Proverbe en vers et en prose· Comédie
L'Avocat Chansonnier.
Personnages
- MONSIEUR DE LA BARRE, avocat
- MONSIEUR DE LA MOTTE, ami de Monsieur de la Barre
- MADAME POURSUIT, plaideuse
- LA PIERRE, laquais de M. de la Barre
L'AVOCAT CHANSONNIER
SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur de La Barre, La Pierre.
MONSIEUR DE LA BARRE, entrant
N'est-il venu personne ?
LA PIERRE
Non, monsieur ; voilà seulement une lettre qu'on a apportée.
MONSIEUR DE LA BARRE
Ah, c'est de Dupuis !
Décachetant la lettre.
Qu'est-ce qu'il veut ?
Il lit.
Un café chez madame Dourci ! Je ne serais pas fâché d'en avoir un. Qui est-ce qui connaît madame Dourci ?... Ah, Duval ! Je m'en vais lui écrire.
Il se met à écrire.
LA PIERRE
Monsieur ne veut rien ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Attendez.
Il écrit.
LA PIERRE
C'est que j'irais chercher la robe_de_chambre qui est chez le dégraisseur.
MONSIEUR DE LA BARRE
Il est bien question de cela !
Il écrit.
LA PIERRE
Votre bonnet carré n'a plus de houppe ; elle est perdue.
MONSIEUR DE LA BARRE
Écoutez-moi ; savez-vous où demeure Monsieur Duval ?
Il cachète sa lettre.
LA PIERRE
Monsieur Duval ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Oui.
LA PIERRE
Oh, oui, monsieur ; c'est un grand homme maigre.
MONSIEUR DE LA BARRE
Eh non ; c'est Monsieur Duplessis que vous voulez dire.
LA PIERRE
Ah, oui ! C'est que ces deux noms-là se ressemblent ; je les confonds toujours.
MONSIEUR DE LA BARRE
Eh bien, savez-vous à présent ?
LA PIERRE
Oh, je trouverai bien.
MONSIEUR DE LA BARRE
N'est ce pas dans le cloître ?...
LA PIERRE
Des Cordeliers ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Imbécile, vous voulez qu'il loge dans le cloître d'un couvent ? Non, c'est dans le cloître.... Un nom qui finit en é.
LA PIERRE
Saint-Benoît ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Non, Saint.... Saint....
LA PIERRE
Saint-Méry ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Non, non, Saint...
LA PIERRE
Notre-Dame ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Non. Ah ! C'est Saint-Honoré ?
LA PIERRE
Saint-Honoré ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Oui.
LA PIERRE
J'y ai été plus de cent fois ; c'est chez monsieur....
MONSIEUR DE LA BARRE
Monsieur Duval.
LA PIERRE
Monsieur Duval ? Je n'y ai jamais été.
MONSIEUR DE LA BARRE
Cela ne fait rien. Portez-lui cela ; et ne revenez point sans réponse.
Il lui donne la lettre.
LA PIERRE
Oui, Monsieur.
Il sort.
MONSIEUR DE LA BARRE
La Pierre, vous apprêterez mon habit de velours ciselé.
LA PIERRE
Oui, monsieur.
Il s'en va.
MONSIEUR DE LA BARRE
La Pierre !
LA PIERRE
Monsieur ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Et ma perruque neuve à boucles en roses, vous savez bien ? Passez chez le perruquier.
LA PIERRE
Oui, oui, monsieur.
MONSIEUR DE LA BARRE
Parbleu, je serai charmé de voir un des cafés de Madame Dourci.
LA PIERRE, revenant pour annoncer
Monsieur de la Motte.
MONSIEUR DE LA BARRE
Quoi, vous n'êtes pas encore parti ?
LA PIERRE
Je m'en vais, je m'en vais.
SCÈNE II. Monsieur de La Barre, Monsieur de La Motte.
MONSIEUR DE LA BARRE
Ah ! bonjour, la Motte.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Eh bien, comment t'en va ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Fort bien. Et toi, t'es-tu amusé à la campagne ?
MONSIEUR DE LA MOTTE
Oui, assez, mais, ma foi, le mauvais temps nous a chassés.
MONSIEUR DE LA BARRE
Ah çà, dis moi un peu, où soupes-tu ce soir ?
MONSIEUR DE LA MOTTE
Moi ? Pourquoi cela ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Mais voyons.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Chez madame Desglands.
MONSIEUR DE LA BARRE
Es-tu prié ?
MONSIEUR DE LA MOTTE
Oui, et voilà la cinquième fois ; j'avais toujours refusé.
MONSIEUR DE LA BARRE
Et bien, il faut que tu refuses encore.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Mais j'ai accepté ; cela ne se peut pas.
MONSIEUR DE LA BARRE
Il faut manquer de parole.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Je ne le peux pas, te dis-je.
MONSIEUR DE LA BARRE
Va donc t'excuser.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Pourquoi cela ?
MONSIEUR DE LA BARRE
C'est que je veux absolument te mener souper quelque part, où tu seras bien aise d'aller.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Mais encore, où cela ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Chez madame Dourci.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Je ne la connais pas.
MONSIEUR DE LA BARRE
C'est un café.
MONSIEUR DE LA MOTTE
À un café ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Oui, je n'en ai jamais vu ; on dit que c'est charmant ! Nous irons ensemble.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Tu la connais donc ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Non ; mais Duval est son ami de tous les temps. Je viens de lui écrire ; et sûrement il nous y mènera avec plaisir.
MONSIEUR DE LA MOTTE
J'aurais grande envie d'y aller.
MONSIEUR DE LA BARRE
Moi, cela me tourne la tête ; et je ne veux pas manquer cette occasion-ci.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Mais, aimera-t-elle à voir comme cela deux inconnus, Madame Dourci ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Elle nous connaît tous les deux ; et il y a longtemps que je sais qu'elle désire que j'aille chez elle.
MONSIEUR DE LA MOTTE
C'est que Madame Desglands sera fâchée.
MONSIEUR DE LA BARRE
Tu y souperas un autre jour. Compare la différence qu'il y a d'être à un café, où l'on s'amuse, à souper froidement dans une maison, pour faire un whist le plus triste du monde.
Whist : Sorte de jeu de cartes qui se joue à quatre personnes, deux contre deux ou à trois, avec un mort. [L]
MONSIEUR DE LA MOTTE
C'est vrai. Allons je vais me dégager : je lui dirai la raison tout simplement ; elle est bonne femme ; elle y consentira.
MONSIEUR DE LA BARRE
À quelle heure seras-tu revenu ?
MONSIEUR DE LA MOTTE
Mais, à huit heures et demie. Voyons ta montre : la mienne va bien.
MONSIEUR DE LA BARRE
Ils comparent leurs montres.
Elles vont de même.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Me mèneras-tu ? Ou veux-tu que je te mène.
MONSIEUR DE LA BARRE
Je te mènerai. Il y a ici près des fiacres tant qu'on en veut.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Allons, je serai bientôt ici.
Il s'en va.
MONSIEUR DE LA BARRE
Ne perds pas de temps ; sûrement nous nous amuserons.
SCÈNE III. Monsieur de La Barre, La Pierre.
MONSIEUR DE LA BARRE, regardant ses papiers
Ma foi, je verrai cela une autre fois. Ah ! Voici La Pierre. Eh bien ?
LA PIERRE
Monsieur, il n'y était pas.
MONSIEUR DE LA BARRE
Tu n'as point de réponse ?
LA PIERRE
Monsieur, l'on m'a envoyé dans la rue... Attendez...
MONSIEUR DE LA BARRE
Et qu'est-ce que cela fait ?
LA PIERRE
Enfin je l'ai trouvé. Il jouait ; il a lu votre lettre, et puis il a écrit.
MONSIEUR DE LA BARRE
Donne donc.
LA PIERRE
C'est que c'est une si petite lettre, que tout le long du chemin j'ai eu peur de la perdre ; mais la voilà.
MONSIEUR DE LA BARRE
Voyons, voyons.
Il lit.
« Il ne m'est pas possible, mon cher de la Barre, de vous mener chez madame Dourci. Quelqu'un vous a desservi auprès d'elle ; car elle m'a parlé de vous avec humeur et dédain. Croyez que je ferai de mon mieux pour.. » Hum. Et une autre fois... Hum. Le diable l'emporte !
LA PIERRE
Monsieur, je m'en vais apprêter votre habit de velours ciselé.
MONSIEUR DE LA BARRE
Je n'en ai que faire.
LA PIERRE
Votre perruque à roses va arriver.
MONSIEUR DE LA BARRE
Allons, va-t'en, et laisse-moi.
LA PIERRE
Le perruquier a tout quitté pour vous... Oh ! Il vous aime bien.
MONSIEUR DE LA BARRE
Allons donc.
Il le chasse.
SCÈNE IV.
MONSIEUR DE LA BARRE, lisant la lettre de Monsieur Duval
Avec humeur et dédain ! C'est un peu fort, Madame Dourci. Ah, parbleu !... Elle croit que je me soucie de son café... Non, sûrement, je n'irai pas... J'enrage... Je me vengerai ou je ne pourrai...
Il rêve.
Oui, fort bien, Madame Dourci, vous vous repentirez de votre dédain. Un bon couplet... Voilà la meilleure idée du monde. Écrivons.
Il se met à écrire en chantant.
Prenons un air connu. Ah ! Celui-ci : Il n'est qu'un pas du mal au bien.
En chantant.
Chez Dourci tout plaît, tout engage ; On dit qu'elle sait tout charmer.... Elle ne peut pas se plaindre de cela. (Riant.) Qu'on ne peut la voir sans l'aimer.Riant.
Qu'il est doux de lui rendre hommage ! Oh ! Mais c'est de la louange toute pure. Il est difficile d'être méchant quand on veut. Ah ! Ceci sera bon.
Que l'adorer est le vrai bien. Je n'en crois rien , Je n'en crois rien.À merveille ! À merveille !
Il se lève et se promène en chantant.
Je n'en crois rien, Je n'en crois rien. Bien, bien ! Je n'en crois rien. Je n'en crois rien.Il faut en faire un second.
Il s'assied, et il écrit en chantant.
Que de ses yeux le doux langage, En faisant former mille voeux...SCÈNE V. Monsieur de La Barre, La Pierre.
LA PIERRE, annonçant
Monsieur, Madame Poursuit.
MONSIEUR DE LA BARRE, chantant
Rend l'amant respectueux.
LA PIERRE
Monsieur ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Qu'est-ce que tu veux ?
LA PIERRE
Madame Poursuit demande à vous parler.
MONSIEUR DE LA BARRE, chante
Sans oser dire davantage.LA PIERRE
La laisserai-je entrer ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Non. Je suis en affaire.
SCÈNE VI. Monsieur de La Barre, Madame Poursuit.
MADAME POURSUIT
Oh, en affaire ! Il n'y a pas d'affaire qui tienne devant la mienne, Monsieur ; il faut que vous ayez la bonté de m'écouter.
MADAME POURSUIT
Qu'est-ce que vous dites donc, Monsieur ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Je dis que vous ayez la bonté de vous asseoir ; que votre mémoire est fait ; qu'il est chez l'imprimeur, et qu'il faut que vous attendiez qu'il soit distribué pour demander une audience. Voilà dans ce moment-ci tout ce que vous avez à faire, et tout ce que je peux vous dire.
Il reprend sa plume, et chante tout bas en composant.
MADAME POURSUIT
Monsieur, c'est un nouvel incident qui m'arrive ; on attaque mes moeurs, ma réputation.
MADAME POURSUIT
Mais, Monsieur, vous n'en croyez rien ; il faut pourtant bien que vous le croyez, puisque c'est vous qui me défendrez.
MADAME POURSUIT
Comment, comment, vous n'en croyez rien ? Quoi, Monsieur, vous refuseriez de prendre la défense d'une femme malheureuse ? Cela serait barbare.
MONSIEUR DE LA BARRE
Je vous demande pardon : je ne vous dis pas cela. C'est une autre affaire que j'ai dans la tête, et pour laquelle je fais un mémoire actuellement..... .
MADAME POURSUIT
Mais la mienne est plus ancienne.
MONSIEUR DE LA BARRE
Oui, c'est vrai. Vous pouvez toujours parler.
MADAME POURSUIT
Monsieur, vous connaissez tous mes procédés vis-à-vis de mon mari ; et tout le monde sait que je suis une honnête femme.
MADAME POURSUIT
Comment donc ! Vous en douteriez ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Non, non ; continuez.
MADAME POURSUIT
Pendant dix ans que j'ai été avec mon mari, j'ai eu dix enfants dont il m'en reste quatre, et tous quatre sont de lui sûrement. Cependant...
MADAME POURSUIT
Monsieur, vous m'insultez.
MONSIEUR DE LA BARRE
Moi ? Comment donc ?
MADAME POURSUIT
Quoi, monsieur, à tout ce que je vous dis vous répondez toujours, je n'en crois rien !
MONSIEUR DE LA BARRE
Eh non, Madame ; ce n'est pas à vous, encore une fois ; ce sont des notes que je fais à un mémoire.
MADAME POURSUIT
Des notes, des notes ! Faites-en sur ce que je vous dis.
MONSIEUR DE LA BARRE
Ne vous inquiétez pas ; continuez, je vous prie.
MADAME POURSUIT
Mes enfants sont devenus grands, et mon mari est mort.
MADAME POURSUIT
Mais, monsieur, vous savez bien qne je suis veuve ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Veuve ? Oui, oui.
MADAME POURSUIT
Depuis que mon mari est mort, je ne puis plus tenir mes enfants dans le respect ; le plus grand, qui est majeur, m'accuse de l'avoir fait périr faute de secours.
MADAME POURSUIT
Mais vraiment, vous avez bien raison. Le pauvre homme ! Je l'aimais si tendrement !
Elle pleure.
MADAME POURSUIT
Cela est pourtant bien vrai, Monsieur.
MADAME POURSUIT
Monsieur, on n'a jamais traité une honnête femme comme vous faites.
MADAME POURSUIT, en colère, et se levant
Vous m'insultez, Monsieur, vous m'outragez ; je m'en plaindrai à Monsieur le premier président.
MONSIEUR DE LA BARRE
De quoi donc ?
MADAME POURSUIT
C'est affreux à vous ! Une pauvre veuve ! Oui, monsieur, vous me rendrez tous mes papiers ; vous ne plaiderez plus pour moi.
MONSIEUR DE LA BARRE
À la bonne heure, Madame.
MADAME POURSUIT
Il n'y a pas à dire à cela, je n'en crois rien ; je vais faire dresser une requête contre vous.
MONSIEUR DE LA BARRE
Faites, Madame, si vous pouvez.
MADAME POURSUIT
Vous serez interdit.
Elle s'en va.
MONSIEUR DE LA BARRE
Nous verrons.
MADAME POURSUIT, revenant
Oui, monsieur, interdit, interdit. Je vous en réponds. Adieu, adieu.
Elle s'en va.
MONSIEUR DE LA BARRE
La peste soit de la folle ! J'ai pensé ne pas pouvoir faire le dernier vers.
SCÈNE VII. Monsieur de La Barre, Monsieur de La Motte, La Pierre.
LA PIERRE, annonçant
Monsieur de la Motte.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Eh bien, allons-nous ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Assieds, assieds-toi là.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Mais il est huit heures et demie ; n'est-il pas temps ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Ma foi, si tu veux que je te dise, j'ai changé d'avis.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Quoi, nous n'irons pas au café ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Non, je ne m'en soucie plus. Nous nous ennuierions sûrement là.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Il ne fallait donc pas me faire dégager de chez madame Desglands.
MONSIEUR DE LA BARRE
Qu'est-ce que cela fait ?
MONSIEUR DE LA MOTTE
Cela fait tout. Elle m'a laissé aller, à condition que je lui rendrais compte de tout ce que je verrais. Que veux-tu que je lui dise ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Ce que je vais te dire.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Eh quoi ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Elle n'aime pas madame Dourci.
MONSIEUR DE LA BARRE
C'est vrai.
MONSIEUR DE LA BARRE
Ni moi non plus ; c'est ce qui m'a fait changer d'avis.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Mais il y a une heure que tu étais enchanté d'aller à son café.
MONSIEUR DE LA BARRE
Oui ; mais j'ai fait bien des réflexions sur son café et sur elle-même.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Quelles réflexions ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Elle est vaine ; et au lieu de lui faire ma cour, j'ai imaginé une chose excellente.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Qu'est-ce que c'est ?
MONSIEUR DE LA BARRE
J'ai fait trois couplets sur elle.
MONSIEUR DE LA MOTTE
J'aimerais mieux voir son caFé.
MONSIEUR DE LA BARRE
Bon, son café ! Pense donc comme elle sera désespérée. Tiens, tiens, écoute.
Il chante.
Chez Dourci, tout plaît, tout engage, On dit qu'elle sait tout charmer ; Qu'on ne peut la voir sans l'aimer ; Qu'il est doux de lui rendre hommage ;MONSIEUR DE LA MOTTE
Tu crois qu'elle sera désespérée de cela ?
MONSIEUR DE LA BARRE
Que l'adorer est le vrai bien.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Mais c'est le plus honnête du monde.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Ah ! J'entends. Mais elle ne t'a rien fait.
MONSIEUR DE LA BARRE
Je veux m'amuser ; écoute, écoute.
Il chante.
Que de ses yeux le doux langage, En faisant former mille voeux, Rend un amant respectueux, Sans oser dire davantage ; Que dans ses chaînes tout retient : Je n'en crois rien, Je n'en crois rien.Ensemble.
Je n'en crois rien, Je n'en crois rien.MONSIEUR DE LA MOTTE
Voici le troisième ; c'est toujours, on dit :
Qu'elle est modeste, douce et sage, Et qu'elle inspire la gaîté ; Et que de la félicité, Tout en elle montre l'image ; Mais qu'elle craint un doux lien, Je n'en crois rien, Je n'en crois rien.Ensemble.
Je n'en crois rien, Je n'en crois rien.MONSIEUR DE LA BARRE
Si tu m'en crois, tu ôteras son nom, et tu mettras, Doris, Cloris.
MONSIEUR DE LA BARRE
Pourquoi ?
MONSIEUR DE LA MOTTE
On saura toujours que c'est elle ; on le lui dira.
MONSIEUR DE LA BARRE
Oui : quand le nom n'y est pas, on n'a rien à dire. Ne trouves-tu pas cette idée délicieuse ?
MONSIEUR DE LA MOTTE
Oui ; mais j'aimerais mieux aller à son café.
MONSIEUR DE LA BARRE
Bon, cela doit être insipide, ennuyeux ! Allons-nous-en plutôt chez madame Desglands.
MONSIEUR DE LA MOTTE
J'y pensais.
MONSIEUR DE LA BARRE
Elle sera charmée de ma chanson, par le plaisir qu'elle se promettra de la rage où sera madame Dourci.
MONSIEUR DE LA MOTTE
Sûrement, et elle la fera courir tout Paris.
MONSIEUR DE LA BARRE
Et quand on louera madame Dourci, qu'on dira qu'elle est délicieuse, charmante, tout le monde répondra :
Je n'en crois rien, Je n'en crois rien. Ensemble en s'en allant. Je n'en crois rien, Je n'en crois rien.64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0