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Tragédie en vers

Alcibiade

Jean Galbert de Campistron· créée en 1685· 5 actes· 1 496 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois le 28 décembre 1685 au Théâtre de l'Hôtel Guénégaud.

Personnages

  • ARTAXERCE, roi de Perse
  • PALMIS, fille d'Artaxerce
  • ARTÉMISE, princesse du sang des rois de Perse
  • PHARNABAZE, satrape, favori d'Artaxerce
  • ALCIBIADE, athénien, banni de sa patrie
  • AMESTRIS, gouvernante de Palmis
  • BARSINE, confidente d'Artémise
  • AMINTAS, athénien, confident d'Alcibiade
  • MEMNON, officier de l'armée d'Artaxerce
  • Gardes

ACTE I

SCÈNE I. Pharnabaze, Memnon.

PHARNABAZE

Ah ! Que n'est-il encore engagé près du roi ? Que ne partage-t-il son coeur et mon emploi ? Ce fut par mes avis que proscrit de la Grèce Fuyant d'un peuple ingrat la fureur vengeresse Il vient vers Artaxerce, et sut trouver en lui Un maître généreux, un salutaire appui. Bien que ce grec lui seul auteur de nos alarmes Eut longtemps arrêté les progrès de nos armes, Affaibli notre empire, et dans mille combats Embrasé nos vaisseaux, immolé nos soldats ; Cependant peu de jours après son arrivée, Je vis au plus haut rang sa fortune élevée, Je vis même le roi se confier à lui, Artémise à la Cour devenir son appui, Et Palmis lui marquant une bonté sincère, Applaudit aux bienfaits dont le comblait son père D'abord voyant tomber cet honneur infini Sur un chef étranger qu'Athènes avait banni, J'en sentis, je l'avoue, une secrète peine. Mais bientôt sa vertu triompha de ma haine ; Il m'aima, je l'aimai, chacun avec ardeur De l'État par ses soins soutenait la grandeur, Quand on vit de la Cour partir Alcibiade, On veut le retenir, rien ne le persuade ; D'une étroite amitié j'arrête en vain les noeuds, En vain le Roi s'empresse à prévenir ses voeux, Ni ses nouveaux bienfaits, ni les soins des princesses, Ni d'une Cour en pleur les pressantes caresses Ne purent avec nous l'arrêter un moment, Il s'imposa lui-même un dur bannissement. Vous qui depuis un mois le voyez à toute heure, Dites-moi, que fait-il dans sa triste demeure ? Quels sont ses sentiments ? Que pense-t-il ?

SCÈNE II. Alcibiade, Pharnabaze, Amintas, Memnon.

PHARNABAZE

Le croiriez-vous, Seigneur, que les Grecs, ou le temps Eussent changé pour vous mes justes sentiments ? C'est moi qui vous doit tout ; sans cesse ma mémoire Me rappelle ce jour pour vous si plein de gloire, Où m'arrachant au fer des grecs victorieux, Vous prévîntes la mort présentée à mes yeux. Votre amitié toujours m'est également chère, Mais pour moi votre coeur est-il encore sincère ? Quand je vous vois ici soigneux de vous cacher, Vous montrant à regret à qui vient vous chercher, Et me celant encore avec un soin extrême Vos maux que je voudrais sentir comme vous-même : Car ne prétendez plus par de faibles raisons, Satisfaire mon coeur, et calmer mes soupçons. Un héros tel que vous nourri dans les alarmes, Dans les soins de la paix, dans la gloire des armes Qui réglant des États confiés en ses mains Pouvait encore suffire à de nouveaux desseins, Dont l'âme à la grandeur dès l'enfance enchaînée, Par de moindres objets ne peut être bornée ; Un coeur que l'univers eût eu peiné à remplir Dans un désert affreux peut-il s'ensevelir ? Abandonner un roi qu'il estime, qui l'aime, Si quelque coup du sort ne l'arrache à lui-même, Ou si quelque autre soin plus fort que ses désirs À de grands intérêts m'immole ses plaisirs : Au nom d'une amitié si rare et si parfaite, Quel chagrin dans ces lieux cause votre retraite ? Qui vous rend insensible aux faveurs d'un grand roi ? Parlez, Seigneur, parlez : fiez-vous à ma foi.

ALCIBIADE

Je le connais, Seigneur, Il a mille vertus dignes du diadème, Mais avec ses vertus, je le sais de vous-même, Superbe, soupçonneux, et prompt à s'irriter, Dans ses premiers transports rien ne peut l'arrêter. Enfin, pour confirmer ma conduite passée, Thémistocle est toujours présent à ma pensée, Ce grec persécuté vint chercher un appui Dans les mêmes climats où je suis aujourd'hui, Xerxes en sa faveur prodigua sa puissance, L'honora de ses soins et de sa confiance : Mais dieux ! Qu'il paya cher ces honneurs éclatants, Pour les avoir voulu conserver trop longtemps ; Les courtisans de Perse ardents à sa ruine, Rappelèrent si haut l'affront de Salamine, Que Xerxes animé par leurs cris éternels Pris insensiblement leurs sentiments cruels, Et l'on vit les effets de leur jalouse envie Contraindre Thémistocle à terminer sa vie, Son sort, Seigneur, semblait m'annoncer mon destin. Je ne crains point la mort, mais s'il faut qu'à la fin Aux yeux de l'univers je m'immole moi-même Je veux pouvoir goûter cette douceur extrême, Que mon trépas alors soit au moins imputé À ma vertu plutôt qu'à la nécessité.

Salamine : ville de l'île de Chypre, sur la côte orientale, fondée par Teucer, fut pendant un temps le chef-lieu d'un petit état qui resta indépendant même sous la domination des Perses. Détruite par une tremblement de terre sous Constantin, elle fût rebâtie un peu plus au sud par ce prince. Ruinée par les Arabes sous le règne d'Héraclius, elle n'a pas été relevée depuis. (...) [B]

SCÈNE III. Alcibiade, Amintas.

ALCIBIADE

Est-il temps de tenir ce langage Quand mon dernier malheur accable mon courage ? Par tes sages conseils aide à le ranimer, Et modère l'ardeur qui me va consumer. Je verrai Palmis : quelle approche terrible ? Et brûlant à ses yeux, paraîtrai-je insensible ? Pourrai-je encore garder ce silence obstiné, Où par un juste effort je m'étais condamné ? En te nommant, Palmis, sans te dire autre chose, Je t'apprends tous les maux où le destin m'expose ; Persécuté, proscrit, fugitif en ces lieux, Vers elle j'ai porté mes voeux audacieux, En vain mille beautés dans la Perse adorées Contre ma liberté paraissaient conjurées En vain leur doux regards et leur accueil flatteur Près d'elles m'annonçaient un facile bonheur : En vain mille soins la Princesse Artémise Semblait sur mon repos former quelque entreprise, Et m'accorder l'honneur de vivre sous ses lois ; Honneur que son orgueil refuse à tant de rois Elle qui par le sang unie aux rois de Perse, S'est acquis l'amitié, l'estime d'Artaxerce Que l'on voit chaque jour par de nouveaux bienfaits Assurer sa fortune, et combler ses souhaits. Je fus aveugle à tout, mon âme trop blessée, De la seule Palmis occupa ma pensée, Lui consacra mes voeux, et ferma pour jamais Et mes yeux et mon coeur pour les autres objets ; Et que peut-on aimer, justes dieux, auprès d'elle ? Ses beautés, ses vertus n'ont rien d'une mortelle : Le ciel en la formant épuisa ses faveurs, Et sa présence embrase ou trouble tous les coeurs : Un mélange confus de louanges secrètes, Des cris, d'étonnement, de plaintes inquiètes ; De soupirs étouffés d'inutiles souhaits Lui marquent chaque jour l'effet de ses attraits. Sitôt qu'elle paraît tout murmure autour d'elle, Aux suprêmes grandeurs sa fortune l'appelle : Que de justes raisons d'enfler sa vanité ? Cependant de son coeur la modeste fierté Semble de ses appas ignorer la puissance, Et jouit sans orgueil des droits de sa naissance.

SCÈNE IV. Alcibiade, Memnon, Amintas.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Alcibiade, Amintas.

ALCIBIADE

Qu'est-il de plus affreux que les maux que je sens ? J'éprouve en ce moment tout ce qu'à de funeste Pour accabler un coeur la colère céleste ; Moi qu'un sort favorable avait accoutumé Aux transports les plus doux, au plaisir d'être aimé. Quel changement, grands dieux ! Quels effort pour une âme, J'aime plus que jamais, et tout plein de ma flamme Je contraints mes désirs, je dévore mes pleurs, ; Ah ! Peut-il m'arriver de plus cruels malheurs ? C'en est trop, finissons et mon trouble et mes craintes, Courons chercher Palmis, qu'elle entende mes plaintes ; Je ne balance plus, l'amour au désespoir N'écoute ni conseil, ni raison, ni devoir : Eh, quelle est la beauté qu'un tendre amour offense ? Quel coeur n'en conçoit point quelque reconnaissance ? Allons, redoutons moins un téméraire aveu, Il peut m'être permis de me flatter un peu. Que dis-je, malheureux, que pensai-je, où m'entraîne L'essor impétueux de mon audace vaine ? Ah ! Mon coeur, que tu vas payer cher ta fierté, Toujours bien loin de toi tes voeux t'ont emporté, Enflé de tes succès, et du bruit de ta gloire, Tu ne t'es plus connu, tes lauriers t'ont fait croire Qu'après avoir souvent humilié des rois, L'univers n'avait rien au-dessus de ton choix. La Grèce t'a nourri dans cette erreur fatale ; Mais dans la Perse, à moins d'une naissance égale, Pour la fille d'un roi tu ne peux soupirer, Apprends que ce défaut ne se peut réparer ; C'est une loi reçue ; ô ciel qu'elle est injuste ? Quoi, dépend-il de nous d'être d'un sang illustre ? Enfin est-il des prix qu'on puisse mériter Que la seule vertu ne doive souhaiter ?

SCÈNE II. Artaxerce, Palmis, Artémise, Alcibiade, Pharnabaze, Memnon, Amintas, Amestris, Barsine, Gardes.

SCÈNE III. Artaxerce, Artémise.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Artémise, Barsine.

SCÈNE VI. Palmis, Artémise, Amestris, Barsine.

SCÈNE VII. Palmis, Amestris.

AMESTRIS

Ciel !

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Artémise, Pharnabaze, Barsine.

PHARNABAZE

Quoi ! Madame.

SCÈNE II. Ataxerce, Pharnabaze, Memnon.

SCÈNE III. Artaxerce, Alcibiade.

ALCIBIADE

Puisque vous l'ordonnez, et que sans vous déplaire, Puissant roi désormais je ne puis plus me taire, Je parlerai du moins avec la liberté D'un Grec qui ne doit point cacher la vérité ! Vous allez attaquer des peuples indomptables Sur leurs propres foyers plus qu'ailleurs redoutables Qui ne comptent pour rien les caprices du sort, Toujours certains de vaincre ou de braver la mort ; Des peuples élevés dès leur plus tendre enfance Dans l'amour du travail et de l'obéissance, Qui pour braver la honte et le joug étranger Chercheront à l'envi la gloire et le danger, Tout votre or ne saurait y faire un infidèle, Nés tous pour la patrie, et pleins du même zèle ; Vous les verrez unis et jaloux de leurs droits, Défendre constamment leurs pays et leurs lois ; Surtout ne croyez pas pour vous faire un passage Choisir quelque endroit faible en prendre l'avantage ; Les Grecs sur leur valeur fondant tout leur espoir, De l'assiette des lieux n'osent se prévaloir, Tout est égal pour eux. Quand le péril commence, Ils volent vers l'endroit où l'ennemi avance, De leur seule vertu jusqu'au bout soutenus, Toujours fiers, toujours prêts, et jamais prévenus ; Ce n'est pas tout encore. Ah ! Si dans ces contrées Par de si vastes mers des vôtres séparés Affaibli de soldats et privé de secours, Quelque revers troublait le bonheur de vos jours, Soutiendrez-vous les Grecs la valeur triomphante ? Vous en avez, Seigneur, une preuve éclatante ; Ils ont terni l'éclat de cet empire heureux, Darius et Xerxes ont-ils rien pu contre eux ? L'un vit à Marathon éclater sa faiblesse, Les seuls Athéniens y vengèrent la Grèce ; Xerxes qui le suivit dépeupla ses États, Il fit gémir les mers du poids de ses soldats, Des monts les plus affreux il perça les barrières, Et son immense camp fit tarir les rivières. Que produisit enfin l'amas prodigieux D'hommes et de vaisseaux qu'il tira de ces lieux ? Trois cent grecs retranchés au pas des Thermopyles ; Rendirent en un jour ces efforts inutiles, Et les Athéniens aimèrent mieux cent fois Abandonner leurs murs, que d'attendre sous ses lois ; J'ignore le succès que le ciel vous destine ; Mais, Seigneur, regardez Platée et Salamine.

Marathon : Bourg de l'Attique, à 30 km au Nord-est d'Athènes. Ce lieu déjà célèbre dans la fable par un taureau monstrueux dont Thésée délivra la contrée, l'est devenue beaucoup plus par la victoire de Miltiade remporta sur les Perses l'an 490 avant JC. [B]

Thermopyles : défilé de la Grèce, formé par l'extrémité orientale du mont Oeta et la côte du golfe Maliaque, conduisait le la Thessalie à la Locride t fermait l'entrée de la Grèce proprement dite.(...) Ce passage qui est inexpugnable quand on possède les hauteurs environnantes, est célèbre par l'héroïque défense Léonidas en 480 avant JC et par la défaite d'Antiochus le Grand. [B]

Platée : ville de Boétie, au pied de Cithéron, et près les sources de l'Asopus, au Sud-ouest de Thèbes, est célèbre par la victoire que les Grecs, commandés par Pausanias et Artistide, y remportèrent sur le perse Mardonius en 479 avant JC., victoire à laquelle les Platéens contribuèrent puissamment (...). [B]

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Alcibiade, Pharnabaze.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Palmis, Artémise, Amestris, Barsine.

SCÈNE II. Palmis, Artémise, Alcibiade, Pharnabaze, Amestris, Barsine.

SCÈNE III. Palmis, Artémise, Alcibiade, Amestris, Barsine.

SCÈNE IV. Palmis, Alcibiade, Amestris.

ALCIBIADE

Non, vous ne pouvez rien contre elle, et contre un père, Moi-même je ne puis condamner leur colère ; Elle est juste, Madame, et bientôt l'univers Apprenant quels honneurs ici m'étaient offerts, Qu'il n'a tenu qu'à moi d'en jouir et de vivre, Approuvera la mort où ce refus me livre ; Mais aussi l'univers instruit de mon secret, Honorerait mon sort d'un éternel regret, S'il savait qu'insensible aux soupirs d'Artémise D'une plus noble ardeur mon âme était éprise, Qu'un objet que les dieux ont formé de leurs mains Pour attirer lui seul tous les voeux des humains, Qui confond d'un regard la raison, la prudence, Que tant d'infortunés aiment sans espérance Mae contraint de mourir pour ses divins appas. Madame, en cet état ne me plaignez vous pas ? Vous détournez vos yeux, je commence à comprendre Que vous feignez encore de ne me point entendre, D'un criminel amour votre coeur irrité Cherche à pouvoir douter de ma témérité. Non, non, n'en doutez point, j'ose le dire encore, Alcibiade meurt parce qu'il vous adore, Et de ses ennemis ne craint plus le courroux, Puisqu'au moins vous savez qu'il s'immole pour vous ; Je prévois quelle horreur va fondre sur ma tête, Je vois qu'à m'accabler votre bouche s'apprête ; Mais attendez, Madame, et pour quelques moments Daignez suspendre encore vos premiers sentiments Portez du moins vos yeux sur toute ma conduite, Forcé de vous aimer je m'imposai la fuite, Je m'éloignai du Roi, j'abandonnai le Cour, Trop content pour tout bien d'emporter mon amour ; Vous venez, je vous vois, je ne puis plus me taire, De mon bizarre sort j'explique le mystère ; Mais je ne parle, hélas, par un dernier effort Que dans le même instant où je cours à la mort, Où je n'ai plus d'espoir, où rien ne peut défendre Ce sang infortuné que les Grecs vont répandre, Je vous le sacrifie avec la même ardeur, Dont les autres amants recherchent leur bonheur, Mon coeur en vous aimant n'eut jamais d'autre envie, Et se plaint de n'avoir donner qu'une vie.

SCÈNE V. Palmis, Amestris.

AMESTRIS

Madame...

SCÈNE VI. Palmis, Amestris, Pharnabaze.

PHARNABAZE

Quoi !

PALMIS

Le sauver.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Alcibiade, Amintas.

SCÈNE III. Alcibiade, Palmis, Pharnabaze, Amestris, Amintas.

SCÈNE IV. Palmis, Alcibiade, Amestris, Amintas.

ALCIBIADE

Madame,

ALCIBIADE

Hélas !

SCÈNE V. Palmis, Amestris.

SCÈNE VI. Palmis, Artémise, Amestris, Barsine.

SCÈNE VII. Artaxerce, Palmis, Artémise, Amestris, Barsine.

SCÈNE VIII. Artaxerce, Palmis, Artémise, Amestris, Barsine, Memnon.

SCÈNE IX. Artaxerce, Alcibiade, Palmis, Artémise, Pharnabaze, Amestris, Bersine, Memnon.

1 496 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica