Proverbe en prose· Comédie
Le Boiteux.
Personnages
- JUSTINE, Marchande de Modes. En Marchande, avec des tabliers de taffetas vert
- ROSALIE, Marchande de Modes. En Marchande, avec des tabliers de taffetas vert
- MADAME LOUVIER, Marchande de Drap. En robe rayée, un tablier noir avec un bonnet en papillon, et une coiffe
- MADEMOISELLE JAVOTTE, fille de Madame Bouvier. Robe grise, tablier noir
- DE L'AUNE, Garçon de boutique de Madame Bouvier. Habit noir, longs cheveux sans chapeau
- MONSIEUR RAIMOND, boiteux et bredouilleur. Habit brun, veste d'or, perruque à noeuds, mise de travers, avec une canne
- GRAND-PIERRE, Commissionnaire du quartier. En veste déchirée, col déboutonné, mauvais chapeau et des guêtres
LE BOITEUX
SCÈNE PREMIÈRE. Justine et Rosalie, travaillant dans leur boutique ; De L'Aune, se promenant dans la boutique de Madame Louvier ; Grand-Pierre, balayant la rue.
La Scène représente une place ; au milieu il y a une rue qui sépare deux maisons. Dans celle qui est à droite, demeure Madame Louvier, Marchande de Drap, à la Couronne d'or ; dans celle qui est à gauche, demeurent des Marchandes de Modes, à l'Alliance. Ces deux enseignes sont aux coins de chaque maison, sur des tapis, etc.
ROSALIE
Justine, la lettre pour Monsieur_Raimond, est-elle cachetée ?
JUSTINE
Oui, la voilà.
ROSALIE
Il faut la donner à Grand-Pierre.
JUSTINE
Je m'en vais l'appeler. Grand-Pierre, Grand-Pierre.
GRAND-PIERRE
Tout-à-l_heure, Mademoiselle. Il va regarder dans la boutique de Madame_Louvier.
ROSALIE
Hé bien, Grand-Pierre ?
GRAND-PIERRE
Me voilà, me voilà.
JUSTINE
Qu'est-ce que tu regardais donc ?
GRAND-PIERRE
Eh, je regardais si Mademoiselle_Javotte, n'était pas dans sa boutique ; mais il n'y a que Monsieur De l'Aune.
ROSALIE
Bon, tu as toujours peur.
GRAND-PIERRE
C'est que je crains que Monsieur_Raimond ne découvre que nous le trompons ; et cela pourrait finir mal, voyez-vous.
JUSTINE
Tu es bien poltron ! Ne te paye-t-il pas bien ?
GRAND-PIERRE
Oh, pour cela oui ; j'en ai déjà eu plus de vingt écus.
ROSALIE
De quoi te plains-tu donc ?
GRAND-PIERRE
Je ne me plains pas de ce qu'il m'a donné ; mais...
JUSTINE
C'est pourtant nous qui t'avons valu cela ; car tu n'y pensais seulement pas.
GRAND-PIERRE
C'est bien vrai.
ROSALIE
Tu n'as pas refusé le premier écu qu'il t'a donné, pour remettre une lettre à Mademoiselle_Javotte ?
GRAND-PIERRE
Non, et c'était sans savoir ce que j'en ferais de cette lettre.
JUSTINE
Hé bien, si nous ne faisions pas toutes les réponses au nom de Mademoiselle_Javotte, aurais-tu ces vingt écus ? Et si tu lui avais rendu cette lettre de Monsieur_Raimond, et qu'elle l'eût dit à sa mère, Madame_Louvier, tu aurais été chassé de chez elle : et tu ne ferais plus les commissions.
GRAND-PIERRE
Sûrement : mais tromper ce Monsieur_Raimond, qui est le meilleur homme du monde, il me semble que c'est mal fait.
ROSALIE
Mal fait ? Au contraire. N'est-il pas trop heureux, ce vilain boiteux-là, puisqu'il se croit aimé d'une jeune et jolie personne comme Mademoiselle_Javotte ?
GRAND-PIERRE
Vous avez raison ; mais s'il vient à lui parler, il découvrira tout.
JUSTINE
Je te réponds qu'il ne lui parlera pas ; nous lui défendons toujours dans nos lettres, et nous lui faisons craindre que si Madame_Louvier découvrait son amour pour sa fille, elle ne la mît dans un couvent.
GRAND-PIERRE
J'entends bien cela ; mais comme il passe à tout moment devant sa porte, j'ai toujours peur qu'il n'entre dans la maison.
ROSALIE
Dis donc toujours la même chose.
GRAND-PIERRE
Et puis vous lui demandez sans cesse : ce sont des gants, des jarretières, des mules, des bas de soie...
JUSTINE
Et toi, ne prends-tu pas les écus qu'il te donne ?
GRAND-PIERRE
Oui ; mais je ne lui demande pas ; ainsi ce n'est pas ma faute. Attendez que je voie si Mademoiselle_Javotte est dans la boutique ; parce que pendant que je suis ici, Monsieur_Raimond pourrait bien venir.
Il va regarder.
SCÈNE II. Justine, Rosalie, Madamoiselle Javotte, De L'Aune, Grand-Pierre.
DE L'AUNE, avec embarras
Je vous souhaite bien le bon jour, Mademoiselle_Javotte.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Je suis bien votre servante, Monsieur De l'Aune.
Elle s'assied et travaille à la tapisserie. De l'Aune a grande envie de lui parler ; mais lorsqu'elle le regarde, il n'ose plus. Il se détermine pourtant.
DE L'AUNE
Vous vous portez bien aujourd'hui, Mademoiselle_Javotte ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Fort bien. Monsieur ; et vous ?
DE L'AUNE
À votre Service, Mademoiselle.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Vous avez bien de la bonté.
Elle continue de travailler ; et elle ne lève les yeux qu'à la dérobée sur De l'Aune, qui n'ose lui rien dire.
GRAND-PIERRE, à Justine et à Rosalie
J'ai bien fait d'aller voir ; elle est dans la boutique. Il faut que je me mette en sentinelle, en cas que Monsieur_Raimond passe.
ROSALIE
Et la lettre, Justine ?
JUSTINE
Je m'en vais lui donner. Tiens, Grand-Pierre, voilà la réponse à la lettre d'hier, de Monsieur_Raimond.
GRAND-PIERRE
C'est bon, je lui donnerai quand il viendra.
ROSALIE
S'il te donne quelque chose pour nous, tu nous l'apporteras.
GRAND-PIERRE
Sûrement. Ne croyez-vous pas que je le garderai ?
ROSALIE
Je ne dis pas cela.
GRAND-PIERRE
Et puis vous le verrez bien.
Il va s'asseoir sur une borne au coin de la rue. La scène muette de Javotte et De l'Aune continue. Justine et Rosalie travaillent, et parlent ensemble tout bas en riant de temps en temps.
SCÈNE III. Rosalie, Justine, Mademoiselle Javotte, De L'Aune, Grand-Pierre, Monsieur Raimond.
MONSIEUR RAIMOND, venant du côté droit
Il est nécessaire que ce rôle soit rendu en bredouillant, comme un homme qui veut parler vite, qui cherche, qui répète et non pas en bégayant. Sans cette façon de le rendre, il ferait moins d'effet, et ne serait point comique.
Ne sera-t-elle jamais seule !
Il fait une grande révérence à Mademoiselle Javotte, qui l'aperçoit à peine, se lève et s'en va. Il en est consterné.
SCÈNE IV. Rosalie, Justine, Monsieur Raimond, De L'Aune, Grand-Pierre.
MONSIEUR RAIMOND
Que peut-elle avoir contre moi ? Elle ne m'a jamais traité comme cela.
GRAND-PIERRE
Monsieur, j'allais aller chez vous.
MONSIEUR RAIMOND
Dis-moi donc, Grand-Pierre, est-ce que Mademoiselle_Javotte est fâchée contre moi ?
GRAND-PIERRE
Pourquoi donc ?
MONSIEUR RAIMOND
C'est qu'à peine m'a-t-elle vue, qu'elle s'est retirée tout de suite.
GRAND-PIERRE
Elle a peut-être cru voir venir sa mère.
MONSIEUR RAIMOND
Non, elle n'y était pas ; et voilà ce qui me surprend de plus en plus.
GRAND-PIERRE
Bon, tout cela ne fait rien. Tenez, voilà sa réponse à la lettre d'hier au soir ; lisez-la, vous verrez de quoi il retourne.
MONSIEUR RAIMOND
Hé donne donc.
Il lit la lettre.
Je vous remercie bien, Monsieur, de ce que vous m'avez envoyé avec votre lettre ; c'est bien galant à vous ; aussi je ne vois personne qui vous ressemble. J'ai bien du regret de ne pas pouvoir vous parler ; il faut que je fasse comme cela, à cause de ma mère, qui me dit toujours qu'il faut fuir l'amour, parce que tous les hommes sont des trompeurs ; je ne crois pourtant pas que vous en soyez un ; c'est pourquoi...
GRAND-PIERRE
C'est pour cela qu'elle s'est en allée quand elle vous a vu.
MONSIEUR RAIMOND
Tu le crois, Grand-Pierre ?
GRAND-PIERRE
Ah, sûrement, Monsieur.
MONSIEUR RAIMOND, lisant
C'est pourquoi il faut que vous preniez patience, et que vous ne fassiez que ce que je vous manderai quand il en sera temps. J'ai changé d'avis au sujet des bas de soie ; j'aimerais mieux un petit coeur d'or, pour pendre à mon col ; parce que cela ressemblerait tout-à-fait au vôtre, et que je le verrais toujours. Si cependant vous avez acheté la paire de bas de soie, envoyez-la-moi. Adieu, mon cher Monsieur, j'entends ma mère, je ne puis vous en dire davantage. JAVOTTE.
Qu'elle est charmante ! Qu'elle a de l'esprit ! Ne trouves-tu pas, Grand-Pierre ?
GRAND-PIERRE
Oh, Monsieur, sans doute ; mais ce n'est pas-là tout ; si vous entendiez, quand elle parle, ce qu'elle dit de vous.
MONSIEUR RAIMOND
Hé, dis donc, dis donc ?
GRAND-PIERRE
Elle dit tout plein de choses.
MONSIEUR RAIMOND
Mais quoi, encore ?
GRAND-PIERRE
Dame, premièrement elle disait... Attendez, attendez... Je ne saurais me souvenir de tout cela.
MONSIEUR RAIMOND
Disait-elle qu'elle m'aimait ?
GRAND-PIERRE
Oh, beaucoup, beaucoup.
MONSIEUR RAIMOND
Cela est bien vrai ?
GRAND-PIERRE
C'est toujours par où elle commence.
MONSIEUR RAIMOND
Cette chère enfant ! Qu'elle est aimable ! Allons, je m'en vais lui écrire et lui acheter ce qu'elle me demande. Mais, dis donc, n'ai-je pas bien raison de l'aimer de tout mon coeur ?
GRAND-PIERRE
Vantez-vous-en. N'allez pourtant pas songer à vouloir lui parler avant qu'elle vous le mande.
MONSIEUR RAIMOND
Ne crains rien, ne crains rien. Ce n'est pas la première fois que j'ai eu une intrigue amoureuse ; je sais comme cela se mène.
GRAND-PIERRE
Vous me paraissez bien malin, vous, Monsieur_Raimond.
MONSIEUR RAIMOND, riant
Pas mal, pas mal. Ah, j'oubliais bien le meilleur. Ma lettre et les bas. Tiens, donnes-lui cela. La joie m'étourdit si fort !...
GRAND-PIERRE
Je le vois bien.
MONSIEUR RAIMOND
Sûrement, puisque j'oubliais aussi de te donner quelque chose. Tiens.
Il lui donne un écu.
GRAND-PIERRE
Oh, Monsieur, cela ne fait rien ; et ce n'est pas pour cela que j'en parle.
MONSIEUR RAIMOND
Adieu, adieu... Je te retrouverai ici ?
GRAND-PIERRE
Oui, oui, Monsieur ; je n'en démarrerai pas.
SCÈNE V. Rosalie, Justine, De L'Aune, lisant ; soupirant, et levant les yeux au Ciel, de temps en temps ; GRAND-PIERRE, regardant aller Monsieur Raimond.
GRAND-PIERRE, à Justine et à Rosalie
Tenez, Mesdemoiselles, voilà une lettre.
JUSTINE
Oui ; mais il y a encore autre chose.
GRAND-PIERRE
Il y a des bas. Les voilà.
JUSTINE
Voyons, voyons. Ah, il y en a deux paires.
ROSALIE
Cela fera une pour toi, et une pour moi.
JUSTINE
Sans doute. Ils sont assez beaux.
ROSALIE
Et sa lettre ?
JUSTINE
Oui, voyons ce qu'elle dit.
GRAND-PIERRE
Il est bon de savoir s'il n'a pas grande envie de parler à Mademoiselle_Javotte.
JUSTINE, lit
Je suis bien charmé, Mademoiselle, de ce que vous me faites l'honneur de me dire, que tout ce qui vient de moi vous fait toujours plaisir ; je le redouble aujourd'hui ce plaisir, en vous envoyant deux paires de bas, au lieu d'une que vous m'avez demandée ; je vous prie de les accepter ; je crains seulement qu'ils ne soient trop larges, pour une jambe aussi jolie que la vôtre. Ah ! Si je pouvais baiser ce qui est au bout, je veux dire, votre pied ; que je serais heureux !...
GRAND-PIERRE
Je croyais que c'était le genou, moi, qu'il voulait dire.
ROSALIE
Le genou, Justine !
Riant.
Ah, ah, ah ! Il n'est pas si malin que cela.
JUSTINE
Oh, pour cela non.
Elle continue de lire.
Que je serais heureux ! J'attends le moment fortuné, où je pourrai vous dire de vive voix, que vous régnerez toujours dans mon coeur ; je ne vous crois pas ingrate ; mais il faudrait me le prouver. Je vous l'ai déjà écrit, et vos beaux yeux ont dû lire et penser que je suis incapable de vous rechercher autrement, qu'en légitime mariage, et comme votre très humble et très obéissant et respectueux serviteur. RAIMOND.
ROSALIE
Il n'est pas trop empressé ; ainsi, tu vois bien, que tu n'as rien à craindre.
GRAND-PIERRE
N'a-t-il pas envie de lui parler de vive voix ? S'il allait l'entreprendre et rencontrer la mère, Madame_Louvier, je serais flambé.
JUSTINE
Je m'en vais lui recommander encore de se tenir tranquille ; ne sois pas inquiet. Rosalie, donne-moi l'écritoire.
ROSALIE
Tiens, la voilà.
GRAND-PIERRE
Ah bien, je m'en vais vous laisser faire.
Il va s'asseoir sur une pierre, et il fume sa pipe.
JUSTINE, la plume à la main
Ah çà, que demanderons-nous à présent ? Je voudrais bien avoir une montre.
ROSALIE
Ah, une montre ; c'est trop cher.
JUSTINE
Oui, c'est vrai ; mais quelque chose qui nous valût un peu d'argent.
ROSALIE
Un peu d'argent ? Comment faire ? Ah ! Tiens, il faut lui demander un bonnet_à_la_grippe ; il viendra peut-être l'acheter ici ; cela nous divertira ; et nous aurons l'argent et la marchandise.
JUSTINE
Tu as raison ; c'est bien imaginé. Allons, je m'en vais écrire. Elle écrit, et elle montre à Rosalie à mesure ; et elles rient toutes les deux en faisant la lettre.
SCÈNE VI. Rosalie, Justine, Madame Louvier, Mademoiselle Javotte, De L'Aune, Grand-Pierre.
MADAME LOUVIER
De l'Aune, pendant que nous allons garder la boutique, vous devriez aller replier toutes les pièces de draps d'hier, dans le magasin.
DE L'AUNE
Je m'en y vais, Madame.
Il regarde Javotte en s'en allant, qui le regarde aussi.
SCÈNE VII. Rosalie, Justine, Madame Louvier, Madame Javotte, Grand-Pierre.
MADAME LOUVIER, s'asseyant et tricottant
Tenez, Javotte, asseyez-vous-là.
Javotte s'assied et travaille à la tapisserie.
Votre tapisserie est-elle bien avancée ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Oui, Maman ; tenez, voyez tout ce que j'ai fait depuis hier.
MADAME LOUVIER
C'est bon. Et votre arithmétique ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Ah, Maman ! J'ai fait aujourd'hui une multiplication avec sols et deniers, sans faute ; si vous voulez, je m'en vais vous l'aller chercher ; vous verrez.
Elle se lève.
MADAME LOUVIER
Non, non ; restez-là.
MADEMOISELLE JAVOTTE
C'est que je dis, vous verriez...
MADAME LOUVIER
Non. Écoutez-moi ; quand vous êtes ici toute seule avec De l'Aune, qu'est-ce qu'il vous dit ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Lui ? Presque jamais rien, surtout depuis quelque temps ; il me paraît même bien triste.
MADAME LOUVIER
Bien triste ? Je ne vois pas cela ; il me semble qu'il est tout comme à son ordinaire.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Oui, quand vous y êtes ; mais avec moi, il est bien différent. Autrefois, il était de la meilleure humeur du monde, quand nous étions ensemble ; à présent ce n'est plus la même chose.
MADAME LOUVIER
Il s'ennuie peut-être d'être Garçon_Marchand.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Ah, mon_Dieu, non ; car je lui ai demandé, et il m'a assuré que, tout au contraire, il voudrait rester toujours comme il est.
MADAME LOUVIER
Tout cela, ce sont des contes. Ma fille, il ne faut pas croire tout ce que disent les garçons ; c'est pour attraper les filles.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Attraper les filles ? Oh, je jurerais bien qu'il ne m'attrapera pas ; vous ne le connaissez pas, Maman ; il n'est pas assez malin pour cela ; je l'attraperais plutôt, moi.
MADAME LOUVIER
Il ne faut vous attraper ni l'un ni l'autre. Je vais vous parler naturellement, comme une bonne mère et qui a confiance en vous ; répondez-moi de même.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Oui, Maman.
MADAME LOUVIER
Je voudrais savoir si De l'Aune n'a point d'amour pour vous ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Je n'en sais rien, Maman ; mais si vous voulez je lui demanderai.
MADAME LOUVIER
Gardez-vous en bien.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Pourquoi donc ? Si vous voulez le savoir, cela sera bien plutôt fait.
MADAME LOUVIER
C'est une simple curiosité.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Oh bien, laissez, laissez-moi faire.
MADAME LOUVIER
Je vous le défends, entendez-vous ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Mais, Maman, c'est que je ne serais pas fâchée de le savoir aussi, moi.
MADAME LOUVIER
Comment ; pourquoi donc ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Maman ; c'est qu'il me dirait peut-être la différence qu'il y a de l'amour à l'amitié ; car je commence à croire qu'il y en a.
MADAME LOUVIER
Vous me paraissez bien savante.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Ah, Maman, c'est donc vrai ?
MADAME LOUVIER
Non, non, ce sont des contes qu'on lit dans les Histoires des Romans ; et il ne faut pas qu'une fille en lise jamais.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Oh, je le sais bien ; parce que tout cela n'est pas vrai ; et j'en suis bien fâchée !
MADAME LOUVIER
Est-ce que vous en avez lu ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Oui, Maman, au Couvent ; j'en ai lu un qui s'appelait Hippolite_Comte_de_Duglas.
MADAME LOUVIER
C'est fort bien. C'est donc-là que vous avez appris que l'on avait de l'amour ? Tout cela n'est qu'un nom ; c'est de l'amitié qu'il faut dire ; et une fille ne doit jamais prononcer le mot d'amour, entendez-vous ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Oui, Maman ; mais si ce n'est pas la même chose.
MADAME LOUVIER
Comment, et pourquoi ne serait-ce pas la même chose ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Je m'entends bien, Maman. Tenez, l'amitié, c'est je crois, ce que je sens pour vous, pour ma tante, pour ma cousine...
MADAME LOUVIER
Oui, cela est vrai.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Et l'amour est une autre amitié qu'on sent pour...
MADAME LOUVIER
Achevez, pour ?...
MADEMOISELLE JAVOTTE
Pour des hommes.
MADAME LOUVIER
Pour des hommes ? Mais est-ce que vous n'avez pas aussi de l'amitié pour votre oncle ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Oui ; mais ce n'est pas-là ce que je veux dire.
MADAME LOUVIER
Allons, allons ; vous rêvez. Croyez-moi ; c'est ce que vous avez de mieux à faire.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Je le sais bien, Maman.
MADAME LOUVIER
Si vous le savez, pourquoi donc avoir des idées comme celles-là ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Mais, Maman, ce n'est pas ma faute, elles viennent sans que j'y pense.
MADAME LOUVIER
Voilà qui est bien ; ne parlons plus de cela.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Comme vous voudrez, Maman.
SCÈNE VIII. Justine, Rosalie, Monsieur Raimond, Madame Louvier, Mademoiselle Javotte, Grand-Pierre.
JUSTINE
Grand-Pierre ?
GRAND-PIERRE
Mademoiselle.
JUSTINE
Tiens, voilà sa réponse.
GRAND-PIERRE
C'est bon.
ROSALIE
Ah, voilà Monsieur_Raimond !
JUSTINE, effrayée
Il veut entrer chez Madame_Louvier, je crois.
GRAND-PIERRE
Oh, nous sommes perdus !
Il court écouter ce que dit Monsieur_Raimond.
MONSIEUR RAIMOND, croyant Mademoiselle Javotte seule, ne voyant pas sa mère
Mademoiselle, je vous apporte moi-même...
MADAME LOUVIER, se levant
Monsieur, qu'est-ce qu'il y a pour votre service ?
MONSIEUR RAIMOND
Madame... Mais je me trompe... Je cherchais... Je croyais que c'était ici... L'enseigne_de_la_Lune_d_argent.
MADAME LOUVIER
Non, Monsieur ; c'est dans la rue_Thibautodé, la deuxième rue après celle-ci.
Rue Thibautodé : ancienne rue de Paris (Ier arr.) qui reliait la Rue Saint-Germain l'Auxerrois et la rue de Bétisy (rue de Rivoli).
MONSIEUR RAIMOND
Madame, je vous demande bien pardon.
MADAME LOUVIER
Monsieur, il n'y a pas de mal.
MONSIEUR RAIMOND
Je suis bien votre très humble serviteur.
MADAME LOUVIER
Et moi, Monsieur, votre très humble servante.
MONSIEUR RAIMOND, à Grand-Pierre, qui vient au-devant de lui
Ah, Grand-Pierre, je viens de faire une terrible faute !
GRAND-PIERRE
Et je vous ai bien vu.
MONSIEUR RAIMOND
J'ai cru Mademoiselle_Javotte seule... J'ai peur qu'elle ne soit fâchée contre moi.
GRAND-PIERRE
Et que n'attendiez-vous aussi ce qu'elle vous manderait ?
MONSIEUR RAIMOND
Hé, vraiment oui, mais quand je ne la vois pas, je veux la voir ; quand je la vois, je veux lui parler, et puis... Mais, dis-moi ; m'a-t-elle fait réponse ?
GRAND-PIERRE
Oui, Monsieur, la voilà.
MONSIEUR RAIMOND
Que tu es heureux ! Tu lui parle comme tu veux, toi.
Il lit.
Hum, hum, hum... Ah, toujours charmante ! Hum, hum, hum... Oui, oui ; cela ne m'arrivera plus, bien sûrement. Hum, hum, hum... Comment ne l'aimerais-je pas ? Hum, hum, hum... Un bonnet_à_la_grippe ? Où trouverai-je cela ?
GRAND-PIERRE
Un bonnet_à_la_grippe ?
MONSIEUR RAIMOND
Oui ; qu'est-ce que c'est que cela ?
GRAND-PIERRE
Ma foi, je n'en sais rien. Un bonnet ? Ce ne peut être que pour elle. Les Marchandes_de_Modes vous diront cela.
MONSIEUR RAIMOND
Les Marchandes_de_Modes ? Je crois que tu as raison. Celles qui demeurent là, sont-elles habiles ?
GRAND-PIERRE
Oh ! Monsieur, ce sont les plus fameuses de Paris.
MONSIEUR RAIMOND
Allons, je vais y entrer.
Donnant un petit paquet à Grand-Pierre.
Tiens, tâche, dès que tu le pourras, de donner ceci à Mademoiselle_Javotte, et de lui dire que je suis bien fâché de n'avoir pas vu sa mère ; que je n'aurais pas tenté de lui parler malgré elle, que je lui en demande bien pardon. Entends-tu ?
GRAND-PIERRE
Oui, Monsieur.
MONSIEUR RAIMOND
Je dirai qu'on te donne le bonnet_à_la_grippe ; et je t'apporterai une lettre d'excuses pour Mademoiselle_Javotte, que tu lui donneras avec... Tu comprends bien ?
GRAND-PIERRE
Oui, oui, Monsieur ; ne vous embarrassez pas. Je m'en vais entrer chez elle ; et dès qu'elle sera seule, je lui remettrai cela.
MONSIEUR RAIMOND
C'est fort bien ; je vais acheter ce bonnet qu'elle me demande.
GRAND-PIERRE
Allez, allez ; ces Demoiselles vous serviront bien.
Il entre chez Madame Louvier ; et Monsieur Raimond entre chez Justine et Rosalie.
SCÈNE IX. Rosalie, Justine, Madame Louvier, Mademoiselle Javotte, Monsieur RAIMOND.
JUSTINE, à Monsieur Raimond
Y a-t-il quelque chose pour le service de Monsieur ? Des bourses_à_cheveux, des noeuds_d_épées, cordons_de_cannes, cordons_de_montres ?
ROSALIE
Des sacs à ouvrage pour les Dames, des bonnets_à_la_paysanne, des bonnets_à_la_grippe ?
MONSIEUR RAIMOND
Voilà précisément Mesdemoiselles, ce que je demande.
JUSTINE
Monsieur, donnez-vous la peine de vous asseoir. Vous allez voir tout ce qu'il y a de plus beau en bonnets_à_la_paysanne.
MONSIEUR RAIMOND
Non, non ; ce n'est pas cela.
ROSALIE
C'est des bonnets_à_la_grippe, que Monsieur veut ?
MONSIEUR RAIMOND
Oui, Mesdemoiselles, à la grippe.
JUSTINE
Oh, Monsieur, nous en avons : vous allez en voir, et tout ce qu'il y a de mieux fait.
MONSIEUR RAIMOND
Je ne veux pas épargner, ainsi...
JUSTINE
Monsieur, vous n'en avez pas l'air ; et nous connaissons un peu notre monde. Tenez, Monsieur, regardez cela ; voilà un des plus beaux bonnets_à_la_grippe, qu'il y ait jamais eu.
MONSIEUR RAIMOND
Vous me l'assurez ; parce que moi...
JUSTINE
Oh, pour cela, ce n'est pas Monsieur que nous voudrions tromper.
MONSIEUR RAIMOND
Je le crois ; et combien le vendez-vous ?
ROSALIE
Faut-il parler à Monsieur en confidence ?
MONSIEUR RAIMOND
Sans doute, sans doute ; je n'aime pas à marchander.
ROSALIE
Hé bien, Monsieur ; c'est douze francs, ni plus, ni moins.
MONSIEUR RAIMOND
Douze francs ? Ne pourriez-vous pas l'embellir un peu ? Mais d'une façon modeste, cependant ; je voudrais y mettre un louis.
ROSALIE
Monsieur, rien n'est plus aisé. Justine, il n'y a qu'à y mettre un ruban de dentelle.
JUSTINE
Oui ; mais c'est une affaire de quinze francs de plus.
ROSALIE
Oh, bon, avec Monsieur ; nous ne regarderons pas à un écu. Si Monsieur veut attendre, cela sera fait dans le moment. Elle travaille au bonnet.
MONSIEUR RAIMOND
C'est que je suis un peu pressé. Vous demeurez-là dans un beau quartier.
JUSTINE
Oui, Monsieur, et un quartier d'honnêtes gens : voilà ce qu'il y a de plus agréable.
MONSIEUR RAIMOND
Vous connaissez sûrement Madame_Louvier ?
JUSTINE
Fort peu, Monsieur ; c'est une femme froide et sévère.
MONSIEUR RAIMOND
C'est ce qui me paraît. Est-ce sa fille qui est avec elle ?
ROSALIE
Oui, Monsieur ; oh ! C'est bien le plus joli caractère du monde ! Elle est charmante !
MONSIEUR RAIMOND
C'est bien vrai cela, qu'elle est charmante, Mademoiselle_Javotte.
JUSTINE
Ah, vous savez son nom ; vous la connaissez donc ?
MONSIEUR RAIMOND
Moi ? Non... Comme cela. Vient-elle quelquefois ici ?
JUSTINE
Non, Monsieur, elle ne quitte jamais sa mère ; et elles ne nous ont encore rien acheté, depuis que nous sommes dans le quartier.
MONSIEUR RAIMOND
Est-ce quelle est méchante, Madame_Louvier ?
ROSALIE
Méchante ? Je crois que non, n'est-ce pas, Justine ?
JUSTINE
Je ne sais pas, mais... Il ne faut pas dire de mal de ses voisins.
MONSIEUR RAIMOND
J'entends ; elle n'est pas trop bonne.
JUSTINE
Je ne dis pas cela ; cependant, il ne faudrait pas trop s'y frotter.
ROSALIE
Elle a fait mourir son mari de chagrin, par sa jalousie ; c'est une femme qui prend la mouche sur un rien.
MONSIEUR RAIMOND
Cela n'est pas agréable.
ROSALIE
Oh ! Point du tout ; et je crois que la petite personne a beaucoup à souffrir avec elle. Enfin, elle n'ose seulement pas nous saluer devant sa mère.
MONSIEUR RAIMOND
C'est un peu extraordinaire.
JUSTINE
Ajoutez à cela, qu'elle est d'une avarice affreuse.
MONSIEUR RAIMOND
On m'en avait dit quelque chose.
ROSALIE
Elle refuse tout à sa fille.
MONSIEUR RAIMOND
Que je la plains !
JUSTINE
Monsieur, ne dites pas que nous vous avons dit cela ; car il faut vivre en paix avec ses voisins, quels qu'ils soient.
MONSIEUR RAIMOND
Ne vous mettez pas en peine ; je ne dis jamais rien de tout ce que je sais.
ROSALIE
Voilà votre bonnet qui va être bientôt fini.
MONSIEUR RAIMOND
Oui ; mais j'ai affaire, et je ne peux pas rester plus longtemps. Je vais vous le payer ; et je vous prierai de le donner à Grand-Pierre, qui sait où je demeure, et qui me l'apportera.
ROSALIE
Grand-Pierre ?
MONSIEUR RAIMOND
Oui ; vous le connaissez ?
JUSTINE
C'est lui qui fait toutes nos commissions.
MONSIEUR RAIMOND, comptant de l'argent
Voilà douze francs, dix-huit, vingt-quatre.
ROSALIE
Monsieur, en vous remerciant ; quand il vous faudra autre chose, nous vous demandons la préférence.
MONSIEUR RAIMOND, se levant
Sûrement.
JUSTINE
Donnez une enseigne à Monsieur.
MONSIEUR RAIMOND
Je n'en ai pas besoin ; je passe tous les jours par ici. Adieu, Mesdemoiselles ; je suis bien votre serviteur.
ROSALIE
Monsieur, nous nous recommandons à vous, pour vous et pour vos amis.
MONSIEUR RAIMOND, en s'en allant
Oui, oui.
SCÈNE X. Madame Louvier, Mademoiselle Javotte, Justine, Grand-Pierre, Rosalie, De L'Aune.
JUSTINE, riant
Hé bien, le bonnet_à_la_grippe a bien réussi.
ROSALIE
Je mourrais d'envie de rire.
JUSTINE
Paix donc ; il pourrait revenir.
Elles parlent bas et rient.
MADAME LOUVIER
J'ai envie de sortir un moment. Grand-Pierre, dites à De l'Aune de descendre.
GRAND-PIERRE
Le voilà, Madame.
MADAME LOUVIER
Monsieur De l'Aune ; c'est que je vais aller chez Madame Dupont. Je vous en prie ne sortez pas ; je m'en vais revenir.
DE L'AUNE
Oui, Madame.
MADAME LOUVIER
On m'a dit que Monsieur votre oncle était à Paris, depuis quelques jours ; je l'ai prié de me venir voir.
DE L'AUNE
Mon oncle, Madame ?
MADAME LOUVIER
Oui, j'ai affaire à lui.
DE L'AUNE
Mais, Madame, j'ai cru que vous ne le connaissiez pas.
MADAME LOUVIER
Je ne l'ai jamais vu ; mais il m'a écrit. S'il vient, priez-le de m'attendre : je ne ferai qu'aller et venir.
Elle prend sa robe qu'elle retrousse et sort de la maison.
DE L'AUNE
Madame, je n'y manquerai pas.
SCÈNE XI. Rosalie, Justine, Mademoiselle Javotte, Grand-Pierre, De L'Aune, toujours embarrassé, vis-à vis de Mademoiselle. Javotte.
GRAND-PIERRE, à Justine et à Rosalie
Madame_Louvier est sortie ; ainsi je ne m'éloignerai pas. Tenez, voilà ce que Monsieur_Raimond m'a donné.
JUSTINE
C'est bon ; nous allons voir.
ROSALIE
Tu peux être tranquille ; je ne crois pas qu'il ait envie de rencontrer une seconde fois Madame_Louvier.
GRAND-PIERRE
Je vais toujours m'asseoir au coin de la rue, pour le voir venir.
JUSTINE
Nous t'avertirons.
Elles lisent la lettre de Monsieur_Raimond ; et elles rient tout bas. Grand-Pierre se couche à terre et s'endort.
MADEMOISELLE JAVOTTE, à De l'Aune, après avoir hésité
Monsieur De l'Aune, vous avez donc un oncle ?
DE L'AUNE
Oui, Mademoiselle.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Et il est à Paris ?
DE L'AUNE
On me l'a dit ; mais je ne l'ai jamais vu.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Pourquoi cela ?
DE L'AUNE
C'est qu'il est fâché contre moi.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Mais, tant_pis. Et à cause de quoi ?
DE L'AUNE
Parce qu'il avait décidé que je serais médecin.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Et vous n'avez pas voulu l'être ?
DE L'AUNE
Je vous demande pardon, Mademoiselle.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Et pourquoi donc ne l'avez-vous pas été ?
DE L'AUNE, avec embarras
Parce que... Tout d'un coup, il m'a pris envie de me faire marchand_de_drap.
MADEMOISELLE JAVOTTE, soupirant
Marchand de drap ?
DE L'AUNE, soupirant
Oui, Marchand de drap.
MADEMOISELLE JAVOTTE
C'est bien penser... Et... en avez-vous encore envie ?
DE L'AUNE
Toujours, je ne changerai jamais.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Jamais ?
DE L'AUNE
Non, Mademoiselle.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Et comment s'appelle Monsieur votre oncle ?
DE L'AUNE
Monsieur_le_Roux ; il est Receveur_des_Gabelles à Melun.
MADEMOISELLE JAVOTTE
C'est-il bien loin, Melun ?
DE L'AUNE
Oh ! Oui, Mademoiselle.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Bien loin, bien loin ?
DE L'AUNE
Il y a, je crois, plus de treize lieues.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Treize lieues ! Je n'irai jamais dans ce pays-là.
DE L'AUNE
Oh ! Ni moi non plus, j'en suis bien sûr.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Il ne faut jurer de rien.
DE L'AUNE
Ah, mon_Dieu, Mademoiselle, vous me faites trembler !
MADEMOISELLE JAVOTTE
On ne sait pas ce qui peut arriver.
DE L'AUNE
Comment, sauriez-vous ?...
MADEMOISELLE JAVOTTE
Non ; mais c'est qu'un malheur vient tout d'un coup, quelquefois.
DE L'AUNE
Est-ce que vous en auriez jamais vu arriver des malheurs ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Non ; mais j'en ai lu : et quoiqu'on dise que les livres ne sont pas vrais, je ne sais pourquoi, mais je crains toujours ce qu'ils prédisent.
DE L'AUNE
Ah ! Il disent quelquefois des choses bien heureuses.
MADEMOISELLE JAVOTTE
C'est que vous en connaissez de bons, apparemment ?
DE L'AUNE, s'asseyant
Si vous aviez lu Hippolite_Comte_de_Duglas, par exemple...
MADEMOISELLE JAVOTTE
Mais je l'ai lu.
DE L'AUNE
Il y a là une Julie...
Il soupire.
Je sais bien à qui elle ressemble.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Et Hippolite, il me semble que je le vois tous les jours.
DE L'AUNE
Comme Hippolite aime Julie !
MADEMOISELLE JAVOTTE
Et comme Julie aime Hippolite !
DE L'AUNE
C'est un grand bonheur de s'aimer comme cela.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Oui ; c'est un grand bonheur... Quand il n'arrive pas de malheur.
DE L'AUNE
Mais, dans le malheur on pense toujours à ce qu'on aime.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Ah, toujours, toujours. C'est bien dommage, qu'on ne puisse pas être comme les personnages des livres !
DE L'AUNE
Je vous assure qu'il y a des gens comme cela.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Oh ! Guère, je crois.
DE L'AUNE
J'en connais qui sont à moitié tout de même.
MADEMOISELLE JAVOTTE
À moitié ?... Qu'est-ce que cela veut dire ?
DE L'AUNE
Cela veut dire... Je n'oserai jamais vous l'expliquer.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Pourquoi ? Ah ! Je vous en prie, Monsieur De l'Aune, dites, dites donc ?
DE L'AUNE
Hé bien, ne me regardez pas.
MADEMOISELLE JAVOTTE, le regardant
Je ne vous regarderai pas.
DE L'AUNE
C'est-à-dire, qui aiment... Et qui voudraient...
MADEMOISELLE JAVOTTE
Et qui voudraient ?...
DE L'AUNE
Et qui voudraient bien être aimés.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Ah, oui, je comprends cela. Vous seriez donc bien aise d'être Hippolite ?
DE L'AUNE
Et vous, voudriez-vous être Julie ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Mais cela ne se peut pas.
DE L'AUNE
Non ; mais nous pourrions être comme eux.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Avoir de l'amour ?
DE L'AUNE
Mais...
MADEMOISELLE JAVOTTE
Si c'était de l'amitié, encore passe.
DE L'AUNE
De l'amitié ? Ce n'était pas de l'amitié que Julie avait pour Hippolite.
MADEMOISELLE JAVOTTE
C'est vrai.
DE L'AUNE
J'imite bien plus en cela Hippolite que vous n'imitez Julie ; et voilà mon malheur, à moi.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Sans cet amour, je vous aimerais bien ; ayez de l'amitié.
DE L'AUNE, soupirant
Julie ne disait pas cela à Hippolite.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Comment voulez-vous donc que je fasse ?
DE L'AUNE
Comme moi.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Comme vous ?
Rêvant.
Si personne que nous ne le savait encore.
DE L'AUNE
Oh ! Je vous réponds de vous bien garder le secret.
MADEMOISELLE JAVOTTE
C'est que ma mère... Votre oncle peut-être...
DE L'AUNE
Ils n'en sauront rien.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Il faudra que nous lisions ensemble le livre d'Hippolite.
DE L'AUNE
C'est bien penser.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Et nous nous dirons tout ce qu'ils se disaient.
DE L'AUNE
Je vous dirais bien encore autre chose, si vous vouliez m'aimer toujours.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Hé bien, Monsieur De l'Aune, dites, je vous le promets ; qu'est-ce que c'est ?
DE L'AUNE
Je voudrais bien que vous voulussiez lire ce que... je vous ai écrit, il y a déjà longtemps.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Donnez.
DE L'AUNE
Je vais le chercher.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Attendez, il me vient une idée.
DE L'AUNE
Qu'est-ce que c'est ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Si nous disions notre secret à votre oncle, peut-être qu'il en parlerait à ma mère ; et puis...
DE L'AUNE
On pourrait nous marier ensemble. Ah, quel bonheur !
MADEMOISELLE JAVOTTE
Vous en seriez donc bien aise ?
DE L'AUNE
Bien aise ? Ah !... Vous allez le voir dans ce que je vous ai écrit. Laissez, laissez-moi faire. Je vais vous le chercher, et puis j'apporterai aussi le livre d'Hippolite.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Si Monsieur_le_Roux venait avant ma mère.
DE L'AUNE
Cela serait bien heureux. Nous verrons, je vas revenir.
SCÈNE XII. Justine, Rosalie, travaillant, Mademoiselle Javotte, Monsieur Raimond, Grand-Pierre, dormant.
MADEMOISELLE JAVOTTE, voyant venir Monsieur Raimond
Monsieur De l'Aune ? Monsieur De l'Aune ; venez, venez ; je crois que voilà Monsieur_le_Roux.
MONSIEUR RAIMOND
Mademoiselle, je viens de voir Madame_Louvier dans une maison ; souffrez que je puisse avoir l'honneur de vous parler un moment.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Monsieur, je serai très aise de vous parler aussi avant qu'elle revienne ; donnez-vous la peine de vous asseoir. Monsieur De l'Aune va venir ; et j'ai une grâce à vous demander.
MONSIEUR RAIMOND
À moi, Mademoiselle ? Je suis charmé, enchanté, réjoui de ce que c'est un bonheur...
MADEMOISELLE JAVOTTE
Un bonheur, oui, si vous ne retournez pas à Melun tout de suite.
MONSIEUR RAIMOND
À Melun ? Non, Mademoiselle, je veux rester ici à vous aimer toujours.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Je le voudrais bien, Monsieur, et votre neveu aussi.
MONSIEUR RAIMOND
Mon neveu, mon neveu ? Je n'ai point d'autre désir, Mademoiselle, écoutez-moi, je vous en supplie. Je suis riche, et si vous voulez consentir...
MADEMOISELLE JAVOTTE
Monsieur, ce n'est pas le bien qui me fait souhaiter...
MONSIEUR RAIMOND
Ah, je le sais ; je connais votre façon de penser ; elle est adorable.
De l'Aune paraît ; et Javotte lui fait signe de rester derrière.
SCÈNE XIII. Rosalie, Justine, travaillant ; Monsieur Raimond, Mademoiselle Javotte, Grand-Pierre, dormant, De L'Aune, paraissant.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Monsieur, je suis trop heureuse, si vous m'estimez assez pour me demander à ma mère, pour...
MONSIEUR RAIMOND
Je n'ai jamais eu d'autre dessein, Mademoiselle ; vous le savez bien, et...
DE L'AUNE, à part
Ah, que je suis heureux !
MADEMOISELLE JAVOTTE
Monsieur, je n'en savais rien ; mais je ne puis vous dissimuler que je suis charmée de vous voir dans des dispositions aussi favorables pour nous.
MONSIEUR RAIMOND
En ce cas-là, je ne perdrai point de temps ; je vais en parler dans l'instant à Madame_Louvier.
MADEMOISELLE JAVOTTE, à De l'Aune
Tenez, Monsieur_De_l_Aune ; venez remercier Monsieur_le_Roux, de ses bonnes intentions.
MONSIEUR RAIMOND
Vous vous trompez de nom, Mademoiselle ; quant à mes intentions, je suis bien aise que Monsieur les approuve ; puisque vous le désirez.
DE L'AUNE
Sûrement ; c'est le plus grand bonheur !...
MONSIEUR RAIMOND
Ah, sans doute.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Pour nous !
MONSIEUR RAIMOND
Que vous êtes charmante ! Je le croyais bien partout ce que j'ai lu ; mais vous êtes encore au-dessus de tout ce que je pensais : cependant, vos lettres m'enchantaient !
MADEMOISELLE JAVOTTE
Mes lettres ?
MONSIEUR RAIMOND
Oui ; puisque Monsieur est dans le secret, je peux le dire devant lui ; je n'ai jamais rien lu qui m'ait fait autant de plaisir.
DE L'AUNE
Quoi ! Mon oncle, Mademoiselle Javotte vous a écrit ? Vous ne m'avez pas dit cela, Mademoiselle.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Je ne sais ce qu'il veut dire.
MONSIEUR RAIMOND
Mademoiselle, est-ce que Monsieur est votre neveu, qu'il m'appelle déjà son oncle ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Non, Monsieur ; quelle plaisanterie ! Dites-lui donc, je vous en prie, si je vous ai jamais écrit.
MONSIEUR RAIMOND
Pourquoi ne pas en convenir ? Il n'y a plus de mystère.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Comment, je vous ai écrit, moi ?
MONSIEUR RAIMOND
Oui, charmante Javotte ; et sans cela, aurais-je pu vivre, sans le bonheur de me savoir aimé de vous.
MADEMOISELLE JAVOTTE
En vérité, Monsieur_le_Roux, je ne vous comprends point.
MONSIEUR RAIMOND
Mais, je ne vois pas pourquoi vous voulez toujours m'appeler Monsieur_le_Roux.
DE L'AUNE
Quoi ! Monsieur, vous n'êtes pas mon oncle ?
MONSIEUR RAIMOND
Non, je ne suis pas votre oncle ; en voici bien d'une autre ; quelle fantaisie !
DE L'AUNE
Et Mademoiselle_Javotte, vous a écrit qu'elle vous aimait ?
MONSIEUR RAIMOND
Oui, Monsieur ; pourquoi pas ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
C'est une fausseté.
DE L'AUNE
Ah, Mademoiselle_Javotte !...
MONSIEUR RAIMOND
Tenez, Monsieur, cela est si vrai, que je peux vous montrer ses lettres.
DE L'AUNE
Voyons, Monsieur.
MONSIEUR RAIMOND
Non, je ne le ferai pas ; mais voilà Grand-Pierre, qui vous dira que cela est vrai ; il n'y a qu'à le réveiller ?
DE L'AUNE
Grand-Pierre ! Grand-Pierre !
GRAND-PIERRE, se réveillant
Qu'est-ce qu'il y a ?
Voyant Monsieur Raimond.
Eh, Monsieur, qu'est-ce que vous faites ici ?
MONSIEUR RAIMOND
Grand-Pierre ? N'est-ce pas toi, qui donnais mes lettres à Mademoiselle_Javotte ?
GRAND-PIERRE
Moi, Monsieur ?
MONSIEUR RAIMOND
Allons, parle.
GRAND-PIERRE
Oui, oui, Monsieur.
À De l'Aune.
C'est un fou.
MONSIEUR RAIMOND
Non, non ; je ne suis pas fou ; et je vais le prouver.
Il cherche dans ses poches.
GRAND-PIERRE, à part
Allons-nous-en.
Il veut s'en aller.
DE L'AUNE, le retenant
Reste-là.
MONSIEUR RAIMOND
Je vois que vous m'avez trompé, et que vous aimez Monsieur_De_l_Aune, ingrate.
GRAND-PIERRE
Ah, voilà Madame_Louvier, je suis perdu ! Il veut encore s'en aller.
DE L'AUNE
C'est inutile, tu ne t'en iras pas.
SCÈNE XIV. Rosalie, Justine, Madame Louvier, Mademoiselle Javotte, Monsieur Raimond, De L'Aune, Grand-Pierre.
MADAME LOUVIER, à Monsieur Raimond
Monsieur, je vous demande bien pardon, de vous avoir fait attendre.
MONSIEUR RAIMOND
Ah ! Madame, prenez pitié de l'homme du monde le plus malheureux.
MADAME LOUVIER
Il n'y a point de malheur à cela, Monsieur ; je m'en étais toujours douté.
MONSIEUR RAIMOND
Quoi, Madame, réellement ?
MADAME LOUVIER
Oui, vraiment ; et quand on se convient...
MONSIEUR RAIMOND, avec joie
Ah, Madame, vous me rendez la vie !
MADAME LOUVIER
Il y a longtemps que j'ai pensé que Monsieur_De_l_Aune et ma fille s'aimaient, quoiqu'elle n'en ait pas voulu convenir avec moi ; et voilà pourquoi je vous ai fait prier de me venir voir.
MONSIEUR RAIMOND
Vous m'avez fait prier de venir vous voir ?
MADAME LOUVIER
Oui, Monsieur.
MONSIEUR RAIMOND
Et pour me dire cela ?
MADAME LOUVIER
Sans doute, et je ne vois pas que nous ayons rien de mieux à faire, que de les marier ensemble.
MONSIEUR RAIMOND
Quoi, Mademoiselle, vous y consentiriez ?
MADEMOISELLE JAVOTTE
Oui, Monsieur ; puisque c'est la volonté de Maman.
MADAME LOUVIER
Pourquoi n'y consentiriez-vous pas aussi ?
MONSIEUR RAIMOND
Peut-on être trompé aussi cruellement !
MADAME LOUVIER
Répondez-moi donc ?
GRAND-PIERRE, à Monsieur Raimond
Allons, Monsieur, croyez-moi, allez-vous-en.
MONSIEUR RAIMOND
Non, Madame ; ce mariage-là ne se fera pas, si vous voulez m'entendre.
MADAME LOUVIER
Je ne vous comprends pas.
MONSIEUR RAIMOND
Je m'en vais m'expliquer. Je vois que vous me croyez l'oncle de Monsieur_De_l_Aune, et je ne le suis pas ; mais j'aime aussi Mademoiselle_Javotte.
MADAME LOUVIER
Monsieur, je suis fâchée qu'elle en aime un autre ; mais je ne puis pas la rendre malheureuse pour vous faire plaisir.
MONSIEUR RAIMOND
Apprenez du moins, comme elle s'est jouée de ma faiblesse.
MADAME LOUVIER
Ma fille ?
MONSIEUR RAIMOND
Oui, Madame.
JUSTINE, à Rosalie, en venant écouter
Je m'en vais écouter ; cela me paraît long.
MONSIEUR RAIMOND
J'ai aimé Mademoiselle_Javotte, dès que je l'ai vue. J'ai du bien ; mais j'ai voulu avoir son consentement, avant de vous la demander. J'ai chargé Grand-Pierre de lui remettre une lettre de ma part. Il m'a rapporté une réponse favorable. Je lui en ai écrit encore beaucoup d'autres ; elle m'a toujours mandé qu'elle me dirait quand il serait temps de vous parler.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Ah, Maman ! Il n'y a pas un mot de vrai.
MADAME LOUVIER
Ce que vous me dites là, Monsieur, m'étonne ; qu'elle réponde elle-même.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Non, non, Maman, ne le croyez pas. C'est un procédé dont je suis incapable, Monsieur_De_l_Aune.
MADAME LOUVIER
Hé bien, Monsieur ?
MONSIEUR RAIMOND
Madame, je n'ai rien avancé qui ne soit très vrai ; en voilà la preuve. Lisez ces lettres. Il donne des lettres à Madame_Louvier.
MADEMOISELLE JAVOTTE
De moi, Monsieur ?
MONSIEUR RAIMOND
Oui, Mademoiselle ; il n'est plus temps de dissimuler : vous savez comme je vous aime ; je vous donne tout mon bien, si...
MADAME LOUVIER
Mais, Monsieur, ce n'est pas-là l'écriture de ma fille.
MONSIEUR RAIMOND
Comment, Madame ?
MADAME LOUVIER
Non, Monsieur ; et je vous crois trop honnête homme, pour vouloir employer des moyens aussi grossiers pour avoir une fille malgré elle et ses parents.
MADEMOISELLE JAVOTTE
Ah, je respire !
MONSIEUR RAIMOND
Je n'y comprends rien ; mais Grand-Pierre peut vous certifier ce que j'avance.
DE L'AUNE
Grand-Pierre, dis ce que tu sais tout-à-l_heure.
GRAND-PIERRE
Mais, Monsieur...
MADAME LOUVIER
Il n'y a qu'à le mener chez le Commissaire.
GRAND-PIERRE, à genoux
Hé bien, Monsieur, je vais tout avouer.
JUSTINE, effrayée
Rosalie, viens vite ici.
MADAME LOUVIER
Parle donc.
GRAND-PIERRE
Hé bien, Madame, tout ce qu'a dit Monsieur est très vrai.
MADAME LOUVIER
Quoi, ma fille ?...
GRAND-PIERRE
Non, Madame, les lettres ne sont pas d'elle ; mais comme cela me valait de l'argent, je les ai fait faire.
MONSIEUR RAIMOND
Et par qui, coquin ?
GRAND-PIERRE
Ah, Monsieur, par d'aimables Demoiselles, que cela divertissait beaucoup, nos voisines d'ici à côté, et qui ne vous demandent rien pour cela ; car vous les avez bien payées.
MONSIEUR RAIMOND
Tais-toi... J'ai donc été la dupe de ma bonne foi !
JUSTINE, à Rosalie, en s'en allant
Allons nous cacher, jusqu'à ce qu'il soit parti.
SCÈNE XV. Madame Louvier, Madamoiselle Javotte, Monsieur Raimond, De L'aune, Grand-Pierre.
MONSIEUR RAIMOND
Vous voyez, Madame, que je suis excusable. J'espère que vous me pardonnerez ceci ; je suis trop puni de ma sotte crédulité. Que Mademoiselle soit heureuse avec Monsieur_De_l_Aune ; elle le mérite ; et j'en serai charmé.
À Grand-Pierre.
Pour toi, coquin, que je ne te revoie jamais, non plus que celles qui se sont aussi impudemment moquées de moi.
Il s'en va.
SCÈNE XVI. Madame Louvier, Mademoiselle Javotte, De L'Aune.
MADAME LOUVIER
Ma fille, si vous m'aviez dit que vous aimiez Monsieur De l'Aune, votre bonheur serait plus avancé : mais il n'y a rien de perdu ; et j'espère qu'avec les avantages que je vous ferai, son oncle ne s'y opposera pas.
Explication du Proverbe 29. L'occasion fait le Larron.
3 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0