Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Proverbe en prose· Quarante-Quatrième Proverbe

L'Auteur et l'Amateur

Louis Carrogis de Carmontelle· imprimée en 1771· 33 vers· 3 personnages

Personnages

  • MONSIEUR DELOUREVILLE, Amateur
  • MONSIEUR PASTOUREAU, poète
  • BÉRY, Laquais de Monsieur Deloureville

L'AUTEUR ET L'AMATEUR

SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur Deloureville, Béry.

MONSIEUR DELOUREVILLE

À quelle heure vous a-t-on dit qu'on répétait ?

BÉRY

Monsieur, les musiciens arriveront à six heures.

MONSIEUR DELOUREVILLE

À six heures ?

BÉRY

Oui, Monsieur.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Allons, c'est bon. Apportez-moi ces papiers qui sont dans le salon.

BÉRY

Je les ai mis ici, sur votre bureau.

Il s'en va.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Oui, les voilà.

SCÈNE II.

MONSIEUR DELOUREVILLE, feuilletant des papiers

De la musique travaillée, ce n'est point là ce qu'il nous faut, je lui ai dit... Bon, en voici un autre qui ne fait pas un seul vers alexandrin dans son récitatif...

SCÈNE III. Monsieur Deloureville, Monsieur Pastoureau, Béry.

BÉRY, annonçant

Monsieur Pastoureau.

MONSIEUR PASTOUREAU

Monsieur, ces Messieurs m'ont dit qu'ils avaient eu l'honneur de vous parler de moi, et que vous aviez eu la bonté de leur dire que vous verriez volontiers mon poème.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Ah, oui, je me rappelle, c'est un Opéra-Ballet ?

MONSIEUR PASTOUREAU

Oui, Monsieur, c'est Jupiter et Léda.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Jupiter et Léda. Ah, Monsieur, c'est une chose bien difficile à faire qu'un Opéra. Asseyez-vous donc.

MONSIEUR PASTOUREAU

Monsieur, je serai charmé que vous vouliez bien me donner vos conseils ; je les suivrai avec grand plaisir.

MONSIEUR DELOUREVILLE

J'ai toujours été épouvanté de cette entreprise ; c'est ce qui fait que je n'ai jamais osé la tenter : je sais bien tous les moyens qu'il faut employer pour réussir, et bien des auteurs m'ont eu l'obligation de leurs succès ; mais c'est après bien du travail.

MONSIEUR PASTOUREAU

J'espère, Monsieur, que vous voudrez bien avoir les mêmes bontés pour moi.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Oui-dà, voyons, voyons votre poème.

MONSIEUR PASTOUREAU

Voici, Monsieur, comme je commence. Je veux d'abord une ouverture analogue au premier Acte.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Monsieur, ce n'est pas cela, ce n'est pas cela.

MONSIEUR PASTOUREAU

Mais je vous demande pardon, je veux une musique douce, qui peigne le repos, l'ennui même, s'il est possible. Je ne veux que des flûtes très adoucies...

MONSIEUR DELOUREVILLE

Vous voyez bien que vous voilà tout-à-fait hors des principes.

MONSIEUR PASTOUREAU

Comment, Monsieur, je ne peux pas commencer par des flûtes ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Non, Monsieur, gardez-vous-en bien ; vous ne trouveriez pas de musicien, qui voulût se charger de mettre votre poème en musique, et il aurait raison.

MONSIEUR PASTOUREAU

Pourquoi donc cela ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Rien n'est plus aisé à comprendre. Avec des flûtes, où serait le premier coup d'archet ?

MONSIEUR PASTOUREAU

Mais le premier coup d'archet...

MONSIEUR DELOUREVILLE

Ne saurait se retrancher, non, Monsieur, vous n'y êtes pas.

MONSIEUR PASTOUREAU

Eh bien, Monsieur, voyez toujours le plan de mon poème.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Monsieur, Monsieur, vous aurez de la peine...

MONSIEUR PASTOUREAU

Lorsqu'on lèvera la toile, on verra l'Olympe assemblée ; les Grâces, les Jeux et les Ris dansent dans une Gloire ; Jupiter bâille. Neptune vient parler à Jupiter, qui se réveille : Junon est inquiète ; les Grâces, les Ris et les Jeux disparaissent et suivent Jupiter. La Jalousie s'offre à Junon et elle la suit.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Eh, Monsieur, vous n'y êtes pas, ce n'est pas cela, ce n'est pas cela.

MONSIEUR PASTOUREAU

Quoi, Monsieur, vous n'êtes pas enchantée de cet acte-là ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Non, Monsieur, l'acte du Ciel n'est jamais le premier, vous n'y êtes pas.

MONSIEUR PASTOUREAU

Mais, Monsieur, cela fait une espèce de Prologue ; il me semble qu'on ne peut pas mieux commencer.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Oh ! non, ce n'est pas cela, il faudrait...

MONSIEUR PASTOUREAU

Ah ! Monsieur, dites ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Non, non, voyons la suite.

MONSIEUR PASTOUREAU

La décoration représente un bocage, au bord de la mer. Léda paraît suivie des Nymphes, qui dansent pour l'amuser, mais Léda, après avoir reçu leur hommage, leur ordonne de s'éloigner ; elle confie son amour pour le Triton Glaucus, à Corinne son amie. La mer s'agite : elle espère qu'elle va voir son amant : il paraît un cygne qui s'approche d'elle ; elle le croit envoyé par Glaucus ; elle le caresse, et elle est entourée d'un nuage épais, dans lequel elle est enlevée. Les Nymphes se réunissent pour plaindre Léda. Choeur de plaintes qui attirent Glaucus, et lui apprennent son malheur. Il va implorer Neptune.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Mais, Monsieur, un moment, vous voyez bien que vous n'y êtes pas.

MONSIEUR PASTOUREAU

Comment, Monsieur ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Votre acte ne finit pas par un ballet, je n'approuve point cela.

MONSIEUR PASTOUREAU

Mais, cependant à présent...

MONSIEUR DELOUREVILLE

Je le sais bien ; et puis Glaucus n'a pas un entretien avec Léda.

MONSIEUR PASTOUREAU

Il n'en aura point, Monsieur.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Il n'en aura point ?

MONSIEUR PASTOUREAU

Non, Monsieur, je ne veux point de récitatif, ni de scènes.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Vous n'en voulez point ?

MONSIEUR PASTOUREAU

Non, Monsieur, tout est en action.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Vous ne réussirez pas, Monsieur, ce n'est pas cela.

MONSIEUR PASTOUREAU

Voyez jusqu'au bout.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Je vous attends à l'Enfer.

MONSIEUR PASTOUREAU

Je n'ai point d'Enfer.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Point d'Enfer ! Point d'Enfer ! Et vous faites un Opéra ?

MONSIEUR PASTOUREAU

Oui, Monsieur.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Mais, Monsieur, il faut des oppositions.

MONSIEUR PASTOUREAU

Je ne dis pas le contraire.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Allons, voyons, voyons ; mais vous n'y êtes pas, si vous ne mettez pas d'Enfer. Faites donc un...

MONSIEUR PASTOUREAU

Quoi, Monsieur ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Je vous dirai après, continuez.

MONSIEUR PASTOUREAU

La scène représente le Palais de Neptune, bâti en coquilles, en corail, en perles, et toutes les productions de la mer, que l'on trouve dans les cabinets_d_Histoire_Naturelle.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Il doit être formé de glaçons verts et de pierres rouges, avec des herbes. Vous n'y êtes pas.

MONSIEUR PASTOUREAU

Mais tout cela n'est pas cher, et je ne veux rien épargner pour Neptune ; je veux que cette décoration soit peinte par Agricola.

Christoph Ludwig Agricola (1667-1719), peintre de paysages.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Monsieur, Monsieur, ce n'est pas cela !

MONSIEUR PASTOUREAU

Glaucus vient attendre Neptune. Monologue de Glaucus. Neptune paraît, il l'implore contre le cygne qui a enlevé Léda. La Cour de Neptune est composée de tritons et de Néréides. Junon paraît sur un arc_en_ciel, et se plaint à Neptune, de ce qu'il trouve que Jupiter, pour lui faire une infidélité, prenne la forme d'un habitant de la surface des eaux. Neptune lui promet de s'en plaindre au Destin, et il lui fait donner une fête par la suite. Ixion, dont l'amour pour Junon la fait suivre partout, l'assure qu'il va la venger, en dérobant le feu du Ciel, pendant que Jupiter est sur la Terre, pour lui brûler ses ailes de cygne. Il part. Les habitants des eaux sont alarmés, et craignent la sécheresse que ce feu pourra produire. Junon remonte sur son arc_en_ciel, en recevant leur prière d'arrêter le projet d'Ixion.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Eh, Monsieur, vous confondez ici...

MONSIEUR PASTOUREAU

Monsieur, cela marche très bien.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Non, vous dis-je, vous n'y êtes pas.

MONSIEUR PASTOUREAU

Comment ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Ce n'est pas cela ; ne voyez-vous pas que voilà tous les Éléments confondus, et qu'il faut les distinguer ?

MONSIEUR PASTOUREAU

Mais...

MONSIEUR DELOUREVILLE

Voilà l'air, le feu, et l'eau ensemble.

MONSIEUR PASTOUREAU

Non, Monsieur, ma fête est d'habitants des eaux.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Mais le feu, où sera-t-il ?

MONSIEUR PASTOUREAU

À la fin.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Quoi, l'Enfer au dernier Acte ? On n'a jamais fini par des Démons ; ce n'est pas cela, vous n'y êtes pas.

MONSIEUR PASTOUREAU

Je n'ai point de Démons.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Point de Démons, point d'Enfer ! Impossible de réussir ; vous n'y êtes pas. Il faudrait du moins...

MONSIEUR PASTOUREAU

Parlez, Monsieur, je vous écoute.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Non, non ; nous verrons après.

MONSIEUR PASTOUREAU

Jupiter a transporté Léda à la Chine.

MONSIEUR DELOUREVILLE

À la Chine ?

MONSIEUR PASTOUREAU

Oui, Monsieur.

MONSIEUR DELOUREVILLE

À la Chine, c'est bien quelque chose ; mais je ne vois pas là d'Enfer ; et puis ce serait trop tard.

MONSIEUR PASTOUREAU

Permettez. Il est obligé de retourner au Ciel pour punir Ixion. Pendant ce temps-là, le Roi de la Chine veut enlever Léda. Mercure fait venir les combattants de Jupiter, les Chinois sont repoussés ; le Roi est prisonnier. Glaucus paraît et apprend à Mercure que le Destin lui a accordé Léda, et que Jupiter et Junon, en faveur de cet arrêt, se sont raccommodés. Mercure rend la liberté au Roi de la Chine et à ses combattants. Le Roi donne une Fête chinoise à Glaucus et à Léda, qui chantent un duo, à quoi un choeur chinois répond. Ixion, qui est précipité du Ciel après le retour de Jupiter, met, en tombant, le feu à un artifice chinois, superbe, qui termine l'Opéra. Vous voyez bien, Monsieur, que voilà du feu.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Oui ; mais ce n'est pas là sa place, non plus que celle des combattants : il faut corriger cela, et suivre la marche indiquée.

MONSIEUR PASTOUREAU

Monsieur, aidé de vos conseils, je ne demande pas mieux ; mais voyez, du moins, les vers, s'ils sont lyriques.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Montrez. Avec de la docilité, vous pourrez faire quelque chose ; mais vous n'y êtes pas encore : je vous aiderai, parce que je vous trouve des dispositions. Voyons quelques morceaux.

MONSIEUR PASTOUREAU

Voici, si vous voulez, le Monologue de Glaucus, dans le Palais de Neptune.

MONSIEUR DELOUREVILLE

À la bonne-heure.

MONSIEUR DELOUREVILLE

On voie bien que vous avez des idées ; mais ce n'est pas cela... Je voudrais...

MONSIEUR PASTOUREAU

Mais, Monsieur, la prière au Destin amène le dénouement.

MONSIEUR DELOUREVILLE

C'est la tournure de ce Monologue qui devrait être autrement.

Rêvant.

Cruel Destin, suspends la rigueur !

C'est une invocation ?

MONSIEUR PASTOUREAU

Oui, Monsieur.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Je sens bien cela ; mais je voudrais tourner ce vers-là...

MONSIEUR PASTOUREAU

Comment ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Attendez.

Cruel Destin...

Laissez-moi faire, laissez-moi faire.

MONSIEUR PASTOUREAU

Je ne dis mot.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Passez-moi l'écritoire, je vous prie.

MONSIEUR PASTOUREAU

La voilà.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Voyons.

Il prend une plume.

Cruel Destin, suspends ta rigueur !

Je ne peux pas vous passer cela.

MONSIEUR PASTOUREAU

Mais...

MONSIEUR DELOUREVILLE

Ne me distrayez pas... Je voudrais mettre... Non... Pourquoi pas ?

Rigoureux Destin, suspend ta cruauté...

Non, non ; ce n'est pas cela non plus. Que diable, Attendez.

Cruel Destin, suspends... suspends Cruel Destin...

MONSIEUR PASTOUREAU

Vous n'avez que ta rigueur à mettre.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Je crois que vous avez raison. Voyons.

Cruel Destin, suspends... ta rigueur !

Oui, c'est ce qu'il fallait mettre.

MONSIEUR PASTOUREAU

Mais, je l'avais mis aussi.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Suspends ta rigueur ?

MONSIEUR PASTOUREAU

Oui, vraiment, voyez.

Lui montrant.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Oui, oui, vous avez raison. Allons, je vous passe ce vers-là. Mais pour...

Charmant Amour, dont je chéris la flamme.

MONSIEUR PASTOUREAU

Mais, Monsieur, que direz-vous à la place ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Ce que je dirais ?... Mille choses au lieu de cela.

Charmant Amour...

Mais voyez donc comme cela est commun !

MONSIEUR PASTOUREAU

Je conviens... mais voudriez-vous mettre ; ; ; ;

Tendre Amour, dont je chéris la flamme ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Non, non.

Dont je chéris la flamme !

MONSIEUR PASTOUREAU

Il faut adoucir le reproche que je fais à l'Amour.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Sans doute ; par conséquent, vous n'y êtes pas. Voici ce qu'il faut dire.

Il rêve.

Ne m'interrompez pas. Oui, non ; c'est que ce que vous dites-là à l'Amour, me dérange. Comment y a-t-il ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Charmant Amour...

MONSIEUR PASTOUREAU

Dont je chéris la flamme.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Dont je chéris la flamme.

On peut laisser ce vers-là. Voyons les deux autres.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Un moment donc. Je ne suis pas content de cela ; vous n'y êtes pas du tout.

Ne veux-tu régner...

MONSIEUR PASTOUREAU

Oui, parce que le Musicien aura de quoi faire une roulade, sur le mot régner.

MONSIEUR DELOUREVILLE

J'entends bien ; mais...

Ne veux-tu régner dans mon coeur,

Vous n'y êtes pas.

Dans mon coeur, ne veux-tu régner.

MONSIEUR PASTOUREAU

Comme cela, vous ne rimeriez plus à...

MONSIEUR DELOUREVILLE

Comment, je ne rimerais plus ?

MONSIEUR PASTOUREAU

Non, Monsieur.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Pourquoi cela, Monsieur ?

MONSIEUR PASTOUREAU

Parce que le premier vers dit :

Cruel Destin, suspends ta rigueur !

MONSIEUR DELOUREVILLE

Oui, mais le second.

MONSIEUR PASTOUREAU

Le second est :

Charmant Amour, dont je chéris la flamme.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Oui, oui, vous avez raison, laissons :

Ne veux-tu régner dans mon coeur...

MONSIEUR PASTOUREAU

Que pour troubler mon âme ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Non pas, s'il vous plaît, je ne veux pas de ce vers-là. Vous me trouverez difficile...

MONSIEUR PASTOUREAU

Monsieur, je ne dis pas...

MONSIEUR DELOUREVILLE

Mais je ne vous passerai pas cela. Je veux absolument que vous disiez...

MONSIEUR PASTOUREAU

Voyons, Monsieur, je m'en rapporte entièrement à vous.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Vous allez voir, vous allez voir, j'ai une idée. Dites-moi une rime à flamme... Non, je le tiens.

Ne veux-tu régner dans mon coeur... Dans mon coeur...

Eh, mon_Dieu !...

Dans mon coeur...

MONSIEUR PASTOUREAU

Que pour troubler mon âme ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Que pour ?

MONSIEUR PASTOUREAU

Troubler mon âme.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Troubler mon âme ?

N'est pas mal.

Que pour troubler mon âme ?

J'en suis très content ! Vous voyez bien qu'à force de chercher on trouve.

Que pour troubler mon âme ?

Le voilà, il faut l'écrire.

MONSIEUR PASTOUREAU

Mais c'est écrit, voilà comme il était fait.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Oui ?

Il lit.

Ah, c'est vrai. Cela ne fait rien. Je suis très content, à présent, de ce monologue.

MONSIEUR PASTOUREAU

Monsieur, j'espère que par la suite, aidé de vos lumières...

MONSIEUR DELOUREVILLE

Vous y pouvez compter, je me ferai un plaisir de vous dire naturellement ce que je pense.

MONSIEUR PASTOUREAU

Je vous en serai très obligé.

MONSIEUR DELOUREVILLE

Il n'y a que ce moyen-là de former les jeunes gens. Ah ça, je suis très aise d'avoir fait connaissance avec vous.

MONSIEUR PASTOUREAU

C'est moi, Monsieur...

MONSIEUR DELOUREVILLE

Je verrai ces Messieurs, mais dites-leur toujours que je suis très content de votre poème, parce qu'avec les petites corrections que j'y ferai comme cela, je compte qu'il ira.

MONSIEUR PASTOUREAU

Monsieur, je leur dirai, et si vous permettez, quelquefois j'aurai l'honneur...

MONSIEUR DELOUREVILLE

Oui, le matin surtout, parce qu'on travaille mieux. Adieu, Monsieur_Pastoureau, charmé de vous avoir vu.

MONSIEUR PASTOUREAU

Où allez-vous donc, Monsieur ?

MONSIEUR DELOUREVILLE

Adieu. Je passe de l'autre côté, puisque vous le voulez.

Explication du Proverbe : 44. Plus de bruit que de besogne.

33 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica