Proverbe en prose· Comédie Proverbe
Les Désespérés de l'Opéra
Personnages
- MONSIEUR SANGLIER
- MONSIEUR PILLIER
- MONSIEUR POINTDUTOUT
- MONSIEUR QU'IMPORTE
- UN GARÇON, cafetier
SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur Pillier, Le Garçon.
MONSIEUR PILLIER
Garçon ?
LE GARÇON
Monsieur Pillier, qu'est-ce qu'il y a pour votre service ?
MONSIEUR PILLIER
Monsieur Sanglier, est-il venu ici aujourd'hui ?
LE GARÇON
Non, Monsieur, pas encore.
MONSIEUR PILLIER
Et a-t-on dit quelques nouvelles ce matin ?
LE GARÇON
Non , Monsieur.
MONSIEUR PILLIER
Quoi, rien du tout ?
LE GARÇON
Pardonnez-moi, le feu a été dans une cheminée ici près, hier au soir.
MONSIEUR PILLIER
Bon, le feu dans une cheminée !
LE GARÇON
Mais, Monsieur, il était bien fort.
MONSIEUR PILLIER
Voilà quelque chose de rare !
LE GARÇON
Mais c'est que si le feu avait gagné ; tout le quartier aurait été brûlé.
MONSIEUR PILLIER
Oui, avec les pompes qu'il y a à présent ; comment voulez-vous que cela arrive ?
LE GARÇON
Oh, il est vrai qu'il n'y a plus rien à craindre.
MONSIEUR PILLIER
Il y a des choses bien plus intéressantes que tout cela. Avez-vous entendu parler de l'Opéra ?
LE GARÇON
De l'Opéra ?
MONSIEUR PILLIER
Oui, de l'Opéra ?
LE GARÇON
Oui, Monsieur, on dit qu'il y en a un nouveau.
MONSIEUR PILLIER
Je le sais parbleu bien, on ne veut pas donner des anciens.
LE GARÇON
Mais les nouveaux ne dureront ils pas davantage ?
MONSIEUR PILLIER
Eh non vraiment ! Malheureux Opéra ! Et personne n'y pense !
LE GARÇON
Ah, tenez, Monsieur, voilà Monsieur Sanglier, que vous demandiez.
MONSIEUR PILLIER
Monsieur Sanglier ?
LE GARÇON
Oui, Monsieur.
MONSIEUR PILLIER
Nous allons voir ce qu'il nous dira.
LE GARÇON
Vous ne voulez rien à présent, Monsieur ?
MONSIEUR PILLIER
Non, non.
SCÈNE II. Monsieur Sanglier, Monsieur Pillier.
MONSIEUR SANGLIER
Ah, bonjour, Monsieur Pillier.
MONSIEUR PILLIER
Eh bien, Monsieur sanglier, cette voix que vous disiez que nous aurions ?
MONSIEUR SANGLIER
Je n'en ai pas entends dire la moindre chose, que ce que l'on nous en a dit avant hier.
MONSIEUR PILLIER
Et vous ne vous en êtes pas informé depuis ?
MONSIEUR SANGLIER
Je n'en fais pas davantage : les uns me disent qu'elle est au concert de Lyon, d'autres, à Rouen ; cela n'est pas clair et c'est dommage ; car on prétend que c'était la même voix précisément que celle de Mademoiselle le Maure.
Mademoiselle Lemaure, Catherine-Nicole (1704-1786) : célèbre cantatrice de l'opéra.
MONSIEUR PILLIER
Il faudrait donc qu'on y envoyât.
MONSIEUR SANGLIER
La moitié des gens disent que l'on n'a pas besoin de ces voix-là, qu'elles ne savent que crier et qu'elles ne chantent point.
MONSIEUR PILLIER
Voilà comme l'Opéra français, la gloire de la Nation se perdra ! Est-ce que vous ne voyez pas cela ?
MONSIEUR SANGLIER
Eh, je ne le vois que trop !
MONSIEUR PILLIER
Il faudrait donc songer à y remédier.
MONSIEUR SANGLIER
J'y songe aussi ; mais cette diable de Musique d'Opéra-Comique, nous écrasera tôt ou tard.
MONSIEUR PILLIER
Il faut pourtant prendre un parti, il n'y a pas à balancer.
MONSIEUR SANGLIER
Si l'on pouvait donner des Opéra de Lully, il n'est pas douteux que nous reprendrions bientôt le dessus, j'en suis bien sûr, moi.
Lully (Jean Baptiste) [1633-1687] : cet excellent et naturel musicien du siècle passé [XVIIème], était né à Florence en 1633, d'une basse famille : il fut emmené fort jeune en France par une personne de qualité, et porta au plus haut degré l'art de jouer du violon. il obtint la chaire de surintendant de la musique du Roi, qui lui donna aussi des lettres de noblesse, que Lully ne fit pas enregistrer, parce qu'ayant eu envie de se faire recevoir secrétaire du Roi, et ayant appris que cette compagnie ne voulait pas l'admettre, il s'en piqua, et sut la forcer à le faire, en 1681. (...) Nous avons de Lully, dix-neuf opéras. [Leris]
MONSIEUR PILLIER
Qu'on nous donne du Rameau seulement ; allons je le veux bien, je le leur passe.
>Rameau (Jean-Baptiste) [1683-17 ? ?] : Ce fameux musicien, connu par son savant Traité de l'harmonie, son Code et autres excellents ouvrages sur la musique, naquit à Dijon le 25 septembre 1683, de Jean Rameau, organiste. Il a été successivement organiste des jésuites de la rue Saint Jacques, des pères de la Mercy, et de l'église cathédrale de Clermont en Auvergne. [Leris]
MONSIEUR SANGLIER
Du Rameau !
MONSIEUR PILLIER
Oui, Monsieur ; c'est toujours du véritable opéra.
MONSIEUR SANGLIER
Si vous voulez.
MONSIEUR PILLIER
Il ne faut pas être si difficile.
MONSIEUR SANGLIER
Il est vrai qu'il y a du récitatif.
MONSIEUR PILLIER
Et de belles scènes !
MONSIEUR SANGLIER
Pas tant que dans Lully, voilà le vrai goût français et que je voudrais bien voir renaître, sans cela nous sommes perdus.
MONSIEUR PILLIER
Les ballets nous écraseront tout à fait, Monsieur, quand la Musique nouvelle ne prendrait pas le dessus.
MONSIEUR SANGLIER
Comment faire donc ?
MONSIEUR PILLIER
Je n'en sais rien.
MONSIEUR SANGLIER
Il n'y a presque plus de gens de notre parti.
MONSIEUR PILLIER
On ne veut que des Ariettes.
MONSIEUR SANGLIER
Et de la Danse.
MONSIEUR PILLIER
Je cherche depuis longtemps quelque moyen de remédier à tout cela.
MONSIEUR SANGLIER
Et moi, donc ? Je ne reste pas les bras croisés. Croyez-vous que je ne gémisse pas de cette décadence du goût ?
MONSIEUR PILLIER
Armide avait réussi.
Armide : opéra de Lully et Gluck livret de Quinault, joué pour le première fois le 15 février 1686 au Théâtre du Palais Royal. Il y eut plusieurs autres Armide par la suite.
MONSIEUR SANGLIER
J'en espérais beaucoup.
MONSIEUR PILLIER
Il faudrait redonner Armide.
MONSIEUR SANGLIER
Sans doute, mais faites entendre cela à tout Paris.
MONSIEUR PILLIER
Ils aimeront mieux tout perdre.
MONSIEUR SANGLIER
Ils nous proposerons de mettre l'Opera-Comique à l'Opéra, et d'y joindre des ballets.
MONSIEUR PILLIER
Il ne faut pas le souffrir.
MONSIEUR SANGLIER
J'y suis bien résolu.
MONSIEUR PILLIER
Mais comment l'empêcher ?
MONSIEUR SANGLIER
Emparez-vous du parterre.
Parterre : signifie aussi l'aire d'une salle de comédie, entre le théâtre et l'amphithéâtre, où le peuple est debout. [F]
MONSIEUR PILLIER
Il n'y a plus personne de goût ?
MONSIEUR SANGLIER
Et dans le foyer ?
MONSIEUR PILLIER
On y vient parler nouvelles et chevaux pendant les scènes et l'on n'en sort, que pour les Ballets.
MONSIEUR SANGLIER
On ne pense sérieusement à rien à présent.
MONSIEUR PILLIER
Il n'y a que vous et moi qui nous occupions de cela.
MONSIEUR SANGLIER
Oui, mais nous y rêvons en vain, l'Opéra sera détruit malgré nous.
MONSIEUR PILLIER
Voilà Monsieur Qu'importe, il faudrait le gagner, lui qui voit beaucoup de mondes.
MONSIEUR SANGLIER
Bon ! Il ne se soucie de rien.
MONSIEUR PILLIER
Il faut essayer, l'Opéra ne saurait lui être indifférent, il n'en manque pas un.
MONSIEUR SANGLIER
Eh bien, voyons ?
MONSIEUR PILLIER
Laissez moi faire.
SCÈNE III. Monsieur Qu'importe, Monsieur Pillier, Monsieur Sanglier.
MONSIEUR PILLIER
On voit bien qu'il n'y a pas d'Opéra, Monsieur, aujourd'hui, sans quoi on ne vous verrait sûrement pas ici.
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? Moi, je vais à l'Opéra, aux Italiens, aux Français, cela m'est égal.
MONSIEUR SANGLIER
Mais s'il n'y avait pas d'Opéra cependant ; vous, en seriez fâché ?
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? Il y aurait autre chose, ou bien j'irais à la promenade, ces jours-là, ou je ferais des visites.
MONSIEUR PILLIER
Mais vous n'entendriez plus de bonne musique française.
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? J'entendrais toujours de la musique.
MONSIEUR SANGLIER
Quoi, de la Musique d'Opéra-Comique ?
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? Si elle me faisait plaisir.
MONSIEUR PILLIER
Mais, c'est qu'il n'y a pas là de grandes voix.
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? Pourvu qu'on les entende, voilà tout ce qu'il faut.
MONSIEUR SANGLIER
C'est vrai ; cependant il serait fâcheux de perdre ces beaux récitatifs de Lully.
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? N'avons-nous pas le récitatif obligé ?
MONSIEUR PILLIER
Ce n'est pas la même chose.
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? Quand on ne se connaît pas en musique.
MONSIEUR SANGLIER
Sans doute ; mais je ne pense pas que vous ne vous y connaissiez point.
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe, que vous le pensiez ou non ? Cela n'en est pas moins vrai.
MONSIEUR PILLIER
C'est une plaisanterie et si vous ne vous connaissiez pas en musique, vous ne viendriez pas tous les jours à l'Opéra.
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? Moi j'y vais pour voir le monde, pour causer ou me chauffer.
MONSIEUR SANGLIER
Quoi, Monsieur, vous n'êtes pas affligé de voir qu'un Opéra est à présent presque tout sans paroles.
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? Je ne les ai jamais entendues.
MONSIEUR PILLIER
Comment, vous causiez donc pendant qu'on chantait, vous ne pouviez pas prendre d'intérêt au poème.
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? Je n'ai que faire d'aller m'intéresser à tout cela, je sais seulement en gros qu'il y a deux amanTs persécutés, par deux personnes qui s'entendent ensemble pendant toute la pièce pour les tourmenter ; mais qu'à la fin il viendra un Dieu qui raccommodera tout et que l'on dansera une chaconne.
Chaconne : air de musique, ou danse qui est venue des Maures, dont la base est de quatre notes qui procèdent par degré conjoints, sur laquelle on fait plusieurs accords ou plusieurs couplets qui ont un même refrain. [F]
MONSIEUR SANGLIER
Et si l'on n'en dansait pas ?
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? Je suis toujours sûr que l'on dansera quelque chose.
MONSIEUR PILLIER
Mais il faut que les airs de violon soient bons, pour que l'on danse bien.
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? Même quand on ne danserait pas ; pourvu que l'Opéra finisse et qu'on puisse aller sur le Théâtre après.
MONSIEUR SANGLIER
Mais s'il n'y avait plus d'Opéra, vous ne pourriez pas aller sur le Théâtre.
MONSIEUR QU'IMPORTE
Qu'importe ? J'irais ailleurs, où je vais à présent, par exemple. Adieu, Messieurs je vous souhaite bien le bonjour.
MONSIEUR PILLIER
Monsieur, je suis bien votre serviteur.
SCÈNE IV. Monsieur Sanglier, Monsieur Pilllier.
MONSIEUR SANGLIER
Nous nous étions bien adressés, pour fortifier notre parti, Monsieur Pillier, qu'en dites-vous ?
MONSIEUR PILLIER
Ma foi, Monsieur Sanglier, cela va mal pour nous ; il y a à Paris comme cela mille gens qui profitent de tout et qui ne se soucient de rien.
MONSIEUR SANGLIER
Oui et ils jetteraient les hauts cris si on leur retranchait quelque chose de ce dont ils ne s'inquiètent point.
MONSIEUR PILLIER
Cela est sûr, nous avons la peine et eux le plaisir ; demandez-moi pourquoi ? Par exemple.
MONSIEUR SANGLIER
C'est que nous sommes trop bons.
MONSIEUR PILLIER
C'est vrai ; mais comme c'est le bien public qui nous occupe, il ne faut pas s'y refuser.
MONSIEUR SANGLIER
Non vraiment, il faut être citoyen avant tout.
MONSIEUR PILLIER
Ah voilà Monsieur Pointdutout, c'est un homme qui a les meilleurs expédients du monde dans tous les cas.
MONSIEUR SANGLIER
Vous le croyez ?
MONSIEUR PILLIER
Ma foi on me l'a dit.
MONSIEUR SANGLIER
Tant mieux , voilà ce qu'on appelle un homme enfin.
SCÈNE V. M. Pointdutout, M.Pillier, M. Sanglier.
MONSIEUR PILLIER
Monsieur, je parie que vous vous ennuyez aujourd'hui ; parce qu'il n'y a pas d'Opéra ?
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout, Monsieur , je ne m'ennuie jamais ; quand on a.
Il montre son pouce, le premier doigt et le second.
Cela, cela, et cela, on ne saurait s'ennuyer.
MONSIEUR SANGLIER
Vous êtes bienheureux, Monsieur, voilà ce qu'on appelle avoir des ressources ; mais dans les grandes affaires, il faut de grands moyens pour les faire réussir.
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout : écoutez-moi. Avec cela, cela, et cela, vous serez toutes les affaires du monde, je dis même celles de la plus grande conséquence.
Toutes les fois qu'il dit "cela, cela et cela", il montre les mêmes doigts.
MONSIEUR PILLIER
Donnez-nous donc un moyen pour soutenir l'Opéra ; car si l'on n'y prend garde, il tombera incessamment.
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout ; avec cela, cela, et cela, il ne tombera jamais.
MONSIEUR PILLIER
Mais, Monsieur, vous ne prenez pas garde à une chose sans doute pour que l'Opéra Français se soutienne , il faut de belles voix.
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout, de belles voix, de belles voix ! Pour quoi faire ? Il ne faut point de belles voix, il ne faut que cela, cela et cela.
MONSIEUR SANGLIER
J'entends bien ce que veut dire Monsieur ; moi.
MONSIEUR PILLIER
Quoi donc ?
MONSIEUR SANGLIER
C'est trois choses.
MONSIEUR PILLIER
Mais encore ?
MONSIEUR SANGLIER
Un bon poème, une bonne musique et des acteurs qui chantent bien et qui sachent bien débiter.
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout, on peut s'en passer très bien.
MONSIEUR PILLIER
Vous ne voulez pas un bon poème ?
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout.
MONSIEUR SANGLIER
Pas de bonne Musique ?
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout.
MONSIEUR PILLIER
Pas de bons chanteurs ?
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout.
MONSIEUR SANGLIER
Vous ne voulez donc que des ariettes ?
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout.
MONSIEUR PILLIER
Des ballets ?
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout.
MONSIEUR SANGLIER
Des décorations ?
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout.
MONSIEUR PILLIER
Quoi, pour avoir un Opéra, il ne faut pas avoir tout ce que nous venons de vous nommer ?
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout, je n'en ai que faire, il n'y a rien de si difficile à réunir. D'abord que j'ai cela, cela, et cela, je suis sûr d'avoir un Opéra toute la vie, et un Opéra excellent.
MONSIEUR SANGLIER
Vous conviendrez pourtant qu'il ne faut rien épargner pour avoir un Opéra.
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout, la dépense n'est pas nécessaire, on aime l'Opéra à Paris et quel qu'il soit, je suis sûr avec cela, cela et cela, qu'il y aura toujours du monde.
MONSIEUR PILLIER
Je vous entends à présent.
MONSIEUR POINTDUTOUT
Je ne le comprends pas moi.
MONSIEUR PILLIER
Il n'y a pourtant rien de si aisé. Monsieur veut dire que les petites loges soutiendront toujours l'Opéra.
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout, je n'ai que faire des petites loges , il n'y en aurait pas, qu'avec cela, cela et cela, je ne m'embarrasse de rien.
MONSIEUR SANGLIER
Oui, oui, Monsieur, vous avez raison, cela est clair à présent.
MONSIEUR PILLIER, rêvant
Je ne devine pas.
MONSIEUR SANGLIER
Comment, vous ne voyez pas que Monsieur, veut dire que le monde attire le monde et que l'habitude d'aller à l'Opéra y fera toujours aller ?
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout , ce n'est point l'habitude qui y fera venir ; mais j'attirerai toujours tout Paris, avec cela, cela et cela.
MONSIEUR PILLIER, souriant
Ah, oui, oui.
MONSIEUR SANGLIER
Comment ?
MONSIEUR PILLIER
Avec les actrices, les danseuses.
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout. Les actrices, les danseuses ne me font rien. Je ne veux pas autre chose que ce que je vous dis ; cela, cela, et cela.
MONSIEUR SANGLIER
Pour moi, rien ne me rassure.
MONSIEUR PILLIER
Je n'ai que l'espoir des anciens Opéra.
MONSIEUR SANGLIER
Voilà ce qu'il faudrait persuader de donner aux directeurs.
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout.
MONSIEUR PILLIER
Comment, Monsieur, vous ne le croyez pas ?
MONSIEUR SANGLIER
C'est s'aveugler, je vous assure, que de penser autrement.
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout, je ne m'aveugle point et vous avez tort de vous désespérer.
MONSIEUR PILLIER
Quand on n'a pas d'autres ressources, car vous en conviendrez bien ?
MONSIEUR POINTDUTOUT
Point du tout ; songez donc que vous avec cela cela et cela ; tranquillisez-vous ; je vous souhaite bien le bon soir.
Il s'en va.
Écoutez, n'oubliez jamais que vous avez cela, cela et cela, et vous ne vous désespérerez pas.
SCÈNE DERNIÈRE. Monsieur Pillier, Monsieur Sanglier ;
MONSIEUR SANGLIER
Eh bien, Monsieur Pillier ?
MONSIEUR PILLIER
Eh, bien ! Monsieur Sanglier, que dites-vous ?
MONSIEUR SANGLIER
Je dis toujours qu'il n'y aura bientôt plus d'Opéra.
MONSIEUR PILLIER
Et moi aussi.
MONSIEUR SANGLIER
Nous sommes perdus !
MONSIEUR PILLIER
Je n'en puis plus douter.
Ils s'en vont.
texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0