626).

Curtius, Jean-Baptiste-Guillaume (1736- ?) :peintre et sculpteur, ouvrit vers 1778, sur le boulevard du Temple et aux foires, un salon où l'on voyait l'image en cire de toutes les notabilités contemporaines. [Les Spectacles de la foire, 1877]

François-Charles Panard (1689-1765) : chansonnier et dramaturge français.

Théâtre Lazari : Salle de spectacle parisienne qui prit le nom du mime Lazari en 1792. Il devins le Petit-Lazari depuis 1830 et disparut en 1863.

Virginie Dejazet (1798-1875) : actrice française qui se porte acquereur du théâtre des Folies-Nouvelles. Ce théâtre devint l'actuel Théâtre Dejazet.

COLLODION

Il a de la famille ?

ROMULUS

Il veut parler du Cirque et du Théâtre-Lyrique.

Théâtre Lyrique : nom d'une salle de spectacle parisienne localisée dans plusieurs lieux qui se trouvait au moment de la publication de cette pièce 72, Boulevard du Temple. Il fut détruit en 1863.

LE BOULEVARD

Oui, Monsieur. Je vous demande un peu ce que deviendra le boulevard sans ces deux théâtres-là ! Ah ! Je suis bien inquiet sur leur avenir... deux théâtres au bord de l'eau... Que de plaisanteries ne va-t-on pas faire ? Il n'y aura que de l'eau à boire ; les pièces n'auront pas grand chemin à faire pour tomber à l'eau.

LE BOULEVARD

Vous voyez, Monsieur, vous-même vous abandonnez vos anciens camarades ! Ah ! Je suis bien à plaindre, allez !... Et quelles raisons me donne-t-on ? Je ne suis pas à l'alignement, on veut m'achever... Ah ! Oui, c'est bien le mot, m'achever.

Il sort en répétant son air d'entrée.

Ah ! ah ! ah ! etc.

SCÈNE IX. Collodion, Romulus, La Frégate-École.

LA FRÉGATE-ÉCOLE, dans la coulisse

Mille_sabords !... Mille_millions_de_marsouins !...

Elle entre.

AIR : Ah ! c'est-il beau !

Ah ! Qu'il fait froid !

Ter.

Je me sens prise par la glace ! Ah ! Qu'il fait froid ! De grâce, réchauffez-moi !

COLLODION

Quel est ce joli petit marin ?

LA FRÉGATE

Vous ne me reconnaissez pas, Monsieur ? Ça tient peut-être à ce que vous ne m'avez jamais vue !

ROMULUS

C'est possible.

LA FRÉGATE

Vous n'y êtes jamais allé ?

COLLODION

Où ça ?

LA FRÉGATE

Au Havre, à Cherbourg ; vous n'avez donc jamais été visiter la mer !

COLLODION

Moi ? J'ai été une fois jusqu'à Saint-Cloud en gondole, ça n'est pas la même chose hein ?

LA FRÉGATE

Aujourd'hui, Monsieur, vous n'avez nul besoin de vous déranger pour prendre un bain de mer, vous montez en omnibus, vous descendez au Pont-Royal... Là, vous me trouvez.

COLLODION

Qui vous ?

LA FRÉGATE

La_frégate-école, parbleu !

COLLODION

Et vous donnez des bains de mer... vous-même ?

LA FRÉGATE

Pas de familiarités, mon vieux... Oui. Pour la modique somme d'un_franc, vous pouvez vous croire à Dieppe ou à Trouville... de l'eau de mer véritable, venue en droite ligne de l'Océan !

ROMULUS

Oh ! De l'Océan... Dites donc, entre nous, voyons, soyez franche, avec une pompe et une livre de sel de cuisine, c'est plus économique ?

LA FRÉGATE, pleurant

Ah ! C'est affreux ça ! Voilà pourtant ce qu'ils disent tout c'est une indigne calomnie : mais vous n'avez donc pas lu l'autre jour dans le_Constitutionnel...

Le Constitutionnel : journal du commerce, politique et littéraire (2 mai 1819-21 juil. 1914) ;

COLLODION

Elle va nous conter l'histoire de l'ours de Montmorency.

LA FRÉGATE

Eh non, Monsieur ; il ne s'agit pas d'ours, mais d'un événement tragique arrivé, chez moi et qui prouve bien que mon eau est de l'eau bien authentique.

ROMULUS

Ah ! Oui, je crois me souvenir...

LA FRÉGATE

La preuve que c'est vrai, Monsieur, c'est que ç'a été imprimé.

COLLODION

Voyons, qu'est il donc arrivé de si terrible ?

COLLODION, à Romulus

Est-ce que vous coupez dans le pont de cette frégate ?

ROMULUS

Au premier sabord... Au premier abord ! Cela peut paraître étrange en effet.

À la Frégate.

Mais comment se fait-il que ce requin vagabond, se soit trouvé dans la capitale, l'avez-vous su ?

LA FRÉGATE

Non, mais on présume qu'il aura dû échapper à la surveillance des employés du chemin de fer !

ROMULUS

Ce requin est tout bonnement le Jud des poissons... et qu'en avez-vous fait ?

LA FRÉGATE

Nous l'avons réexpédié à Étretat où il a fait de nouveau des siennes... Mais ça n'arrive pas tous les jours, Monsieur, et vous devriez venir chez moi, ça ne vous ferait pas de mal...

COLLODION, à part

Pourquoi me dit-elle cela ?

LA FRÉGATE, à Romulus

Et vous aussi, Monsieur ; ça vous ferait maigrir.

LA FRÉGATE

C'est égal, je ne désespère pas de vous voir bientôt à mon bord ; vous ne vous repentirez pas d'être venus visiter mon gréement.

COLLODION

En effet... j'aurais un certain agrément à le visiter.

La Frégate sort.

SCÈNE X. Collodion, Romulus, Orélle, Brule-Pavé.

Orélie est en costume d'avoué, c'est-à-dire une longue robe noire et une toque ; il porte des lunettes. Brûle-Pavé a un grand carrick de cocher de fiacre. Brûle-Paré entre en poussant Orélie, et lui donne des coups de poing. Orélie traine une grande malle/

BRULE-PAVÉ

Ah ! Gredin ! Ah ! Filou !

BRULE-PAVÉ

Et emporte-toi tant que tu voudras... qu'est-ce ça me fait... Je ne te lâcherai que quand tu m'auras donné mon dû !

ORÉLIE

Mais je t'ai déjà expliqué... Comprends donc ma position.

BRULE-PAVÉ

Alors pourquoi que vous prenez un fiacre, si vous êtes un pané ? Les omnibus ne sont pas faites pour les caniches.

Pané : misérable. [L]

ORÉLIE

Mais écoute-moi donc, je te jure que tu ne perdras rien.

BRULE-PAVÉ

En v'là encore une que je connais... Ils disent tous ça... Tenez, dépêchez-vous de me payer, où je vous mène chez le commissaire, car enfin... Je ne veux que mon légitime salaire.

ORÉLIE

Ton salaire, ton salaire... Tu es sûr de ne pas le perdre ton salaire.

BRULE-PAVÉ

Ah ça, mais je crois qu'il m'insulte, à présent... Méchant gratte-papier !

COLLODION

Ne trouvez-vous pas qu'il serait temps que nous nous mêlassions de ce débat ?

ROMULUS

En effet... Peut-on savoir la cause de cette discussion, que l'on peut qualifier d'aigre-douce ?...

BRULE-PAVÉ

Tiens... C' monsieur !... Oh ! Quel drôle de costume, vous ne devez pas avoir chaud avec ça... Voulez-vous mon carrick ?

Carrick : Sorte de redingote fort ample qui a plusieurs collets ou un collet très long. [L]

ROMULUS

Ne faites pas le saint Martin comme ça, et éclairez-nous.

BRULE-PAVÉ

Voilà ce que c'est. Imaginez-vous que j'étais à la station du chemin de fer, quand c' particulier-là monte dans ma voiture avec sa malle.

ORÉLIE

Une valise de voyage.

BRULE-PAVÉ

Il me dit : Conduisez-moi chez un grand photographe... Je l'amène ici...

COLLODION

Ce cocher est vraiment très distingué... Seyez-vous donc !...

BRULE-PAVÉ

Merci !... Bref, je me dépêche le plus qu'il m'est possible, hélas ! Nous arrivons, et voilà-t-il pas que monsieur refuse de m' payer... Il prétend qu'il n'a pas de monnaie... qu'il change, alors.

ORÉLIE

C'est mon voeu le plus cher ; je changerais volontiers, surtout avec Rothschild.

COLLODION

Pardon, monsieur, mais les plaintes de cet automédon ne me semblent pas dénuées de tout fondement.

ORÉLIE

Monsieur, qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son.

ROMULUS

Nous écoutons votre cloche...

BRULE-PAVÉ

Oui, faites un peu sonner votre battant ! Il va nous conter quelque balançoire...

ORÉLIE

Vous saurez, messieurs, qu'arrivé depuis une heure à Paris...

ROMULUS

Arrivé d'où ?

ORÉLIE

De bien loin, je viens du Chili.

ROMULUS

Chilly ! Oh ! Je connais...

Imitant.

« Patience, patience, ça marche, ça marche. »

COLLODION

Oh ! Romulus, c'est mal imité ça, vous n'êtes pas assez Rodin.

ROMULUS

Si Rodin, vous voulez dire.

COLLODION

Malheureux !... Continuez, monsieur.

ORÉLIE

Or, je n'avais emporté exactement que l'argent nécessaire a mon voyage ; en arrivant au débarcadère, preuve que mes calculs étaient bons, je possédais encore deux francs, juste une heure de fiacre ; j'avise ce cocher, je le hèle, après avoir attentivement examiné sa bête.

BRULE-PAVÉ

Cocotte !... Ne l'insultez pas... Je vous prie...

ORÉLIE

Quel fichu caractère, hein ! Nous démarrons et vous ne savez pas ce qu'il prend de temps pour me mettre à votre porte ?... 1_heure_45_minutes... Il n'a fait que marcher au pas... Il est dans son tort.

BRULE-PAVÉ

Dans mon tort... Je voudrais bien vous y voir... Vous ne connaissez pas la nouvelle ordonnance...

ROMULUS

Sur les fouets, la suppressions des mèches ?

BRULE-PAVÉ

Justement.

ORÉLIE

Mais ce n'est pas une raison pour descendre à chaque instant de votre siège comme vous l'avez fait.

ROMULUS

Il n'a pas tout à fait tort, Monsieur ?...

ORÉLIE

Antoine... de Périgueux.

ROMULUS

Ciel, Antoine... un avoué de Périgueux ? Mais alors... vous êtes...

ORÉLIE

Je voulais garder l'incognito, mais du moment que vous me reconnaissez.

ROMULUS

Ô joie ! Quel honneur pour moi, d'être le premier à vous saluer à votre arrivée... Saluez Collodion... Saluez.

BRULE-PAVÉ

Qu'est-ce qu'ils ont donc à se baisser ainsi... Ils ont perdu quelque chose.

ORÉLIE

Attendez, laissez-moi me montrer à vous dans toute ma dignité.

À l'orchestre.

Un trémolo SVP.

Il ouvre sa malle et en tire une petite couronne surmontée d'une grande plume ; il quitte sa robe et reste vêtu en sauvage, il garde ses lunettes.

COLLODION, à Romulus

Mais enfin, je salue, je salue, quel est ce sauvage à lunettes ?

ROMULUS

C'est le roi_d_Araucanie.

BRULE-PAVÉ

Un roi... Lui !... Oh ! Si j'avais su, Sire...

À Romulus.

Dites donc Monsieur le Romain mes 3_francs_50_centimes sont moins exposés !

ROMULUS

Hum, hum.

COLLODION

Un roi dans mes ateliers, je ne me sens pas de joie... Ah ! Sire, permettez... mes hommages... mes respects... mais que venez vous faire à Paris ?

ORÉLIE

Hélas !

AIR : Roi de Béotie.

Je suis le roi d'Araucanie, Orélie-Antoine premier, Et je viens sans cérémonie À Paris chercher un banquier. Si j'ai planté là ma peuplade, Mes bambous et mon ciel de feu, C'est que mon budget est malade Et qu'il faut qu'on assiste un peu Le pauvre roi d'Araucanie.

Araucanie : région du Chili qui fut déclarée royaume en 1860 par un français Antoine de Tounens (1835-1878) dont il se dit le roi. Tounens fut arrêté par l'armée chilienne le 5 janvier 1862 et fut renvoyé en France le 28 octobre 1862.

ORÉLIE

Allons, je vois que j'ai rencontré des âmes compatissantes... et je vais vous mettre en tête de la souscription que j'ouvre en ma faveur.

Il tire de sa poche une très longue feuille de papier.

ROMULUS

Tout le monde s'empressera de souscrire, noble Sire !

COLLODION

Oh ! Je crois bien. Comment ne pas s'intéresser à cette haute infortune ?

Orélie lui passe une plume qu'il trempe dans un petit encrier suspendu à sa ceinture.

Je veux être le premier sur cette liste... Collodion, rue_de_la_Lune, photographie perfectionnée au charbon de terre, portraits sans retouche, ressemblance garantie. Cinq_francs...

Rue de la Lune : rue parisienne débutant au niveau du 5 bis, boulevard de Bonne-Nouvelle, et se termine 267 m. plus loins au 36, rue Poissonnière, donc de la Porte Saint-Denis au cinéma du Grand-Rex.

ORÉLIE

Cinq_francs... Ah... Merci !

COLLODION

Un instant, ne confondons pas... Cinq_francs, c'est le prix des portraits... Il est bon, lui... pour vous.

Il écrit.

50_centimes.

ORÉLlE, à part

Bigre ! C'est maigre.

ROMULUS

Moi, je vous offre ma sympathie et mes battoirs.

ORÉLIE

Je crois que j'aurai de la peine à ramasser le petit million qui m'est indispensable.

ROMULUS

Un million !...

ORÉLIE

Ah ! Monsieur, je suis pourtant bien économe, si vous voyiez la liste de mes frais généraux... C'est incroyable... Il me faudra encore diminuer mon sénateur... Il était à 1,800 francs... Je le mettrai à 1500.

COLLODION

Comment, votre sénateur ?

ORÉLIE

Oui, je n'en ai qu'un et un député ; ils se réunissent tous les dimanches parce que dans la semaine ils sont occupés... Mais ça marche tout de même !

BRULE-PAVÉ, qui pendant cette scène est resté sur la malle et s'y est endormi, se réveille

Ah ça mais, dites donc, vous autres, Cocotte s'impatiente, et je n'entends pas souvent parler de mes trois_francs_cinquante.

COLLODION

Romulus en répond, et si vous voulez entrer là, quand votre tête sera tirée, on vous en causera.

BRULE-PAVÉ

Quoi, vous allez me faire mon portrait avec Cocotte ?

COLLODION

Avec Cocotte.

ORÉLIE

Allons, venez, et si vous êtes gentil, je vous nommerai Chevalier_du_Bambou_d_argent.

De retour en FRance à Paris, Antoine de Tounens délivra des titres de son royaume d'Araucanie.

BRULE-PAVÉ

Ah ! Sire...

ORÉLIE

Ça ne vous coûtera que cinq_francs, pour frais de chancellerie ; reste trente sous que vous me devez.

BRULE-PAVÉ

Ah ! Elle est bonne celle-là.

Ils passent derrière le rideau en se donnant le bras.

SCÈNE XI. Collodion, Romulus.

ROMULUS

Vous voyez, Collodion, ça marche, l'album.

COLLODION

Ah ! Mon ami... Quelle galerie... Un roi,... Cocotte,... un cocher,...un vaisseau,... je suis ivre de joie.

SCÈNE XII. Romulus, Collodion, Le Vigneron, La Cométe, La Comète, Le Vigneron.

COLLODION

Voilà un joyeux couple.

ROMULUS

La Comète_de_1861 et son favori le Vigneron.

Une comète est apparue en 1861 et fut visible pendant 3 mois.

COLLODION

Mais comme elle est donc gentille cette comète !... Ah ! Madame, je suis bien aise de vous voir de près... Vous êtes arrivée un peu brusquement, sans la moindre petite annonce.

LE VIGNERON

Et vous avez bien fait, ma mie !... Dites donc, Monsieur_le_photographe, il faut nous tirer notre ressemblance à tous les deux ensemble sur la même feuille.

COLLODION

Comme les frères_Lyonnet.

LE VIGNERON

Et je veux que vous mettiez ce cep et mon broc.

COLLODION

Oui... Ça meuble !

Appelant.

Bain-de-Fer !

ROMULUS

Un instant donc... Est-ce que le Vigneron et la_Comète peuvent s'en aller comme ça sans qu'on chante quelque chanson à boire ?... C'est indispensable... Mon cher Vigneron, vous devez avoir des verres sur vous.

LE VIGNERON

Certainement.

Il distribue des verres.

ROMULUS, à la Comète

Allons, versez, mignonne... et en avant la chanson_du_Doigt_de_vin !

AIR nouveau de M. Émile Albert.

COLLODION

Elle est éblouissante cette comète... C'est égal, c'est drôle, voilà que ça tourne ici...

LE VIGNERON

L'effet de la récolte de 1861... mon vieux.

Ils sortent avec la Comète en reprenant le refrain d'entrée.

SCÈNE XIII. Collodion, Romulus.

Ils sont un peu gris.

COLLODION

Madame la com... Tiens, elle est partie, c'est dommage, elle me revenait assez cette petite comète-là ! Je la crois bonne fille... Elle n'a pas l'air de faire sa tête... Sa queue c'est-à-dire !

ROMULUS

Tiens ! Collodion qui fait des mots... Tu fais des mots, Collodion !

COLLODION

Il me tutoie... Pourquoi donc me tutoies-tu, vous ?

ROMULUS

Parce que tu es mon ami... N'est-ce pas, tu es mon ami ?

COLLODION

Si je suis ton ami... Tiens... Romulus... Veux-tu que je te prête dix_francs ?

ROMULUS

Tous les jours si tu veux.

Il les met dam sa poche.

À part.

Ah ! Il l'est bien, par exemple !...

COLLODION

Dis donc, Romulus... Tout ça c'est gentil, la_Comète, La_frégate, mais sais-tu ce que je voudrais voir à présent ?

ROMULUS

Quoi donc ?

COLLODION

Eh bien, tu sais... Les théâtres... Dans une revue, mon Ami, c'est tout a fait nécessaire, et jusqu'à présent.

ROMULUS

Rassure-toi... Je n'ai rien oublié !... Je vais appeler à nous, le collaborateur ordinaire de tous les auteurs à la mode... La reine du théâtre moderne... La ficelle dramatique... Ficelle paraissez !

COLLODION

Attendez... Attendez.

Il est au milieu du théâtre et se recule virement.

Je connais ça... Le théâtre va s'ouvrir et puis une jolie demoiselle sortira par une trappe, là, au milieu de la scène.

ROMULUS

Ah ! C'est usé... Nous ne faisons pas ça, ici.

COLLODION

Vous avez tort, c'est très gentil et d'un bon effet.

ROMULUS

Mais tais-toi donc... Veux-tu que j'avoue tout haut que le théâtre n'est pas aussi admirablement machiné qu'à Bobino ?... Tu n'as pas pour deux_liards d'amour-propre.

Bobino : Suivant le théâtre du Luxembourg, lieu de spectacles qui s'est installé à plusieurs endroits dans Paris : Rue Madame et le Boulevard de Strasbourg en 1863. Le nom a été repris de 1873 à 1984 rue de la Gaîté.

COLLODION

C'est vrai... mettons que je n'ai rien dit.

ROMULUS

Je reprends... Ficelle, paraissez !

SCÈNE XIV. Collodion, Romulus, La Ficelle.

COLLODION

Quoi, vraiment, cette petite personne-là... C'est la Ficelle...

ROMULUS

Tu vois bien... Elle en est couverte.

COLLODION

En effet... Mâtin, c'est une jolie pelote.

ROMULUS

Collodion !

COLLODION

Eh bien quoi ! Ne puis-je pas présenter mes compliments à Mademoiselle_la_Ficelle !... Mademoiselle... Car je pense que vous n'êtes pas mariée !

ROMULUS

Non... Elle aurait craint de se mettre...

Il fait un signe significatif.

Au cou !

COLLODION

Mademoiselle, vous êtes charmante et ficelée à ravir... Votre costume ne montre pas la corde...

ROMULUS

Je te vois venir, malin, tu veux te mettre bien avec elle.

COLLODION

C'est vrai... Mais je ne sais trop par quel bout la prendre...

LA FICELLE

Je n'en manque pourtant pas, Monsieur.

Elle montre sa teinture, à laquelle pendent des ficelles de toutes grosseurs.

Tenez, vous n'avez qu'à choisir... Voici la ficelle du retour du mari... La ficelle de la chloroformisation d'une jeune fille, par un flacon imprudemment débouché.

ROMULUS

Oh ! Celle-là on vous l'a louée il y a quelques semaines pour la Gaîté.

LA FICELLE

Voici encore La_Ficelle de : Perdu, mon Dieu !... Il est retrouvé... Merci, mon Dieu !... La_Ficelle de : Qui la sauvera ? Moi !... Celle de : Tu m'appartiens... Pas encore.

COLLODION

Et cette grosse-là... Ah ! Comme elle est usée !

LA FICELLE

Hélas ! Monsieur, elle est hors de service, il va falloir me la faire découdre...

COLLODION

Ah ! Bah ! Et comment la nomme-t-on ?

COLLODION

Ah ! Sapristi... Ça me fait de la peine. Eh bien, qu'est-ce qu'elle va devenir, c'te pauvre vieille ?

LA FICELLE

Et je voudrais voir que quelqu'un d'elle rît !

COLLODION

Oui ! Ce Romain dans sa bedaine rit.

ROMULUS

Collodion... Tu vas trop loin.

COLLODION

Je fais des excuses... écrites ! Ainsi, mademoiselle, vos rapports avec messieurs les auteurs vous permettent...

LA FICELLE

De vous renseigner sur tout ce qui s'est passé au théâtre dans le courant de l'année mil huit cent soixante et un... Certainement et avec plaisir :

AIR : Un jour, à la barrière.

Sans craindre de disputes, Je vous promets De vous conter les chutes Et les succès. Ainsi qu'une chronique, Je veux, ma foi ! Me montrer véridique ; Écoutez-moi !

AIR : Sérénade de Gil Blas.

Pour ne pas s'trouver en reste Avec le boulevard. En fait d'art, Tra la la la la la ! L'Opéra reprend Alceste Avec Madame_Viardot Et Michot, Tra la la la la la ! Cette musique sévère, Que jadis on applaudit tant, Fait l'effet d'un vrai somnifère Sur l'infortuné qui l'entend. Depuis l'ouverture on bâille ; Au premier acte on dort partout ! On parle de frapper une médaille Pour ceux qui restent jusqu'au bout. Au lieu de remonter c't ouvrage, L'Opéra certe aurait Bien mieux fait Tra la la la la la ! De r'monter un peu le corsage De son corps de ballet Qui me parait... Tra la la la la la !

AIR : C'était de mon temps. (Madame Grégoire.)

Peu de temps avant, Au Théâtre-Lyrique, quel déboire ! On n'a pas longtemps Pu chanter Madame_Grégoire. Elle renvoyait les gens Par ses airs assommants. On ne voulait pas, j'imagine, Lui faire crédit sur sa mine ! Personne n'entrait Boire à son cabaret.

AIR : Avez-vous vu dans Barcelone.

Aimez-vous l'Opéra-Comique, Dont le genre est vraiment français ? Le directeur, dit-on, se pique D'y faire de la bonne musique, Seulement... il n'y fait pas ses frais ! Les_Recruteurs, de Lefébure, Sans recruter un sou vaillant, Malgré leur belliqueuse allure, Y font une triste figure, Et l'on ne rit qu'en s'en allant !

bis.

On va, dit-on, bientôt nous rendre Plus d'un magnifique opéra ; Mais le public dit : J'sors d'en prendre, On peut bien, ma foi ! Les reprendre, Ce n'est pas moi qu'on y reprendra.

AIR : Bouton de rose.

Un bon jeune homme, Qu'on traite de caméléon, Ne vient pas d'remporter la pomme Au théâtre de l'Odéon. Pauvre jeune homme ! Pauvre jeune homme

AIR : du Verre.

Mais avant que Gaetana Ne subit un sort déplorable, Au même théâtre, l'on a Fait jouer une oeuvre remarquable ; Oui, les Vacances du Docteur, Je vous le dis en conscience, Ont prouvé que l'talent d'l'auteur. Est d'ceux qui n' prennent jamais d'vacances.

AIR : Tiens, voilà mon coeur.

Aux Variétés les Danses Nationales, Tra, la la la la la la la ! Dont les danseuses étaient fort peu vestales, Ont fait flamber le coeur De plus d'un spectateur. Aussi, le soir, jusque dans le passage, Tra la la la la la la la ! On entendait ce doux marivaudage, Je frai ton bonheur, Tiens, tiens, voilà mon coeur !

AIR : Cinq sous.

Chinq sous ! Chinq sous ! Pour monter notre ménage. Tel est l' refrain Qu'on entend Porte Saint-Martin ?

AIR : De la Grâce de Dieu (presque parlé).

Tu vas quitter notre montagne. Pour aller gagner du quibus. Méfie-toi du vin de Champagne, Et des rencontr' en omnibus. Ne flâne pas d'vant les vitrages Tu n'-t-en va pas pour t'amuser, Travaille bien et reste sage, A moins qu'on n' t'offre de t'épouser. Adieu, ma fille, adieu ! À la grâce de Dieu !

Madame Grégoire, ou Le cabaret de la Pomme de pin : chanson en deux actes, par Messieurs Rochefort, Dupeuty et Charles, 1838. Représenté pour le première fois sur le Théâtre national du Vaudeville le 21 mai 1830.

Les Recruteurs opéra comique en 3 actes, paroles de A. de Jallais et Vulpian, 1861

Gaëtana : drame en cinq actes en prose / avec une préface inédite, par Edmond About, Paris, Mihel Levy Frère, 1862.

Quibus : Terme populaire. Argent monnayé. [L]

COLLODION

Comme elle a drôlement dit cet air-là.

ROMULUS

Elle chante, comme chanterait...

COLLODION

Ah ! Oui... Comme chante Bey... Une femme qui n'a pas de voix.

LA FICELLE

AIR : Bonjour, mon ami Vincent.

Quant à la Prise de Pékin, Je prise assez cette prise, Ce n'est pas un drame mesquin En voulez-vous l'analyse ? On voit, c'est exprès, Des Chinois forts laids, Des marchands de thé, Un palais d'été ; Pais un grand décor surnommé des glaces, Où tout ce qui se passe Se voit sens d'sus d'sous ! Il est même heureux, je vous en réponds, Que les figurant's aient beaucoup d'jupons ?

AIR : de Saltarello.

Parmi les nouvelles recrues De l'année qui vient de finir, Nous avons eu tant de revues, Qu'il faut au hasard choisir ! La pièce des Mille et un Songes N'obtint qu'un succès passager... Tous songes, dit-on, sont mensonges, Les auteurs devaient y songer. Le Plat du Jour que l'on nous offre Au théâtre des Délassement, Ne remplira que peu son coffre, Bien que ce soit un plat de Flan ! Quant au théâtre des Folies Qui fait au public ses adieux, Chaq' soir ses loges sont remplies, On ne peut pas se quitter mieux ! Enfin, parmi toutes ces revues, Je ne crois pas qu'il y en ait vraiment Beaucoup qui pourront être revues, Mais il en est une pourtant :

AIR : Tu vas me l' payer, Aglaé !

À quelques pas de la Bastille, Dans le vieux quartier du Marais, Voyez ce transparent qui brille D'vant le théâtre_Beaumarchais ! Bien que le titre en soit... folâtre, Le public sans être effrayé, Chaque soir envahit le théâtre Afin de s'payer Aglaé. Et quel succès dans le quartier ! Tu vas me l' payer 1 Tu vas me l' payer ! On n'entend que ça dans le quartier Tu vas me l'payer Aglaé !

La prise de Pékin : drame militaire à grande spectacle en cinq actes et onze tableaux, décors de Jean-Louis Chéret, Charles Cambon, Joseph Thierry, Chanet, Emile Daran et Poisson. - Paris : Théâtre Impérial du Cirque, 27 juillet 1861

Les mille et un songes : revue féerie en trois actes et vingt-trois tableaux, décors de Georges et Henri Robecchi. - Paris : Théâtre des Variétés, représentée 28 décembre 1861.

COLLODION

Je vous remercie infiniment ma charmante Ficelle... Mais est-ce là tout ce que vous pouvez me montrer ?

LA FICELLE

Oh ! Non pas... J'ai encore d'autres cordes à mon arc ! Avez-vous entendu parler du théâtre_allemand ?

ROMULUS

J'y suis allé, moi !... Ah ! Voilà quelque chose de gai, par exemple !

LA FICELLE

En voulez-vous un échantillon ?

Appelant.

Vateferfisch !... Ici !

ROMULUS

Vateferfisch ! Oh ! Mais, je le connais très bien ! Ah ! Voilà un garçon qui a une bonne méthode, et une voix !... Seulement, il a une malheureuse infirmité pour un chanteur.

COLLODION

Ah ! Laquelle ?

ROMULUS

Il est sourd... comme plusieurs pots.

COLLODION

Ah, bah ! Alors, dis-moi, Romulus, quand il a fini de chanter comment fait-il pour s'en apercevoir...

ROMULUS

On lui fait signe... Tu vas voir !

LA FICELLE

Vateferfisch !... Ici !

SCÈNE XV. Les mêmes, Vateferfisch, Tyrolienne.

AIR nouveau de M. Laurent de Rillé.

SCÈNE XVI. Collodion, Romulus, La Ficelle.

COLLODION, à la Ficelle

Pardon, j'abuse de votre complaisance ; mais n'auriez-vous pas encore quelque chose à nous faire voir ?...

LA FICELLE

Dame... non... Je ne vois pas trop !... Ah ! Si fait ! Un nouveau théâtre, bien petit, bien modeste, mais qui fera, je l'espère, son chemin... Permettez moi de vous le présenter.

SCÈNE XVII. Les mêmes, Le Théâtre Bellefond.

COLLODION

Mais je ne me trompe pas, ce petit jeune homme, c'est ma fille... C'est Julie... Ah çà ! Comment se fait-il ?...

ROMULUS

Ah ! Mon ami... Pas d'étonnement inutile... C'est ta fille, si tu veux, ça ne fait rien... Pas de reconnaissance dramatique, hein !... Nous ne sommes pas ici à l'Ambigu...

COLLODION

Comme tu voudras, Romulus... Alors, puisque ce n'est pas Julie... C'est...

LE THÉÂTRE BELLEFOND

Je vais vous le dire :

AIR : La lettre de l'étudiant.

COLLODION

Ah ! C'est très bien, ça, jeune homme ! Et je vous souhaite toute sorte de prospérité.

À la Ficelle.

Mais ne pourriez-vous pas encore ?...

ROMULUS

Ah ! Collodion, tu es trop exigeant, mon ami ! Il est un peu tard, et je crois que nous n'avons juste que le temps de nous faire photographier à notre tour... Allons, mes enfants, vite à la pose !...

Ils sortent et laissent Collodion seul. Musique à l'orchestre jusqu'à la ronde.

SCÈNE XVIII. Collodion seul, puis Bain-de-Fer.

COLLODION

Ah çà ! Rêvé-je, ou dors-je ? Est ce bien possible tout ce qui m'arrive là !

Coup de tam-tam à l'orchestre.

BAIN-DE-FER

Patron... C'est fait ! Voici l'album.

COLLODION

C'est donc vrai ?... Ah ! Bain-de-Fer... Cette fois viens m'embrasser... Je te la donne.

BAIN-DE-FER

Quoi ?

COLLODION

La main de ma fille, parbleu !... Je sais bien que c'est ce que tu vas me demander, et nous sommes pressés... Et puis, ça finit la pièce par un mariage... Ce qui est tout à fait nouveau au théâtre... Seulement, un mot.

BAIN-DE-FER

Lequel ?

COLLODION

Celui de l'énigme... Comment as-tu fait pour ?...

BAIN-DE-FER

Ah ! Mon Dieu ! C'est bien simple ! J'ai fait part à mes anciens camarades de mon projet... Ils étaient justement en train de répéter une revue qu'ils veulent jouer dans leur atelier... Ils n'ont eu qu'à descendre, et voilà !... Enfin, vous êtes satisfait, n'est-ce pas ?

COLLODION

Certainement.

BAIN-DE-FER

Alors... Au rideau...

Les rideaux du fond s'ouvrent et laissent voir tous les personnages de la revue ; ils viennent se ranger devant le public.

CHABANNAIS

Le Jardin_d_acclimatation Cultive un' drôle de culture : Cette moderne invention Se nomme la pisciculture.

La Jardin d'acclimatation si situe à Paris dans le bois de Boulogne et jouxtant Neuilly.

543 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica