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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Eudoxie

Michel Paul Guy de Chabanon· imprimée en 1769· 5 actes· 1 396 vers· 9 personnages

Personnages

  • EUDOXIE, femme de Maxime, veuve de Valentinien
  • ÉLISE, suivante d'Eudoxie
  • ARBATE
  • ASPAR, général romain
  • MAXIME, Empereur de Rome
  • FLAVIUS
  • ADONAL
  • GONTHARIS
  • LÉONCE

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Eudoxie, Élise.

ÉLISE

Princesse auguste et chère, aux larmes condamnée ! De Valentinien épouse infortunée ! Vous, que le sort n'a mise au faîte des grandeurs, Que pour remplir vos jours d'amertume et de pleurs. Sous le poids des revers, plaintive et gémissante, Goûtez du moins, goûtez, la douceur consolante De voir tous vos sujets, sur vos maux attendris, Pour vous, de la vertu solliciter le prix. À changer vos destins, Rome aujourd'hui conspire : Nous pleurons avec vous les maîtres de l'Empire, Nous pleurons votre fils aux fers abandonné : Ce fier tyran du Nord, contre nous déchaîné, Ce chef audacieux d'une horde guerrière, Qui ravage l'Empire et dépeuple la terre, Genseric, dont le nom porte avec lui l'effroi, Brigand, que des brigands ont appelé leur Roi...

Genséric : roi des Vandales, de 428 à 477, était le 2ème fils de Godégisile et succéda à Gunderic, son frère. Il passa d'Espagne en Afrique, l'an 429, à la sollicitation du gouverneur romain de ce pays. (...) Genséric s'empara de Carthage en 429, y établit le siège de son royaume et força l'empereur à lui accorder la paix et à le raconnaître le maître de l'Afrique. Quelque temps après, l'empereur Valentinien ayant été tué par Pétrone Maxime, Eudoxie, sa veuve, appela Genseric en Italie pour venger sa mort. Genséric accourut aussitôt, prit Rome (455), la pilla pendant 14 jours et emporta des trésors immenses, dévasta ensuite le Péloponèse, l'Epire, la Dalmatie, L'Istrie, prit Nicopolis, et emmena Eudoxie en captivité. [B]

SCÈNE II. Eudoxie, Élise, Arbate.

EUDOXIE

Ciel !

ARBATE

En jouira-t-il plus si le droit de la guerre Soumet à des brigands le reste de la terre ? Si le Vandale admis au sein de ces remparts, S'assied insolemment au Trône des Césars ? Madame, consultez votre propre avantage, Consultez la raison, mère du vrai courage : C'est servir votre fils que sauver ses États ; Et pour les conserver, Rome a besoin d'un bras Dont le puissant abri garantisse sa tête, Et soutienne l'Égide au fort de la tempête. L'Occident aujourd'hui fait un dernier effort : Tout l'Empire est en proie à ces enfants du Nord, Qui, chassés de ses flancs, errants, et sans patrie, De climats en climats promènent leur furie. Ces tigres déchaînés, l'un de l'autre ennemis, Pour nous mieux accabler sont entre eux réunis. Goths, Vandales, Alains, Sarmates et Gépides, Des bords de l'Occident aux marais Méotides, Combattent tour à tour sur nos sanglants débris : La Gaule est sous le joug, la race de Clovis Fonde un nouvel Empire aux rives de la Seine : Les Goths nous ont ravi l'Espagne et l'Aquitaine : Le Saxon a franchi la limite des mers ; Aux Bretons étonnés il apporte des fers : L'Afrique a reconnu Genseric pour son maître ; Sous ce Roi triomphant Carthage va renaître : A sa libre fureur tous nos ports sont ouverts, Il tient sous ses drapeaux nos vastes champs couverts ; Ce nouvel Annibal est aux portes de Rome ; Né pour être un brigand il sait être un grand homme.... J'ignore quel sera le succès du combat Qui commet aujourd'hui les forces de l'État ; Mais vainqueurs eu vaincus, notre puissance expire, Si la voix du Sénat ne s'empresse d'élire Un souverain habile, un chef intelligent, Qui balance l'effort de ce Roi conquérant.

Goths, Vandales, Alains, Sarmates et Gépides sont des tributs Germaines ayant envahi l'empire romain.

Moétide : auj. Mer d'Azov, golfe qui terminait au nord le Pont-Euxin, communiquait avec cette mer par le Bosphore Cimmérien. [B]

SCÈNE III. Eudoxie, Élise.

SCÈNE IV. Eudoxie, Élise, Aspar.

ASPAR

Aux destins de l'État applaudissez, Madame ; La victoire aujourd'hui nous donne un Empereur, Maxime est proclamé.

Aspar : général et patrice de l'empire d'Orient, Alain ou Goth de naissance, fut envoyé en Italie par Valentinien contre le rebelle Jean, qu'il réduisit (435). Six ans après, il fut battu par Genséic, roi des Vandales. (...) [B]

EUDOXIE

Maxime !

ASPAR

Votre gloire est le soin qui l'anime, Rome ne doit qu'à vous le retour de Maxime ; Et ce retour a fait le salut de l'État. Les Romains fatigués (après un long combat Disputé vainement et pour nous trop funeste) Fuyaient épouvantés vers les murs de Préneste ; L'ennemi furieux suivait de près leurs pas, Et se rassasiait du sang de nos soldats. Aux yeux de cette foule égarée et tremblante, Un héros tout-à-coup, s'avance et se présente, C'était Maxime : il vient pour être leur appui ; Le soldat étonné qui le croit loin de lui, Doute encore un moment, et transporté de joie, Croit voir un Dieu vengeur que le Ciel lui renvoie. Soudain la confiance anime les esprits ; Maxime les appelle, et tous sont réunis. L'ennemi qui suivait ces légions craintives, Parmi des champs de morts, errantes, fugitives, S'étonne de les voir sans désordre et sans bruit Obéir à la loi d'un chef qui les conduit ; Lui-même poursuivi, se trouble, s'épouvante, On a nommé Maxime, et la terreur augmente : A ce nom redouté vous les eussiez vus tous, Comme de vils troupeaux dispersés devant nous ; Expirer dans les champs témoins de leur victoire : Genseric qui le voit peut à peine le croire ; Il se croyait vainqueur, et lui-même est vaincu : Des siens abandonné, sous le nombre abattu, Il renonce aux efforts d'un courage inutile, Et jusques dans son camp va chercher un asile. Ainsi dans un moment la fortune a changé ; Notre affront se répare et l'État est vengé.

Préneste est une ville d'Italie à 37 Km à l'est de Rome.

SCÈNE V. Eudoxie, Élise.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Maxime, Aspar.

MAXIME

Vas, que sert d'affecter ce superbe langage ? À Valentinien quand j'ai ravi le jour, Mon outrage a servi de prétexte à l'amour ; Le bonheur d'un rival fut sa première offense : Le plaisir seul, Ami, que m'a fait la vengeance, Manifestait en moi ce sentiment profond ; On sent moins de plaisir à venger un affront.... Le crime consommé, j'eus horreur de moi-même : Tu vis ma honte, Aspar, tu vis trouble extrême ; Et ton zèle éclairé, prompt à me secourir, Sut cacher un forfait près de se découvrir : Trop heureux, si tes soins plus utiles encore M'eussent fait oublier ce forfait que j'abhorre ! Mais non ; de mon état je sens toute l'horreur : Mon juge et mes bourreaux sont au fond de mon coeur ; Leur fureur renaissante et jamais assouvie Marque par des tourments tous les jours de ma vie.... Tu sais pour me punir, tu sais ce que j'ai fait, J'ai fui ces lieux chéris où l'amour m'appelait : Renonçant aux honneurs que donne la victoire, J'ai tout abandonné, jusqu'au soin de ma gloire ; Et de mes sentiments condamnant les transports, J'ai couru m'enfermer seul.... avec mes remords. Les malheurs d'Eudoxie ont percé ma retraite : J'ai su que sa tendresse, alarmée, inquiète, Pleurait le sort d'un fils dans les fers opprimé. Mon courage, à ces mots, s'est senti ranimé : Insensible à mon sort, je n'ai vu que ses peines : Pour arracher son fils à de honteuses chaînes J'ai couru, j'ai volé ; l'amour seul m'a conduit.... Mais admire avec moi le sort qui me poursuit ; Son fatal ascendant me pousse dans l'abîme, Je combattais, Ami, pour réparer mon crime, Ma victoire m'expose à des crimes nouveaux : L'État assigne un prix à mes faibles travaux, Et j'obtiens à la fois Eudoxie et l'Empire.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Maxime, Eudoxie.

SCÈNE IV. Maxime, Eudoxie, Flavius.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Gontharis, Adonal.

GONTHARIS

Oui, je serai témoin de cette horrible fête, Je veux par ma présence en troubler les douceurs : Crois-moi, l'hymen ici coûtera bien des pleurs : Cet hymen, Adonal, n'a rien que d'effroyable : Le jour qui voit former sa chaîne peu durable, Peut devenir un jour de désolation, Signalé par le meurtre et la destruction. Vas, ce n'est plus dans Rome et tranquille et soumise Qu'il faut que d'un Traité la faveur introduise De l'Occident calmé le pacificateur : Je veux dans ces remparts l'introduire en vainqueur, Par le fer et la flamme osons les lui soumettre, Faisons tomber ces murs avant qu'il y pénètre : Qu'il y marche au milieu des débris et des morts... Un souvenir, Ami, réveille mes transports ; Alaric, Attila, ces fléaux de l'Empire, Ont triomphé de Rome et n'ont pu la détruire, Leur courroux passager n'a duré qu'un moment : Laissons de nos fureurs un plus long monument : Dans ces murs embrasés et tombants en ruine, Qu'un vainqueur assouvi sur la cendre domine ; Et qu'au bruit de nos coups, cent peuples accourus Cherchent Rome en ces lieux et ne la trouvent plus. Tel est le grand dessein où mon esprit s'applique, Tel est le but secret où tend ma politique.... L'Impératrice vient, sors, Ami, laisse-nous.... A son coeur étonné portons les premiers coups.

Alaric : roi des Wisigoths (382-412), s'unit d'abord au romains pour repousser une invasion des Huns (394) ; puis vint fondre sur l'empire d'Orient après la mort de Théodose le Grand (395), devasta les provinces au sud du Danube, et menaça Constantinople. Repousé sur Stilicon, il se jeta sur l'empire d'Occident et obtint une partie des Gaules. Assiegea trois fois Rome et la pilla en 410. Mort en 412. [B]

Attila : roi des Huns, le fléau de Dieu, installé en Pannonie, commença à ravager l'empire d'Orient puis traversa la Gemranie et entre en Gaule en 451, à la tête d'une armée de 500 000 hommes, pénétra jusqu'à Orléans et jusqu'à Paris sauvée par Sainte-Geneviève. Il fut repoussé par le généra Aetius, le roi franc Mérovée, et le roi Goths Théodoric. Il passa en Italie, ruina Aquilée et plusieurs villes et marcha sur Rome. Mais le pape Saint Léon, étant allé au devant d elui, l'arrêta tout_à_coup par son éloquenc eet sa majesté. Après avoir exigé un tribut de Valentinien III, Attila consentit à ne pas pousser plus loin ses conquêtes, et retourna en Pannonie. Il mourut en 453.

SCÈNE II. Eudoxie, Gontharis.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Eudoxie, Élise.

EUDOXIE

Quoi !

SCÈNE V. Eudoxie, Élise, Léonce, soutenu par deux suivants.

EUDOXIE, avec effroi

Je le jure.

EUDOXIE

Achevez.

LÉONCE

Je ne puis.

LÉONCE, après un moment de silence

Maxime est l'assassin que tu dois immoler.

EUDOXIE

Maxime !

EUDOXIE

César !

EUDOXIE, tombant dans un fauteuil

Je me meurs.

SCÈNE VI. Léonce, Eudoxie, Aspar.

SCÈNE VII. Eudoxie, Maxime.

SCÈNE VIII.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Eudoxie, Élise.

SCÈNE II. Eudoxie, Élise, Gontharis.

SCÈNE III. Les mêmes, Léonce, Arbate.

LÉONCE

Ma fille !

EUDOXIE

C'est assez.

SCÈNE IV. Léonce, Eudoxie.

LÉONCE

Oui, je vais te servir.

Il sort.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Eudoxie, Maxime.

MAXIME

Madame...

SCÈNE VII. Eudoxie, Maxime, Aspar.

EUDOXIE

Ah Dieu !

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

Il est nuit.

SCÈNE II. Eudoxie, Élise.

EUDOXIE

Quoi !

EUDOXIE

Comment !

EUDOXIE

Mon fils !

EUDOXIE

J'y cours.

SCÈNE III. Eudoxie, Élise, Maxime, soldats.

SCÈNE IV. Les mêmes et Aspar.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Eudoxie, Élise.

SCÈNE DERNIÈRE. Les mêmes, Maxime mourant.

1 396 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0