Proverbe en prose· Cinquante Septième Proverbe
L'Officier du Gobelet
Personnages
- MONSIEUR DE SAINT-BRICE, Capitaine d'Infanterie
- MONSIEUR DU PARC, Capitaine de Cavalerie
- MONSIEUR DE PLAVEAU, Bailli de Nogent et Officier du Gobelet
- MARIANNE, Suivante
L'OFFICIER DU GOBELET
SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur de Saint-Brice, Monsieur du Parc, Marianne, les éclairant.
MONSIEUR DU PARC
C'est donc ici où tu loges ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Oui pour deux ou trois jours, je ne suis pas mal.
MONSIEUR DU PARC
Tu es fort bien. Si je logeais à l'auberge, je logerais ici à cause de cette belle enfant là.
Il prend Marianne par le bras ; il veut l'embrasser.
MARIANNE
Finissez, Monsieur.
MONSIEUR DU PARC
Comment, tu fais la cruelle, je crois ?
MARIANNE
Non, Monsieur ; mais c'est que je n'aime pas ces manières-là.
MONSIEUR DU PARC
Ah, tu n'aimes pas ces manières-là.
Il la poursuit, elle se défend et le repousse.
Elle est plus forte que moi. Elle m'a déchiré mes manchettes.
MARIANNE
J'en suis bien aise, pourquoi badinez-vous aussi ?
MONSIEUR DU PARC
Attends-moi.
MARIANNE, s'en allant
Je ne vous crains pas. Monsieur vous n'avez besoin de rien ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Non pas à présent.
MARIANNE
S'il vous faut quelque chose, vous le direz.
SCÈNE II. Monsieur de Saint-Brice, Monsieur du Parc.
MONSIEUR DU PARC
Pourquoi ne veux-tu pas venir souper chez Madame de Saint-Placide ? C'est une très bonne maison.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Je le sais bien.
MONSIEUR DU PARC
Elle t'en a prié, et si tu reviens ici quelquefois , tu feras bien-aise de la trouver.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Si mon affaire se finit, je ne crois pas qu'on m'y revoie de sitôt.
MONSIEUR DU PARC
Oui ; mais il faut qu'elle se fasse.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
C'est pour cela que je veux faire mon mémoire, afin de le présenter demain.
MONSIEUR DU PARC
Tu trouverais peut-être chez Madame de Saint-Placide, des gens qui pourraient te servir.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Qui ?
MONSIEUR DU PARC
Des premiers commis, il en vient beaucoup chez elle, et qui sont très honnêtes.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Tu as raison, diable !
MONSIEUR DU PARC
Quand je te dis, allons ; viens, viens.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Je veux faire mon mémoire avant, il est encore de bonne heure.
MONSIEUR DU PARC
Et qu'est-ce que c'est que ton affaire ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
On m'a dit que j'aurais de la peine à l'obtenir.
MONSIEUR DU PARC
Il faut en parler à Madame de Saint-Placide.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Si tu crois qu'elle puisse m'y servir, je ne demande pas mieux.
MONSIEUR DU PARC
Je te dis que c'est la meilleure femme du monde et la plus obligeante.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Voici de quoi il est question. J'ai passé l'hiver chez mon Père, comme tu fais.
MONSIEUR DU PARC
Oui. Quel âge a-t-il ton père ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Soixante et quinze ; mais il se porte bien.
MONSIEUR DU PARC
Il faudrait demander la survivance de sa Lieutenance de Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
C'est cela justement que je veux.
MONSIEUR DU PARC
Tu as raison.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Tu connais, Mademoiselle Adélaïde ?
MONSIEUR DU PARC
La fille de Madame de la Belliere , à Douai ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Eh, non !
MONSIEUR DU PARC
Ah, la fille de Monsieur Desfoins, votre Major.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Justement : elle est charmante !
MONSIEUR DU PARC
Mais il me semble que non.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
C'est que tu ne te la rappelles pas.
MONSIEUR DU PARC
Et parbleu si fait ; n'est-ce-pas une grande fille pâle, qui avait mal à la poitrine ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Oui, mais ce mal-là n'est rien, notre chirurgien-major l'a entrepris, il m'a promis qu'avant un mois elle serait guérie.
MONSIEUR DU PARC
Si tu avais connu le nôtre ! Il n'en manquait pas des maladies de poitrine ; c'était bien le plus habile homme du monde. Achèves donc. Je parie que tu es amoureux de Mademoiselle Adélaïde.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Il est impossible de l'aimer davantage.
MONSIEUR DU PARC
Et l'aime-t-elle aussi, elle ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Tout ce qu'on peut aimer, et je parie que sa langueur ne vient que de se que son père ne veut pas consentir à notre mariage.
MONSIEUR DU PARC
Quoi, le bonhomme Desfoins, est donc un peu entêté ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Que trop. Il n'y a que dans le cas où j'aurais la survivance de mon père, qu'il le voudrait bien.
MONSIEUR DU PARC
Je le crois.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Mon père a écrit à son ancien Colonel qui l'aimait beaucoup, il venait de mourir. Il a encore écrit pour cette survivance à bien des officiers-généraux de sa connaissance sous lesquels il avait servi, quelques-uns ne lui ont pas répondu et les autres lui ont mandé qu'on n'accordait plus de survivances, et comme il y a un de ses camarades qui en a obtenu une pour son fils, j'ai pris le parti de venir ici ce n'a pas été sans être désespéré de me séparer de Mademoiselle Adélaïde.
MONSIEUR DU PARC
Il faudra conter tout cela à Madame de Saint-Placide. Si tu veux, je la préviendrai.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
N'oublies pas de dire que c'est celle du Lieutenant de Roi du Quesnoi, qui a été accordée.
MONSIEUR DU PARC
Celle du Quesnoi ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Il y a six semaines.
MONSIEUR DU PARC
Ah ça, tu viendras bientôt ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Oui, quand j'aurai fini mon mémoire.
MONSIEUR DU PARC
Allons, c'est bon ; je m'en vais t'annoncer. Ne sois pas longtemps.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Non , non,
MONSIEUR DU PARC
Adieu »
SCÈNE III.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE, cherchant dans le tiroir de la table
Il n'y a ici ni plume, ni encre. Voyons si j'en ai.
Il fouille dans ses poches.
J'ai oublié mon écritoire aussi. La Fille. Il n'y a pas de sonnettes ici ? La Fille.
SCENE IV. Monsieur de Saint-Brice, Marianne.
MARIANNE
On y va.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Allons donc.
MARIANNE
Qu'est-ce que vous voulez, Monsieur ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Une écritoire.
MARIANNE
Est-ce qu'il n'y en a pas là ? Ce matin...
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
J'y ai regardé.
MARIANNE, s'en allant
Vous en allez avoir tout-à-l'heure.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Pourvu que je me souvienne de ce qu'il y avait dans ce mémoire.
Il rêve.
MARIANNE, revenant
Monsieur, voilà de l'encre.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Et une plume ?
MARIANNE, s'en allant
Vous ne dites pas aussi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Allez, allez.
MARIANNE, revenant avec une plume
Tenez, voilà une plume.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Et du papier donc ?
MARIANNE, s'en allant
Il fallait donc le dire en même temps. Pardi, il vous faut bien des choses toujours.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Ce diable de mémoire que j'ai perdu ! Il cherche dans ses poches. Voyons encore.
Il regarde tous ses papiers et il baise une lettre.
Ah, chère Adélaïde !
MARIANNE, apportant du papier ,etc
Voilà tout ce qu'il vous faut, n'est-ce pas ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
C'est bon ; laissez-moi.
MARIANNE
Il ne vous faut plus rien ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Non.
SCENE V. Monsieur de Saint-Brice, Une Voix dans la chambre prochaine.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE, se mettant à écrire
Il faudra bien que je me souvienne de ce qui était dans ce Mémoire.
Il rêve.
Oui, je crois que voilà comme il commençait.
Il écrit.
LA VOIX, sur des tons différents
À boire pour le Roi. À boire pour le Roi,
MONSIEUR DE SAINT-BRICE, écoutant
Qu'est-ce que j'entends là ?
LA VOIX
À boire pour le Roi, à boire pour le Roi, à boire pour le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Que diable est-ce que cela veut dire ?
LA VOIX
À boire pour le Roi, à boire pour le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Je n'entends pas bien. Qu'importe-t-il ?
LA VOIX
À boire pour le Roi, à boire pour le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Cela m'a fait oublier... Il faudra bien que je le retrouve.
Il rêve.
LA VOIX
À boire pour le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Encore ? Ah, je n'entends plus rien.
Il rêve.
Ah !... Dire que je ne puisse pas me souvenir !..
LA VOIX
À boire pour le Roi. À boire pour le Roi. À boire pour le Roi. À boire pour le Roi,
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Je n'y tiens pas !...
LA VOIX
À boire pour le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Je ne comprends pas qui ce peut être, il semble qu'il y a trois ou quatre voix.
LA VOIX
À boire pour le Roi. À boire pour le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Il m'est impossible de rien faire du tout, tant que cela continuera.
LA VOIX
À boire pour le Roi. À boire pour le Roi. À boire pour le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Il faut savoir ce que c'est.
Il frappe contre le mur.
Qu'est-ce qui est là ?
LA VOIX
C'est moi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Qui, vous ?
LA VOIX
J'ai l'honneur d'être votre voisin, Monsieur, et si vous voulez, je m'en vais vous aller voir.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Qu'est-ce que vous avez ?
LA VOIX
Je m'en vais vous le dire, Monsieur, je m'en vais vous le dire.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Ce sera sûrement quelque importun, ou quelque fou.
SCENE VI. Monsieur de Saint-Brice, Monsieur de Plaveau.
MONSIEUR DE PLAVEAU, à la porte
Est-il permis d'entrer ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Entrez.
MONSIEUR DE PLAVEAU, en robe de chambré, une chandelle à la main
Monsieur, j'ai bien l'honneur de vous saluer.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Monsieur, je suis votre serviteur.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Monsieur, je vous demande bien pardon de paraître comme cela devant vous ; mais c'est que c'est mon usage quand je suis rentré chez moi, de me mettre en robe de chambre ; parce que vous entendez bien ; cela fait que.., je dis... enfin l'on est plus à son aise.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
C'est vrai.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Monsieur, il me paraît que vous êtes en affaire, vous avez là une plume et de l'encre...
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Oui, Monsieur, j'ai un mémoire de très grande conséquence à écrire, et je n'ai pas de temps à perdre.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Oh oui, quand on vient dans ce pays-ci... je m'en doutais bien... parce que...
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
C'est ce qui fait que je ne vous propose pas de vous asseoir.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Oh, moi, vous vous moquez, je ne m'assis jamais ; je resterais comme cela toute la journée. Permettez seulement que je mette ma chandelle sur votre table.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Non, je ne veux pas vous déranger ; car vous avez aussi affaire, vous, Monsieur, à ce qu'il me semble.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Oui vraiment et je n'ai pas de temps à perdre non plus, car c'est demain... Vous ne savez pas... C'est que...
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Quand on n'est ici que pour peu de temps...
MONSIEUR DE PLAVEAU
Oh, moi j'y suis pour trois mois, et c'est parce que... Vous avez été étonné de ce que vous entendiez ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Un peu, et si [vous] pouviez parler un peu plus bas....
MONSIEUR DE PLAVEAU
Plus bas ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Oui, vous me feriez plaisir.-
MONSIEUR DE PLAVEAU
Cela est bien difficile, ce n'est pas que je veuille faire ce que vous voudriez ; car moi... Monsieur est officier, je crois ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Oui, Monsieur.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Je le disais bien ; quand je vois qu'on a comme cela, la croix je dis, il faut que ce soit quelqu'un qui serve ou qui a servi ; car nous avons une étape à Nogent.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Vous êtes de Nogent ?
MONSIEUR DE PLAVEAU
Oui, Monsieur, je me nomme Plaveau, et je suis officier aussi, moi ; mais pas de même que vous, je suis Officier de Justice, j'en fuis le bailli ; et j'ai voulu être encore officier autrement ; c'est à dire... avoir une charge... C'est bien une charge que celle de bailli ; mais je veux dire une charge plus honorable quand je dis plus honorable ; c'est-à-dire une charge chez le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Vous êtes officier du Roi ?
MONSIEUR DE PLAVEAU
Oui Monsieur, j'ai cet honneur-là, je suis officier du Gobelet.
L'officier du gobelet est un des membres de l'équipe qui procédait à la cérémonie du repas du roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Ah, c'est très bien, Monsieur : je vous souhaite le bonsoir.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Monsieur, vous avez bien de la bonté ; mais pour en revenir à ce que nous disions ; c'est une charge où il faut parler devant le Roi. Je suis bien accoutumé à parler en public ; car j'ai été reçu avocat à Bourges et puis je juge tous les jours ; c'est-à-dire quand il y a des causes à mon bailliage, pour lors je parle ; mais parler devant le Roi, c'est bien différent, et il faut un peu s'étudier pour cela.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
En ce cas-là, Monsieur, je vous demande bien pardon de vous avoir interrompu, je suis bien votre serviteur.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Vous ne m'avez point interrompu, Monsieur, au contraire et je pense une chose même.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Quoi ?
MONSIEUR DE PLAVEAU
Vous pourriez.... je dis si vous vouliez, vous pourriez me donner votre avis sur la manière dont....
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Une autre fois, tant que vous voudrez.
MONSIEUR DE PLAVEAU
C'est bien honnête à vous, Monsieur ; mais c'est demain que je commence et...
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
J'en suis bien fâché ; mais...
MONSIEUR DE PLAVEAU
C'est l'affaire d'un instant.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
En vérité, je ne peux pas.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Je vous en prie. Demain quand le Roi fera à table ; car j'ai déjà vu tout cela, il est là, et moi ici. Le Roi demande à boire, et moi voilà ce que je dis aussitôt. À boire pour le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
C'est fort bien.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Oui ; c'est ce que je dois dire ; mais c'est le ton que je cherche, j'ai envie de dire comme cela.
Il prend différents tons.
À boire pour le Roi, ou à boire pour se Roi, ou à boire pour le Roi, non, je n'y suis pas.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Je trouve que c'est fort bien.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Non, j'avais trouvé un autre ton à Nogent que je cherche. Ah, je crois que le voilà, écoutez, je vous prie. À boire pour le Roi, non, non,
Il prend différens tons.
À boire pour le Roi ; ce n'est pas tout-à-fait cela , je le sens bien.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Je vous assure que c'est à merveille.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Vous me flattez ; mais si vous m'aviez entendu à Nogent, vous verriez bien... tenez, voilà, je crois, comme je disais, à boire pour... Je ne saurais retrouver ce ton-là ; mais d'ici à demain il faudra bien en venir à bout.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Sûrement, je vous demande bien pardon, mais...
MONSIEUR DE PLAVEAU
C'est juste, il faut que chacun fasse ses affaires, je suis bien aise d'avoir fait l'honneur de votre connaissance ; parce qu'on cause quelquefois.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Prenez donc votre lumière.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Ah oui, j'oubliais... quand on a quelque chose comme cela dans la tête.... je vous remercie bien, Monsieur, je suis votre très humble serviteur.
Il sort.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Enfin, le voilà parti !
MONSIEUR DE PLAVEAU, revenant
Monsieur, je pense une chose ; si je pouvais vous être utile pour votre mémoire...
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Non, Monsieur, je vous prie de vouloir bien...
MONSIEUR DE PLAVEAU
Je fais acte de bonne volonté, au moins.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Je vous en suis obligé, permettez que je finisse mon mémoire.
Monsieur de Plaveau sort et revient.
MONSIEUR DE PLAVEAU
Ah ! Je le tiens pour le coup, tenez, Monsieur, écoutez. À boire pour le Roi, non, ce n'est pas cela, je vous demande bien pardon.
Il ferme mal la porte.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Et laissez la porte.
MONSIEUR DE PLAVEAU
C'est que la clef...
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Cela ne fait rien,
MONSIEUR DE PLAVEAU
Je vous souhaite bien le bonsoir. Si je retrouve le ton de Nogent, je viendrai vous le dire.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Adieu, adieu.
SCÈNE VII. Monsieur de Saint-Brice, Monsieur de Plaveau dans sa chambre.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Le diable emporte l'importun.
Il s'assied.
L'impatience dérange plus la mémoire !
Il rêve.
Ah, m'y voilà.
Il écrit.
Fort-bien. À près, qu'est-ce qu'il y avait ?
Il cherche.
MONSIEUR DE PLAVEAU
À boire pour le Roi, à boire pour le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Ah, le voilà qui recommence. Je voudrais que... Ne l'écoutons pas.
Il rêve.
MONSIEUR DE PLAVEAU
A boire pour le Roi, à boire pour le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Je ne ferai jamais rien de la soirée.
MONSIEUR DE PLAVEAU
À boire pour le Roi, à boire pour le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Voyons l'heure qu'il est. Comment, dix heures moins un quart.
Il se lève.
MONSIEUR DE PLAVEAU
À boire pour le Roi.
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Demain matin, je me lèverai de bonne heure. Il prend son épée et son chapeau.
MONSIEUR DE PLAVEAU
À boire pour le Roi. Monsieur l'Officier, je le tiens, écoutez, à boire pour le Roi, entendez-vous ?
MONSIEUR DE SAINT-BRICE
Allons-nous-en, car il va venir.
Il sort.
SCÈNE DERNIÈRE.
MONSIEUR DE PLAVEAU, dans sa chambre
Monsieur l'Officier, j'y suis. À boire pour le Roi. Êtes-vous content de cela ?
Il vient avec sa lumière à la main.
À boire pour le Roi.
Il est étonné de ne plus trouver Monsieur de Saint-Brice.
Il est sorti, j'en suis bien fâché, mais je ne veux pas oublier ce ton-là toujours. Il s'en va en disant, à boire pour le Roi, à boire pour le Roi.
texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0