Prologue en vers· Dans Brelans de Prologues
La Bourboule
Personnages
- LE RÉCITANT
LA BOURBOULE
UN THÉÂTRE À LA BOURBOULE.
À M. Alexandre DUMAS
15 Juillet 1878.
Représentation d'ouverture.
Mesdames et Messieurs,
Vive l'art dramatique !
La_Bourboule, elle aussi, pousse ce cri vainqueur ;
Qui l'eût un jour prédit, eût passé pour rêveur,
Et pourtant, vous avez un théâtre authentique,
Un monument coquet, construit exprès pour vous,
Où vous viendrez passer vos moments les plus doux,
Où les Muses auront tant à coeur de vous plaire !.
... Un théâtre ici ? Quand, autrefois, solitaire,
La_Bourboule n'avait que les simples appas
De son riant aspect, de ses eaux sans pareilles,
Qui... légendairement, faisaient bien des merveilles ;
Mais pas un bruit humain n'y frappait les oreilles ;
Ce n'était qu'un désert dont on parlait tout bas
Comme on parle d'un lieu de triste renommée ;
Ses bienfaisants effets, quoique victorieux,
À_l_encontre d'un mal, toujours mystérieux,
Ne remontaient jamais à leur cause innomée,
La_Bourboule, en un mot, était mise à l'index,
Malgré l'attraction de sa roche_Vendeix,
Le magique horizon de son Murat_le_Quaire,
Le Mont-Dore et Sancy, Murols et Saint-Nectaire,
Le gracieux chemin de Saint-Sauces, ses bois,
Son église rêveuse et le petit musée,.
Collection charmante, en plein air exposée,
Mélange ravissant pour l'oeil, pour la pensée,
Dont la nature et l'art font les frais à la fois !
Ce vallon, en dépit de ses beautés sans nombre,
N'avait pour visiteurs que quelques malandrins
Languissants, souffreteux, par la douleur étreints
Qui se traînant, ainsi que des spectres dans l'ombre,
Allaient du bain au lit, et ne supposaient pas
Qu'on pût, du lit au bain, ailleurs, porter ses pas !
Ce triste lieu n'était qu'une maladrerie
Des chaumes, des taudis, pas une hôtellerie,
Tout était repoussant dans ce sinistre bourg
Où l'on allait, honteux, sans en rien oser dire,
Où l'on passait vingt jours sans gaîté, sans sourire,
Et d'où l'on revenait, après ce long martyre,
Sans que le voisin sût qu'on était de retour !
Que les temps sont changés !... à cette sombre époque
Ont succédé les jours triomphants du réveil ;
Sur cet obscur passé s'est levé le soleil,
Et les riches habits ont remplacé la loque !
Grâce à l'activité de sagaces esprits,
Ces trésors dont longtemps on ignora le prix,
Ce pactole auvergnat ont trouvé leur revanche
Et pour eux, le plateau de la balance penche !
Tous les ans, aux hôtels s'ajoutent les maisons,
Des parcs y sont tracés ; des fleurs fraîches écloses
Y disent aux baigneurs les salutaires choses
Qui changent en rayons l'ombre des fronts moroses,
Neutralisent le mal, hâtent les guérisons...
... Que l'on devra, surtout, à ce charmant théâtre !...
Et je rentre, Messieurs, ici, dans mon sujet,
Quoique l'art ne soit pas de ces vers seul l'objet ;
Car j'aime la nature et ma muse idolâtre,
Du ruisseau qui murmure et du pré vert en fleurs,
Religieusement a chanté les splendeurs !
Mais le théâtre, lui, dans toute âme ravie
Ne les répand-il pas, ses effluves de vie ?
Ne le guérit-il pas aussi, le coeur humain ?
Ne console-t-il pas ceux que si voix conseille ?
En eux ne met-il pas la force qui réveille ?
N'atteint-il pas l'esprit en passant par l'oreille ?
Et ne parle-t-il pas à l'homme en souverain ?
Je le redirai donc : Vive l'art dramatique !
Vive cet art sauveur ! La_Bourboule aujourd'hui
Inaugure son temple ; elle a recours à lui
Et fait bien de compter sur sa thérapeutique !
Chers malades ! Soyez tous les soirs près de nous ;
La chaste muse, ici, vous donne rendez-vous...
... Mais, sans exclure en rien ni le bain ni la douche,
Sans faire, à leur endroit, de concurrence louche
Et déloyalement calomnier les eaux,
Qu'elle conseillera grandement, au contraire,
Dont elle vantera l'usage salutaire...
... Mesdames et Messieurs, cependant pour nous plaire,
Confiez-nous un peu la cure de vos maux !
Nos remèdes seront tantôt la poésie,
Cette fille du ciel, ange aux ailes d'azur ;
Tantôt la prose qui, par un moyen plus sûr...
... Pour certains... n'exclut pas l'art et la fantaisie !
La musique tantôt, aussi, vous charmera,
Nous comptons vous offrir le petit opéra
Comique, et l'opérette aux folles mélodies ;
Nous vous les traiterons, toutes vos maladies,
En si bémol, en la dièse, en sol majeur ;
Offenbach et Lecocq, par leurs oeuvres charmantes
Feront de vos santés des santés rayonnantes ;
Vous en acquerrez tous les preuves triomphantes,
Et le mal n'aura plus qu'à subir son vainqueur !
91 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica