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un seul est le mot juste.

Proverbe en prose· Comédie Proverbe

Les Désespérés de l'Opéra

Louis Carrogis de Carmontelle· imprimée en 1768· 5 personnages

Personnages

  • MONSIEUR SANGLIER
  • MONSIEUR PILLIER
  • MONSIEUR POINTDUTOUT
  • MONSIEUR QU'IMPORTE
  • UN GARÇON, cafetier

SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur Pillier, Le Garçon.

MONSIEUR PILLIER

Garçon ?

LE GARÇON

Monsieur Pillier, qu'est-ce qu'il y a pour votre service ?

MONSIEUR PILLIER

Monsieur Sanglier, est-il venu ici aujourd'hui ?

LE GARÇON

Non, Monsieur, pas encore.

MONSIEUR PILLIER

Et a-t-on dit quelques nouvelles ce matin ?

LE GARÇON

Non , Monsieur.

MONSIEUR PILLIER

Quoi, rien du tout ?

LE GARÇON

Pardonnez-moi, le feu a été dans une cheminée ici près, hier au soir.

MONSIEUR PILLIER

Bon, le feu dans une cheminée !

LE GARÇON

Mais, Monsieur, il était bien fort.

MONSIEUR PILLIER

Voilà quelque chose de rare !

LE GARÇON

Mais c'est que si le feu avait gagné ; tout le quartier aurait été brûlé.

MONSIEUR PILLIER

Oui, avec les pompes qu'il y a à présent ; comment voulez-vous que cela arrive ?

LE GARÇON

Oh, il est vrai qu'il n'y a plus rien à craindre.

MONSIEUR PILLIER

Il y a des choses bien plus intéressantes que tout cela. Avez-vous entendu parler de l'Opéra ?

LE GARÇON

De l'Opéra ?

MONSIEUR PILLIER

Oui, de l'Opéra ?

LE GARÇON

Oui, Monsieur, on dit qu'il y en a un nouveau.

MONSIEUR PILLIER

Je le sais parbleu bien, on ne veut pas donner des anciens.

LE GARÇON

Mais les nouveaux ne dureront ils pas davantage ?

MONSIEUR PILLIER

Eh non vraiment ! Malheureux Opéra ! Et personne n'y pense !

LE GARÇON

Ah, tenez, Monsieur, voilà Monsieur Sanglier, que vous demandiez.

MONSIEUR PILLIER

Monsieur Sanglier ?

LE GARÇON

Oui, Monsieur.

MONSIEUR PILLIER

Nous allons voir ce qu'il nous dira.

LE GARÇON

Vous ne voulez rien à présent, Monsieur ?

MONSIEUR PILLIER

Non, non.

SCÈNE II. Monsieur Sanglier, Monsieur Pillier.

MONSIEUR SANGLIER

Ah, bonjour, Monsieur Pillier.

MONSIEUR PILLIER

Eh bien, Monsieur sanglier, cette voix que vous disiez que nous aurions ?

MONSIEUR SANGLIER

Je n'en ai pas entends dire la moindre chose, que ce que l'on nous en a dit avant hier.

MONSIEUR PILLIER

Et vous ne vous en êtes pas informé depuis ?

MONSIEUR SANGLIER

Je n'en fais pas davantage : les uns me disent qu'elle est au concert de Lyon, d'autres, à Rouen ; cela n'est pas clair et c'est dommage ; car on prétend que c'était la même voix précisément que celle de Mademoiselle le Maure.

Mademoiselle Lemaure, Catherine-Nicole (1704-1786) : célèbre cantatrice de l'opéra.

MONSIEUR PILLIER

Il faudrait donc qu'on y envoyât.

MONSIEUR SANGLIER

La moitié des gens disent que l'on n'a pas besoin de ces voix-là, qu'elles ne savent que crier et qu'elles ne chantent point.

MONSIEUR PILLIER

Voilà comme l'Opéra français, la gloire de la Nation se perdra ! Est-ce que vous ne voyez pas cela ?

MONSIEUR SANGLIER

Eh, je ne le vois que trop !

MONSIEUR PILLIER

Il faudrait donc songer à y remédier.

MONSIEUR SANGLIER

J'y songe aussi ; mais cette diable de Musique d'Opéra-Comique, nous écrasera tôt ou tard.

MONSIEUR PILLIER

Il faut pourtant prendre un parti, il n'y a pas à balancer.

MONSIEUR SANGLIER

Si l'on pouvait donner des Opéra de Lully, il n'est pas douteux que nous reprendrions bientôt le dessus, j'en suis bien sûr, moi.

Lully (Jean Baptiste) [1633-1687] : cet excellent et naturel musicien du siècle passé [XVIIème], était né à Florence en 1633, d'une basse famille : il fut emmené fort jeune en France par une personne de qualité, et porta au plus haut degré l'art de jouer du violon. il obtint la chaire de surintendant de la musique du Roi, qui lui donna aussi des lettres de noblesse, que Lully ne fit pas enregistrer, parce qu'ayant eu envie de se faire recevoir secrétaire du Roi, et ayant appris que cette compagnie ne voulait pas l'admettre, il s'en piqua, et sut la forcer à le faire, en 1681. (...) Nous avons de Lully, dix-neuf opéras. [Leris]

MONSIEUR PILLIER

Qu'on nous donne du Rameau seulement ; allons je le veux bien, je le leur passe.

>Rameau (Jean-Baptiste) [1683-17 ? ?] : Ce fameux musicien, connu par son savant Traité de l'harmonie, son Code et autres excellents ouvrages sur la musique, naquit à Dijon le 25 septembre 1683, de Jean Rameau, organiste. Il a été successivement organiste des jésuites de la rue Saint Jacques, des pères de la Mercy, et de l'église cathédrale de Clermont en Auvergne. [Leris]

MONSIEUR SANGLIER

Du Rameau !

MONSIEUR PILLIER

Oui, Monsieur ; c'est toujours du véritable opéra.

MONSIEUR SANGLIER

Si vous voulez.

MONSIEUR PILLIER

Il ne faut pas être si difficile.

MONSIEUR SANGLIER

Il est vrai qu'il y a du récitatif.

MONSIEUR PILLIER

Et de belles scènes !

MONSIEUR SANGLIER

Pas tant que dans Lully, voilà le vrai goût français et que je voudrais bien voir renaître, sans cela nous sommes perdus.

MONSIEUR PILLIER

Les ballets nous écraseront tout à fait, Monsieur, quand la Musique nouvelle ne prendrait pas le dessus.

MONSIEUR SANGLIER

Comment faire donc ?

MONSIEUR PILLIER

Je n'en sais rien.

MONSIEUR SANGLIER

Il n'y a presque plus de gens de notre parti.

MONSIEUR PILLIER

On ne veut que des Ariettes.

MONSIEUR SANGLIER

Et de la Danse.

MONSIEUR PILLIER

Je cherche depuis longtemps quelque moyen de remédier à tout cela.

MONSIEUR SANGLIER

Et moi, donc ? Je ne reste pas les bras croisés. Croyez-vous que je ne gémisse pas de cette décadence du goût ?

MONSIEUR PILLIER

Armide avait réussi.

Armide : opéra de Lully et Gluck livret de Quinault, joué pour le première fois le 15 février 1686 au Théâtre du Palais Royal. Il y eut plusieurs autres Armide par la suite.

MONSIEUR SANGLIER

J'en espérais beaucoup.

MONSIEUR PILLIER

Il faudrait redonner Armide.

MONSIEUR SANGLIER

Sans doute, mais faites entendre cela à tout Paris.

MONSIEUR PILLIER

Ils aimeront mieux tout perdre.

MONSIEUR SANGLIER

Ils nous proposerons de mettre l'Opera-Comique à l'Opéra, et d'y joindre des ballets.

MONSIEUR PILLIER

Il ne faut pas le souffrir.

MONSIEUR SANGLIER

J'y suis bien résolu.

MONSIEUR PILLIER

Mais comment l'empêcher ?

MONSIEUR SANGLIER

Emparez-vous du parterre.

Parterre : signifie aussi l'aire d'une salle de comédie, entre le théâtre et l'amphithéâtre, où le peuple est debout. [F]

MONSIEUR PILLIER

Il n'y a plus personne de goût ?

MONSIEUR SANGLIER

Et dans le foyer ?

MONSIEUR PILLIER

On y vient parler nouvelles et chevaux pendant les scènes et l'on n'en sort, que pour les Ballets.

MONSIEUR SANGLIER

On ne pense sérieusement à rien à présent.

MONSIEUR PILLIER

Il n'y a que vous et moi qui nous occupions de cela.

MONSIEUR SANGLIER

Oui, mais nous y rêvons en vain, l'Opéra sera détruit malgré nous.

MONSIEUR PILLIER

Voilà Monsieur Qu'importe, il faudrait le gagner, lui qui voit beaucoup de mondes.

MONSIEUR SANGLIER

Bon ! Il ne se soucie de rien.

MONSIEUR PILLIER

Il faut essayer, l'Opéra ne saurait lui être indifférent, il n'en manque pas un.

MONSIEUR SANGLIER

Eh bien, voyons ?

MONSIEUR PILLIER

Laissez moi faire.

SCÈNE III. Monsieur Qu'importe, Monsieur Pillier, Monsieur Sanglier.

MONSIEUR PILLIER

On voit bien qu'il n'y a pas d'Opéra, Monsieur, aujourd'hui, sans quoi on ne vous verrait sûrement pas ici.

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? Moi, je vais à l'Opéra, aux Italiens, aux Français, cela m'est égal.

MONSIEUR SANGLIER

Mais s'il n'y avait pas d'Opéra cependant ; vous, en seriez fâché ?

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? Il y aurait autre chose, ou bien j'irais à la promenade, ces jours-là, ou je ferais des visites.

MONSIEUR PILLIER

Mais vous n'entendriez plus de bonne musique française.

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? J'entendrais toujours de la musique.

MONSIEUR SANGLIER

Quoi, de la Musique d'Opéra-Comique ?

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? Si elle me faisait plaisir.

MONSIEUR PILLIER

Mais, c'est qu'il n'y a pas là de grandes voix.

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? Pourvu qu'on les entende, voilà tout ce qu'il faut.

MONSIEUR SANGLIER

C'est vrai ; cependant il serait fâcheux de perdre ces beaux récitatifs de Lully.

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? N'avons-nous pas le récitatif obligé ?

MONSIEUR PILLIER

Ce n'est pas la même chose.

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? Quand on ne se connaît pas en musique.

MONSIEUR SANGLIER

Sans doute ; mais je ne pense pas que vous ne vous y connaissiez point.

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe, que vous le pensiez ou non ? Cela n'en est pas moins vrai.

MONSIEUR PILLIER

C'est une plaisanterie et si vous ne vous connaissiez pas en musique, vous ne viendriez pas tous les jours à l'Opéra.

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? Moi j'y vais pour voir le monde, pour causer ou me chauffer.

MONSIEUR SANGLIER

Quoi, Monsieur, vous n'êtes pas affligé de voir qu'un Opéra est à présent presque tout sans paroles.

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? Je ne les ai jamais entendues.

MONSIEUR PILLIER

Comment, vous causiez donc pendant qu'on chantait, vous ne pouviez pas prendre d'intérêt au poème.

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? Je n'ai que faire d'aller m'intéresser à tout cela, je sais seulement en gros qu'il y a deux amanTs persécutés, par deux personnes qui s'entendent ensemble pendant toute la pièce pour les tourmenter ; mais qu'à la fin il viendra un Dieu qui raccommodera tout et que l'on dansera une chaconne.

Chaconne : air de musique, ou danse qui est venue des Maures, dont la base est de quatre notes qui procèdent par degré conjoints, sur laquelle on fait plusieurs accords ou plusieurs couplets qui ont un même refrain. [F]

MONSIEUR SANGLIER

Et si l'on n'en dansait pas ?

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? Je suis toujours sûr que l'on dansera quelque chose.

MONSIEUR PILLIER

Mais il faut que les airs de violon soient bons, pour que l'on danse bien.

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? Même quand on ne danserait pas ; pourvu que l'Opéra finisse et qu'on puisse aller sur le Théâtre après.

MONSIEUR SANGLIER

Mais s'il n'y avait plus d'Opéra, vous ne pourriez pas aller sur le Théâtre.

MONSIEUR QU'IMPORTE

Qu'importe ? J'irais ailleurs, où je vais à présent, par exemple. Adieu, Messieurs je vous souhaite bien le bonjour.

MONSIEUR PILLIER

Monsieur, je suis bien votre serviteur.

SCÈNE IV. Monsieur Sanglier, Monsieur Pilllier.

MONSIEUR SANGLIER

Nous nous étions bien adressés, pour fortifier notre parti, Monsieur Pillier, qu'en dites-vous ?

MONSIEUR PILLIER

Ma foi, Monsieur Sanglier, cela va mal pour nous ; il y a à Paris comme cela mille gens qui profitent de tout et qui ne se soucient de rien.

MONSIEUR SANGLIER

Oui et ils jetteraient les hauts cris si on leur retranchait quelque chose de ce dont ils ne s'inquiètent point.

MONSIEUR PILLIER

Cela est sûr, nous avons la peine et eux le plaisir ; demandez-moi pourquoi ? Par exemple.

MONSIEUR SANGLIER

C'est que nous sommes trop bons.

MONSIEUR PILLIER

C'est vrai ; mais comme c'est le bien public qui nous occupe, il ne faut pas s'y refuser.

MONSIEUR SANGLIER

Non vraiment, il faut être citoyen avant tout.

MONSIEUR PILLIER

Ah voilà Monsieur Pointdutout, c'est un homme qui a les meilleurs expédients du monde dans tous les cas.

MONSIEUR SANGLIER

Vous le croyez ?

MONSIEUR PILLIER

Ma foi on me l'a dit.

MONSIEUR SANGLIER

Tant mieux , voilà ce qu'on appelle un homme enfin.

SCÈNE V. M. Pointdutout, M.Pillier, M. Sanglier.

MONSIEUR PILLIER

Monsieur, je parie que vous vous ennuyez aujourd'hui ; parce qu'il n'y a pas d'Opéra ?

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout, Monsieur , je ne m'ennuie jamais ; quand on a.

Il montre son pouce, le premier doigt et le second.

Cela, cela, et cela, on ne saurait s'ennuyer.

MONSIEUR SANGLIER

Vous êtes bienheureux, Monsieur, voilà ce qu'on appelle avoir des ressources ; mais dans les grandes affaires, il faut de grands moyens pour les faire réussir.

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout : écoutez-moi. Avec cela, cela, et cela, vous serez toutes les affaires du monde, je dis même celles de la plus grande conséquence.

Toutes les fois qu'il dit "cela, cela et cela", il montre les mêmes doigts.

MONSIEUR PILLIER

Donnez-nous donc un moyen pour soutenir l'Opéra ; car si l'on n'y prend garde, il tombera incessamment.

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout ; avec cela, cela, et cela, il ne tombera jamais.

MONSIEUR PILLIER

Mais, Monsieur, vous ne prenez pas garde à une chose sans doute pour que l'Opéra Français se soutienne , il faut de belles voix.

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout, de belles voix, de belles voix ! Pour quoi faire ? Il ne faut point de belles voix, il ne faut que cela, cela et cela.

MONSIEUR SANGLIER

J'entends bien ce que veut dire Monsieur ; moi.

MONSIEUR PILLIER

Quoi donc ?

MONSIEUR SANGLIER

C'est trois choses.

MONSIEUR PILLIER

Mais encore ?

MONSIEUR SANGLIER

Un bon poème, une bonne musique et des acteurs qui chantent bien et qui sachent bien débiter.

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout, on peut s'en passer très bien.

MONSIEUR PILLIER

Vous ne voulez pas un bon poème ?

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout.

MONSIEUR SANGLIER

Pas de bonne Musique ?

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout.

MONSIEUR PILLIER

Pas de bons chanteurs ?

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout.

MONSIEUR SANGLIER

Vous ne voulez donc que des ariettes ?

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout.

MONSIEUR PILLIER

Des ballets ?

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout.

MONSIEUR SANGLIER

Des décorations ?

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout.

MONSIEUR PILLIER

Quoi, pour avoir un Opéra, il ne faut pas avoir tout ce que nous venons de vous nommer ?

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout, je n'en ai que faire, il n'y a rien de si difficile à réunir. D'abord que j'ai cela, cela, et cela, je suis sûr d'avoir un Opéra toute la vie, et un Opéra excellent.

MONSIEUR SANGLIER

Vous conviendrez pourtant qu'il ne faut rien épargner pour avoir un Opéra.

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout, la dépense n'est pas nécessaire, on aime l'Opéra à Paris et quel qu'il soit, je suis sûr avec cela, cela et cela, qu'il y aura toujours du monde.

MONSIEUR PILLIER

Je vous entends à présent.

MONSIEUR POINTDUTOUT

Je ne le comprends pas moi.

MONSIEUR PILLIER

Il n'y a pourtant rien de si aisé. Monsieur veut dire que les petites loges soutiendront toujours l'Opéra.

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout, je n'ai que faire des petites loges , il n'y en aurait pas, qu'avec cela, cela et cela, je ne m'embarrasse de rien.

MONSIEUR SANGLIER

Oui, oui, Monsieur, vous avez raison, cela est clair à présent.

MONSIEUR PILLIER, rêvant

Je ne devine pas.

MONSIEUR SANGLIER

Comment, vous ne voyez pas que Monsieur, veut dire que le monde attire le monde et que l'habitude d'aller à l'Opéra y fera toujours aller ?

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout , ce n'est point l'habitude qui y fera venir ; mais j'attirerai toujours tout Paris, avec cela, cela et cela.

MONSIEUR PILLIER, souriant

Ah, oui, oui.

MONSIEUR SANGLIER

Comment ?

MONSIEUR PILLIER

Avec les actrices, les danseuses.

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout. Les actrices, les danseuses ne me font rien. Je ne veux pas autre chose que ce que je vous dis ; cela, cela, et cela.

MONSIEUR SANGLIER

Pour moi, rien ne me rassure.

MONSIEUR PILLIER

Je n'ai que l'espoir des anciens Opéra.

MONSIEUR SANGLIER

Voilà ce qu'il faudrait persuader de donner aux directeurs.

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout.

MONSIEUR PILLIER

Comment, Monsieur, vous ne le croyez pas ?

MONSIEUR SANGLIER

C'est s'aveugler, je vous assure, que de penser autrement.

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout, je ne m'aveugle point et vous avez tort de vous désespérer.

MONSIEUR PILLIER

Quand on n'a pas d'autres ressources, car vous en conviendrez bien ?

MONSIEUR POINTDUTOUT

Point du tout ; songez donc que vous avec cela cela et cela ; tranquillisez-vous ; je vous souhaite bien le bon soir.

Il s'en va.

Écoutez, n'oubliez jamais que vous avez cela, cela et cela, et vous ne vous désespérerez pas.

SCÈNE DERNIÈRE. Monsieur Pillier, Monsieur Sanglier ;

MONSIEUR SANGLIER

Eh bien, Monsieur Pillier ?

MONSIEUR PILLIER

Eh, bien ! Monsieur Sanglier, que dites-vous ?

MONSIEUR SANGLIER

Je dis toujours qu'il n'y aura bientôt plus d'Opéra.

MONSIEUR PILLIER

Et moi aussi.

MONSIEUR SANGLIER

Nous sommes perdus !

MONSIEUR PILLIER

Je n'en puis plus douter.

Ils s'en vont.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0