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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Virginie

Jean Galbert de Campistron· créée en 1693, imprimée en 1683· 5 actes· 1 544 vers· 11 personnages

Représenté pour la première fois le 12 février 1683 par la Troupe des Comédiens français au Théâtre Guénégaud.

Personnages

  • APPIUS, l'un des Decemvirs de la ville de Rome
  • ICILE, chevalier Romain accordé avec Virginie
  • CLODIUS, chevalier Romain
  • PLAUTIE, mère de Virginie, et femme de Virginius
  • VIRGINIE, fille de Virginius, et de Plautie
  • CAMILLE, confidente de Virginie
  • FULVIE, confidente de Plautie
  • SÉVÈRE, affranchi d'Icile
  • FABIAN, affranchi d'Appius
  • PISON, capitaine des Gardes d'Appius
  • Gardes
MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR DE FIEUBET, PREMIER PRESIDENT DU PARLEMENT DE TOULOUSE.

Si je prends la liberté de vous offrir cette Tragédie, je ne songe qu'à vous rendre des grâces publiques de la puissante et généreuse protection dont vous avez toujours honoré ma famille ; elle vous a des obligations infinies, et toute la reconnaissance que j'en puis marquer est de l'apprendre à tout le monde ; c'est l'unique dessein que je me suis proposé, Vous ne verrez aucun éloge dans cette épître, celui que je ferais de vous, MONSEIGNEUR, aurait trop peu de force pour un si grand sujet, et j'ai vu tant de gens plus habiles que moi échouer dans cette même entreprise, que je dois profiter de leur exemple, et me taire lorsqu'il est trop dangereux de parler. Mais quand je serais assez hardi pour entreprendre une chose si difficile, que pourrais-je dire de vous, MONSEIGNEUR, que toute la France ne sache aussi bien que moi ? Elle regarde avec admiration cette pénétration vive, et cette intégrité inébranlable qui après s'être consommées dans les plus importantes charges de la Robe vous firent choisir par LOUIS LE GRAND, pour être le Chef du second Parlement du Royaume, dans un âge où il n'est permis qu'aux hommes extraordinaires de prétendre à de pareilles dignités : Heureux sont les peuples qui peuvent voir briller de près vos éminentes vertus dans cette Auguste Place, et ressentir à toute heure les effets de votre Justice. Ils poussent sans doute des voeux continuels au Ciel pour la conservation d'une vie aussi glorieuse que la vôtre, et qui leur est si nécessaire ; mais c'est ce que je fais plus que tous, puisque je connais mieux que personne ces vérités éclatantes, et que je suis avec un profond respect.

MONSEIGNEUR, Votre très humble, et très obéissant serviteur C***.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Appius, Clodius, Pison.

APPIUS

Hélas !

CLODIUS

De mon zèle pour vous assuré dés l'enfance Vous m'avez honoré de votre confiance, Seigneur, et votre main par de nouveaux bienfaits A semblé chaque jour prévenir mes souhaits. Mais le plus grand de tous, Seigneur, je le confesse, C'est d'avoir employé mes soins et mon adresse, Pour rompre le bonheur qu'Icile s'est promis ; Je le hais plus lui seul que tous mes ennemis. Depuis que par sa brigue assurant ma disgrâce Je l'ai vu dans nos Camps commander en ma place ; Et par l'injuste choix de Rome et du Sénat Des honneurs qu'on me doit obtenir tout l'éclat. Que je serais heureux de le pouvoir détruire ! Je goûterai du moins le plaisir de lui nuire, Puisque enfin vôtre amour me permet aujourd'hui D'attacher à ses jours un éternel ennui. Mais je n'aurais pas crû, quelque ardeur qui vous presse, Que le coeur d'Appius fit voir tant de faiblesse ; Tout flatte vos désirs, tout succède à vos voeux, Vous n'avez qu'à vouloir, Seigneur, pour être heureux, Cependant un Rival que votre amour accable Vous gêne et vous paraît encore redoutable ? Il vous le fallait craindre en cet instant cruel Que conduisant déjà Virginie à l'autel, Par les liens sacrez d'un heureux hyménée Il allait à son sort joindre sa destinée, Lors que tout était prêt ; la coupe, le couteau, La victime, l'encens, le prêtre, le flambeau : Quand Plautie elle même à ses désirs propice Pour l'hymen de sa fille offrait un sacrifice ; C'était alors, Seigneur, qu'on eût pu pardonner Le trouble où votre coeur semble s'abandonner, Mais j'ai mis à ces noeuds un invincible obstacle, Et pour vous épargner ce funeste spectacle J'ai ravi la conquête à cet heureux amant, Dans le Temple, à l'Autel, dans le même moment Qu'il formait ce lien à votre amour contraire, Et malgré les soupirs et les pleurs d'une mère, Malgré tous les efforts d'un amant furieux, J'ai conduit, j'ai remis Virginie en ces lieux. Vôtre repos enfin de vous seul va dépendre, Il ne vous reste plus, Seigneur, qu'à faire entendre Une fausse équité qui soutiendra mes droits Et qui mettra le crime à l'ombre de nos lois. Parlons, et publions enfin que Virginie, N'est point du noble sang dont on la croit sortie, Que chez moi d'un esclave elle a reçu le jour, Qu'elle doit être aussi mon esclave à son tour, Et suivant le destin de ceux qui l'ont fait naître, Hériter de leurs fers et m'accepter pour maître.

SCÈNE II. Appius, Clodius, Fabian, Pison.

SCÈNE III. Appius, Plautie, Fulvie, Pison.

SCÈNE IV. Plautie, Virginie, Fulvie, Camille.

SCÈNE V. Virginie, Camille.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Icile, Sévère.

SCÈNE II. Icile, Virginie, Sévère, Camille.

SCÈNE III. Virginie, Camille.

SCÈNE IV. Appius, Virginie, Camille.

VIRGINIE

Et quoi ?

SCÈNE V. Appius, Clodius.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Plautie, Fulvie.

SCÈNE II. Appius, Plautie, Claudius, Fulvie, Fabian, Pison.

SCÈNE III. Appius, Plautie, Fabian, Pison.

SCÈNE IV. Plautie, Virginie, Fulvie.

SCÈNE V. Icile, Plautie, Virginie, Fulvie, Camille, Sévère.

ICILE

Ne vous alarmez point, craignez moins leur pouvoir, Madame, j'ai prévu tout ce qu'il faut prévoir, Perdre un de nos Tyrans sans accabler les autres, Ce serait redoubler vos périls et les nôtres, Pour terminer l'horreur de votre triste sort, De tous les Decemvirs j'ai résolu la mort, Et sans borner mes coups à la perte d'un homme, Je veux avec vos fers rompre encor ceux de Rome, Vous venger l'une et l'autre, et remplir en ce jour, Les devoirs de ma gloire, et ceux de mon amour : Je remarque à vos yeux quelle extrême surprise, Jette dans vos esprits une telle entreprise, Sans doute vous croyez que ce hardi projet, Est de mon désespoir un téméraire effet, Qu'aujourd'hui seulement j'en ai conçu l'idée, Mais d'un noble courroux mon âme possédée A formé dés longtemps ce généreux dessein, L'amour ne l'a point seul fait naître dans mon sein ; Seulement les malheurs que pour vous j'appréhende, Me font précipiter une action si grande. Quand je tremble pour vous, rien ne peut m'arrêter, Et je suis assez fort pour tout exécuter, Nos tyrans séparés dans nos camps, dans la ville, Rendent de ce projet le succès plus facile, Horace, Numitor, Valère et Loelius, Doivent au Tribunal immoler Oppius : Je dois accompagné d'une nombreuse escorte, De ce Palais fatal environner la porte, Dont Appius sortant par mille coups certains Nous préviendrons l'horreur de ses lâches desseins ; Les chefs, et les soldats n'attendent à l'armée, Que d'ouïr de nos faits parler la Renommée : Et dés le même instant de nos exploits jaloux, Impatients, heureux, et hardis comme nous, Vous les verrez poussez d'une ardeur magnanime, Se disputer l'honneur d'abattre une victime, Et sur huit ennemis confondants leurs efforts, À chacun des tyrans assurer mille morts, Le Peuple fatigué d'un pouvoir tyrannique, Est tout prêt de finir la misère publique. Déjà pour l'animer j'ai su peindre à ses yeux, Les funestes horreurs qui désolent ces lieux, Les sacrés tribunaux ouverts à l'avarice, Le commerce honteux qu'on fait de la Justice, Le Sénat dépeuplé des anciens Sénateurs, Leur puissance donnée à d'indignes flatteurs, Le crime triomphant, l'innocence tremblante, Du sang de ses héros Rome toujours fumante, Les tragiques effets du fer et du poison, La violence jointe avec la trahison, La pudeur exposée à de coupables flammes, Les vestales en proie à des monstres infâmes : Tous nos temples détruits, déserts, ou profanés ; Les augures confus, les prêtres consternez : Enfin des maux plus grands, un joug moins supportable, Que ne fut de Tarquin le règne abominable. Le Ciel me favorise, et je puis en ce jour Servir la République en servant mon amour, Si je reviens vainqueur, ma gloire est infinie, J'affranchis ma patrie, et j'acquiers Virginie, Et s'il faut succomber dans un si noble effort, Où pourrais-je trouver une si belle mort ?

SCÈNE VI. Plautie, Virginie, Fulvie, Camille.

SCÈNE VII. Plautie, Camille, Fulvie, Sévère.

PLAUTIE

Ô Ciel !

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Appius, Clodius.

SCÈNE II. Appius, Virginie, Camille.

SCÈNE III. Appius, Icile, Virginie, Camille, Pison, gardes.

SCÈNE IV. Icile, Virginie, Camille.

VIRGINIE

De mourir.

SCÈNE V. Appius, Icile, Camille, Fabian, Pison, Gardes.

ICILE

Rien.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Appius, Clodius.

APPIUS

Et bien.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Plautie, Pison, Fulvie.

SCÈNE II. Plautie, Virginie, Fulvie, Camille.

SCÈNE III. Clodius, Plautie, Virginie, Fabian, Pison, Fulvie, Camille, gardes.

PLAUTIE

Je cours...

PISON, en l'arrêtant

Souffrez...

SCÈNE IV. Plautie, Fulvie, Pison, Gardes.

SCÈNE V. Plautie, Fulvie, Sévère, Fabian, gardes.

SCÈNE VI. Plautie, Fulvie, Icile, Sévère.

SCÈNE VII. Icile, Plautie, Sévère, Fulvie, Camille.

CAMILLE

Virginius venait pour la défendre, Au moment qu'il l'a vue au milieu des soldats ; Ce spectacle cruel a retenu ses pas : Il s'arrête, et du peuple il apprend que sa fille Vient d'être pour jamais ravis à sa famille, Qu'elle est soumise aux fers du traître Clodius, Et sans doute exposée aux transports d'Appius. À ce fatal récit son désespoir extrême, Fait qu'il veut la sauver, ou se perdre lui-même : Il attaque lui seul plus de mille ennemis, Le succès répond mal à ce qu'il s'est promis, On le saisit d'abord, il se voit sans épée, Hé que sert, a-t-il dit, à ma valeur trompée, L'inutile bonheur de mes autres exploits, Puisque je suis vaincu cette dernière fois ; Mais hélas ! Permettez cruels, dans ma disgrâce, Si je perds Virginie, au moins que je l'embrasse, De cet embrassement la puissante douceur, D'un coeur désespéré flattera la douleur ; On le laisse, il y court, la joint malgré la presse, Par ses embrassements il marque sa tendresse ; Je le suis, et j'entends qu'elle lui dit, Seigneur, Ah ! Donnez-moi la mort, et sauvez ma pudeur. Virginius surpris, admire son courage, Il soupire à la fois, et d'amour, et de rage, À tes désirs cruels, dit-il, puis-je obéir, Mais ne t'obéir pas ce serait te trahir, Satisfaisons ton âme, et malgré ma faiblesse, Dérobons ta pudeur au péril qui la presse : Par un coup rigoureux prouvons notre amitié, Montrons-nous inhumains par excès de pitié, Et que tout l'univers sachant que je suis père, Admire mon courage, et plaigne ma misère, Après ces tristes mots, égaré, furieux, Il promène par tout ses regards curieux, Il voit, cherche avec soin ; ah disgrâce imprévue ! Un funeste couteau se présente à sa vue ; Il le prend, et poussé d'une indiscrète ardeur De sa constante fille il veut percer le coeur, Mais en vain pour ce coup son courage s'apprête. Quand il croit l'achever sa tendresse l'arrête : Car à peine a-t-il vu le couteau prés du sein, Que la nature semble avoir glacé sa main, Il demeure immobile, à ce triste spectacle, On court, à son dessein chacun veut mettre obstacle, Virginie en tremblant voit venir ce secours, Qui hasarde sa gloire en conservant ses jours, Elle se hâte alors de terminer sa vie, S'élance sur le fer, et d'une main hardie, Prend celle de son père, et poussant le couteau, S'en frappe, tombe, et s'ouvre un chemin au tombeau.

PLAUTIE

Hélas !

1 544 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica