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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Pompeia

Jean Galbert de Campistron· créée en 1687, imprimée en 1688· 5 actes· 1 382 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois le 7 novembre 1687 au Théâtre du Palais-Royal.

Personnages

  • MESSALA, Consul
  • QUINTUS-POMPEIUS-RUFUS, Sénateur, père de Pompéia
  • CLODIUS, Patricien
  • POMPEIA, Femme de Jules-César i Fille de Q. Pompéius-Rufus
  • JULIE, Soeur de Jules-César
  • PHILLA, Gouvernante de Pompéia
  • PLOTINE, confidente de Julie
  • FELIX, confidente de Clodius
  • TULLUS, suivant du Consul
  • ALBIN, domestique de Jules-César
PRÉFACE

L'aventure de Clodius et de Pompéia, est si connue qu'il paraît inutile d'en parler. Ceux qui en voudront apprendre les circonstances, n'ont qu'à lire diverses Lettres de Cicéron à Atticus. Plutarque dans la Vie de Jules César ; et Suétone ; nos Romanciers, et nos Compositeurs d'Anecdotes galantes, se sont aussi exercés sur le même sujet.

Rien n'est plus simple que le fonds de cette Fable. Clodius introduit chez César pendant la solennité des Fêtes de la bonne Déesse, Pompéia répudiée par César. Voilà en deux mots toute la Tragédie.

Lorsque feu Monsieur de Campistron l'a composée, il sentit tout le comique dont un semblable sujet était susceptible. Mais il trouva dans son génie les ressources nécessaires pour faire de cet événement, une Tragédie intéressante, noble, remplie des plus grands mouvements ; et enfin, ce pathétique qui fait naître la terreur et la compassion. On lui a souvent oui dire en parlant de cet Ouvrage, Pompéia aura un grand succès, ou tombera à la première représentation. Point de milieu. Il jugeait de ses Ouvrages sans prévention. Qualité rare dans un Auteur.

Monsieur de Campistron avait fait cette pièce après avoir fait jouer Tiridate. Il l'avait mise en état d'être donnée au Public. On en a vu la copie au net en 1697 ; elle avait été lue aux grands Juges du temps. Feu Monsieur_le_Prince de Conti se plaisait à en réciter certains morceaux dont il avait été touché ; il accusait souvent la paresse de l'Auteur : et Campistron promettait toujours de donner Pompéia. Enfin la guerre où il falloir suivre feu Monsieur_le_Duc de Vendôme, ne laissa plus à Campistron le loisir de préparer et de faire jouer la Piece. Il laissa en partant pour l'Italie, le manuscrit dans un coffre qu'il trouva perdu à son retour, il ne songea plus à sa Tragédie.

Quelque-temps après sa mort, on trouva dans un mauvais sac quelques papiers. Celui qui fit la découverte ayant lu avec peine ces feuilles dispersées, fut charmé d'avoir recouvré une pièce qu'on croyait perdue depuis longtemps. Il fit déchiffrer du mieux qu'il put ces feuilles, et les envoya à une personne à Paris, qu'il savait avoir été intimément attachée à feu Monsieur de Campistron, et à qui la mémoire de cet aimable Auteur était très précieuse. Celui-ci a mis dans un ordre convenable ces différents lambeaux ; un peu d'application a suffi pour remplir quelques lacunes, et pour substituer les liaisons qui pouvaient manquer à quelques scènes. Il demanda ensuite la permission à la Veuve de l'auteur, de la donner aux comédiens. L'admirable feue Mademoiselle le Couvreur, à qui on avait lu la pièce, vivait encore. Elle témoignait un empressement extraordinaire pour remplir le rôle de Pompéia. Peut-être aurait-on succombé à ses sollicitations. Mais la mort précipitée de cette grande actrice dérangea tout, et fit rentrer Pompéia dans les ténèbres d'où le hasard l'avait fait sortir.

Elle aurait été à jamais oubliée, sans l'infidélité d'un copiste, qui en ayant gardé une copie, lorsqu'on lui confia le manuscrit, a été assez imprudent pour la faire voir. Que sait-on, peut être a-t-il été assez hardi pour vendre la copie toute imparfaite qu'elle est à quelque Libraire. Voilà les rairons qui ont déterminé les personnes intéressées à la gloire de Monsieur de Campistron, à faire imprimer cette oeuvre posthume.

Au reste, on prie le lecteur de se souvenir que les ouvrages publiés après la mort de leurs auteurs, ont communément moins de perfection que ceux qui font donnés sous leurs yeux. On le supplie aussi de mettre sur le compte de l'éditeur toutes les fautes de quelle nature qu'elles soient, et tous les défauts que la lecture de cette pièce lui découvrira. On espère qu'il ne fera pas fâché du présent inespéré qu'on lui fait. Le petit exposé qu'on fait ici des diverses fortunes de Pompéia, est une preuve du peu d'apparence qu'on vit jamais cette tragédie imprimée.

Il est défendu par le Privilège, de la représenter en aucun temps sur aucun Théâtre Public, si l'on n'en a la permission des Héritiers de feu Monsieur de Campistron.

ACTE I

SCÈNE I. Pompeia, Philla.

SCÈNE II. Rufus, Pompeia, Philla, Albin.

SCÈNE III. Rufus, Pompeia, Philla.

POMPEIA

Moi !

RUFUS

Vous, de ces amants, couronnons la tendresse, Seule dans ce palais, vous êtes la maîtresse. César ainsi l'ordonne. Hé ! quelle autre que vous Doit suivre les désirs d'un père et d'un époux ? Nous comptons sur vos soins. Écoutez-moi ma fille, Seul reste et doux espoir de toute ma famille ; Je vous ai fait passer dans celle d'un Romain, Dont Albe renferma les aïeux dans son sein. Ils y régnaient. L'Albain les voyait à sa tête, Quand la valeur d'Horace, en fit notre conquête. Des mains de la Victoire en cent lieux couronné. César illustre encor le sang dont il est né ; Par l'éclat de son nom, son crédit, sa vaillance ; Clodius de César balance la puissance. Dangereux concurrent. Il gémit en secret, Du nom de citoyen qu'il porte avec regret. De nos patriciens l'égalité l'outrage : Il ne respecte en eux, ni leur rang,ni leur âge. Avide, impatient, prodigue, ambitieux, Voluptueux, superbe, ardent, audacieux ; Confiant dans ses projets, téméraire, intrépide, Et prenant seulement ses passions pour guide. Tel que je le dépeins, il eut avec ardeur, Traversé de César la prochaine grandeur. Il fallait les unir ; cet hymen va le faire. Unis. Rome, à leurs lois, ne saurait se soustraire. Il faut qu'elle obéisse. Enfin le temps n'est plus Où ses Consuls dictaient ses ordres absolus, Où chacun, ennemi du pouvoir tyrannique, De ses biens, de son sang servait la République Et ne craignait jamais que pour sa liberté ; De nos premiers héros la noble austérité ; Du luxe et de l'orgueil est aujourd'hui suivie : Leur zèle et leur justice ont fait place à l'envie. La stérile vertu n'a plus de sectateurs, Et les Romains sont tous, ou tyrans ou flatteurs. Puisqu'au mépris des lois de leurs fameux ancêtres, Ils veulent commander, ou demandent des maîtres. Si Silla votre aïeul osa les enchaîner, Clodius et César doivent les gouverner. Ils ne sauraient trop loin porter leur espérance Contre les mécontents, jaloux de leur puissance. L'hymen de Clodius est un nouveau rempart ; Vous êtes la première à qui j'en ai fait part ; Et je dois au Sénat en porter la nouvelle. Il va se réparer, mon devoir m'y rappelle. Ce n'est pas tout encor : avant que de sortir, Je crois qu'il faut ma fille aussi vous avertir Qu'on va faire le choix de l'auguste prêtresse Qui doit offrir nos voeux à la bonne Déesse. Clodius, Messala se déclarent pour nous ; Et cet illustre emploi ne regarde que vous. Adieu. Préparez tout pour l'une et l'autre fête.

SCÈNE IV. Pompeia, Philla.

POMPEIA

Enfin à m'accabler, je vois que tout s'apprête. Quelle fête cruelle ? Et quel ordre inhumain ? Pour assortir ces noeuds on emprunte ma main. Après ce coup Philla, que faut-il que j'espère ? Sentez-vous tout le poids des discours de mon père ? Connaissez-vous le trait dont il perce mon coeur ? Pourquoi me traitez-vous avec tant de rigueur ? Dieux ! À fuir Clodius mon âme est résolue. Mais en vain ; chaque instant va l'offrir à ma vue. Projet ; coup désolant que je n'ai pu parer ! À quel nouveaux combats faut-il me préparer ? Père aveugle, tu veux agrandir ta famille, Et tu creuses l'abîme où doit tomber ta fille. Quel assemblage affreux de tourments, de malheurs ? Quel honteux désespoir se joint à mes douleurs ? En fuyant Clodius, je lui donnais des larmes Quand mes yeux les versaient, j'y trouvais quelques charmes. Je croyais qu'accablé d'un éternel ennui ; Il méritait les maux que je souffrais pour lui. Flatteuse erreur ! Forcez de mon âme séduite ! Devrais-je encor songer à l'ingrat qui me quitte ? Après tant de serments. Ah ! Cruel souvenir ! À la soeur de César, il brûle de s'unir. Aussitôt que Julie à les yeux est offerte, Son hymen lui suffit pour réparer ma perte. Et moi, malgré l'effort de toute ma raison, Je ne puis l'oublier après sa trahison. Épouse de César ; ô Ciel ! L'osai-je dire ? Clodius, sur mes voeux, garde le même empire Tyrannise mon âme, et dérobe ma foi ; Au plus grand des humains à qui seul je la dois.

SCÈNE V. Pompeia, Philla, Albin.

SCÈNE VI. Messala, Pompeia, Philla, Albin, Suite du Consul.

MESSALA

Madame, dans ce jour de pompe et d'allegresse. Rome offre son encens à la bonne Déesse. Divinité nourrie, et mère des humains. Cet encens est offert par les plus pures mains ; Et pour le présenter entre toutes les autres, Le Sénat assemblé vient de choisir les vôtres. Votre sexe est chargé de cet auguste emploi ; Le nôtre en est exclu par une expresse loi ; Et Fauna qui transmit ce culte à nos ancêtres, En bannit les devins, les augures, les prêtres ; Et voulut qu'une femme eut l'honneur immortel De sacrifier seule au pied de cet Autel. Je ne vous dirai point quel en est le mystère. Quels soins à la Déesse ont le bonheur de plaire. Des voeux qu'elle reçoit les secrets importants ; À nos profanes yeux sont cachés de tout temps. Madame, et vous allez sans peine les apprendre Des femmes, qui bientôt doivent ici se rendre. Qu'on élève l'autel, quand il fera paré, Les Vestales viendront porter le feu sacré, Et la nuit ramenant la paix et le silence ; C'est à vous d'ordonner que la fête commence. Qu'il y règne surtout une sainte pudeur. Que votre coeur tremblant, et de crainte, et d'horreur, Soit semblable à celui de cette chaste reine, Qui des peuples Latins autrefois souveraine ; Ne regarda jamais que le Roi son époux ; Et voulut consacrer ces fêtes parmi nous. Rome pour retracer ce noble caractère, Fait Je plus digne choix qu'elle ait jamais pu faire. Elle espère par vous que propice à ses voeux, La Déesse rendra tous les enfants heureux ; Leur soumettra la Terre, et par de grands miracles, Dégagera la foi de nos sacrés Oracles. Enfin,souvenez-vous que le fort des Romains Madame, par ce choix est remis en vos mains. Que dans ce sacrifice une faute légère, Nous peut de la Déesse attirer la colère ; Exciter sa vengeance, et nous accabler tous : Mais puisque votre coeur doit lui parler pour nous. Ses grâces dans nos champs vont s'épancher sans cesse ; Que n'en obtiendra pas une telle prêtresse. Adieu.

SCÈNE VII. Pompeia, Philla.

ACTE II

SCÈNE I. Rufus, Julie, Plotine.

SCÈNE II. Pompeia, Julie, Philla, Plotine.

SCÈNE III. Pompeia, Julie, Philla, Plotine, Albin.

SCÈNE IV. Julie, Clodius, Plotine, Felix.

SCÈNE V. Clod1us, Felix.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Julie, Plotine.

SCÈNE II. Pompeia, Julie, Philla, Plotine.

SCÈNE III. Pompeia, Philla.

SCÈNE IV. Pompeia, Clodius, Philla, Felix.

SCÈNE V. Clodius, Felix.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Pompeia, Clodius caché.

SCÈNE VIII. Pompeia, Julie, Clodius.

CLODIUS

Non.

SCÈNE IX. Pompeia, Julie.

SCÈNE X.

SCÈNE XI. Julie, Albin.

ACTE IV

SCÈNE I. Pompéria, Philla.

SCÈNE II. Rufus, Pompeia.

POMPEIA

Hé ! Puis-je vous l'apprendre ? Si la nature manque à vous le faire entendre. Vous le saavez, Seigneur ; et malgré mon amour, Mon honneur n'a souffert d'atteinte qu'en ce jour. Daignez en ce moment jeter sur moi la vue ; Vous verrez sur mon front mon âme toute nue : Et si vous m'écoutez, la simple vérité, Suffit pour attendrir votre coeur irrité : Seigneur, de Clodius je ne suis point complice ; Il a sans mon aveu troublé le sacrifice. À son impie aspect, j'ai tremblé, j'ai frémi. Il m'a causé l'horreur qu'inspire un ennemi. De tous les Dieux vengeurs implorant l'assistance ; J'attendais que sa mort signalât leur puissance, Dans le temps que Julie a paru devant nous. Surprise, elle a suivi les mouvements jaloux. Par son ordre on allait punir ce téméraire. Seigneur, dans ce moment, je ne veux point les taire. Un reste de pitié malgré moi le plus fort, Me l'a fait dérober à ce funeste fort. Je l'ai pressé de fuir ; j'ai ménagé sa fuite. Voilà mes attentats : vous en voyez la suite. Je ne vous trompe point. Quel en serait le fruit ? Tromperai-je avec vous, Rome qui me poursuit ? Désarmerai-je un peuple ardent à ma ruine ? Qui me punit des maux que le Ciel lui destine. Je n'en ferai pas moins l'objet de son courroux, Quand vous prendrez pour moi des sentiments plus doux. Écoutez donc, Seigneur, la voix de la Nature ; Elle démêlera cette étrange aventure. Croyez que votre sang et celui de Silla, Ne saurait dans mon coeur se trahir jusques-là. Rendez-moi le seul bien que le destin me laisse. Heureuse si je meurs avec votre tendresse.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Pompeia, Clodius, Felix.

POMPEIA

Dieux !

CLODIUS

Ô Ciel !

SCÈNE V. Messala, Pompeia, Clodius, Felix, Tullus.

TULLUS

J'y cours.

SCÈNE VI. Messala, Pompeia, Clodius, Felix.

SCÈNE VII. Messala, Pompeia.

SCÈNE VIII.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Julie, Albin.

SCÈNE III. Pompeia, Julie, Albin.

SCÈNE IV.

POMPEIA, seule

César me répudie ! Ai-je bien entendu ? Cet arrêt formidable a donc été rendu ? Un opprobre éternel va suivre ma mémoire. Je traînerai des jours sans estime et sans gloire. Et Rome pour jamais nourrissant son erreur, Ne peut penser à moi, qu'en frémissant d'horreur. Dans cet honteux état l'Univers me contemple : À mon sexe indigné je vais servir d'exemple. César me répudie ! Et voilà de quels coups, Il me frappe en quittant le nom de mon époux. À d'injustes soupçons César me sacrifie ; Et croit me faire grâce en me laissant la vie. Peut-être qu'on m'envie un trépas si soudain. Non. Ma mort est un coup qu'on réserve à ma main. Quoi ! De mes attentats on veut tirer vengeance ? Qu'on consulte le Ciel qui voit mon innocence.- Je vous atteste Dieux ! Pourquoi permettez vous, Que de tout l'Univers j'éprouve le courroux ? Qu'à Rome, qu'à César, je serve de victime : La honte qui me suit, est-elle légitime ? Vous le savez, grands Dieux ! J'ai senti malgré moi, Un odieux amour dont j'ai bravé la loi. À repousser ses traits constamment attachée : Toujours à mes désirs je me suis attachée. Mon coeur fut déchiré ; mais non pas abattu. Du moindre égarement j'ai sauvé ma vertu. Les moments de ma vie ont tous été pénibles. Hélas ! Quel est le fruit de ces combats terribles ? Efforts que le succès a toujours couronnés : Par les décrets du Ciel vous étiez condamnez. Je vois qu'on me prépare un infame supplice. Dieux puissants ! Est-ce ainsi qu'agit votre justice ?

SCÈNE V. Pompeia, Philla.

PHILLA

Hélas !

SCÈNE DERNIÈRE. Messala,Rufus, Pompeia, Philla.

PHILLA

Ciel !

1 382 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica