Comédie en vers· Comédie en un Acte, en Vers
Le Réveil d'Epiménide à Paris.
Représentée sur le Théâtre de la Nation par les Comédiens Français ordinaires du Roi, le premier Janvier 1790.
Personnages
- ÉPIMÉNIDE, habillé comme au siècle de Louis XIV, joué par M. St. Fal
- ARISTE, joué par M. Naudet
- JOSÉPHINE, fille d' Ariste, joué par Mme. Petit
- D'HARCOURT, amant de Joséphine, joué par M. Talmat
- MADAME BROCHURE, joué par Mlle. Joli
- GORGI, faiseur de feuilles, joué par M. Dazincourt
- FATRAS, Avocat-Général, joué par M. Dugazon
- UN ABBÉ, joué par M. Dazincourt
- RATURE, censeur royal, joué par M. Vanhove
- CABRIOLE, maître à danser, joué par M. Dugazon
- CRISANTE, gentilhomme breton, joué par M. Larochelle
- NICOLAS, paysan, joué par M. Bellemont
- UN CAPITAINE, joué par M. Champville
- UN GRENADIER, joué par M. Gérard
- UN SOLDAT, joué par M. Marchand. En uniforme de la Garde Nationale
AVERTISSEMENT
Cette petite pièce a été accueillie avec bonté. Le seul rôle de Censeur a excité quelques murmures. On a trouvé de l'exagération dans ce trait, « Je ne sais pas écrire » ; je n'ai qu'un mot à répondre : je connais l'original que j'ai voulu peindre, et si je le nommais, je ne trouverais plus de contradicteurs.
Après le huitième représentation du « Réveil d'Épiménide », on a donné sur le Théâtre de Monsieur un comédie épisodique intitulée l' »Epiménide français » ; cette pièce n'est autre chose que le « Réveil d'Épiménide » arrangé pour un théâtre de foire ; on a tout pris, le sujet, les personnages, les scènes, et mêmes des vers : j'étais à la première représentation, et j'ai beaucoup applaudi ; mais j'en avais honte, car c'était applaudir à ma pièce. Je me trouvais à côté d'un bel esprit attaché à ce théâtre ; lorsque le paysans dit ce vers :
« Nous avons lu les droits de l'homme ; » ?Le bel esprit s'écria : « Non, il n'y a rien d'égal à cela dans l'Épiménide qui de donne aux Français » ; cela peut être, mais ce vers est copié mot pour mot dans le Réveil d'Épiménide.
L'auteur du Théâtre de Monsieur a gardé l'anonyme ; mais c'est, dit-on, un ancien auteur des Boulevards : si cela n'est pas, cela doit être. Messieurs les Auteurs de la Chronique de Paris, dont le journal est à la fois équitable et piquant, ont bine voulu faire la plupart de ces remarques.
Tous les autres journalistes ont dit que le vol était permis depuis les jours de la liberté ; et ils ont jugé que pour l'esprit, le goût, la mesure et le style, l'« Épiménide du Théâtre de Monsieur » était fort supérieur à celui du Théâtre de la Nation. Ce jugement ne m'a ni fâché ni surpris ; je n'ai point été humilié par la préférence, je n'aurais pu l'être que par la comparaison.
Il existe, dit-on, deux autres « Épiménides » ; l'une est de Poisson, et l'autre du président Haynaut : je ne les ai pas lus ; et je ne connais de comédies épisodiques que « Les Fâcheux » de Molière, le « Mercure Galand » de Boursault, et deux charmantes pièces de La Harpe, « Les Muses rivales » et « Molière à la nouvelle Salle. »
Quelques gens trouveront peut-être un peu d'Aristocratie dans la scène du Délateur ; mais les bons esprits et les gens vraiment courageux m'en sauront gré ; nous sommes assez puissants pour pardonner : au jour du combat, le courage est dans l'audace ; au jour de la victoire ; il est dans la « Modération ».
C'est ce même esprit qui conduira toujours ma plume dans l'ouvrage périodique si fidèle au titre de « Modérateur ». Quelques gens ont pensé que ce titre ne convenait pas à un journal rédigé par un grand poète ; mais ils ne sont pas trompés. M. de Fontanes confirme tous les jours cette vérité que les esprits les plus élevés sont aussi les plus sages, tandis que les esprits médiocres et les homme sans caractère, n'ayant point d'assiette par eux-mêmes, sont entraînés par les événements et l'esprit public, vers ces deux extrêmes, plus voisins qu'on ne croit, la licence ou la servitude.
LE RÉVEIL D'ÉPIMÉNIDE
SCÈNE PREMIÈRE. Ariste, Joséphine, D'Harcourt.
ARISTE
Epiménide ; Il ne craint point les traits de la parque homicide. Lorsqu'il a vécu quelque temps, Il s'assoupit ; pendant cent ans, Le sommeil auquel il se livre L'entoure de pavots sans cesse renaissants. Il se réveille alors et recommence à vivre. Du monde qui varie il voit les changements.D'HARCOURT
Il en a vu beaucoup !ARISTE
Il a vu dans la Grèce La perfidie et la faiblesse Remplacer les mâles vertus Qui, des Persans soumis, la rendirent maîtresse. Il a vu s'élever les murs de Romulus, Il vit la liberté sur les pas de Brutus, Venger le trépas de Lucrèce ; Il vit cette cité, si longtemps chère à Mars, Rome, qui cinq cents ans n'avait point eu d'émule, Régner par les vertus, la victoire et les arts, Et ce sceptre, si grand dans la main des Césars, Tomber dans les mains d'Augustule. C'est en France surtout qu'il vit en peu d'instants Les moeurs et les événements Se succéder toujours l'un à l'autre contraires, Et le trône flotter sans bornes et sans barrières, Entre le Monarque et les Grands ; Parmi les nobles fous qui suivaient les croisades, Tous les excès s'unir à la dévotion, Et le refrain d'une chanson Se mêler au bruit du canon Qui défendait les barricades ; Il a vécu naguère en ces jours si fameux Où brillèrent Condé, Turenne et la victoire, Où Louis fit servir ses peuples à sa gloire, Immola tout pour elle, et ne fit rien pour eux, Admiré des sujets qu'il rendit malheureux.Mur de Romulus : Rome créée par la légende par Romulus.
Brutus : Romain célèbre pou son amour d ela iberté. Son ppère et son frère tué par Tarquin le Superbe. Il contrefit le fou. Après l'outrage fait à Lucrèce, il se fit connaître et fit chasser les rois de Rome.
Condé, Louis II, prince de (1621) : Vainquit les Espsagnols à la bataille de Rocroy à 22 ans. Prit le parti contre Mazarin lors de la Fronde et fut battu par Turenne au Faubourg Saint-Antoine en 52. Après une vie mouvementée pour les armes, il finit sa vie au Château de Chantilly en défenseur des Arts dont Molière.
JOSÉPHINE, à d'Harcourt
Cet homme, cher d'Harcourt, doit bien savoir l'histoire !ARISTE, continuant
Epiménide a vu ce siècle trop vanté ; Il va se réveiller ; quelle métamorphose ! Moins d'éclat, plus de vérité, Le deuil de la sottise et de la vanité, Et le peuple à la fin compté pour quelque chose,JOSÉPHINE
Combien il me tarde de voir Un si singulier personnage ! Mon père, dites-moi quel âge Croyez-vous bien qu'il peut avoir ?D'HARCOURT
Non, il ne vieillit pas.JOSÉPHINE
Ainsi qu'à la vieillesse échapper au trépas ; Mais c'est tout-à-fait agréable.À Ariste.
Vous allez le chercher ?JOSÉPHINE
Ici seule...ARISTE
Un époux...D'HARCOURT
Que pouvez-vous craindre avec moi ?SCÈNE II. Joséphine, D'Harcourt.
JOSÉPHINE
Tenez, mon cher d'Harcourt, soyez de bonne foi : Mon père plaisante et badine, Et bien loin d'être mou appui, Je vois très clairement que, d'accord avec lui, Vous vous moquez de Joséphine.D'HARCOURT
Un père, un époux, un amant, Sont ceux que votre coeur soupçonne ; Cela s'appelle assurément Ne s'en rapporter à personne.JOSÉPHINE
Ha ! Surtout ne vous fâchez pas, Cela m'attriste et m'intimide ; Mais comment cet Epiménide, Que ne peut frapper le trépas, Fut-il gardé chez nous avec tant de mystère, Le temps que dura son sommeil, Et qui put avertir mon père Du jour précis de son réveil ?D'HARCOURT
Il était dès ce temps ami de la famille, Et d'un de vos aïeux dût épouser la fille, C'est, je m'en souviens maintenant, Celle dont le portrait charmant, (Elle fut peinte alors au sortir de l'enfance), Nous présente avec vous beaucoup de ressemblance.JOSÉPHINE
Cela peut devenir plaisant.D'HARCOURT
Ainsi chez votre aïeul, le jour du mariage, Il tomba tout-à-coup dans les bras du sommeil ; Depuis, dans la maison, il resta pour otage, Et comme il dort cent ans, ni moins, ni davantage, Votre père a prévu l'instant de son réveil.JOSÉPHINE
Je commence à trouver tout ceci très croyable, Et cela peut, dans un moment, Me donner devant vous le divertissement De quel qu'aventure agréable.D'HARCOURT
Une aventure ?JOSÉPHINE
Assurément ; Car, puisque je ressemble à celle qui fut chère A notre illustre revenant, Il va m'aimer en me voyant, Et je saurai bientôt ce qu'était un amant Dans le siècle de ma grand-mère.D'HARCOURT
Mais, Joséphine, y pensez-vous ?JOSÉPHINE
Oui Monsieur ; point de jalousie : Vous êtes mon amant et non pas mon époux ; À ce titre il faut filer doux, Et même vous prêter à la plaisanterie : D'abord, je veux que tout le jour, Aux yeux du revenant, vous passiez pour mon frère, C'est à lui seul que je veux plaire ; Abstenez-vous surtout de me faire la cour, Sinon je romps l'hymen qu'a projeté mon père.Ils vont se promener dans l'éloignement.
SCÈNE III. Épiménide, Ariste.
ÉPIMÉNIDE
Combien j'aime à revoir ce jardin enchanté, Que pour le grand Louis le Nôtre avait planté ! Pour moi, j'ai toujours regretté, Qu'à ce palais superbe, à ces nobles murailles, Louis-le-Grand, avec sa Cour, Ait préféré pour son séjour, Le triste château de Versailles.ARISTE
En ce cas, réjouissez-vous, Un de ses descendants, l'idole de la France, Est venu vivre parmi nous ; Après quelques moments de trouble et de licence, Son auguste et douce présence, Apporte le bonheur à son peuple calmé ; Il ne s'entoure point d'une garde étrangère, Au sein de ses enfants, que peut craindre un bon père ? Plus on le voit de près, et plus il est aimé.ÉPIMÉNIDE
Ainsi donc a péri cette pompe orgueilleuse, D'un Roi qui, dévoré de chagrins et d'ennui, Mit toujours sa grandeur entre son peuple et lui.ARISTE
Mais beaucoup.ÉPIMÉNIDE
Près d'ici j'aperçus tout à l'heure, Des hommes qui marchaient modestement vêtus, Les bourgeois pour les voir, sortant de leur demeure, S'écriaient : "Les voilà ces sages Citoyens", De l'État et du Roi les plus fermes soutiens !"ARISTE
On doit bien cet hommage à leur vertu suprême. Comment ne pas bénir ceux dont le nobles voix, Aux peuples opprimés ont rendu tous leurs droits ?ÉPIMÉNIDE
Mais ce sont donc les Parlements ?ÉPIMÉNIDE
Fort bien.ARISTE
Chaque province. Envoya les siens à la Cour. Tout ne put pas d'abord s'arranger dans un jour. Quelques gens ont joué de vilains personnages ; Mais il faut en chasser jusques au souvenir ; Ce n'est point quand le ciel commence à s'éclaircir, Qu'il faut rappeler les orages ; Maintenant tout va bien, et nous devenons sages ; Le Peuple vraiment libre, en chérissant ses Rois, Obéit au Monarque, et le Monarque aux Lois.ÉPIMÉNIDE
Légitime puissance ! Ô grandeur véritable ! Que j'aurai du plaisir à vivre dans Paris Parmi ce peuple respectable, Qui n'était que le plus aimable, Lorsqu'il était le plus soumis ! Cependant pour mener une vie agréable, Il y faut de l'argent, ainsi qu'au temps jadis.ARISTE
Un peu plus.ÉPIMÉNIDE
Vous m'avez promis De voir les descendants d'un honnête notaire, Qui fut longtemps de mes amis ; Chez lui, de mon vivant, autrefois j'ai remis Un peu d'argent qui m'est aujourd'hui nécessaire ; En mourant il l'aura j'espère, Laissé pour me le rendre en la main de ses fils, Au sujet d'une ancienne affaire, Je voudrais voir un procureur, Et je demande qu'un tailleur, Me fasse un habit plus commode, Car je vois que le mien n'est pas fort à la mode.SCÈNE IV.
ÉPIMÉNIDE, seul
Me voici donc encore une fois de ce monde ; Ma destinée est sans seconde, Et je n'en suis pas plus heureux. Je fais des amis sur la terre, Et je deviens même amoureux ; Lorsque pour moi la vie est déjà douce et chère, Je m'assoupis ; pendant cent ans Au sommeil mon corps s'abandonne ; Quand je m'éveille après ce temps, Hélas ! Maîtresse, amis, sont morts depuis longtemps, Et je ne reconnais personne : Mais je ne regrette rien tant Que cet objet jeune et charmant, À qui le noeud de l'hymen allait unir ma vie... Elle n'est plus sans doute, ou par l'âge enlaidie.....SCÈNE V. Épiménide, Joséphine, D'Harcourt.
JOSÉPHINE, à d'Harcourt dans l'éloignement
Non, laissez-moi, Monsieur, je veux le voir de près.D'Harcourt reste dans une allée de manière à être vu des spectateurs.
ÉPIMÉNIDE apercevant Joséphine
C'est son geste, son port, ses traits ; Oui, c'est elle, c'est Amélie !À Josephine.
Le temps qui flétrit tour, respecta vos attraits, Vos yeux sont aussi vifs, votre teint aussi frais ; Vous êtes jeune encor.JOSÉPHINE
La fleurette est jolie : Vous êtes étonné de me voir sans horreur, Et vous me savez gré de ne pas faire peur.ÉPIMÉNIDE
Non point ; mais en suivant l'ordre des destinées, Je l'avouerai tout haut, je ne m'attendais pas À vous retrouver tant d'appas. Vous comptiez près de vingt années, Alors que dans Paris je vous rendis des soins ; Or, j'ai dormi cent ans, car je ne dors pas moins ; Et quand je vous revois, je vous trouve embellie ; Si la surprise alors s'empare de mes sens, C'est qu'il n'est pas commun, quand on a cent vingt ans, D'être si fraîche et si jolie... Vous ne répondez point : eh ! Quel accueil, ô Dieux ! Infidèle ! elle rit et détourne les yeux.JOSÉPHINE
Infidèle est fort bon ; je le fuis donc d'avance : Nous n'avons pas, Monsieur, fait encore connaissance.ÉPIMÉNIDE
C'était l'an mil six cent....ÉPIMÉNIDE
Amélie !JOSÉPHINE
Ah ! Ce nom doit être respecté, Car par ma bisaïeule, on dit qu'il fut porté. Et des gens de ma connaissance, Ont dans leurs accès de gaieté, Entre elle et moi trouvé beaucoup de ressemblance.ÉPIMÉNIDE
Je commence à tout concevoir.SCÈNE VI. Les mêmes. Gorgi, un crayon à la main, écrivant sur des tablettes.
GORGI, à part
Achevons maintenant la feuille de Bruxelles. Combien nous faudra-il tuer d'Impériaux ? Deux ou trois mille ? Bagatelles ! Il me faut surpasser tous les autres journaux Par de plus sanglantes nouvelles..... Vingt mille homme tués dans le dernier combat...Il heurte Épiménide.
Je ne vous voyais point ; pardon, je me retire.GORGI
C'est pour un journal excellent, Qui le matin, dès qu'on s'éveille, Apprend dans tout Paris, ce qui dans le Brabant. S'est à coup sûr, passé la veille.D'HARCOURT
Moi je ne puis pas concevoir, Comment de Gand ou de Bruxelles, Vous pouvez le matin nous donner des nouvelles, Tandis que le Courrier n'arrive que le soir.GORGI
Je n'attends pas les faits, Monsieur, je les devine ; Les Courriers sont d'une lenteur, Et ce qu'on apprend d'eux après tant de longueur. Ne vaut pas ce qu'on imagine.ÉPIMÉNIDE
Mais tromper le Public ;GORGI
Le Public est si bon ! Il ne veut qu'être ému, c'est à quoi je m'applique ; Je ne vois que complots et conjuration ; Je mets partout du fer, des mines, du canon ; Ah ! Messieurs ; sans l'invention, Que deviendrait la politique !d'Harcourt donnant de l'argent.
Je souscris donc pour un roman.GORGI, continuant d'écrire
L'Archevêque a perdu sa cuirasse et ses bottes, Et l'on égorgea près de Gand Que quatre vingt-deux Patriotes.SCÈNE VII. Épiménide, Joséphine, D'Harcourt.
D'HARCOURT
Pas plus que les mauvais propos.ÉPIMÉNIDE
On fut moins doux jadis : pour la moindre vétille, On allait quelque temps rêver à la Bastille.ÉPIMÉNIDE
Que dites-vous, Monsieur !D'HARCOURT
Ses murs sont abattus.ÉPIMÉNIDE
Comment ! Cette puissante et vaste Forteresse, Qui semblait à Paris devoir donner de lois. Contre qui de Condé, le courage et l'adresse Ont échoué pendant trois mois ?D'HARCOURT
Quelques Citoyens généreux. En ont débarrassé la ville, Et détruit ces murs trop fameux, Qui servaient des tyrans la fureur vengeresse, Les soupçons d'un ministre ou ceux d'une maîtresse ; J'ai vu s'ouvrir au jour, pour la première fois, Ces Cachots ténébreux, creusés pour les coupables, Qui, de tant d'innocents, ont entendu les voix. Et j'ai vu ces tours formidables Expier en tombant tous les crimes des RoisÉPIMÉNIDE
Ce que vous contez-là me paraît à merveille. Jamais un fait plus désiré. Ne pouvait flatter mon oreille, Et je vous en sais très bon gré. Malgré les agréments dont ce Paris fourmille, Souvent on y courait gros jeu, Il n'est pas de plaisirs que ne gâtât un peu La crainte de coucher le soir à la Bastille.SCÈNE VIII. Les mêmes. Mme. Brochure.
MADAME BROCHURE
Qui veut un ouvrage nouveau ? À deux sous, Messieurs, c'est du beau, Vous pourrez en faire un cadeau.D'HARCOURT
Nous.MADAME BROCHURE
À Mademoiselle ; elle aime la lecture.MADAME BROCHURE
Chansons ! Je n'en vends plus, je cède aux circonstances. Autres temps, autres moeurs, je vends des motions, Des arrêtés et des séances.MADAME BROCHURE, chante
J'ai longtemps vendu des chansons Et de galantes aventures ; J'ai vendu des contes fripons, Avec d'excellentes gravures. Quand de jeunes gens un essaim Vient près de moi pour faire emplette, Moi, je leur souris à dessein, Pour que tout le monde en achète. Enfin, un plus noble travail Maintenant me réhabilite ; C'est l'esprit des Lois en détail, Qu'à très bon marché je débite. Riches, pauvres, accourez tous, Venez près de moi faire emplette : Ah ! La sagesse est à deux sous, Pour que tout le monde en achète. Lorsqu'ils avaient beaucoup d'argent, J'aimais fort les aristocrates ; Mais, citoyenne maintenant, J'aime beaucoup les démocrates, Messieurs, je vends de bons écrits ; Venez près de moi faire emplette : Ah ! J'en ai de tous les partis, Pour que tout le monde en achète.ÉPIMÉNIDE
Ah ! Madame, est libraire.MADAME BROCHURE
À peu près.ÉPIMÉNIDE
Quel bonheur ! Je vais donc retrouver en France, Tous les divins écrits dont j'ai chéri l'auteur ; Molière, par exemple.MADAME BROCHURE
Oh ! Sa vogue est finie.ÉPIMÉNIDE
De ses vers excellents on s'occupe toujours ? Quelquefois à la Comédie, Encor sont-ce les mauvais jours.MADAME BROCHURE
Ah ! Monsieur, quel travers !ÉPIMÉNIDE
Racine....MADAME BROCHURE
On ne lit plus de vers.ÉPIMÉNIDE
Quoi !....D'HARCOURT
Chaque art, tour-à-tour eut la pomme.MADAME BROCHURE
Chacun règle l'État ; et même la coquette A fait des droits de l'homme un livre de toilette.SCÈNE IX. Les mêmes, Gorgi, Rature.
MADAME BROCHURE
Comment vont, cher Gorgi, les feuilles du matin !GORGI, continuant d'écrire
L'aristocrate en vain retarde sa défaite.À Madame Brochure.
Encore quelques complots, et ma fortune est faite.MADAME BROCHURE, montrant Rature
Quel est donc ce Monsieur, qui paraît si chagrin ?MADAME BROCHURE
Qu'il a l'air de mauvaise humeur !GORGI
Il s'était fait de nuire une profonde étude : Il ne fait plus de mal, mais il fait encore peur, Et de fuir les Censeurs j'ai gagné l'habitude.Madame Brochure sort avec Gorgi.
SCÈNE X. Rature, Épiménide, D'Harcourt.
RATURE
Cet Auteur est bien insolent. Mais aujourd'hui rien ne m'étonne ; Et que respecte-t-on dans le siècle présent ? On abolit effrontément Une charge de la couronne : On m'ôte mon empire.RATURE
J'étais Censeur royal. J'ai censuré Jean-Jacques et Voltaire et Rainal ; J'ai rempli mes devoirs avec bien du scrupule. Les plus grands écrivains tremblait à mon aspect ; J'ai souvent raturé jusques à la virgule ; Lorsque l'auteur était suspect. J'opprimai les talents soumis à ma férule, Et je ne fis jamais fléchir l'autorité ; Quand souvent un Auteur rebelle. Me forçait d'admirer l'article rejeté, Je raturais encore pour mieux prouver mon zèle ; Et le nom de Rature enfin m'en est resté.D'HARCOURT
Oh, oui, pour les censeurs.D'HARCOURT
Le grand mal.RATURE
Si, du moins dans cette occasion, On nous avait laissé la moindre pension, J'aurais pu, je le sens, garder moins de rancune ; Mais, las ! Nous renvoyer sans pension aucune.D'HARCOURT
Ah voilà le grand tort ; mais quoi ! vous pourriez bien Composer au moins quelque ouvrage.D'HARCOURT
Cependant les censeurs ont compté sur leur liste, Le sage Dalembert, l'auteur de Rhadamiste, Même il en est encor que l'on pourrait citer.D'Alembert, Jean le Rond (1717-1783) : Philosophe, et savant du XVIIIème, co-auteur de l'Encyclopédie avec Diderot. Il était ami de Voltaire.
RATURE
Ce Dalembert, Monsieur ? Bon, c'était un faux-frère. Il sut, dans tous les temps, suspect au ministère ; Sur lui l'on ne pouvait compter : Il aurait respecté la prose de Voltaire : Il aimait trop les arts : il allait tout gâter.D'HARCOURT
Mais vous ?D'HARCOURT
Espérez.RATURE
Que j'espère ?D'HARCOURT
Mais, secrétaire un jour....RATURE
Je ne fais pas écrire.ÉPIMÉNIDE
Eh ! Que savez-vous donc ?SCÈNE XI. D'Harcourt, Joséphine, Épiménide.
ÉPIMÉNIDE
Non, je ne doute plus du destin de la France ; Voilà de son bonheur la plus ferme assurance ; Elle est libre : à mes yeux le plus grands des bienfaits, Est, d'avoir aboli la censure, exercée Pour entourer les Rois d'infortunés muets : Les tyrans n'ont d'abord enchaîné la pensée Que pour enchaîner les sujets.SCÈNE XII. Les mêmes, ARISTE.
ARISTE à Epiménide
Vos gens vont arriver.ÉPIMÉNIDE
Vous prenez trop de soin. Vous allez voir tous ceux dont vous avez besoin ; Mais quand j'ai dit qu'Épiménide Sort de ce long sommeil qui ressemble au trépas, On rit, on me regarde, et l'on ne me croit pas. Ils veulent tous vous voir, ils m'ont choisi pour guide, Et vont vous tomber sur les bras.... Justement, c'est Monsieur Fatras.SCÈNE XIII. Les mêmes, FATRAS.
FATRAS, à Epiménide
C'est donc vous qui venez, Monsieur, de l'autre monde, Il est dans celui-ci beaucoup de changements, Votre raison, sans doute, et les hait et les fronde ; Car vous me paraissez être homme de bon sens.FATRAS
Vous allez détester ceux qu'ont fait dans la Ville : Nous serons d'accord en tout point ; Parlons d'abord de la Justice, C'est un métier que je connais. J'ai vécu quarante ans de rapports et d'épice : Les dossiers m'ont cent fois vu plier sous le faix, Et j'usai sur mon dos dix robes de Palais ; Mais la justice criminelle Pour moi, dans tous les temps, eut surtout des attraits ; C'est là, Monsieur, que j'excellais ; Et l'on veut que j'adopte une forme nouvelle, Pour rendre mes nouveaux arrêts ! Ils ne respectent rien de nos anciens décrets ; Ils ont abolit tout, tout jusqu'à la torture. Dans la nouvelle procédure, Avant de les punir, on prouve les forfaits ; Et jusques au moment où le crime est notoire, Le jugement est suspendu. Ah ! Si l'on veut tous les en croire, Aucun d'eux ne sera pendu.Faix : Charge, corps pesant qui porte sur quelque chose. (...) Se dit figurémment en choses spirituelles. [F]
ÉPIMÉNIDE
Mais cela me paraît sort sage.D'HARCOURT
Je suis pour la raison.FATRAS
Moi pour l'ancien usage, Je ne le vois que trop, les premiers inventeurs De ces réformes exécrables, Sont ces Auteurs abominables, Des superstitions, infâmes délateurs. Nous avons donc en vain poursuivi leur mémoire ; Fait brûler leurs écrits par la main du bourreau, Nos persécutions ajoutent à leur gloire : Nous voyons Voltaire et Rousseau, Régir l'opinion du fond de leur tombeau ; Je veux, pour nous venger, faire un réquisitoire.SCÈNE XIV. Joséphine, D'Harcourt, Crisante, Nicolas, Épiménide.
JOSÉPHINE, à d'Harcourt
L'humeur de ce Robin est fort divertissante.D'HARCOURT, à Joséphine
Quoi ! Vous riez de son courroux ?D'HARCOURT
Il s'agite, il grimace.JOSÉPHINE
Et n'a pas l'air fort doux.ARISTE, continuant à Epiménide
Gentilhomme Breton, fort de ma connaissance,CRISANTE, à Ariste
C'est un de mes vassaux.NICOLAS
Mais ce Paris est admirable.CRISANTE
Que viens-tu faire ici ?NICOLAS
J'ai fini les travaux ; J'ai travaillé l'été, j'ai tant chassé l'automne, Et je viens dans Paris prendre un peu de repos : Que Monseigneur me le pardonne !NICOLAS
Nous en avions un grand dont je désespérais. Pour tous les Paysans de France ; Mais nous l'avons gagné : moi, par reconnaissance, J'accours dans Paris tout exprès, Pour voir tous les Auteurs de ces sages décrets, Qui nous ont fait rentrer dans nos droits légitimes, Ont détruit les abus, ont soulagé les maux, Ont enfin aboli les dîmes ; Car je ne parle pas des droits Seigneuriaux.CRISANTE
Peut-on pousser plus loin l'audace et l'insolence ? Il me parle avec assurance. À l'entendre, on croirait que nous sommes égaux.NICOLAS
Cela pourrait bien être.CRISANTE
Autrefois dans la France, La présence d'un Duc faisait taire un Marquis. Devant l'homme à la Cour admis, Un Gentilhomme de Province N'aurait osé rester assis. Un Bourgeois respectait le noble le plus mince, Les plus grands imposaient toujours aux plus petits, Et c'était un ordre admirable ; Mais aujourd'hui dans ce Paris, C'est un despotisme effroyable, Tout le monde y dit son avis.NICOLAS
Il faut bien vous y faire, ou je me donne au diable ; Nous étions bêtes autrefois, Lorsque nous ne savions pas lire, Les plus forts avaient fait les lois ; Il fallait nous laisser conduire, Hélas ! Dieu sait comment ; mais tout change aujourd'hui, Nous savons respecter un brave gentilhomme ; Quand il se bat pour nous, nous travaillons pour lui ; Mais nous ne voulons point qu'un faquin nous assomme ; Nous avons lu les droits de l'homme.SCÈNE XV. Les mêmes, excepté Crisante.
SCÈNE XVI. Les mêmes, un Abbé.
L'ABBÉ, chantant sur l'air de « J'ai perdu mon Euridice. »
J'ai perdu mes bénéfices, Rien n'égale ma douleur....ÉPIMÉNIDE
Quoi donc !L'ABBÉ
Ces députés, ces conseils d'un bon Roi, Ces hommes qu'on chérir, on ne sait pas pas pourquoi, Et qui n'ont jamais fait le bien que par surprise, Pour enrichir l'État nous prennent notre argent, Ils vont nous obliger à vivre, en enrageant, Selon les Canons de l'Église.JOSÉPHINE
Mais c'est tout-à-fait déplacé.L'ABBÉ
Leur politique est détestable, Ce n'est pas contre moi que le piège est dressé ; Je puis mener encore une vie agréable, Avec le peu qu'on m'a laissé.L'ABBÉ
Ah ! Si je souffrais seul, j'y verrais moins de mal : Mais à d'autres qu'à moi, mon malheur est fatal. Tous ceux que soutenait ma vertu bienfaisante, S'en vont mourir à l'hôpital ; J'ai soulagé longtemps les beautés indigentes. Quand j'avais des biens superflus, Je donnais pas mois mille écus, Pour aider mes pauvres parentes.JOSÉPHINE
Mais quel âge à-peu-près ?L'ABBÉ
La plus vieille a vingt ans : Vous voyez de quels sacrifices, Envers tous mes parents, je m'étais fait la loi, Et que ce n'était pas pour moi, Que j'employais l'argent de mes six bénéfices.L'ABBÉ
On nous enlève tout.ÉPIMÉNIDE
Que j'en suis affligé.D'HARCOURT
Que je plains ce pauvre Clergé ?JOSÉPHINE
Comment ? Et que fallait-il faire ?SCÈNE XVII. Cabriole ; les mêmes, excepté l'Abbé.
ÉPIMÉNIDE
Oui !ÉPIMÉNIDE
Monsieur, vous êtes obligeant.CABRIOLE
Vous avez vu Louis-le-Grand.ÉPIMÉNIDE
Oui, Monsieur.ÉPIMÉNIDE
Il avait de la majesté.CABRIOLE
Comme il aimait les Arts, la Danse et la Musique ; Versailles de concerts toujours retentissait.CABRIOLE
Ah ! Quelle Cour ! Tout le monde y dansait. Les Ducs, les Maréchaux, et jusqu'au Roi lui même ; Mais maintenant, hélas ! Ô regrets superflus ! Tout dégénère en France, et l'on ne danse plus. Les États-Généraux nous ont coupé la gorge, On écrit, on écrit, de livres on regorge, On est publiciste ou Soldat ; Quelques hommes de Cour, dans leur adolescence, Sont déjà des hommes d'État. Que de gens perdus pour la danse ! Non je ne fais plus rien depuis six moins entiers ; Tous mes amis, hélas ! Ont fui chez les Sarmates ; C'est parmi les Aristocrates Qu'étaient mes meilleurs écoliers.CABRIOLE
J'aimais mieux les former dans la classe choisie ; Mais d'elle, je le vois, il saut me dégager, Descendre un peu chez le vulgaire, Suivre avec quelques Grands le parti populaire, Avec Montmorency je veux bien déroger ; Oui, je deviens bourgeois et change de méthode. Près d'ici l'on prépare au*** bal, Et je veux y donner une fête à la mode, C'est un ballet national.D'HARCOURT
Il réussira je vous jure : Les affaires vont prendre une bonne tournure, Et l'on rappellera cette douce gaîté, Et cette aimable urbanité, Qui faisaient tant chérir la France, Et dont plus d'une circonstance, Depuis cinq à six mois nous ont un peu privé.CABRIOLE, s'en allant en dansant
Ainsi refleurira le grand Art de la Danse.D'HARCOURT
Oui Monsieur.CABRIOLE
L'État est sauvé.SCÈNE XVIII. Épiménide, Joséphine, Ariste, D'Harcourt, Gorgi, Rature, Mme. Brochure, Cabriole, Damon.
DAMON, à l'Abbé, montrant Epiménide
C'est donc lui ?L'ABBÉ
C'est lui-même.DAMON
À sa large cravate, À sa démarche fière, à son air imposant, À sa grosse perruque, on peut voir aisément Que c'est là quelqu'aristocrate.MADAME BROCHURE
Croyez-vous ?DAMON
Très certainement.MADAME BROCHURE
Du moins on peut attendre.L'ABBÉ
Où est donc ce pauvre Gorgi ? J'espérais le trouver ici. Nous nous ressemblons fort ; sa marotte est la nôtre, Et souvent nos amis nous ont pris l'un pour l'autre.Les rôles de Gorgi et de l'abbé sont joués par le même Acteur.
DAMON
Qui ? Vous que je croyais un si bon citoyen, Qui dans notre District avez parlé si bien, Vous présentez partout un homme qu'on soupçonne De conspirer ?ÉPIMÉNIDE
Sans doute.JOSÉPHINE
Sorti de l'autre monde.D'HARCOURT
Oh ! L'on n'y croit plus guère.ARISTE
Eh quoi ! Vous réveillez ces soupçons éternels, Qui, servant de prétexte à des hommes cruels, Des lois retardent l'espérance, Et voudraient consacrer ces forfaits solennels Dont va longtemps rougir la France.JOSÉPHINE
Oh ! C'est trop odieux, on ne peut le nier. Je suis fidèle Démocrate. Mais j'abhorre le sang, et ne puis oublier Que mon malheureux cordonnier Manqua d'être pendu comme un aristocrateD'HARCOURT
N'écartons plus de nos remparts Ceux qui faisaient fleurir le commerce et les arts : C'est assez expier quelques moments d'ivresse ; Et l'on devrait prendre le soin De rappeler ici les arts et la richesse Dont nous avons un grand besoin.DAMON
Eh pourquoi vous fâcher sans cesse ? Je soupçonne, Monsieur ; je le dis, je le crois, Et de la liberté ce sont bien là les droits.DAMON
Vous le prenez, Monsieur, sur un singulier ton ; Et si l'on croit ici que vous osez faire ; Que devient la délation Nécessaire, en tout temps, au salut d'un Empire.ÉPIMÉNIDE
Oui, l'on peut, au nom de la loi, Pour suivre des complots la trame criminelle ; Mais des gens de mauvaise foi Ont trop souvent couvert leurs complots d'un faux zèle Et vous souffrez pourtant ces abus odieux Qu'on n'a jamais connu qu'en des siècles sinistres Et qui servent les voeux des coupables ministres, Ou des Tribuns ambitieux ?DAMON
Ce n'est pas moi du moins : j'accuse avec courage Les Ministres, les grands qui nous faisaient outrage. Il saut venger le Peuple.ARISTE
Il faut surtout l'aimer. Il a brisé le joug de l'antique esclavage, Au joug des bonnes lois il faut l'accoutumer, Au lieu de l'aigrir, le calmer, Et, Pour le rendre heureux, il faut le rendre sage.ÉPIMÉNIDE
Je suis de votre avis, Monsieur ; dans tous les temps Le Peuple eut ses flatteurs, ainsi que les tyrans. Dans plus d'une cité guerrière, J'ai vu des Citoyens adroits, Adorer par orgueil la faveur populaire, Eux que l'on aurait vu vivant sous d'autres lois, Pour monter aux grandeurs ramper aux pieds des Rois. L'honnête homme toujours à son coeur s'abandonne, Dit partout ce qu'il pense et ne flatte personne.SCÈNE XIX. Les acteurs précédents, excepté Damon.
ÉPIMÉNIDE
Eh, quel homme, Messieurs !ARISTE
C'est un homme acheté, Qui dans les troubles seuls a mis son espérance, Et qui contre la liberté, S'efforce d'armer la licence. On le connaît enfin, il n'est plus écouté. Nous avons des tyrans abattu la puissance, Des tribuns factieux arrêtons l'insolence : De l'anarchie encor sachons nous préserver. L'anarchie a souvent ramené l'esclavage ; Et la seule sagesse a droit de conserver Ce qu'a conquis notre courage.SCÈNE XX et DERNIÈRE. Épiménide, Joséphine, Ariste, D'Harcourt, Nicolas, un Officier et deux Soldats de la Garde Nationale.
ARISTE, à Epiménide
Voilà tous ces Messieurs dont vous avez besoin.UN TAILLEUR. (Soldat)
Monsieur, je suis tout prêt.....ÉPIMÉNIDE
Vous prenez trop de soin...À Ariste.
Dites-moi quel dessein amène Ces Soldats et cet Officier ? Ne vous avais-je pas prié de m'envoyer Un bon Tailleur ?....LE TAILLEUR
Est Fusilier.ÉPIMÉNIDE
Mon Procureur ?LE PROCUREUR. (Soldat.)
Est Grenadier.ÉPIMÉNIDE
Et mon Notaire ?LE NOTAIRE. (Soldat.)
Est Capitaine.D'HARCOURT
Nous sommes tous Guerriers, et le roi des Français. Compte autant de Soldats qu'il compte de sujets ; Demain chez lui je suis de Garde.NICOLAS
Pour lui nous irions tous au feu, Et si je n'ai point l'habit bleu, Je porte du moins la cocardeARISTE
Demeurez à Paris.ÉPIMÉNIDE
C'est mon voeu le plus doux.D'HARCOURT, à Épiménide
Quand vous verrez Madame seule, N'allez pas, soit dit entre nous, La prendre pour sa bisaïeule.Le Ballet commence.
VAUDEVILLE.
JOSÉPHINE
Lorsqu'auprès de Joséphine, Quelqu'un lui fera la cour, N'allez plus faire la mine, Et comptez sur mon amour ; Fiez-vous à votre amie, Ne la veillez pas de près ; Bannissez la jalousie.... Ce mot-là n'est pas français.D'HARCOURT
C'est en vain que je m'efforce De rassurer mon amour ; Si l'on permet le divorce, Vous pouvez changer un jour.JOSÉPHINE
Je n'en veux point faire usage ; Mais, fidèle à mes attraits, Gardez-vous d'être volage, Ne soyez pas trop Français.CABRIOLE
J'aime la vertu guerrière De nos braves Défenseurs ; Mais d'un peuple sanguinaire, Je déteste les fureurs. À l'Europe redoutables, Soyons libres à jamais ; Mais soyons toujours aimables, Et gardons l'esprit Français.GORGI
Du Gazetier de Bruxelles, Mesdames dites du bien ; S'il invente ses nouvelles, Vous pouvez n'en croire rien On peut plaire avec des Fables ; Vous apprîtes à vos frais, Que les trompeurs sont aimables : Vos amants sont des Français.MADAME BROCHURE
De la liberté nouvelle ; Faisons fleurir les bienfaits ; Nous avons vaincu par elle, Mais vainqueurs donnons la paix ; Des ennemis de la France, Vengeons nous par des couplets. Connaît-on d'autre vengeance, Quand on a le coeur français ?791 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica