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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Alcibiade

Augustin Caminade de Chatenay· imprimée en 1819· 5 actes· 1 541 vers· 12 personnages

Personnages

  • ALCIBIADE
  • PHARNABAZE, Satrape persan, Gouverneur de l'Hellespont
  • CLÉARQUE, Général lacédémonien
  • PROXÈNES, Officier athénien, ami d'Alcibiade
  • CALLIAS, Athénien, frère d'Hypparette
  • HYPPARETTE, femme d'Alcibiade
  • AMESTRIS, fille de Pharnabaze
  • THÉONE, Athénienne, nourrice d'Amestris
  • MÉGABYSE, Capitaine des gardes de Pharnabaze
  • SEIGNEURS PERSANS
  • GARDES DE PHARNABAZE
  • SUITE D'ALCIBIADE
MONSIEUR LE GÉNÉRAL,

À M. LE GÉNÉRAL MARQUIS DE LA FAYETTE, MEMBRE DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

La plus haute estime, la vénération la mieux sentie, m'engagent à vous dédier ma tragédie d'Alcibiade. J'espérais qu'avant d'être livrée à l'impression elle aurait subi cette épreuve du théâtre, pour laquelle écrit tout poète dramatique ; mon attente a été trompée, et le jury de lecture du Second Théâtre Français, en me remettant ma pièce, a déclaré qu'il nouait pas cru pouvoir l'admettre. Loin de me plaindre ici des illustres Académiciens qui le composent, je leur dois une vive gratitude pour l'accueil favorable, qu'ils ont fait, il y a quelques mois, à une autre tragédie en cinq actes, et aussi pour les changements qu'ils y ont demandés ; est-ce donc aux défauts de mon nouvel ouvrage que je dois attribuer leur refus, ou faut-il en chercher la cause dans les allusions qu'on y trouve ?

Avant de présenter ma pièce au théâtre, j'ai consulté des amis éclairés, et plus d'une fois j'ai mis à profit leurs conseils ; ils trouvaient tous dans l'Alcibiade une marche simple et rapide, des situations intéressantes, l'expression de nobles sentiments, et ils croyaient à son succès au théâtre : aujourd'hui, tous regardent les applications que l'on peut faire aux bannis de quelques passages de ma pièce, comme la cause qui en empêche la représentation.

Si leur opinion est fondée, si dans une tragédie toute grecque, où les détails de quelque importance sont tous historiques, et où je n'ai visé nulle part à ce qu'on nomme applications, on a cru, néanmoins, en apercevoir de répréhensibles, il faut renoncera écrire pour le théâtre ; car il n'est presque aucun sujet qui ne puisse donner lieu à des allusions : et les tragédies de nos grands poètes, que l'on représente tous les jours, en fournissent plus d'un exemple.

Sans doute, Monsieur le Général, en parlant des bannis d Athènes, j'ai pensé quelquefois aux bannis français, dont vous et vos honorables amis n'avez cessé de demander le retour ; mais quand j'écrivais ma pièce, les paroles mémorables d'union et oubli n'avaient-elles pas été prononcées ? L'immense majorité de la nation ne voyait-elle pas, comme aujourd'hui, l'affermissement de son repos et du gouvernement Royal dans l'abolition entière des lois d'exception, et dans l'exécution de la Charte constitutionnelle ? Enfin, le ministère n'avait-il pas fait espérer le prochain rappel des bannis ? Je n'ai donc pas cru devoir éviter de peindre des Grecs exilés et fugitifs, parce que des Français gémissaient encore dans l'exil.

Au surplus, quelle que soit la cause du refus de ma pièce, je renonce à toute autre démarche pour sa représentation, jusqu'à ce que l'art dramatique ait obtenu le degré d'indépendance qui seul peut le faire fleurir. Je soumets cette tragédie, privée des illusions du théâtre, au jugement toujours équitable du public : elle a des défauts, sans doute ; mais vous l'avez lue avec intérêt, et le suffrage du Général La Fayette sera son plus beau titre de gloire. Dans plusieurs scènes, l'expression de l'amour de la patrie et de la liberté devait plaire à l'illustre ami de Washington : et quelques vers du rôle d'Hypparelle* ont rappelé au prisonnier d'Olmutz le dévouement sublime de la compagne de ses malheurs.

Veuillez agréer, Monsieur le Général, l'assurance de mon attachement et de mon respect.

CAMINADE-CHATENAY.

Quand j'ai su ton exil, sur ces rives lointaines Ma tendresse a prévu tes périls et tes peines ; Je t'ai vu seul, errant, d'ennemis entouré : Quel douloureux tableau pour mon coeur déchiré ! J'ai volé sur tes pas : je viens, contre l'orage, Par mes faibles efforts seconder ton courage ; Je viens te consoler en partageant ton sort

Acte III, scène IV.

ACTE PREMIER

SCÈNE I. Cléarque, Proxènes !

CLÉARQUE

Le vertueux Proxènes est donc l'ami d'un traître ! Vous, suivre Alcibiade, ô ciel ! En d'autres temps Je vous vis condamner ses vices éclatants ; il m'en souvient, Seigneur : prisonnier dans Athènes Souvent vos entretiens ont allégé mes chaînes ; D'Alcibiade alors déplorant les erreurs Et son ambition (source de vos malheurs), « En héros, disiez-vous, Socrate veut l'instruire : Mais comment le dompter ? Il ne peut le conduire ; Du plus sage des Grecs ce disciple fougueux Peut-être sera grand, mais jamais vertueux ! Il accourt, plein de zèle, aux leçons de son maître, Et retourne aux plaisirs ; qui pourrait le connaître ? Véritable Protée, à vos yeux tour_à_tour Il servira Bellone, et Minerve, et l'Amour. Selon les temps, les lieux, prompt à changer de face, Brillant dans les honneurs, ferme dans la disgrâce, Admiré dans les camps pour ses austérités, Dans Athènes, toujours ivre de voluptés ; Beau, vaillant, magnifique, éloquent, sûr de plaire, Il captive avec art la faveur populaire, Et fonde sa grandeur en préparant nos fers. Ses voeux ambitieux embrassent l'univers, Et pour les accomplir tout lui semble facile. Nos guerriers sur ses pas vont chercher en Sicile Une conquête injuste et des périls certains... Timon le misanthrope a prévu ses destins : Ô mon fils ! A-t-il dit, j'aime à voir ta fortune : Courage ! Agrandis-toi pour la perte commune ! » Proxènes, ces discours, à moi seul confiés, Voyez si l'avenir les a justifiés !

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SCÈNE II. Les Précédents, Pharnabaze, Mégabyse, Gardes.

PHARNABAZE

Comment !...

SCÈNE III. Cléarque, Pharnabaze, Gardes dans le fond du théâtre.

CLÉARQUE

Eh quoi ! Par Tissapherne autrefois arrêté, Il irait près de lui chercher sa sûreté ? Vous jugez mieux, Seigneur, du motif qui le guide ; Alcibiade ici porte un dessein perfide : Oui, vous-même y croyez ! Pourquoi le recevoir ? Un refus l'éloignait ; un piège est votre espoir ?... Pardonnez ce discours, Seigneur : loin de la Grèce J'ai de Lacédémone apporté la rudesse.... Mais d'autres intérêts m'appellent en ces lieux. Cyrus touche, sans doute, au succès de ses voeux ; Si, dans Suze, écoutant une ardeur téméraire, Il a tenté sans fruit de détrôner son frère, Instruit par ce revers, dans vos climats lointains Il a porté sa haine et mûri ses desseins. Je n'examine point de Cyrus, d'Artaxerce, Lequel a plus de droits à régner sur la Perse ; Le roi m'est inconnu : son frère est un héros Que doivent illustrer les plus nobles travaux. Cyrus avec ardeur a servi ma patrie, Seigneur : à le servir je consacre ma vie ! Hors des murs de Sardis flottent ses étendards ; Sa tente est son palais ; déjà de toutes parts Accourent les Persans : il n'aura qu'à paraître ! Et dix mille guerriers que la Grèce a vus naître De combattre pour lui demandent le signal ; Je les ai réunis : je suis leur général. Au moment d'affronter les périls qu'il s'impose, Sur votre dévouement ce héros se repose ; Sous les lois de Cyrus maintenez ces climats. Tissapherne le hait ; il peut suivre nos pas : S'il osait le tenter, dissipez cet orage ! De votre foi, Seigneur, Cyrus demande un gage Qui, de votre maison rehaussant la splendeur, Embellira son trône et fera son bonheur. Vous approuvez ses feux... Mais je vois la Princesse ; Parlez-lui de Cyrus ! Ensemble je vous laisse : Fixez l'heureux instant d'un hymen glorieux.

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SCÈNE IV. Pharnabaze, Amestris, Théone, Gardes.

AMESTRIS, à part

Dieux !

AMESTRIS

Ciel !

SCÈNE V. Les Précédents, Alcibiade, Proxènes, Suite d'Alcibiade, portant des présents.

SCÈNE VI. Amestris, Théone.

AMESTRIS

Moi ! Du sang d'où je sors je perdrais la mémoire ! Oui, je naquis Persane. Hélas ! J'en ferais gloire, Si la Cour de nos rois, moins féconde en forfaits... Ô de l'ambition trop funestes effets ! Dans ce tableau cruel d'assassins, de victimes, Théone, de mon sexe on déplore les crimes ; Et le nom d'Amestris, que je reçus des Dieux, Rappelle une vengeance et des malheurs affreux. Quoi ! d'un forfait nouveau je deviendrais complice ! J'épouserais Cyrus au bord du précipice ! Je livrerais mes jours aux fureurs des partis ! Pour belle-mère, enfin, j'aurais Parysatis ! Quelle horreur à ce nom vient pénétrer mon âme ! Ah ! Quand Alcibiade aurait trahi ma flamme, À l'hymen de Cyrus je saurais échapper ! De son fatal espoir cesse de m'occuper : Et surtout ne crois plus qu'en exaltant la Grèce, Sur son héros ta voix ait fixé ma tendresse : Pourrais-je sans réserve admirer des climats Où ce héros, Théone, a trouvé tant d'ingrats ?... Toi-même l'accusais : avec indifférence D'Alcibiade alors j'apprenais l'inconstance, Son luxe fastueux, ses écarts, ses erreurs, Et les vastes projets source de ses malheurs. Sécurité trompeuse !... Il vint en Ionie ; Je le vis : il fuyait son ingrate patrie ; Théone, de ses maux comme il portait le poids ! Que d'éclat dans ses traits ! Quel charme dans sa voix ! Guerrier et courtisan, sans orgueil, sans faiblesse, De ses discours la grâce égalait la noblesse. Tissapherne charmé le retint dans sa Cour ; Je le vis à mes pieds, et je connus l'amour.... Mais du satrape, hélas ! Bientôt la perfidie Le fit charger de fers, et menaçait sa vie.... En sauvant ce héros je fixai mes destins. Je reçus ses serments... Ah ! Sur des bords lointains, Alcibiade, épris d'une gloire nouvelle, A l'amour d'Amestris est-il resté fidèle ?.... Oui, lorsqu'en cette Cour il porte son malheur, Théone, cet asile est choisi par son coeur.

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ACTE SECOND

SCÈNE I. Alcibiade, Cléarque, Proxènes.

ALCIBIADE

Eh bien ! Seigneur, suivez cette noble entreprise ! Que Pharnabaze ainsi manque à la foi promise ; Que la haine des Grecs et celle des Persans Sur mon front désarmé frappent en même temps ! Chassé du dernier port où j'ai fui la tempête, Proscrit, et n'ayant plus où reposer ma tête, Sur des rochers déserts, en des climats lointains, Que je trouve un trépas digne de mes destins !... En ces lieux, dites-vous, on menace ma vie ? L'accueil que je reçois cache une perfidie ?... Que ne devrais-je pas à vos soins généreux, S'ils n'étaient consacrés au succès de vos voeux !... Croirai-je, quand j'obtiens un accueil magnanime. Que l'hospitalité soit le chemin du crime ? Qu'aujourd'hui Pharnabaze.... Ah ! Loin de le penser. Par un doute, Seigneur, je croirais l'offenser. Combien sur moi du ciel la rigueur se déclare ! Forcé de fuir la Grèce à la cour d'un barbare, Sur ces bords étrangers j'échappais à mon sort ; Mais Sparte vous envoie et me poursuit encor... Ô Grèce infortunée ! en ton erreur extrême Quelle est donc ta constance à t'affaiblit toi-même ? Ces Persans, dont jadis ton nom seul fut l'effroi, Par la discorde enfin vont triompher de toi. Quel mortel cher aux dieux préviendra ta ruine ?... Ô champs de Marathon ! Ô mers de Salamine ! Et vous, mânes sacrés des héros citoyens Qui, des Grecs envahis resserrant les liens, D'une faible patrie appuis inébranlables, Défîtes.du grand roi les soldats innombrables ! Que les temps sont changés ! Voyez vos descendants Contre eux-mêmes tourner leurs efforts imprudents, Et nos peuples rivaux, possédés des furies, Verser leur plus beau sang dans des combats impies ! Quels succès douloureux ! Quels funestes revers ! La cité de Minerve enfin reçoit des fers, Et l'éclat du triomphe, à Sparte enorgueillie, Dérobe ses dangers et l'espoir de l'Asie !

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SCÈNE II. Alcibiade, Proxènes.

ALCIBIADE

Cher Proxènes ! Combien ton amitié sincère De mon destin cruel adoucit la colère ! Oui, la Thrace m'offrait un asile assuré ; Mais tu sais les tourments dont je fus déchiré, Quand, fuyant en exil notre injuste patrie, Nous la vîmes vaincue et bientôt asservie. Chacun de nous, au bruit des maux qu'elle a soufferts, A juré de mourir ou de briser ses fers : Sur ces bords étrangers cet espoir nous amène, Et plus que tu ne crois la vengeance est prochaine ! Tandis qu'en suppliant tu venais à la Cour, Et que sur l'Hellespont j'attendais ton retour, D'un désir curieux je n'ai pu me défendre, Et j'ai porté mes pas aux rives du Scamandre. Là, de mes souvenirs la prompte illusion M'a retracé les Grecs assiégeant Ilion ; Mon âme s'est émue, et j'ai senti, Proxènes, Frémir le sang d'Ajax qui coule dans mes veines ! Les nobles chants d'Homère exaltaient mes esprits, Quand un vieillard se montre à mes regards surpris ; Ses vêtements, ses traits, sa marche peu commune, D'un illustre Persan décèlent l'infortune. « Êtes-vous de ces Grecs sur nos bords appelés, Dit-il, et par Cléarque à grands frais rassemblés ? » Confirmant son erreur pour savoir sa pensée : « Quelle est donc, m'a-t-il dit, votre ardeur insensée ? Pour quels dangers, ô Grecs ! Vous êtes accourus ! Comme on sait vous cacher les desseins de Cyrus ! Il brûle de régner : c'est au sein de la Perse Qu'il prétend vous conduire et combattre Artaxerce. Ô guerre criminelle !... Elle peut vous venger ; Mais malheur aux vaincus sous un ciel étranger ! D'un long retour, ô Grecs ! Prévoyez les misères : Reverriez-vous jamais les tombeaux de vos pères ! » À ces mots il s'éloigne. En regagnant ces lieux Des projets de Cyrus j'ai rendu grâce aux Dieux. Sparte en vain le seconde : il périra, Proxènes ! Nous, servons Artaxerce et délivrons Athènes !

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ALCIBIADE

Mon nom.

SCÈNE III. Alcibiade, Amestris, Théone.

ALCIBIADE

Un rival !

AMESTRIS

Oui, Cyrus.

ALCIBIADE

Dieux !

ALCIBIADE

Cyrus !

ALCIBIADE

Dieux !

ALCIBIADE, pendant la sortie d'Amestris

Protégez-la, grands Dieux ! Et comblez mon espoir.

SCÈNE IV. Alcibiade, Pharnabaze, Gardes.

SCÈNE V. Les Précédents, Mégabyse.

ALCIBIADE, à part

Ciel !

SCÈNE VI. Pharnabaze, Alcibiade, ensuite Proxènes.

PROXÈNES

Oui, Seigneur.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Pharnabaze, Mégabyse.

ACTE TROISIÈME

SCÈNE I. Alcibiade, Callias.

CALLIAS

Hélas !

CALLIAS

Il a vécu.

CALLIAS

La ciguë.

CALLIAS

C'est elle.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Alcibiade, Amestris, Théone.

ALCIBIADE

Il n'est plus.

ALCIBIADE

Ah ! D'espoir et d'amour mon âme est enivrée, Madame ; et dans vos mains je mets ma destinée !

Amestris, en sortant, regarde avec inquiétude Hypparette, qui entre avec Callias.

SCÈNE IV. Alcibiade, Hypparette (crue Théane) voilée, Callias.

CALLIAS, à Hypparette, dans le fond du théâtre

Ma soeur, calme tes sens ; il est seul.

HYPPARETTE, à part

Grands Dieux !

Haut.

Avant ces jours d'éternelle mémoire Où pour vous à l'exil succéda la victoire, Plaintive et solitaire, à ses lettres, Seigneur, Hypparette souvent confiait sa douleur : Et de chaque vaisseau qui voguait vers l'Asie L'heureuse occasion par elle était saisie. Mais, tandis que ses voeux hâtaient votre retour, Seigneur, votre silence effrayait son amour ; Et, quand cessait enfin sa douloureuse attente, Vos lettres affligeaient une épouse, une amante, Qui toujours y cherchait votre première ardeur, Et qui, toujours trompée, y lisait son malheur ! Nous apprîmes enfin votre double victoire : Hypparette me dit : « Il vient, brillant de gloire ; Mais mon bonheur présent pourra-t-il effacer Les traces de ces pleurs que l'exil fit verser ? Mes traits déjà flétris, mes yeux noyés de larmes, À mon époux encore offriront-ils des charmes ? Hélas ! De sa froideur tout semble m'avertir. » Pour Delphes aussitôt elle feint de partir, Et veut voir en secret, au bruit de son absence, Éclater votre amour ou votre indifférence. Vos vaisseaux approchaient : le peuple avec transport Célébrant vos exploits, s'élance vers le port ; Sous un déguisement dans la foule cachée, Hypparette, Seigneur, à vos pas attachée, Avec ravissement a revu son époux ; Ah ! Pour son faible coeur moment cruel et doux ! Elle mêlait sa voix à ces cris de victoire Qu'élevait dans les airs un peuple ivre de gloire... Quel destin eût jamais égalé son bonheur, Si son absence alors eût touché votre coeur, Et si, dans vos discours, son oreille attentive Eût recueilli le nom d'une épouse craintive ! Mais ; hélas ! constamment son espoir fut trompé ; En voyant de vous seul tout un peuple occupé, Vous triomphiez, Seigneur : par vos lauriers distraite. Votre âme dans Athènes oubliait Hypparette !

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HYPPARETTE, à part

Ô ciel !

ALCIBIADE

Dieux !

CALLIAS, levant le voile d'Hypparette

Vous la voyez, Seigneur.

ALCIBIADE

C'est elle !

HYPPARETTE

Alcibiade !

HYPPARETTE

Ciel !

HYPPARETTE

Ah barbare !

SCÈNE V. Les Précédents, Amestris.

AMESTRIS

Perfide !

ALCIBIADE, pendant la sortie d'Amestris

Arrêtez !... Amestris !

SCÈNE VI. Alcibiade, Hypparette, Callias.

ACTE QUATRIÈME

SCÈNE I.

AMESTRIS, seule

Qu'ai-je fait, malheureuse ?... Ô pénibles combats ! Quel trouble me poursuit ?... Où porté-je mes pas ? Contre un juste courroux mon coeur en vain murmure ; C'en est fait : j'ai parlé... J'ai vengé mon injure. Tremble, traître !.... Déjà tes jours sont menacés, Tes pas sont retenus, tes desseins renversés. Sans espoir de retour pleure ta perfidie, Et vois s'appesantir les fers de ta patrie !... Ô toi ! L'orgueil des Grecs, Reine de leurs cités, Athènes ! C'en est fait de tes prospérités. Quel bras peut désormais finir ton esclavage ? De la haine et du temps éprouvant le ravage, Bientôt tes murs déserts, tes temples abattus.... Oui, quelques jours encore, et tu ne seras plus. Brillant séjour des arts ! Ô ville infortunée ! Combien dans mon malheur je plains ta destinée !.... J'espérais, sur tes bords ramenant ton héros, Voir renaître pour toi ses illustres travaux ; Ton salut devenait ma plus chère espérance : L'hymen d'Alcibiade était ma récompense !... Quels nobles sentiments, quelle brûlante ardeur, Cruel ! Tu savais feindre en captivant mon coeur !... Pour jouir de mes maux chercherais-tu ma vue ? Ou prétends-tu calmer le tourment qui me tue ?... De me trahir encore abandonne l'espoir : Je t'aimerai toujours... Je ne puis te revoir ! Quelle est cette étrangère, objet de ton ivresse ! De Diane, grands Dieux ! Elle serait prêtresse ?... Elle aurait donc quitté pour te suivre en ces lieux Un temple profané par ses coupables feux ?... Loin de t'en repentir, peut-être en fais-tu gloire... À tant d'égarements je ne voulais pas croire ; Mon coeur à te connaître en vain fut préparé... Non, pour Alcibiade il n'est rien de sacré !

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SCÈNE II. Amestris, Pharnabaze.

AMESTRIS

Seigneur...

PHARNABAZE

Tu frémis.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Pharnabaze, Mégabyse.

SCÈNE V. Pharnabaze, Cléarque.

SCÈNE VI. Pharnabaze, Alcibiade, Hypparette, Proxènes, Callias, Trois autres Athéniens.

SCÈNE VII. Les Précédents, excepté Pharnabaze.

HYPPARETTE

Ciel !

HYPPARETTE

Ô destins !

ALCIBIADE

Parle.

ALCIBIADE

Seul ?

HYPPARETTE

Sans doute.

SCÈNE VIII. Les Précédents, Mégabyse.

ALCIBIADE, bas

Proxènes !...

Haut à Mégabyse.

Sur vos pas nous marchons.

À Hypparette et aux Grecs.

Venez tous.

ACTE CINQUIEME

Il fait nuit.

SCÈNE I. Amestris, Théone.

SCÈNE II. Cléarque, Amestris, Théone.

AMESTRIS

Demeure.

AMESTRIS, à part

Généreux ennemi !

Haut.

Eh bien, Seigneur... Grands Dieux ! Quelle clarté soudaine a donc frappé mes yeux ?

Le fond du théâtre, à gauche, doit être éclairé de manière a présenter la réverbération d'un incendie.

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CLÉARQUE

Il faut le secourir !

Il sort.

SCÈNE III. Amestris, Théone, Pharnabaze, Gardes.

PHARNABAZE

Amestris !

PHARNABAZE, aux Gardes

Retenez la princesse.

SCÈNE IV. Amestris, Théone, Gardes dans le fond.

SCÈNE V. Callias, blessé, et Cléarque, l'épée à la main, apportent Hypparette, évanouie ; Amestris, Théone, Gardes dans le fond.

SCÈNE VI. Les précédents, excepté Cléarque.

AMESTRIS

Il combat !...

Théone aide Callias à secourir Hypparette ; Amestris la regarde fixement.

AMESTRIS

Ô ciel !

AMESTRIS, à Théone

Hypparette !

Hypparette reprend ses sens.

CALLIAS

Elle vit !

CALLIAS, à part

Hélas !

AMESTRIS

Madame...

THÉONE, montrant le fond du théâtre

Madame...

HYPPARETTE

Dieux !

SCÈNE VII. Les précédents, Alcibiade, soutenu par Cléarque et Proxènes.

HYPPARETTE, courant à Alcibiade

Cher époux !

ALCIBIADE, d'une voix faible

Hypparette !...

Montrant Cléarque et Proxènes.

Ils ne m'ont point trompé !

AMESTRIS

Seigneur...

AMESTRIS

Ah cruel !

CLÉARQUE

Il meurt !

Hypparette reste à genoux, penchée sur le corps d'Alcibiade.

1 541 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica