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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Proverbe en prose· Comédie

Le Bal

Louis Carrogis de Carmontelle· imprimée en 1822· 5 personnages

Personnages

  • MADAME DE CLERVAUT
  • MADAME D'ORVILLE
  • MONSIEUR DE CLERVAUT
  • LE CHEVALIER DE BERCY
  • MONSIEUR DE SAINT-VAL, ami de M. de Clervaut

LE BAL

SCÈNE PREMIÈRE. Madame de Clervaut, Le Chevalier, tous deux en habits de bal.

La scène est dans l'appartement de madame de Clervaut.

MADAME DE CLERVAUT, en entrant et s'asseyant

Attendons ici. Madame de Miremont est insupportable ! Voyez à quelle heure nous arriverons au bal.

LE CHEVALIER

Pourquoi désirez-vous de me priver d'un moment si précieux pour moi ?

MADAME DE CLERVAUT

Chevalier, encore une fois, ne me parlez plus sur ce ton-là, ou je ne vous verrai plus.

LE CHEVALIER

Mais, Madame, est-ce répugnance ? Ne me trouvez-vous pas digne de vous ?

MADAME DE CLERVAUT

Je vous ai déjà dit que je vous estime ; j'aime votre ton ; je suis même charmée de vous rencontrer dans la société : mais pour ce qui est de l'amour, je n'en veux point avoir.

LE CHEVALIER

Si je ne vous déplais pas, pourquoi refuser mes soins ? Est-ce faire une indiscrétion de vous le demander ? Si vous m'estimez, pourquoi me le taire ?

MADAME DE CLERVAUT

Vous avez raison : ce sera peut-être un moyen de vous guérir de votre amour, et de vous empêcher de perdre un temps que vous emploieriez mieux ailleurs.

LE CHEVALIER

Ah ! Madame, ne le croyez pas ; non, jamais...

MADAME DE CLERVAUT

Écoutez-moi. J'ai épousé Monsieur de Clervaut sans le connaître, comme c'est l'usage : c'est un homme aimable, qui m'a aimée dès le premier moment, dont je fais tout le bonheur : pour quoi le troublerai-je ? Je suis heureuse comme je suis, que puis-je désirer de plus ?

LE CHEVALIER

D'être aimée autant que vous méritez de l'être.

MADAME DE CLERVAUT

Je le suis.

LE CHEVALIER

Vous le croyez ? Mais si vous l'aimez réellement, votre bonheur ne sera pas long.

MADAME DE CLERVAUT

J'ai pour mon mari une estime et une amitié solides ; et rien ne pourra me déterminer à lui causer le moindre chagrin. Les moyens que vous voulez même employer pour me faire répondre à vos sentiments, feront le contraire, et m'éloigneront de vous entièrement.

LE CHEVALIER

Mais si Clervaut vous trompe ?

MADAME DE CLERVAUT, rêvant

S'il me trompait !... Mais cela n'est pas possible.

LE CHEVALIER

Pour ma justification, du moins consentez à en avoir la preuve.

MADAME DE CLERVAUT

Je ne saurais le croire.

LE CHEVALIER

Et quelle opinion vous restera-t-il de moi ? Celle d'un malhonnête homme, d'un imposteur. Me mépriserez-vous assez pour vouloir conserver une impression aussi cruelle pour moi ?

MADAME DE CLERVAUT

Mon mari m'aime ; je n'en saurais douter.

LE CHEVALIER

Il peut vous avoir aimée : je le crois comme vous ; mais son amour n'a pas été assez fort pour résister au désir d'être aimé d'une autre.

MADAME DE CLERVAUT

Mais si cela n'est pas vrai, à quoi pouvez-vous vous attendre ?

LE CHEVALIER

À mériter votre indignation toute ma vie.

MADAME DE CLERVAUT

Je vous la promets ; songez-y avant de rien entreprendre.

LE CHEVALIER

Mais si vous êtes convaincue, vous n'aurez plus de raisons à m'opposer. Que puis-je espérer ? Ce n'est plus un vol que je lui fais ; vous n'avez pas encore connu le bonheur d'aimer ; je vous réponds toute ma vie de n'avoir de volontés que les vôtres, si votre coeur peut devenir sensible. C'est un bien si grand, qu'à peine peut-on le concevoir, même en le goûtant.

MADAME DE CLERVAUT

Chevalier... Quels sont vos moyens ?

LE CHEVALIER

Que me promettez-vous ?

MADAME DE CLERVAUT

Il faut être sûre avant de pouvoir s'engager.

LE CHEVALIER

Ah, je serai trop heureux !

Il lui baise la main.

MADAME DE CLERVAUT, souriant

Votre espoir s'accroît facilement.

LE CHEVALIER

Le moyen que j'imagine est presque sûr. Vous êtes de la taille de madame d'Orville...

MADAME DE CLERVAUT

Quoi ; ce serait madame d'Orville que mon mari aimerait ?

LE CHEVALIER

Elle-même. Elle se masquera, pour n'être pas obligée de faire les honneurs de son bal. Votre mari, occupé d'elle, oubliera toutes les autres femmes, et cherchera les occasions de lui parler sans cesse. Sa prononciation la fait aisément reconnaître. Parlez gras comme elle ; il s'y trompera, et vous connaîtrez facilement le fond de son coeur. Si ce moyen-là vous manque, je vous en trouverai d'autres, je vous en réponds.

MADAME DE CLERVAUT

Je crois que je dois m'en rapporter à vous ; mais songez, encore une fois, à tout ce que vous risquez, si vous vous trompez : je ne vous reverrai de ma vie.

Elle se lève.

Puisque Madame de Miremont ne vient point, partons.

Ils sortent après s'être masqués.

SCÈNE II. Monsieur de Clervaut, Monsieur de Saint-Val.

La scène est dans une pièce à côté du bal, chez madame d'Orville.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Ah, te voilà, Clervaut ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Oui ; dis-moi donc, Saint-Val, comment est masquée Madame d'Orville ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Je n'en sais rien ; je ne l'ai pas encore vue. Sais-tu que je te devine ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Eh bien, que devines-tu ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Que tu as des desseins sur elle.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Si tu pariais, je te dirais que tu as gagné. C'est vrai, la tête m'en tourne.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Cela ne serait peut-être pas difficile.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Tu le crois ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Ma foi, je ne sais ; mais si j'en avais autant d'envie que toi, je n'hésiterais pas.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Oui ; mais si elle aime son mari ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL

À propos de quoi vas-tu penser à son mari ? Que font les maris dans tout cela ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Tu en parles bien à ton aise, parce que tu es garçon, toi.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Eh, d'où viens-tu donc ? Crois-tu garder Madame de Clervaut, en courant après madame d'Orville ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Pourquoi pas ? Elle n'en saura rien.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Elle n'en saura rien ! Je le lui dirais plutôt que de le lui laisser ignorer. Une femme que son mari abandonne, est un effet qui doit rentrer dans la société.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Je ne l'abandonne point ; et si je la croyais capable de penser comme toi...

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Que ferais-tu ? Renoncerais-tu à tes projets sur Madame d'Orville ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Mais... Cela me coûterait.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Laisse donc aller les choses, et songe à t'amuser. Te voilà tout sérieux.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Tu m'as troublé l'imagination.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Tiens, voilà Madame d'Orville.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Tu crois que c'est elle ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Sûrement. Allons, reprends ta bonne humeur. Pour moi, je vais tenter aussi une aventure : si je la manque, je ne m'en pendrai pas.

SCÈNE III. Monsieur de Clervaut, Madame de Clervaut.

LE CHEVALIER, à Madame de Clervaut

Tenez, le voilà votre mari.

MADAME DE CLERVAUT

Il vient à moi.

MONSIEUR DE CLERVAUT

En vérité, beau masque, c'est bien mal faire les honneurs de chez soi, que de se cacher si longtemps.

MADAME DE CLERVAUT, grasseyant

Vous me connaissez ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Cela pourrait être difficile à un autre ; mais pour moi...

MADAME DE CLERVAUT

Vous êtes galant au bal.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Je suis vrai ; c'est bien plus que d'être galant.

LE CHEVALIER, à Madame de Clervaut

Cela commence bien.

MADAME DE CLERVAUT, au Chevalier

Allez faire un tour de bal ; je commence à vous croire.

LE CHEVALIER, à Madame de Clervaut

Je ne serai pas longtemps.

SCÈNE IV. Monsieur de Clervaut, Madame de Clervaut.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Je crains bien qu'un autre ne m'ait prévenu, et que, plus heureux que moi...

MADAME DE CLERVAUT

Ah, vous voilà jaloux déjà ! C'est une preuve d'amour que vous voulez me donner apparemment : mais je vous avertis que c'est très mal commencer ; car je hais les jaloux à la mort.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Quittez, je vous prie, le ton de la plaisanterie, quand il s'agit de l'affaire la plus sérieuse que je pense avoir de ma vie.

MADAME DE CLERVAUT

Dites-moi si vous êtes réellement jaloux de Madame de Clervaut.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Eh, Madame ! Que vous importe ?Laissez-moi vous parler, et ne m'occuper que de vous ; je vous en supplie, répondez moi.

MADAME DE CLERVAUT

Mais, répondez-moi vous-même.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Madame, j'estime madame de Clervaut : je l'ai aimée à la fureur ; mais je vous ai vue, puis-je l'aimer encore ?

MADAME DE CLERVAUT

Pourquoi pas ? Est-elle moins aimable ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Je n'en sais rien ; mais vous me le paraissez davantage. Je ne peux plus m'occuper que de vous ; je vous consacre ma vie ; mon bonheur est entre vos mains ; décidez de mon sort.

MADAME DE CLERVAUT

Ce ton devient bien grave au moins, pour un bal ; et si l'on attaquait aussi vivement madame de Clervaut ici, je crois que cela ne vous plairait pas, si vous le saviez.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Mais, madame, pourquoi vouloir toujours me parler d'une autre chose que de vous ?

MADAME DE CLERVAUT

Vous ne le devinez pas ? Allez, je ne vous parle que de moi et de mes intérêts.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Que de vous et de vos intérêts ? Je ne vous comprends point... Ô ciel ! S'il était vrai ! Si ce que j'ose penser....

MADAME DE CLERVAUT

Quoi ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Je n'ose vous le dire.

MADAME DE CLERVAUT

Je le veux absolument.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Vous me trouveriez trop vain.

MADAME DE CLERVAUT

Pourquoi ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

L'on est toujours porté à se flatter ; c'est sûrement une erreur.

MADAME DE CLERVAUT

Mais quoi ? Dites donc.

MONSIEUR DE CLERVAUT

J'imagine que vous êtes jalouse...

MADAME DE CLERVAUT

De qui ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

De ma femme.

MADAME DE CLERVAUT

Mais...

MONSIEUR DE CLERVAUT

Achevez de me rendre heureux....

MADAME DE CLERVAUT

Mais si cela était, que feriez-vous pour me rassurer ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Tout, tout ; vous n'avez qu'à ordonner.

MADAME DE CLERVAUT

Tout, c'est bientôt dit.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Commandez, je vous en supplie.

MADAME DE CLERVAUT

Eh bien, vous avez son portrait, je veux que vous me le sacrifiiez.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Ah, que ne me demandez-vous quelque chose de plus difficile !

MADAME DE CLERVAUT

Cela me suffira.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Le voici.

Lui donnant le portrait.

Mais quel sera mon sort ?

MADAME DE CLERVAUT

Vous le décidez dans ce moment.

Se levant.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Mais du moins dites-moi....

MADAME DE CLERVAUT

Nous nous retrouverons.

SCÈNE V. Monsieur de Clervaut, Madame de Clervaut, Le Chevalier.

MADAME DE CLERVAUT, au Chevalier en lui donnant son portrait

Tenez, masque, gardez-moi cela jusqu'à ce que je vous le demande.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Mais, Madame...

MADAME DE CLERVAUT

Je sais bien ce que je fais. Rentrons dans le bal.

LE CHEVALIER, à Madame de Clervaut

Je vous suis. Quel bonheur !

SCÈNE VI. Monsieur de Clervaut, Monsieur de Saint-Val.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Où vas-tu ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Laisse-moi donc entrer.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Non, je veux savoir si tu as réussi. La conversation a été longue.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Oui.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Et tu m'en parais content ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Mais...

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Ah ! De la discrétion... J'entends ce que cela veut dire ; je te fais compliment.

SCÈNE VII. Madame d'Orville, Monsieur de Clervaut, Monsieur de Saint-Val.

MADAME D'ORVILLE, sans être masquée, avec un domino différent de celui de Madame de Clervaut

Eh bien, messieurs, que faites-vous donc ici ? Pourquoi ne pas rentrer dans le bal ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Que vois-je !

MADAME D'ORVILLE

Comment, pourquoi êtes-vous si étonné ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Je te laisse ; il faut servir ses amis.

Il rentre dans le bal.

SCÈNE VIII. Madame d'Orville, Monsieur de Clervaut.

MADAME D'ORVILLE

Mais, dites-moi donc, d'où vient votre étonnement ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

C'est de ce que vous avez pu changer de domino si promptement.

MADAME D'ORVILLE

Rêvez-vous ? Je n'en ai point changé du tout.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Quoi ! Je ne viens pas de causer ici avec vous dans l'instant ?

MADAME D'ORVILLE

Je ne sais ce que vous voulez dire.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Vous voulez m'inquiéter, apparemment ?

MADAME D'ORVILLE

Je vous réponds que je ne plaisante nullement.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Ah ! Je vois que vous voulez vous dédire de tout ce que vous m'avez fait espérer.

MADAME D'ORVILLE

Vous plaisantez vous-même, assurément.

MONSIEUR DE CLERVAUT, à part

Oh ciel ! Me serais-je trompé !

MADAME D'ORVILLE

Je puis vous prouve aisément que depuis que le bal est commencé, je ne suis pas sortie de l'endroit où l'on danse ; et j'ai toujours eu le même domino.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Vous m'affligez, vous me désespérez.

MADAME D'ORVILLE

Quel en est le sujet ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Vous le savez, Madame.

MADAME D'ORVILLE

Je vous jure que non.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Quoi ! Après tout ce que vous m'avez dit, après la preuve que je vous ai donnée de mon amour pour vous....

MADAME D'ORVILLE

Je vois que vous avez été joué, et que vous avez été la dupe d'une autre. Informez-vous, et tout vous convaincra que je ne vous ai pas parlé de la soirée. Adieu ; tout ce que je puis faire pour vous, c'est de ne rien dire de cette aventure.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Je croirai que je me suis trompé, jusqu'à ce que j'aie retrouvé le masque avec qui je me suis entretenu.

MADAME D'ORVILLE

Tout comme il vous plaira.

Elle entre dans le bal.

SCÈNE IX. Monsieur de Clervaut, Monsieur de Saint-Val.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Où vas-tu ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Je vais chercher quelqu'un ; laisse-moi aller.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Je te cherche, moi, pour te conte une aventure très plaisante, qui vient d'arriver ici dans l'instant

MONSIEUR DE CLERVAUT

Tu me la diras une autre fois.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Cela ne vaudrait plus rien.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Je t'en prie.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Non, non, écoute-moi. Tu connais le Chevalier de Bercy ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Oui.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Il aime une femme depuis longtemps, sans avoir pu réussir jusqu'à ce moment.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Eh bien ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Il vient enfin de la déterminer en sa faveur.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Ici ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Oui, ici.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Il est bien heureux.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Oh mais, c'est la manière dont cela s'est fait, qui est plaisante ! Cette femme a retiré son portrait des mains de son mari, pour le donner à son amant en sa présence.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Quoi ?...

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Ne trouves-tu pas cela délicieux ?

Il rit.

MONSIEUR DE CLERVAUT

C'est le chevalier de Bercy ?...

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Oui, lui-même. Il vient de s'en aller avec elle. Je voudrais connaître le mari.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Non pas moi.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

C'est une aventure unique. Garde-moi le secret.

MONSIEUR DE CLERVAUT

Ne crains rien.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Mais qu'as-tu donc ? Cela ne te paraît pas plaisant ?

MONSIEUR DE CLERVAUT

Je n'en puis plus ; je m'en vais. Adieu.

Il sort.

MONSIEUR DE SAINT-VAL

Il n'est pas content de sa dame, apparemment.

Ils sortent.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0