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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Arminius

Jean Galbert de Campistron· créée en 1684, imprimée en 1685· 5 actes· 1 534 vers· 11 personnages

Représenté pour la première fois le 19 février 1684 au Théâtre de l'Hôtel Guénégaud.

Personnages

  • VARUS, gouverneur de la Germanie, pour Auguste
  • SÉGESTE, prince des Cattes
  • ARMINIUS, prince des Cherusques, accordé à Isménie
  • SIGISMOND, fils de Ségeste, accordé à Polixène
  • ISMÉNIE, fille de Ségeste
  • POLIXÈNE, soeur d'Arminus
  • BARSINE, confidente d'Isménie
  • TULLUS, confident de Varus
  • SUNNON, capitaine des gardes de Ségeste
  • SINORIX, capitaine des gardes de Ségeste
  • Suite

ACTE I

SCÈNE I. Ségeste, Sunnon.

SUNNON

Puisque vous m'ordonnez, Seigneur, d'être sincère, Je ne vous cèle point que de ce changement Les peuples étonnés cherchent le fondement : "Quoi, Segeste, dit-on, par qui la Germanie Jusqu'ici des Romains brava la tyrannie, Qui de flots de leur sang couvrit nos champs vingt fois Qui fit trembler le Tibre au bruit de ses exploits, Ce Segeste aujourd'hui peut étouffer la haine ? Et mêler ses drapeaux avec l'Aigle romaine ?"

Tibre : Fleuve célèbre d'Italie, naît dans les Appenins, en Toscane, (...) coule généralement au Sud, arrose la Toscane, la territoire romain, baigne Rome et Ostie (...) et se jette dans la Mer Tyrrénienne sous Ostie par deux bras, après un cours d'environ 370 Km. [B]

SÉGESTE

Je fais plus. Du sénat je brigue la faveur, Son estime est pour moi le comble du bonheur, Et c'est avec plaisir que j'entends qu'il me nomme Allié de l'Empire, et citoyen de Rome. Je regarde ces noms comme un illustre prix. Toi-même à ce discours tu me parais surpris ! Mais apprends les raisons de ce qu'on m'a vu faire, Et ne condamne plus une paix nécessaire. Les dieux sont témoins que dans mes desseins, Me proposant pour but le salut des Germains Sans regarder jamais ma grandeur ni ma gloire J'ai combattu pour eux et cherché la victoire ; Pendant plus de vingt ans par un heureux effort Entre l'Empire et moi j'ai suspendu le sort ; Mais dans ce même temps Rome était occupée À la perte d'Antoine et du jeune Pompée, Et les chefs divisés par leurs propres fureurs Nous laissaient aisément reculer nos malheurs. Maintenant partout règne une paix profonde Qu'Auguste sous ses lois fait trembler tout le monde, Devais-je attendre ici qu'il rassemblât sur nous Tout l'effort, tous les traits de son vaste courroux ? J'ai cru devoir céder, puisqu'un léger hommage M'assurait le repos et détournait l'orage. Ce n'est pas que souvent un reste de fierté Ne m'ait presque contraint de rompre le traité. Mais de mille héros la perte encore éclate ; Et qu'ont fait contre Rome, Annibal, Mithridate. Nicomède, Pyrrhus, tant d'autres rois fameux ? Étais-je plus puissants ? Étais-je plus heureux ? J'ai sauvé mes états en finissant la guerre, Et quand je me soumets avec toute la terre, J'obéis aux décrets des dieux et du destin Qui veulent que tout cède à l'Empire romain.

Annibal [-247,-183] : général Carthaginois, fils d'Amilcar. Combattit Rome depuis qu'il fut nommé à 25 général en chef des carthaginois. Il fut près d'envahir Rome après de nombreuses victoires en Gaule et en Italie. Il dut défendre Carthage à la bataille de Zama en -202 qu'il perdit face à Scipion, puis il s'exila définitivement. Il mourut seul en -183.

Mithridate (VII) : l'un des plus terribles ennemis des Romains (...) naquit en 131 avant JC. (...) Mithridate était actif, intrépide, infatigable et fécond. (...) Mais sa férocité, sa perfidie et son caractère défiant ternirent ses grandes qualités. (Lire la pièce « Mithridate » de Jean Racine)

SÉGESTE

Ne crois rien de funeste à ma gloire. Si j'étouffe ce feu que j'avais allumé, Le seul Arminius en doit être blâmé. Juges-en. Au moment que l'on m'eut fait entendre Qu'aux faveurs de César j'avais droit de prétendre. Sans vouloir séparer nos communs intérêts, J'exigeai que ce prince entrât dans cette paix ; Je dépêchai vers lui ; Je crus qu'en diligence Il viendrait confirmer cette auguste alliance, Il différa pourtant : Je pressai ; mais en vain, J'ignore s'il revient, s'il s'arrête en chemin Mais pendant quatre mois sans daigner me répondre Par ses retardements je me suis vu confondre ; Les romains me pressaient, et j'étais menacé De voir rompre sans fruit le traité commencé. Je l'ai conclu tout seul ; et ma fille est le gage Qui de cette union doit rassurer l'ouvrage : Le prince m'a quitté, j'ai fait ma paix sans lui, Je ne m'en repends pas ; on m'apprend aujourd'hui Que de tous nos États à ma honte il publie Que je trahis mon sang, mes amis, ma patrie Que mandant la paix les armes à la main, Je vends la Germanie à l'Empire romain, Et je deviens suspect par ce lâche artifice Aux peuples que mes soins sauvent du précipice, Je suis même averti qu'il conspire en secret, S'il arrive en ce camp il se perd, c'en est fait, S'il trame les projets que l'on m'a fait entendre De le faire punir, je ne puis me défendre Je trouverai bien plus, je crois que sans douleur Je livrerai ce prince à son dernier malheur, Sa fortune, son nom, la gloire de sa vie Ont versé dans mon coeur une secrète envie Qui me force à rougir de voir entre ses mains Le pouvoir que j'avais jadis sur les Germains Cependant quelque soit l'intérêt qui me presse, Sa franchise, son rang, sa vertu, sa jeunesse, Le soin de son honneur, un reste de pitié ; Enfin, le souvenir d'une longue amitié Me porterait peut-être à prendre la défense ; Mais je crains des romains la haine et sa vengeance. Je voudrais que ce prince inspiré par les dieux, Bien loin de s'approcher s'éloignant de ces lieux, Il n'a plus de ma part que des voeux à prétendre.

SCÈNE II. Ségeste, Isménie, Barsine.

ISMÉNIE

Comment ?

SCÈNE III. Varus, Segeste, Isménie.

SCÈNE IV. Varus, Isménie, Barsine.

SCÈNE V. Isménie, Barsine.

SCÈNE VI . Isménie, Barsine, Sinorix.

SCÈNE VII. Isménie, Barsine.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Isménie, Barsine.

SCÈNE II. Arminius, Isménie, Barsine.

ARMINIUS

Non, je ne reçois point un adieu si funeste, S'il faut vous perdre, hélas ! Que m'importe du reste ! Madame, quelque sort qui me soit préparé, Je dois l'attendre ici d'un visage assuré. Voulez-vous qu'en montrant une indigne faiblesse J'aille loin de vos yeux expirer de tristesse ? Vous livrer à Varus ; ah ! s'il me faut mourir, Que ce soit pour la gloire et pour vous conquérir. Quel ordre, quel départ, Dieux ! Quand je l'envisage Je frémis, et je sens chanceler mon courage, Quoi ? J'irais pour sauver de misérables jours Dont ma douleur bientôt aurait tranché le cours Errer désespéré de contrée en contrée, Et portant dans mon coeur votre image adorée Sans cesse dévoré d'inutiles souhaits, Vous chercher en tous lieux, et ne vous voir jamais. Quoi, j'irais loin de vous languir sans espérance : Sans trouver un moment d'intervalle à l'absence : Tandis que mon rival content ; favorisé Jouirait du bonheur qu'on m'aurait refusé, M'en préserve le ciel ; qu'ici plutôt je meure : Vivre dans ces horreurs, c'est mourir à toute heure, Vous le connaissez trop, reprenez donc vos pleurs, Épargnons-nous tous deux d'inutiles douleurs. Laissez-moi voir Ségeste, il doit ici se rendre, Je vais frapper son coeur par l'endroit le plus tendre, Je vais l'encourager, rappeler à ses yeux , Sa parole, son sang, ses exploits glorieux, Il se rendra peut-être, et me fera justice ; Mais dut-il de mon sang hâter le sacrifice ; Fidèle à mon amour, fidèle à mon pays, L'un et l'autre par moi ne seront pas trahis. Que Ségeste en fureur s'arme contre ma vie ; Je n'aime fortement que vous, et ma patrie, J'en atteste les Dieux : le coup me sera doux Qui me fera périr et pour elle et pour vous.

SCÈNE III. Ségeste, Arminius, Sunnon, Sinorix.

SCÈNE IV. Ségeste, Arminius assis.

SÉGESTE

Et cet abaissement doit me combler d'honneur ; Tous ces noms éclatants ne flattent point mon coeur, Ma puissance me gêne, et cesse de me plaire Lorsque de mes sujets elle fait la misère, Et pour leur assurer un sort, des jours heureux J'embrasse leur destin, et suis sujet comme eux ; Voilà ce qu'on appelle amour de la patrie, Et non de vos pareils d'indiscrète furie, Vous sacrifiez tout au soin de votre rang, Des peuples malheureux vous prodiguez le sang. Et votre ambition d'une faux zèle animée. Achète de leur vie un peu de renommée. Quel bonheur dans la guerre ont trouvé nos États ? De quoi leur ont servi nos sièges, nos combats ? Ah ! J'ai donné cent fois des larmes à nos pertes, Les temples ruinés, les provinces désertes, Les princes moissonnés à la fleur de leurs ans, Les massacres cruels des femmes, des enfants, Les campagnes partout languissantes, stériles, La faim, les fers, la mort, la pillage des villes, Ce sont là les effets par la guerre produits, Et de votre fierté les déplorables fruits ; Les peuples cependant ne respirent qu'à peine, Et votre amour pour eux est semblable à la haine, Pour moi je ne veux plus de victoire à ce prix, Je préfère la paix à ces tristes débris ; La paix rend un état florissant, riche, illustre, La victoire avec foi ne porte qu'un faux lustre, Malgré l'éclat trompeur qui flatte les guerriers Elle les fait gémir sous leurs propres lauriers ; Ici le frère en pleurs redemande son frère, Là le père son fils, ici le fils son père, Et dans le camp vainqueur il est souvent douteux Lequel des deux partis est le plus malheureux.

ARMINIUS

Oui, Seigneur, j'avouerai que souvent la victoire Nous vend cher ses faveurs, empoisonne sa gloire, Que la paix a des biens plus solides, plus doux, Je l'aurais recherchée, enfin autant que vous Avec un ennemi moins fier et moins terrible, Mais la paix avec Rome est un joug infaillible, Et sous les noms flatteurs d'amis , ou d'alliés, Elle asservit les rois, et les foule à ses pieds. Du moment qu'avec elle un traité nous engage, Nos enfants dans ses murs envoyés en otage, Et dès leurs jeunes ans arrachés de vos bras Contre tous ses soupçons ne la rassurent pas. Sur le moindre projet de quelqu'autre alliance, Ne voit-on pas sur nous tomber sa défiance ; Avant que rien résoudre il faut prévoir sa voix. Et jusqu'à notre hymen tout dépend de son choix, Mais c'est peu. De nos jours arbitre souveraine Lorsqu'elle nous proscrit notre perte est certaine : Son barbare sénat sans foi, sans amitié, Jamais pour nos pareils n'a montré de pitié ; Des princes qu'elle craint la plus légère offense Attire sans retour les traits de sa vengeance, Et sa seule clémence en de grands attentats Fait gloire d'épargner ceux qu'elle ne craint pas. Ah ! La paix sous ses lois est un bonheur funeste, Elle me fait horreur, le peuple la déserte, Les Germains des trésors fuyant la vanité Sont trop riches, Seigneur, avec la liberté, Pour se la conserver et tout sexe, et tout âge, De tous temps parmi nous nous a prouvé son courage, Les femmes dans les camps auprès de leurs époux Méprisent les dangers, et s'exposent aux coups Sans faiblesse, sans art, sans parure éclatante, Leur pompe est leur vertu, leur palais une tente, Leurs fils dans le travail, dans la guerre formés Dès le flanc de leur mère y sont accoutumés, Ces enfants nés guerriers au milieu des alarmes À peine ouvrent les yeux qu'ils demandent des armes, Ils en font tous leurs jeux. Ah ! Pouvez-vous Seigneur, Sous un joug odieux enchaîner leur valeur.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Varus, Segeste.

SCENE VII. Varus, Segeste, Arminius se défendant au milieu des Gardes, Sunnon, Sinorix.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Polixène, Barsine.

SCÈNE II. Sigismond, Polixène, Barsine.

SCÈNE III. Arminius, Sigismond, Polixène, Sunnon, Barsine.

SCÈNE IV. Arminius, Sunnon.

SCÈNE V. Arminius, Isménie, Sunnon.

SCÈNE VI. Arminius, Sigismond, Isménie, Sunnon.

ARMINIUS

Adieu Madame.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Isménie, Barsine.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Varus, Tullus.

SCÈNE III. Varus, Ségeste, Tullus, Sinorix.

SCÈNE IV. Varus, Ségeste.

SCÈNE V. Varus, Ségeste, Sinorix.

SÉGESTE

Dieux !

SCÈNE VI. Varus, Segeste, Sigismond, Sinorix.

SCÈNE VII. Varus, Ségeste, Sigismond, Isménie, Polixène, Sinorix, Barsine.

SCÈNE VIII. Varus, Ségeste, Sigismond, Polixène, Sinorix, Tullus.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Sigismond, Isménie, Polixène, Gardes.

SCÈNE II. Sigismond, Isménie, Polixène, Barsine.

SCÈNE III. Ségeste, Sigismond, Ismène, Polixène, Barsine, Sinorix, Gardes.

SCÈNE IV. Ségeste, Sigismond, Isménie, Polixène, Barsine, Sinorix, Tullus, Gardes.

ISMÉNIE

Arrêtez...

SCÈNE V. Ségeste, Armonius, Sigismond, Isménie, Polixène, Barsine, Sinorix, Gardes.

ARMINIUS

Cessez de m'animer, et d'aigrir mon courroux, Vos derniers attentats, vos cruelles injures Ont laissé dans mon coeur d'assez vives blessures, Pour me porter sans peine à vous donner la mort, Et je ne doute point, si la rigueur de sort Vous eut par ma défaite abandonnée ma vie, Que déjà vos fureurs ne me l'eussent ravie ; Que n'avez-vous point fait aujourd'hui contre moi ? Ce n'était pas assez de me manquer de foi ? Sans égard pour les droits que ma naissance donne ? Vous avez attenté jusque sur ma personne, Et de vos fers honteux osant charger mes mains, L'univers étonné du bruit de mon offense Ne le sera pas moins d'apprendre ma vengeance. D'un mot je ne puis vous perdre, et je suis offensé ; N'y pensons plus, Seigneur, oublions le passé, C'est moi qui vous en prie. Enfin de ma victoire Je ne veux d'autres prix, je ne veux d'autres gloire, Que le charmant espoir d'être de vos amis, Et le parfait bonheur de me voir votre fils ; Craignez moins de César la puissance funeste, Combattons seulement, je vous réponds du reste, En vain vous avez cru que fidèle aux romains La victoire partout seconde leurs desseins, Que contre leurs efforts rien ne nous peut défendre. Pour les vaincre il suffit de l'oser entreprendre, Vous venez de les voir expirer sous mes coups, Et ces Romains enfin sont hommes comme nous. Mais dussions-nous périr, Seigneur, pour la patrie, Mourons libre du moins, s'il faut perdre la vie, Un malheur éclatant est toujours glorieux. Soutenons notre gloire, et laissons faire aux dieux.

SCÈNE DERNIÈRE. Arminius, Polixène, Isménie, Sigismond, Barsine.

1 534 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica