Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Andronic

Jean Galbert de Campistron· créée en 1685· 5 actes· 1 420 vers· 13 personnages

Représenté pour la première fois le 8 février 1685 au Théâtre de l'Hôtel Guénégaud.

Personnages

  • COLOJEAN PALEOLOGUE, Empereur de Grèce
  • IRÈNE, fille de l'empereur de Trebisonde, femme de l'empereur
  • ANDRONIC, fils de l'Empereur
  • LÉON, ministre d'État
  • MARCENE, ministre d'État
  • LÉONCE, envoyé des Bulgares auprès de l'empereur
  • EUDOXE, gouvernante d'Irène
  • NARCÉE, confidente d'Irène
  • MARTIAN, confident d'Andronic
  • ASPAR, officier des gardes de l'Empereur
  • GELAS, officier des gardes de l'Empereur
  • CRISPE, officier de l'Empereur
  • Gardes

ACTE I

SCÈNE I. Marcène, Crispe.

CRISPE

Le voici.

SCÈNE II. Marcène, Léon, Crispe.

LÉON

Il suffit, ce serment a dissipé ma crainte, Et je vais m'expliquer sans détour et sans feinte. Depuis plus de vingt ans, vous le savez, Seigneur, Nous conduisons tous deux l'esprit de l'Empereur, Il partage entre nous son coeur et sa puissance, Et nous dictons toujours les ordres qu'il dispense. Du rang que vous tenez confus, désespéré, Pour vous en dépouiller j'ai cent fois conspiré, Et vous que contre moi poussait la même envie Vous avez attaqué ma faveur et ma vie ; Je ne craignais que vous, vous ne craigniez que moi ; Et puisqu'il faut ici parler de bonne foi, C'était avec raison que jaloux l'un de l'autre, Vous craigniez mon pouvoir, que je craignais le vôtre, Puisque chacun de nous estimant son rival, Tremblait qu'à sa fortune il ne devient fatal ; Persuadés tous deux en voulant nous détruire, Qu'un de nous suffisait pour gouverner l'Empire. Souvent nos démêlés étant prêts de finir, L'Empereur a pris soin de les entretenir, Nos chagrins l'ont servi bien mieux que notre zèle ; Chacun de nous était un ministre fidèle, Dont les yeux attachés sur un seul ennemi, Toujours dans son devoir le tenait affermi ; Ainsi tant qu'ont duré nos haines mutuelles : L'Empereur a joui du fruit de nos querelles ; Il faut les terminer, le jour en est venu. L'État de cette Cour, Seigneur vous est connu, Depuis près de deux mois qu'en épousant Irène, L'Empereur s'est lié d'une nouvelle chaîne, Qu'enlevant la princesse à son fils malheureux, D'une foi tant jurée, il a rompu les noeuds. Andronic tout entier se livre à la colère ; Et si dans ses transports, il épargne son père, S'il le respecte encore, ah ! Croyez que sur nous Il en fera tomber les plus funestes coups ; Il impute à nos soins sa triste destinée, Il croit que pour résoudre un second hyménée, Enfin pour en former les injustes liens, L'Empereur a suivi vos conseils et les miens. Nos périls sont égaux, nos craintes sont communes, Seigneur, associons nos coeurs et nos fortunes, Et pour nous maintenir, hâtons nous de dresser Un rempart qu'Andronic ne puisse renverser.

Le texte indique « presser » au lieu de « dresser »

MARCENE

Je ne sais si je puis avec quelque assurance, Seigneur, de vos discours bannir la défiance ; Mais personne en ces lieux ne peut nous écouter, Nous sommes seuls enfin, qu'aurais-je à redouter, Quand vous m'accuserez votre seul témoignage Ne peut contre ma foi donner le moindre ombrage, Je connais là-dessus l'esprit de l'Empereur ; Je vais donc vous répondre et vous ouvrir mon coeur. Seigneur, de vos avis je vois trop l'importance, Le prince est plus à craindre encore qu'on ne le pense. Il régnera. Comment nous pourrons-nous sauver ? Pour moi qui fut chargé du soin de l'élever, Je me suis fait longtemps une pénible étude, De percer les raisons de son inquiétude. Vous savez que toujours solitaire, inquiet, Farouche, il a paru ne vivre qu'à regret : Grâce à mes soins, j'ai lu jusqu'au fond de son âme, J'ai vu son désespoir, l'ambition l'enflamme, Au désir de régner sans cesse abandonné, Tout lui déplait ici n'étant point couronné ; Quelque soin qu'on ait pris d'abaisser son courage, De dompter son orgueil dans un long esclavage, On l'a vu chaque jour loin de s'humilier Se raidir contre nous et devenir plus fier ; Trop instruit de ses droits, trop plein de sa naissance, Il ne saurait souffrir la moindre dépendance ; Mais surtout j'ai connu que son coeur est épris D'une invincible horreur contre les favoris ; Il voit notre pouvoir dans la Cour de son père, Seigneur, comme un larcin que nous osons lui faire, Et si de l'Empereur il souhaite la mort, C'est plus pour nous punir que pour changer de sort ; Voilà quel est le prince, et je puis dire encore, Qu'il est cher à la Cour, que le peuple l'adore, Dès l'enfance affectant une fausse piété, Il s'est de tout l'Empire attiré l'amitié ; Vous voyez qu'il soutient les rebelles bulgares, Chaque jour l'envoyé de ces peuples barbares, L'entretient, le consulte, et près de l'Empereur, Andronic l'a flatté de toute sa faveur ; Ah ! Rendons pour la paix leur projet inutile, Que ferions-nous tous deux dans un état tranquille ? L'Empereur libre alors des craintes et de soins, Étant plus absolu nous écouterait moins, En vain de sa tendresse il nous donne des marques, Il est, n'en doutez point, comme tous les monarques, Qui d'une égale ardeur chérissent nos pareils, Et des plus grands bienfaits achètent leurs conseils ; Tandis que le désordre, où le destin contraire Rendent à leur grandeur ce secours nécessaire. Mais après le danger, à l'abri du malheur Leur ardente amitié perd toute sa chaleur ; Nous devenons suspects en cessant d'être utiles. Nos services passés sont de faibles asiles, On ne veut plus vous voir avec les mêmes yeux, Ce qu'on louait jadis est un crime odieux, Et l'exil, la prison, que dis-je ? Une mort prompte Chez la postérité fait passé notre honte, D'autant plus malheureux qu'accablés de douleurs Tout le monde irrité nous refuse des pleurs, Qu'au milieu des fureurs que sur nous on déploie, Nos maux sont le sujet de la publique joie ; Que le peuple triomphe, et loin de s'attendrir, Se plaint qu'on nous fait grâce, en nous faisant mourir.

Dans l'édition 11695, le vers 118 se termine par un point d'interrogation.

SCÈNE III. Andronic, Marcène, Léon, Léonce, Martian.

SCÈNE IV. Andronic, Léonce, Martian.

SCÈNE V. L'Empereur, Andronic, Léonce, Martian, Gardes.

L'EMPEREUR

Qu'il s'avance.

L'EMPEREUR

Levez-vous.

LÉONCE

Fais si bien, juste ciel, que ma plainte le touche ! Tout un peuple, Seigneur, vous parle par ma bouche ; Un peuple qui toujours à vos ordres soumis Fut le plus ferme rempart contre vos ennemis, Et de qui la valeur justement renommée Se fit craindre cent fois à l'Europe alarmée, Quand votre illustre frère achevant ses exploits, Se vit et la terreur et l'arbitre des rois. Vous le savez, Seigneur, ce peuple magnanime Fut toujours honoré de sa plus tendre estime ; Et ce digne héros pour ses fameux combats Connaissait parmi nous ses chefs et ses soldats. Cet heureux temps n'est plus, ces guerriers intrépides Sont en proie aux fureurs des gouverneurs avides, Sous des fers odieux leur coeur est abattu, La rigueur de leur sort accable leur vertu ; Tout se plaint, tout gémit dans nos tristes provinces, Les chefs et les soldats, et le peuple, et les princes ; Chaque jour sans scrupule on viole nos droits, Pris en compte pour rien la justice et les lois, En vain nos ennemis à nos peuples soutiennent Que c'est de votre part que leurs ordres nous viennent ; Non, vous n'approuvez point leurs sanglants attentats, Je dirai plus, Seigneur, vous ne les savez pas. Ah, si pour un moment vous pouviez voir vous-même Pour quels coups on se sert de votre nom suprême, Que ce saint nom ne sert qu'à nous tyranniser, Qu'à mieux lier la joug qu'on nous veut imposer ; Alors de vos sujets moins empereur que père, Vous ne songeriez plus qu'à finir leur misère, Et qu'à punir bientôt avec sévérité Ces indignes abus de votre autorité. Enfin, si l'on a vu nos peuples en furie S'armer pour maintenir les droits de la patrie, Seigneur, nos gouverneurs sont les plus criminels, Ils nous ont trop appris à devenir cruels ; Pour vous, nous conservons la foi la plus constante, Faut-il vous en donner quelque preuve éclatante ? Faut-il pour soutenir l'honneur de votre rang ? Prodiguer tous nos biens, verser tout notre sang ? Faut-il nous exposant aux horreurs de la guerre, Suivre nos étendards jusqu'au bout de la terre ? Vous nous verrez contents au milieu des déserts, Braver pour vous servir tous les périls offerts, Et mériter de vous en cherchant à vous plaire Les bontés dont jadis nous combla votre père : Mais s'il faut chaque jour par de nouveaux tyrans Voir piller nos maisons, massacrer nos parents, Et les trésors tirés du sang de nos provinces, Rendre ces inhumains plus puissants que nos princes, Je l'avouerai, Seigneur, nos peuples irrités S'emporteront toujours contre leurs cruautés. C'est à vous de juger en prince légitime S'il faut ou nous absoudre, ou punir notre crime ; Si vous nous condamnez, pleins de respect pour vous, Seigneur, sans murmurer nous souffrirons vos coups ; Mais du moins rejetez les avis sanguinaires Des perfides auteurs de toutes nos misères, Prononcez par vous-même, et ne consultez pas Des coeurs intéressés à troubler vos États.

Le vers 232 commence par "de" au lieu de "des".

SCÈNE VI. L'Empereur, Andronic, Martian, Gardes.

L'EMPEREUR

Vous ?

SCÈNE VII. Andronic, Martian.

ANDRONIC

Dans ces lieux mon courage murmure, Et mon coeur n'est point fait pour une vie obscure, Dès l'enfance charmé des héros de mon sang Je trouve leurs vertus au-dessus de leur rang, Surtout de mon aïeul et l'exemple et la gloire M'enflamme à tous moments et remplis ma mémoire, Sur ce fameux guerrier mon esprit attaché Par aucun autre objet n'en peut être attaché, Je regarde son sort avec un oeil d'envie, À ses jours éclatants je compare ma vie, Rien ne s'offre à mes yeux dans le cours de ses ans Que de nobles travaux, des succès triomphants, Que des murs embrasés, que villes surprises, Des peuples asservis, des provinces conquises, De rebelles punis, des rois humiliés, Le repos maintenu chez tous ses alliés, Où si jamais le sort démentant son courage À ses prospérités a mêlé quelque outrage, Il me paraît plus grand dans son adversité, Je le vois triompher du destin irrité, En tirant de sa chute une nouvelle gloire, À force de vertu rappeler la victoire. Moi toujours renfermé dans ces murs malheureux, Occupé jusqu'ici par des frivoles jeux, Je ne sais ni l'emploi ni l'ordre d'une armée, Que par des traits confus, ou par la renommée, Ah ! Ce seul souvenir plus que tous mes malheurs M'irrite, me dévore, et m'arrache des pleurs ; Allons, obéissons au transport qui me guide, Et prenons vers la gloire un essor si rapide, Que dans leur nombre un jour mes exploits confondus Suffisent à remplir les jours que j'ai perdus. Cependant, cherche Eudoxe, elle connaît ma peine, Et m'a cent fois pressé de fuir les yeux d'Irène, Du dessein que j'ai pris, il l'a faut avertir, Va la trouver, dis-lui qu'avant que de partir Je demande surtout à voir l'Impératrice, Et qu'elle doit encore me rendre cet office, Que j'ose m'en flatter ; adieux, cours, hâte-toi, J'attendrai ton retour pour disposer de moi.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Irène, Eudoxe.

EUDOXE

Madame, le péril est-il moins redoutable À ne pas écouter ce prince déplorable ? Résolu de vous faire entendre ses adieux, Il vous suivra peut-être à toute heure, en tous lieux, Et voudra pour le moins devoir à la fortune, Le plaisir de vous faire une plainte importune. Que dis-je ? Croyez-vous que plein de son amour Il puisse se résoudre à partir de la Cour. On se propose en vain de quitter ce qu'on aime, Enfin dans ce dessein confirmez-le vous-même, Montrez-lui le danger que vous courez tous deux, Qu'on verrait tôt ou tard quelque éclat de ses feux, Que l'Empereur suivant son penchant ordinaire Oublierait les saints noms, et d'époux, et de père, Et vous perdrait tous deux sur un simple regard Ou peut-être l'amour aurait eu peu de part. Redoutés d'Andronic la fierté naturelle, Montrez-lui les chemins où la gloire l'appelle : Surtout commandez-lui de ne vous voir jamais, Qu'il ne s'approche plus des murs de ce palais, Qu'il pense à tous moments que son sort et le vôtre Vous doit jusqu'au tombeau séparer l'un et l'autre : Ô ciel que feriez-vous si trompant votre espoir, Andronic en ces lieux revenu pour vous voir, Renouvelait un jour par sa triste présence Le souvenir qu'aurait affaibli son absence ? Que de nouveaux combats ! Que de secrets soupirs ? Hélas, épargnez-vous ces mortels déplaisirs : Si le prince une fois vous a promis, Madame, De ne plus traverser le repos de votre âme, D'aller loin de vos yeux sans espoir de retour Étouffer ou nourrir un malheureux amour, Quelque brûlant désir, quelque ardeur qui le presse, Madame, j'en réponds, il tiendra sa promesse. Voyez-le, et sans frémir de son destin cruel, Prononcez-lui l'arrêt d'un exil éternel.

Le vers 400, commence par "Redoublez", nous choisissons "Redoutez".

IRÈNE

Lui pourrai-je imposer une loi si funeste ? Ah ! Laissez-le moi fuir sans me charger du reste, J'ai causé ses malheurs, en causant son amour, Le presserai-je encore de sortir de la Cour, Et d'aller essuyer chez un peuple barbare, Du destin ennemi le caprice bizarre ? Que dis-je ? Pensez-vous que dans mon triste coeur, Ma vertu devant lui résiste à ma douleur ? Au bruit de ses soupirs... À l'aspect de ses larmes... Non, ce seul souvenir me donne trop d'alarmes, Je ne puis m'exposer à ce triste entretien, C'est trop de mon tourment sans y joindre le sien ; C'est trop triompher de toute ma constance, Hélas ! D'avoir quitté les lieux de ma naissance ; Ces lieux où tout semblait prévenir mes désirs, Où mon coeur n'a jamais connu que les plaisirs ; Ô bienheureux séjour ! Aimable Trébisonde ! Ô murs ! Où je vivais dans une paix profonde ! Que n'ai-je en vous perdant, de mes funestes jours, Par une prompte mort vu terminer le cours ? Je m'éloignai de vous en ces lieux entraînée Par le trompeur espoir d'un heureux hyménée ; Je croyais qu'Andronic à mon destin lié Pour jamais avec moi serait associé, Nos pères l'ordonnaient, Trébisonde et Byzance, Sur cet illustre hymen fondaient leur espérance ; Je venais avec joie en célébrer les noeuds, Le prince était aimable, il était amoureux ; Vains projets ! Vains transports ! Espérance inutile ! J'arrive enfin, à peine entrai-je en cette ville Que je vois délivrée en des maux infinis, Il me faut épouser le père au lieu du fils, Nos destins sont changés ; un ordre de mon père Détruit dans un instant le bonheur que j'espère ; En victime d'État, contrainte d'obéir, Pour conserver ma gloire il fallut me trahir.

SCÈNE II. Irène, Eudoxe, Narcée.

SCÈNE III. Irène, Andronic, Eudoxe, Narcée.

ANDRONIC

Qu'entends-je, juste ciel ! De quoi m'accusez-vous ? Madame, qu'ai-je fait digne de ce courroux ? Viens-je vous demander que d'un oeil pitoyable Vous donniez quelques pleurs au malheur qui m'accable ? Viens-je vous demander que vous me permettiez, Puisqu'il me faut mourir, d'expirer à vos pieds ? Ah, de votre repos plus jaloux que vous-même, J'ai soin de m'exiler, parce que je vous aime. Pardonnez-moi ce mot pour la dernière fois, Et songez que je pars sans attendre vos lois, Qu'en vain à me bannir vous étiez résolue, Puisque déjà mon coeur vous avait prévenue. Depuis le jour fatal, qu'arrachée à ma foi, Madame, vous vivez pour un autre que moi, Quoique toujours brûlé jusqu'au fond de l'âme, Vous savez si mes yeux ont parlé de ma flamme, Si le moindre transport, un indiscret soupir Vous ont fait soupçonner quelque injuste désir, Tout a gardé, Madame, un rigoureux silence, Mais un coeur n'est point fait pour tant de violence, Je sais tous les combats qu'il me faudrait livrer, Si sous un même ciel nous osions respirer ; Je sais enfin, je sais tout ce que pourront dire, Vos ennemis, les miens, peut-être tout l'Empire, Ils ont su mon amour, et doivent présumer Que qui vous aime un jour, doit toujours vous aimer. Peut être oseraient-ils soupçonner l'un et l'autre ? Sauvons de leurs soupçons et ma gloire et la vôtre, Je cherche à m'éloigner, vous pressez l'Empereur D'accorder à mes voeux cette unique faveur, Heureux si par vos soins mon attente est remplie ; J'irai des révoltés apaiser la furie, Ils me veulent pour chef, et je ne doute pas Que je ne sois bientôt maître dans leurs États, Qu'au gré de mes désirs leur valeur toujours prête, Ils n'entreprennent tout, si je marche à leur tête, Je viens donc vous offrir leurs armes, mon pouvoir, Le ciel qui me condamne à ne jamais vous voir, Qui me fait étouffer une flamme si belle, Ne saurait pour le moins s'offenser de mon zèle, S'il défend à mon coeur des sentiments trop doux, Il permet à mon bras de combattre pour vous, Et si jamais ce bras vous était nécessaire, Ou pour aller servir l'Empereur votre père, Ou pour faire périr, ou chasser de ces lieux Ceux de qui la présence y peut blesser vos yeux. Appelez-moi, Madame, et je pourrai tout faire, Je ne veux que la gloire ou la mort pour salaire ; À vous donner mon sang, je borne mon bonheur, Puisqu'il m'est défendu de vous donner mon coeur.

SCÈNE IV. L'Empereur, Andronic, Irène, Eudoxe, Léon, Marcène.

SCÈNE V. L'Empereur, Andronic, Léon, Marcène.

SCÈNE VI. L'Empereur, Léon, Marcène.

SCÈNE VII.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Andronic, Martian.

SCÈNE II. Andronic, Léonce, Martian.

SCÈNE III. Andronic, Martian.

ANDRONIC

Ah ! Cruel, oses-tu condamner ma retraite ? Laisse, laisse-moi fuir, est-il quelque séjour Plus à craindre pour moi que cette affreuse Cour ? Je sais dans mon projet quels malheurs je m'apprête Qu'à m'éloigner sans ordre il y va de ma tête, Qu'aujourd'hui découvert je périrai demain ; Que mon sang, que l'État me défendront en vain ; Mais mon destin le veut il faut que j'obéisse, Et que voudrais-tu donc, Martian, que je fisse ? Peux-tu bien concevoir dans ces tristes moments La rigueur de mon sort, mes craintes, mes tourments ? On me prive à jamais de tout ce que j'adore, Je vois dans la splendeur deux hommes que j'abhorre, Dont l'injuste pouvoir à me nuire obstiné Me rend presque odieux le sang dont je suis né, Malgré tant de raisons, malgré tant de contraintes Laissai-je un moment échapper quelque plainte J'étouffe mes soupirs, j'étouffe mes regrets, Je ne punis que moi des mots que l'on m'a faits, Et nourrissant mon coeur de ma mélancolie D'un malheur éternel j'empoisonne ma vie ; Enfin lassé de voir des objets si cruel, Pour m'épargner des coups, ou des voeux criminels, Moins soigneux de mes jours que de mon innocence, Je demande par grâce à partir de Byzance, Et d'aller exercer mon courage et mon bras À soumettre, à calmer de rebelles États ; On me refuse encore l'emploi que je demande, On soupçonne ma foi, je vois qu'on m'appréhende, On m'impute à forfait le soin de m'éloigner, On me croit dévoré de l'ardeur de régner, Et tout prêt de tenter par un orgueil extrême, Ce que je n'ai point fait en perdant ce que j'aime, Sur ces fausses raisons on me retient ici, Je vois contre mes pleurs qu'un père est endurci, Je vois mes ennemis triompher de ma peine, On me lie à des maux d'une plus forte chaîne, On veut me voir souffrir, et mes persécuteurs Ne seraient pas contents si je souffrais ailleurs.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Andronic, Martian.

SCÈNE VI. L'Empereur, Léon, Marcène, Andronic, Martian, Crispe, Gelas, Gardes.

ANDRONIC

Ah ! Du moins par ma mort prévenons la justice.

Il se veut tuer, on le désarme.

SCÈNE VII. L'Empereur, Marcène, Gardes.

SCÈNE VIII. L'Empereur, Irène, Eudoxe, Narcée, Marcène, Gardes.

L'EMPEREUR

Madame...

SCÈNE IX.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Léon, Aspar.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Andronic, Aspar, Gardes.

ANDRONIC

Qu'on me laisse un moment, qu'on ne me trouble pas. Desseins mal concertés, malheureuse vengeance, Dont mon coeur abusé goûta trop l'espérance, Douces illusions de mes esprits charmés, Projets évanouis aussitôt que formés, Ne m'entretenez plus de vos vaines chimères, Et laissez-moi sans vous contempler mes misères. Ô ciel ! Dans quel état me trouvai-je réduit ? Chacun dans mon malheur me trahit et me fuit, Sans amis, sans secours, dans ce moment funeste, À quoi dois-je m'attendre, et quel espoir me reste ? Léonce et Martian que déjà l'Empereur Vient de sacrifier à sa prompte fureur, De moment en moment ma garde redoublée, Le noir pressentiment dont mon âme est troublée, Mille tristes objets me font imaginer Où ces commencements doivent se terminer : Oui je n'en doute plus on a juré ma perte, Puisque de mes desseins la trame est découverte, Je suis trahi, je meurs, et la rigueur du sort Dont les ombres du crime enveloppe ma mort. Qu'au gré de ses transports l'Empereur m'en punisse, Moi aussi, qu'il se juge, et se fasse justice, Qu'il songe à nos destins, et lequel de nous deux Est le plus criminel, ou le plus malheureux... Emporté par le feu d'un imprudent courage Je forme un vain projet, je me livre à ma rage, Je me rends à l'espoir dont on me vient flatter, Voilà tous les forfaits qu'on me peut imputer. Mon père... Mais que dis-je ? S'il refuse de l'être, À quelle marque enfin puis-je le reconnaître ? Il m'ôte ma maîtresse, et l'Empire et le jour, Voilà tous les présents que m'a fait son amour. Ne nous efforçons point d'émouvoir sa tendresse, Rien ne désarmerait sa fureur vengeresse, Et quand par mes efforts je pourrais l'attendrir, Mes jours ne valent pas qu'il m'en coûte un soupir, Mais que veut-on de moi ?

Le vers 964 comporte 13 pieds, nous supprimons "et" devant "qu'on ne trouble".

SCÈNE IV. Andronic, Gelas.

SCÈNE V.

ANDRONIC, seul

Est-il quelque remède au malheur qui m'accable ? Le ciel me jette-t-il un regard favorable ? Qui peut-être touché de mon sort inhumain ? Lisons. Je ne saurais reconnaître la main. Mais sur ces traits à peine ai-je posé ma vue, Que d'un trouble soudain mon âme est émue, Je ne sais quel présage, et quels secrets combats Me causent des transports que je ne sentais pas.

Il lit.

Par un dernier effort apaisez votre père, Ne ménagez plus rien, Prince, pour vous sauver, Assurez une vie à l'État nécessaire, Et songez qu'en mourant... Je ne puis achever.

Après avoir lu.

Ô bonté sans exemple, adorable princesse ! Quoi, pour mes jours encore votre coeur s'intéresse ? Oui, je n'en doute plus, mon coeur est éclairci, Et vous seule avez droit de me parler ainsi, Je connais votre voix, il me semble l'entendre, À ce dernier effort aurais-je osé m'attendre ? Abandonné de tous... Ah prince trop heureux, Par où mérites-tu des soins si généreux ? Non, ne nous plaignons pas de la rigueur d'un père, Quels bienfaits me vaudraient autant que sa colère ? Irène, de vos voeux je me fais une loi, Vous voulez que je vive, et c'est assez pour moi. À vos moindres désirs je suis prêt à me rendre. Mais hélas ! L'Empereur voudra-t-il bien m'entendre ? N'importe, pour vous plaire il faut tout hasarder, Ma fierté, ma fureur à l'amour doit céder ; Résous-toi donc, mon coeur, à cette violence, Surmonte ton orgueil, quoique sans espérance, Princesse, recevez ce gage de ma foi, Comme le plus pressant d'un homme tel que moi. Mais après cet effort craignez d'en faire d'autres, Pour conserver mes jours n'exposez point les vôtres. Ne tentez plus pour moi de dangereux secours, Et laissez à mon sort son déplorable cours. Hola, Gardes, quelqu'un.

SCÈNE VI. Andronic, Aspar.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Andronic, Aspar.

SCÈNE IX. L'Empereur, Andronic, Aspar.

ANDRONIC

Seigneur...

L'EMPEREUR

Quoi ?

SCÈNE X.

L'EMPEREUR, seul

Ô ciel ! Jusqu'où l'emportera une aveugle insolence ? C'est trop en ta faveur me faire violence, Si l'on ne l'eut contraint à cet indigne effort, Dit-il... Ah ! Ce mot décide de sa mort. Je suis trop éclairci, l'Impératrice l'aime : Non, non, ce ne peut être une autre qu'elle-même ; Irène a fait tracer cet odieux écrit, Qui d'un trouble fatal a rempli mon esprit. Tremblante pour ses jours à tous mes voeux contraire, Elle a tout hasardé pour ce fils téméraire, Je n'en puis plus douter, le traître s'est trahi ; À d'autres lois enfin aurait-il obéit ? Et n'eut été l'espoir de plaire à ce qu'il aime Se fût-il jamais fait cet effort sur lui-même ? De quel air l'insolent s'est-il humilié ? Il excitait ma haine au lieu de ma pitié, J'ai vu jusqu'à mes pieds ce superbe courage, De ses respects forcés désavouer l'hommage, Il n'a pu soutenir un repentir trompeur, Et sa bouche a trahi la fierté de son coeur. Dans quels temps ? Au moment que malgré ma colère Le traître me faisait sentir que j'étais père, Que toute ma fureur m'allait abandonner : Que sais-je ? Quand mon coeur eût pu lui pardonner Que cette lettre entre eux marque d'intelligence ? Vous n'abuserez plus de mon trop d'indulgence, Traîtres. Mais par quel charme ont-il pu m'éblouir, Comment ont-ils osé songer à me trahir ? Moi, qui partant de soins et de persévérance De pénétrer les coeurs possède la science, Qui par l'art que j'emploie à cacher mes projets, Connais tous les chemins tous les détours secrets, Qui par ma politique et mon adresse à feindre Force tous mes voisins, tous les rois à me craindre, Dans mon propre palais, au milieu de ma Cour, Je me vois le jouet d'un téméraire amour, Deux perfides sans art, et sans expérience, Aveuglant ma raison, et trompant ma prudence, Démentent par des feux mortels à mon honneur, Tout ce que l'univers publie en ma faveur. Hélas ! Ils m'abusaient sans peine et sans étude, Je n'avais de leur part aucune inquiétude, Mon coeur de noirs soupçons n'était point combattu, Et dormait sur la foi de leur fausse vertu. Ô malheureux époux ! Ô déplorable père ! Où dois-tu t'arrêter ? Où porter ta colère ? Leur juste châtiment ne peut être trop prompt, Dans leur perfide sang étouffons cet affront ; Mais surtout ménageons leur mort avec prudence Par des chemins divers achevons ma vengeance, Prévenons pour ma gloire un dangereux éclat, Condamnons Andronic en criminel d'État ; Par un effort secret perdons l'Impératrice, Et cachons à la fois son crime, et son supplice.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Andronic, Aspar, Gelas, Crispe.

SCÈNE III. Andronic, Gelas, Crispe.

SCÈNE IV.

ANDRONIC, seul

Il est temps de s'armer d'une noble constance, Où se termine, hélas ! toute mon espérance ? Sorti du plus beau sang qu'adore l'univers, Maître dès le berceau de cent peuples divers, Quand je crois m'affranchir de l'affreux esclavage, Dont le joug si longtemps fit gémir mon courage, Quand les biens, les honneurs, la gloire, les plaisirs Devaient s'offrir en foule à mes premiers désirs, Je meurs, et dans le cours des mes jeunes années, Je vois d'un coup fatal trancher mes destinées. Mais quoi toujours en proie à la rigueur du sort, Je ne puis de mes maux sortir que par la mort, Il est à mon repos un si puissant obstacle, Qu'en ma faveur le ciel ne peut faire un miracle, Et tant que je vivrais, brûle des mêmes feux, Je serais criminel, et serais malheureux ; Furieux sans effet, amant sans espérance, Contraint dans mon amour, contraint dans ma vengeance, Pénétré de tendresse, agité de courroux, Sans oser signaler ni mes voeux, ni mes coups ; Ah ! Le ciel me devait être un peu moins contraire, Laisser libre du moins ma flamme, ou ma colère, M'offrir un coeur pour qui tout le mien pût brûler, Ou le sang d'un rival que je pusse immoler. Enfin dans ces combats je ne saurais plus vivre, Et je dois rendre grâce au coup qui m'en délivre. Oui, je suis résolu : Mais que deviendrez-vous Irène ? De mon père évitez le courroux, Ma mort vous coûtera de dangereuses larmes, L'empereur en prendra de terribles alarmes ; Et que sais-je ? Peut-être en ce moment fatal Il me condamne moins en père qu'en rival. Ah ! Penser accablant où mon coeur s'abandonne : Quel péril pour Irène, ô ciel ! S'il la soupçonne ? Princesse, que je crains que ces terribles coups Après m'avoir frappé ne s'étendent sur vous ? Voilà ce qui m'étonne, et non pas le supplice ; Mais je touche au moment du fatal sacrifice ; Ciel ! Je t'offre ma mort, apaise ta rigueur, Puisses-tu loin de moi porter ton bras vengeur ! Contre un barbare époux protège l'innocence, Ne te lasse jamais d'embrasser sa défense.

SCÈNE V. Andronic, Aspar, Gelas.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Irène, Narcée, Aspar.

ASPAR

Madame...

SCÈNE VIII. Irène, Narcée.

SCÈNE IX. Irène, Eudoxe, Marcée.

SCÈNE X. Irène, Eudoxe, Narcée, Gelas.

SCÈNE XI. Irène, Eudoxe, Narcée.

SCÈNE DERNIÈRE. L'Empereur, Irène, Eudoxe, Narcée.

1 420 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica