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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie chrétienne, tirée de l'Histoire de l'Église, en cinq actes et en vers

Adrien

Jean Galbert de Campistron· créée en 1690, imprimée en 1683· 5 actes· 1 474 vers· 8 personnages

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain, le 11 janvier 1690.

Personnages

  • DIOCLÉTIEN, Empereur
  • VALÉRIE, Fille de Dioclétien
  • ADRIEN, Patricien, Favori de l'Empereur, et Général de ses Armées
  • JULIE, Dame Romaine, Confidente de Valérie
  • SERASTE, Capitaine des Gardes de l'Empereur
  • MARCELLIN, Lieutenant des Gardes de l'Empereur
  • SERGESTE, autre Lieutenant des Gardes de l'Empereur
  • GARDES
PRÉFACE

Voici la première fois qu'on imprime cette Tragédie, dont le succès fut assez bizarre. On la loua, on en dit du bien ; mais elle n'excita point cet empressement vif et général, qui fait seul l'heureuse destinée des pièces de Théâtre. J'attribue le sort de celle-ci à la même cause de celui de Phocion. J'ai pris de sujet dans l'Histoire de l'Église, j'y ai changé ou ajouté peu de choses. J'ignore le jugement qu'on fera de cet Ouvrage ; mais je sais bien, que pour les vers, l'ordre et les mouvements, il ne doit céder à aucun de ceux qui sont sortis de ma plume, et que d'excellents Connaisseurs l'ont mis beaucoup au-dessus.

Cette préface n'est pas dans l'édition complète des oeuvres de 1715.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Valérie, Julie.

VALÉRIE

Hélas !

VALÉRIE

Ah ! Son coeur tout Chrétien les voit avec horreur. Je savais ses projets, sa foi m'était connue : Cependant contre moi son âme prévenue, Craignant pour ses amis de nouveaux déplaisirs, Reculait chaque jour l'effet de mes désirs. Enfin il se rendit à la persévérance, Et confessant tout haut sa secrète croyance : Venez, dit-il, venez, contenter vos souhaits, Venez voir des Chrétiens l'innocence et la paix. Suivez-moi : mais tremblez à l'approche terrible Des mystères profonds de l'Église visible, Que son Chef, près pour nous à se sacrifier, Sur la pierre immuable eut soin d'édifier. Et me guidant alors dans la nuit la plus sombre, Il conduisit mes pas, à la faveur de l'ombre, En des lieux inconnus, où fier de son appui, Tout ce peuple proscrit s'assemblait avec lui. J'entrai. Ciel ! Quels objets s'offrirent à ma vue ! Tout mon sang s'alluma d'une ardeur imprévue. Je les vis, ces Chrétiens, remplissant tour à tour Les devoirs inspirés par le céleste amour. Aucun ne se plaignait de sa propre misère, Et ne s'intéressait qu'aux malheurs de son frère. L'un, par de saints discours, préparait à la mort Un ami dont les maux allaient finir le sort ; Un autre, pour couvrir un vieillard vénérable, S'exposait aux rigueurs de l'air impitoyable. Les pères au martyre encourageaient leurs fils, Prêts à voir leurs trépas sans en être attendris. Des corps déjà mourants, et couverts de blessures, Se sentaient soulagés par les mains les plus pures. Des vierges à l'envi, par ces actes pieux, Prudentes s'assuraient l'héritage des Cieux ; Et répétant des chants inventés par les Anges ; De l'Éternel sans cesse entonnaient des louanges. Enfin dans ce séjour, obscur, mais fortuné, Ce peuple devant Dieu fut longtemps prosterné ; Et tâchant par ses pleurs d'arrêter son tonnerre, Le priait d'oublier les crimes de la terre, D'assurer de mon père et les jours et le rang, Et de lui pardonner en faveur de leur sang.

Le vers 104 est absent de l'édition de 1715.

SCÈNE II. Diocletien, Valérie, Julie, Marcellin, Sergeste, Gardes.

SCÈNE III. Valérie, Julie.

SCÈNE IV. Valérie, Sébaste, Julie.

SCÈNE V. Valérie, Julie.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Marcellin, Sergeste.

SCÈNE II. Dioclétien, Marcellin, Sergeste.

SCÈNE III. Dioclétien, Sergeste.

SCÈNE IV. Dioclétien, Valérie, Julie, Sergeste.

DIOCLÉTIEN

Ma fille...

DIOCLÉTIEN

Que dis-tu ?

VALÉRIE

Ciel !

SCÈNE V. Valérie, Julie.

VALÉRIE

De pareils sentiments ne te surprendraient guère, Si le Ciel t'envoyait la grâce qui m'éclaire. Un seul de ses rayons dissipe en un moment La plus obscure nuit d'un long aveuglement, Et détruit à son gré dans l'âme la moins pure, Toutes les passions qu'inspire la nature. De son pouvoir divin les effets glorieux Attachent à toute heure et mon coeur et met yeux. Je vois d'un de ses traits une femme frappée, Renoncer aux plaisirs qui l'avaient occupée ; Par des soins assidus effacer les beautés Dont les coeurs les plus durs demeuraient enchantés ; S'arracher aux attraits de l'amour le plus tendre ; Se vêtir d'un cilice et se couvrir de cendre ; Se nourrir au hasard des plus sauvages fruits, Refuser le sommeil dans les plus longues nuits ; Et donnant à son sexe un exemple terrible, Choisir pour son séjour un roc inaccessible. Une autre, dont le coeur profane, incestueux, Se plaisait à brûler des plus horribles feux ; Qui bravant du devoir la contrainte sévère, Ne craignait point les noms d'infime et d'adultère, À l'aspect du sauveur à ses yeux présenté, Sent ce coeur hors de lui par la grâce emporté ; Qui pleurant de ses voeux l'indigne idolâtrie, Gémit, et de ses cris va remplir Samarie. De ces exemples saints ne puis-je profiter ? Ils ne me sont offerts que pour les imiter. Qu'à côté de Sébaste, intrépide on me voie Partager ses périls, sa confiance, et sa joie. Rien ne me retient plus... Mais je vois Marcellin.

Cilice : Large ceinture faite d'une matière rude, comme poil de chèvre ou crin de cheval. On le met sur le peau par mortification. [F]

SCÈNE VI. Valérie, Julie, Marcellin.

VALÉRIE

Ô Ciel !

SCÈNE VII. Valérie, Julie.

VALÉRIE

Hélas !

SCÈNE VIII. Valérie, Julie, Sergeste.

VALÉRIE

Adrien !

SCÈNE IX. Valérie, Julie, Marcellin, Sergeste.

SCÈNE X.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Dioclétien, Valérie, Julie, Marcellin, Sergeste, Gardes.

SCÈNE II. Valérie, Julie.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Adrien, Valérie.

ADRIEN

Hélas !

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Dioclétien, Julie, Sergeste.

SCÈNE III. Dioclétien, Julie, Marcellin, Sergeste

MARCELLIN

Oui, Seigneur.

MARCELLIN

Votre fille...

DIOCLÉTIEN

Ô Dieux !

SCÈNE IV. Dioclétien, Valérie, Adrien.

DIOCLÉTIEN

Quelle audace !

SCÈNE V. Adrien, Valérie.

SCÈNE VI. Valérie, Adrien, Sergeste.

SCÈNE VII.

ADRIEN, seul

Non, je ne sens plus rien qui s'oppose à l'envie Que m'inspire le Ciel de lui donner ma vie. L'amour seul suspendait mes voeux irrésolus. Princesse, c'en est fait, je ne vous verrai plus. Je vivais pour vous seule ; et tout le reste ensemble, Tous les biens, les honneurs que la fortune assemble, Ne pouvaient occuper un coeur tel que le mien. Hors vous, de l'Univers je ne regrette rien. Souverain Créateur de tour ce qui respire, Dont la Terre et les Cieux reconnaissent l'Empire ! Digne objet jusqu'ici de ton inimitié, Je le suis maintenant de toute ma pitié. Tremblant au souvenir de tes lois légitimes, Devant ta majesté je confesse mes crimes. Pour ceux que je connais je t'offre mon trépas : Mais lave-moi de ceux que je ne connais pas. Je ne mérite point d'obtenir cette grâce, Et désespérerais de voir jamais ta face, Si tu n'établissais aux coeurs vraiment contrits De cette vision l'inestimable prix. Le mien brise des traits d'une douleur mortelle, Gémit d'avoir vécu si longtemps infidèle. Fondé sur ta parole, il se flatte aujourd'hui, Que tes faveurs pourront se répandre sur lui. Tu l'as dit. Tu promets de voir d'un oeil propice Ceux qui persécutés souffrent pour la justice. Que tarde donc César à me faire périr ? Qu'attendent les bourreaux par qui je dois mourir ? Que ne sont dans mon sang leurs mains déjà trempées ! Que ne sont contre moi leur fureur occupées ? Qu'ils viennent m'accabler, je ne puis trop souffrir. À leurs indignités je suis prêt de m'offrir. Étrange changement ! Miracle de la grâce ! Ma fierté se confond, le remords prend sa place. Loin de moi, vanités, orgueil, fortune, honneurs. Je ne demande plus qu'opprobre et que douleurs. Des terrestres liens mon âme dégagée, Et pleine pour jamais du Dieu qui l'a changée, Dédaigne de jouir du plus illustre sort, Et cherche avec plaisir une honteuse mort. On vient me l'annoncer.

SCÈNE VIII. Adrien, Marcellin, Gardes.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Valérie, Julie.

SCÈNE III. Adrien, Valérie, Julie.

SCÈNE IV. Dioclétien, Valérie, Adrien, Julie, Marcellin, Sergeste, Gardes.

DIOCLÉTIEN

Va donc.

SCÈNE V. Dioclétien, Valérie, Julie, Marcellin.

VALÉRIE

Hélas !

DIOCLÉTIEN

Sergeste vient.

SCÈNE VI. Dioclétien, Valérie, Julie, Marcellin, Sergeste, Gardes.

DIOCLÉTIEN

Est-il mort ?

1 474 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0