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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Armetzar ou Les Amis Ennemis

Samuel Chappuzeau· imprimée en 1656· 5 actes· 2 093 vers· 14 personnages

Personnages

  • TAMERLAN, Empereur des Tartares
  • ARMETZAR, Fils de Tamerlan, sous le nom de Phocate
  • ORGANTE, Confident d'Armetzar
  • ODMAR, Chef des armées de l'Empereur
  • AXALLA, Chef des armées de l'Empereur
  • ZINTON, Roi de la Chine
  • VANLIE, Fils de Zinton, sous le nom de Phocate
  • ARTABAN, Prince de Cocinchine
  • MENNON, Suivant de Vanlie
  • ZARIMENE, Reine de la Chine
  • LADICE, Soeur de Vanlie
  • ILIANE, Suivante de Ladice
  • ULANIE, Suivante de Zarimene
  • GARDES de Tamerlan et de Zinton
Monsieur,

À MONSIEUR SNOECKAERT de SCHAUNBURGH, etc.

Il est très rare de voir l'amitié et la haine compatir ensemble, et deux personnes se déclarer la guerre au moment qu'ils se déclarent de l'affection. C'est une aventure si peu commune, que l'amour seul peut la rendre vraisemblable, et elle passera sans doute pour le plus merveilleux de ses prodiges, et la plus haute marque de son pouvoir. Aussi, Monsieur, n'aurais-je pas osé vous offrir que quelque chose de merveilleux, et je vous considère trop pour avoir pris la liberté de mettre votre nom à la tête de cet ouvrage, si les plus critiques mêmes n'en avaient trouvé l'intrigue hors du commun. D'ailleurs, Monsieur, vous êtes d'une condition et d'un âge à vous rendre compagnon de la fortune de mes deux Princes, et à faire comme eux des actions héroïques ; et soit pour le beau sexe, ou pour la Patrie, vous tâcherez encore de l'enchérir sur leur passion. Je prévois, Monsieur, que vous en aurez une très forte pour le service de cette Patrie, et qu'imitant vos ancêtres qui lui en ont rendu de si utiles, vous lui donnerez bientôt dedans et dehors toutes vos pensées et tous vos soins. Sans vous porter plus loin, il vous doit souvenir d'un Albert Jaochimi votre aïeul, qui s'acquitta avec tant de gloire de ses ambassades chez les Anglais, les Suédois et les Moscovites, et penser que vous êtes né aux mêmes honneurs et aux mêmes charges, puisque vous vous trouvez héritier de ses vertus comme de ses biens. Vous avez eu un des meilleurs pères, qui s'est vu longtemps chéri d'un des meilleurs Rois, et l'un des plus proches de Sa personne ; et il se découvre enfin en vous même de quoi égaler le père et l'aïeul. C'est, Monsieur, cette puissante inclination que vous avez à les suivre, et à les passer même, tant que vous vous trouverez un beau chemin à la gloire. La France où vous avez déjà paru avec tant d'estime, s'attend de vous revoir un jour chez elle avec plus d'éclat ; l'Angleterre qui a joui de douze de vos années, ne s'en promet pas moins dans la suite ; La Hollande qui vous a vu naître, et qui sur toutes les Provinces du Monde sait faire le choix des personnes de vertu, aura bientôt lieu d'honorer la vôtre ; et si vous vous montrez à l'Allemagne, où tout un pays soupire après vous pour vous rendre les hommages qu'il vous doit, vous n'en sortirez point sans emporter avec vous les coeurs de ses peuples. Je le juge aisément, Monsieur, après l'honneur que j'ai eu plusieurs fois de vôtre entretien, où j'ai découvert toutes les marques d'une âme véritablement généreuse, et qui aspire à quelque chose de grand. J'ose pourtant avouer que j'aspire aussi haut que vous, puisque je porte tous mes souhaits à la gloire de vous appartenir, et de me dire avec beaucoup de respect,

MONSIEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur

CHAPPUZEAU.

ARGUMENT

Armetzar Prince des Tartares, et Vanlie Prince des Chinois, épris d'amour pour la soeur l'un de l'autre, les armées de Tamerlan et de Zinton prêtes à combattre, plutôt que de s'armer contre leurs maîtresses, aiment mieux se tourner contre leurs pères et contre eux-mêmes, et passent en effet, Armetzar dans le camp Chinois, et Vanlie dans le camp Tartare, chacun sous un faux nom et une qualité empruntée. Cependant Armetzar rend des services très signalés à Zinton, Tamerlan reçoit de même des assistances très considérables de Vanlie, sans que leurs Illustres actions puissent toucher leurs Maîtresses, dont la noble ambition méprise quiconque n'a pas le titre de Roi. Ladice portée par Zinton son père, à recevoir Phocate pour époux (c'est le nom que prend Armetzar chez les Chinois, de même que Vanlie chez les Tartares) et croyant que ce soit à sa sollicitation, l'aborde en colère, et luy défend pour jamais sa vue. Armetzar obéit, et conçoit dans son désespoir une haute entreprise qui lui réussit, et qui engage encore plus puissamment Zinton à l'aimer. Artaban poussé par Zarimene sa mère, seconde femme de Zinton, qui tâche de faire entrer son fils dans la famille Royale, devient rival d'Armetzar : mais Ladice ayant découvert la naissance de celui-ci, bien loin d'en tirer de nouveaux motifs de haine pour le fils de l'ennemi des Chinois, elle en conçoit une plus haute estime et beaucoup d'amour, que malgré la défense tacite de son père elle se sent obligé de lui témoigner, après le sévère commandement qu'elle lui avait fait de se bannir de sa vue. Mais s'il la recouvre, il n'en jouit pas longtemps, et les armées étant sur le point de s'approcher, il la quitte pour aller joindre Zinton, qui après un combat opiniâtre se trouve enveloppé d'un gros de Tartares, et emmené prisonnier. Armetzar voyant tout désespéré quitte le désordre pour venir au secours de Ladice, et tâcher de se sauver avec elle : mais il s'en trouve très mal reçu sur un faux rapport qu'on lui a fait (et avec beaucoup d'apparence) qu'Armetzar avait repris le parti de Tamerlan. Tandis qu'il fait ses efforts pour la tirer d'erreur, et qu'il en essuie quelques reproches, le Grand Cham arrive, accompagné de Vanlie et de tous ses Généraux ; ce qui les oblige tous deux à prendre la fuite. Mais ayant été bientôt saisis par quelques soldats, Armetzar est enfin mené captif avec Zinton devant Tamerlan. L'étonnement des deux pères fut étrange ; de Tamerlan voyant son fils parmi les Chinois, et de Zinton voyant le sien parmi les Tartares, lequel avéit usé de tous artifices envers le Vainqueur pour éviter cet abord, et cet événement engendre des transports merveilleux de part et d'autre. Mais enfin la surprise et la colère cédant à l'amour et à la raison, Artaban tué au combat, et Zarimene morte ensuite de douleur, Armetzar et Vanlie obtiennent de leurs pères ce qu'ils souhaitent, et Tamerlan remet le Roi de la Chine dans ses États.

Si j'ai tiré le sujet de cette pièce, d'un roman qui court depuis quelques années sous le nom de Ladice, ou des Victoires du Grand Tamerlan ; soit qu'il t'ait plu, ou qu'il t'ait mal diverti, Je veux bien que tu saches que je ne puis appréhender de poursuite pour ce larcin, si je ne me rends partie contre moi-même.

ACTE PREMIER.

SCÈNE I. Armetzar, Organte.

ARMETZAR

Organte, cesse enfin, tu m'en as trop appris ; Je vois trop les malheurs que ton zèle m'expose, Je les vois, le les crains : mais j'en chéris la cause, Et toute ma raison que j'appelle au secours En faveur de ma flamme étale ses discours. Elle me dit qu'avant que de quitter Ladice, Il faut tout hasarder, il faut que tout périsse, Et qu'un trésor si rare et si peu mérité Sans d'Illustres efforts ne peut-être emporté. Elle me dit qu'au point où la chose est venue La Chine par mon bras doit être soutenue, Que ma Princesse attend ce service de moi, Et que je ne puis mieux lui signaler ma foi ; Qu'après ce témoignage elle aura lieu de croire Que j'aime son pays, que j'en chéris la gloire, Et que de Tamerlan l'injuste ambition À son fils amoureux est en aversion. Quoi, n'est-ce pas assez qu'avec dix ans de guerre Il ait mis dans les fers la moitié de la Terre ? N'est-il pas satisfait d'avoir par mille exploits Forcé tout l'Occident à recevoir ses lois, Et qui lui donne enfin sur toutes les Provinces Le droit d'en dépouiller leurs légitimes Princes ? Le peux-tu croire, Organte, après ce qu'à tes yeux Ce bras toujours vainqueur a fait en tant de lieux ; Le croiras-tu, qu'autant que j'ay chéri les armes J'y trouve désormais peu de gloire et de charmes, J'y trouve tout injuste, et tout plein d'attentats, Sinon qu'à sa défense amour marche aux combats ; Lui seul les justifie autant qu'il les anime, Qui s'arme en sa faveur, le peut faire sans crime, La victoire est certaine à qui combat pour lui, Et des plus grands guerriers c'est le plus grand appui. Si par d'heureux succès d'une ardeur non commune Tu m'as vu de mon père agrandir la fortune ; S'il m'estima jadis quand tout couvert de sang Pour animer les siens j'allais de rang en rang ; Si je ne lui fus cher qu'en montrant du courage, Je dois par mon amour lui plaire davantage, Que ma Princesse ordonne, et je lui ferai voir Ce qu'un coeur en aimant s'est acquis de pouvoir, J'irai vaincre pour lui le reste de la Terre : Mais s'il veut vaincre ici, je déteste la guerre.

ARMETZAR

Quoi donc ?

SCÈNE II. Zinton, Artaban, Armetzar, Organte, Gardes du Roi.

ZINTON

En vain à m'attaquer Tamerlan se prépare, Je ne redoute point les efforts du Tartare ; J'espérais tout déjà de mon bras et du tien, Quand mon fils derechef vient y joindre le sien ; Je l'attends aujourd'hui, Phocate, et je dois croire Qu'avec lui tu veux bien courir à la victoire, Qu'avec lui tu veux bien en partager l'honneur, Comme avec lui déjà tu partages mon coeur. Car enfin tu m'es cher à l'egal de Vanlie, Et puisqu'à mon Service un beau zèle te lie, Il doit t'aimer de même, et je veux aujourd'hui À mon trône ébranlé donner ce double appui. Devant tout à la fois répondre à deux querelles, Voyant des ennemis se joindre à des rebelles Attaqué d'une part, de l'autre repoussé, Dans ces extrémités les Dieux m'ont exaucé. Ce prince enfin arrive après un long voyage Que j'avais bien voulu permettre à son jeune âge, Et revient en ces lieux et plus grand et plus fort Contre ces fiers remparts faire un dernier effort. Quinsay de mes États la plus ingrate ville, Toujours des factieux fut le honteux asile ; Le perfide Sanga que j'en fis gouverneur, Loin de m'en mieux servir s'enfla de cet honneur, Si voisin du Tartare et de la mer Scythique Il sut bientôt former un projet tyrannique, Et son ambition se croyant tout permis Et dedans et dehors me fit des ennemis. Aux maux qu'il prévoyait préparant un remède, Il court à Tamerlan, il implore son aide, Et ce Prince orgueilleux qui vient mal à propos Reculer ma vengeance et troubler mon repos, Lui qui se nomme grand, et qui le veut paraître, Doit trouver peu de gloire à soutenir un traître. Mais pour lui tout est juste et tout est glorieux Quand il peut assouvir son coeur ambitieux ; Lorsque de ce rebelle il embrasse la cause, Déjà de mes États en son âme il dispose, Il veut les ajouter à ceux qu'il a volés, Et voir tous les Chinois à sa rage immolés. Voilà les grands projets dont Tamerlan se flatte : Mais j'ai pour les détruire assez d'un seul Phocate. Oui, je veux aujourd'hui me venger par ton bras...

SCÈNE III. Un garde, et les précédents.

SCÈNE IV. Zinton, Artaban, Vanlie, Mennon, Armetzar, Organte, Garde du Roy.

SCÈNE V. Vanlie, Armetzar, Mennon, Organte.

Après s'être tenus un peu de temps embrassés : les deux confidents en faisant de même de leur côté.

VANLIE

C'est trop, il faut enfin pour étaler ma joie, De même que mes bras, que mon coeur se déploie. Prince, qui l'aurait cru, que je pusse en ces lieux Posséder un ami qui m'est si précieux ! Car de quelque côté que ce bonheur me vienne Je n'examine point quel sujet vous amène, Et je sais qu'Armetzar est né d'un trop bon sang Pour former des projets indignes de son rang. Si le grand Tamerlan est sur notre frontière, Je connais de son fils la vertu tout entière, Et ne puis soupçonner d'aucune trahison Celui qui s'est rendu l'appui de ma maison. Si j'ai de même osé passer dans votre Empire, Si pour ce beau séjour mon coeur encor soupire, Le seul désir de voir bornait tout mon dessein. Mais comment pus-je alors m'arracher de son sein ! Prince, j'y vis d'abord ma liberté ravie, Ma curiosité de cent maux fut suivie ; J'y brûlai d'un beau feu, sans oser l'adoucir Par la moindre parole ou le moindre soupir. Oui, j'aimai sans me plaindre, et dans cette souffrance Je n'osai me flatter de la moindre espérance. Pour le divin objet qui causait mon trépas, Vanlie était suspect, Phocate était trop bas, Je devais attirer son mépris ou sa haine, Et mon âme partout se trouvait à la gêne. Enfin je le quittai : mais des yeux seulement, Je ne pouvais plus vivre et cacher mon tourment, Et comme un prompt éclair qui vient percer la nue, Ma flamme allait bientôt forcer ma retenue. Voyant qu'à ses transports mon coeur s'était rendu, Il fallut éviter ce qui m'aurait perdu ; Le temps me rappelant, le Ciel m'étant contraire, L'un et l'autre rendaient mon départ nécessaire : Mais, Prince, en vous disant un si cruel adieu, Mon coeur ne sortit point de cet aimable lieu ; Si j'ai depuis erré de province en province, On n'a vu que le corps d'un misérable prince Faiblement animé d'un reste de chaleur Pour être seulement sensible à la douleur. Enfin je vous revois, cher Prince, et j'ose croire Que deux ans n'auront pu m'ôter votre mémoire, Et que j'ai part encore à votre affection Qui fait toute ma gloire et mon ambition.

ARMETZAR

Il tire une boîte de portrait, sans que Vanlie se montre curieux de la voir.

J'oserai tout vous dire après cette assurance, Et déjà votre aveu m'en donne la licence. J'aime donc comme vous un objet glorieux Que ce riche portrait découvrit à mes yeux Dans nos derniers combats où je marchais en tête, Je fis sur un Chinois cette heureuse conquête. C'était le brave Alcas qui comandait alors, Et le faisait servir de rempart à son corps. Sa chute de la boîte ayant fait ouverture, D'abord son sang jaillit dessus cette peinture, Et pour mieux l'accuser de son injuste mort, Sa bouche en expirant fit un dernier effort. Je meurs, dit-il, cruelle, et je meurs pour vous plaire, C'est là de mon amour le funeste salaire ; Si je vous ai donné sujet de me haïr : Du moins saurez vous dire, il a su m'obéir. Il finit, et bien loin que cet amant fidèle Me détourne en mourant d'aimer une cruelle, Je trouvai tous ses traits si charmants et si doux, Que je voulus aussi m'exposer à leurs coups. Ayant su que pour voir cette beauté divine Il fallait me résoudre à passer dans la Chine, Je quittai mon armée, et sans délibérer Je courus où mes voeux me faisaient aspirer. J'ai donc vu dans ces lieux l'adorable Princesse Que ce portrait imite avec trop de faiblesse, Et qui se plaint aux Dieux, dignes seuls d'y toucher Que la main d'un mortel ait osé l'ébaucher. Je l'ai vue, et n'osant lui découvrir ma flamme, Mon coeur même avec crainte en secret la réclame, Et pour mieux derechef en ôter tout soupçon, Je cache mon pays, ma naissance et mon nom. Voilà comme l'amour qui fait tant de merveilles Rend ainsi que nos noms nos fortunes pareilles ; Dans ce déguisement favorable à mes voeux J'ai suivi tous les pas d'un ami vertueux ; Désormais à Zinton j'ai voué mon service, N'est-ce pas dire assez que j'adore Ladice ?

ACTE SECOND

SCÈNE I. Ladice, Iliane.

LADICE

Iliane, à la fin puisqu'il te faut tout dire, Phocate a des vertus qui font que je l'admire ; Je l'estime, et voudrais pouvoir moins l'estimer, Je crains qu'en l'estimant je ne vienne à l'aimer, Que mon âme ébranlée à ce point se ravale, Que j'écoute une amour à ma gloire fatale, Et pour mieux m'abuser dans cet indigne choix Que je rappelle alors tout ce que je lui dois ! À nous persuader l'amour a tant d'adresse, Qu'il semble nous guérir dès que son trait nous blesse, Et tout ce qu'il propose à nos sens égarés Nous déguise les maux qu'il nous a préparés. Non, non, ne soufrons pas qu'une aveugle puissance Prenne sur ma raison cette injuste licence, Prévenons de bonne heure un si lâche désir, Si nous voulons aimer, pensons à mieux choisir ; La gloire de mon sang qui hautement éclate Seule peut me donner du mépris pour Phocate, Et de ce qu'il a fait séparant ce qu'il est Ne regardons en lui que ce qui nous déplaît. Moi ! Chérir un sujet ! Je m'abusais sans doute ; L'amour en sa faveur n'a rien que je redoute, Et du rang où je suis je ne puis découvrir Que le fils du grand Cham digne de me servir. Je veux te l'avouer, mon frère à sa venue De ce Prince en secret m'a fort entretenue, Il me l'a tout dépeint, et suivant son rapport Il ressemble à Phocate et de taille et de port. Il m'a plus dit encore, il ajoute qu'il m'aime, Que ma vue a rendu sa passion extrême.

Cham : synonyme de Kan. Mot qui signifie prince ou commandant, et qui est le titre de l'autorité souveraine en Tartarie. [L]

SCÈNE II. Zarimene, Ladice, Iliane, Ulanie.

SCÈNE III. Zinton, Vanlie, Armetzar, Artaban, Organte, Mennon, Zarimene, Ladice, Iliane, Ulanie, Gardes.

SCÈNE IV. Zinton, Vanlie, Zarimene, Ladice, Iliane, Ulanie.

SCÈNE V. Ladice, Iliane.

SCÈNE VI. Armetzar, Ladice, Iliane.

SCÈNE VIII.

ACTE TROISIÈME

SCENE I.

SCÈNE II. Armetzar, Organte.

ORGANTE

Seigneur.

SCÈNE III. Vanlie, Armetzar, Organte, Mennon.

SCÈNE IV. Armetzar, Organte.

ORGANTE

Seigneur...

SCÈNE V. Ladice, Iliane.

SCÈNE VI. Artaban, Ladice, Iliane.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Zarimene, Artaban, Ulanie.

ACTE QUATRIÈME

SCÈNE I. Zinton, Artaban, Gardes.

SCÈNE II. Zinton, Artaban, Un garde.

SCÈNE III. Zinton, Artaban, Armetzar, deux habitants de Quinsay.

ARMETZAR

Sire, voici le bras qui venge votre offense, Mais de qui vous devez châtier l'insolence, Puisque sans prendre avis de votre Majesté J'ai fait voir tant d'audace et de témérité. Si vous souffrez pourtant que je m'en justifie, Je dirai qu'il n'est rien que mon bras ne défie, Qu'il n'est point de remparts que je n'aille forcer, Qu'il n'est point d'escadrons que je n'aille enfoncer, Qu'il n'est point d'ennemis que je ne puisse abattre, Lorsque pour votre gloire il me faudra combattre. Dans un si beau dessein je ne saurais manquer, Et j'ai déjà vaincu quand je veux attaquer. Pour ne point hasarder des troupes fatiguées, De peur que l'on ne crut vos forces prodiguées, Suivi d'Organte seul, ce confident si cher Que d'abord à mes pieds on a fait trébucher, Et portant sur le front une mâle assurance, J'ai marché vers la ville alors sans défiance, Et qui donnait un peu de relâche au soldat Nous croyant occupés aux ordres du combat. Je ne vous dirai point, Sire, avec quelle adresse J'ai su gagner la porte et surmonter la presse ; Une foule de peuple accourt en même temps, Et je dois seul répondre à mille combattants. Je ne vous dirai point encor de quel courage J'ai poussé ces mutins, et me suis fait passage, Et mon récit pourrait tacher cette action De reproche fâcheux de quelque ambition. Irrité de la mort de mon fidèle Organte Je m'avance, et partout je jette l'épouvante : Mais au nombre de ceux que mon bras fait tomber, Jugeant bien qu'à la fin il me faut succomber, Mes forces me quittant, ma raison se rallie : Peuple, ai-je alors crié, peuple, suivez Vanlie, Vous fidèles Chinois, vrais sujets de Zinton, En assistant son fils méritez son pardon ; N'écoutez plus un traître, et faites vous justice : Tout d'un coup leur fureur cède à mon artifice. Et leur Prince qu'alors ils s'imaginent voir Leur donne de la crainte et les range au devoir. Ceux qui me résistaient aussitôt m'obéissent, Avec étonnement ces rebelles fléchissent, Et dans cette chaleur je les anime tous À porter au Palais un si juste courroux. Les plus zélés d'entre eux d'abord se font connaître : Prince, me disent-ils, allons percer le traître. Mais nous le rencontrons qui vient lui même à nous, Et son fier désespoir soutient nos premiers coups. Ici je puis bien dire, et sans craindre l'envie Qui d'un injuste orgueil voudrait tacher ma vie, Qu'en ce rude combat qui n'a guère duré Les miens ont fait paraître un courage assuré, Et qu'en étant sortis avec beaucoup de gloire Je dois à leur secours cette belle victoire. Mais un juste regret en trouble la douceur, Je voulais de Sanga me rendre possesseur ; Et je n'ai pu jamais arrêter la furie D'un peuple impatient de venger sa patrie. J'en suis au désespoir, et j'aurais souhaité De l'amener vivant à votre Majesté, Puisqu'au lieu d'une mort il en méritait mille, Enfin vous êtes, Sire, absolu dans la ville, Et ces deux bons sujets de Sanga maltraités Au nom des habitants implorent vos bontés. Vos gens en même temps se sont saisis des portes. Le peuple a témoigné sa joie en mille sortes, Et tous ont à l'envi par des cris éclatants Montré des coeurs soumis et des esprits contents. Voilà ce que j'ai fait : mais, Sire, je m'oublie, C'est plutôt ce qu'a fait le seul nom de Vanlie.

Ce vers est aussi le vers 1268 du Cid de Pierre Corneille, Acte III, scène 1, Don Rodrigue.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Ladice, Iliane.

LADICE

Elle entre tenant une lettre ouverte en la main.

Que de biens à la fois ! Que de maux tout ensemble ! Dieux que j'ai de plaisir ! Mais bons dieux que je tremble ! Quoi presque en un moment voir tant de revoltés Par le bras de Phocate heureusement domptés, Ou plutôt d'Armetzar, ce Prince magnanime, Que je ne puis souffrir ni rejeter sans crime ! Ha, cher frère, à présent tu m'expliques assez L'énigme dont mes sens furent embarrassés. Avec peine Armetzar sous l'inconnu Phocate Nous cachait le brillant dont son mérite éclate ; Dans une âme vulgaire on ne découvre pas De si hautes vertus, de si charmants appas, Et si pour lui la mienne avait quelque tendresse, Elle sentait déjà le beau trait qui la blesse. Mais que dis-je insensée ! Hélas ! M'est-il permis De choisir un amant parmi nos ennemis ? Puis-je aimer Armetzar ? Puis-je aimer un Tartare, Dont la voix du pays hautement me sépare, Et de qui mon devoir contraire à mes désirs Me défend désormais d'écouter les soupirs ? Oui, je t'entends, Zinton ; ta haine m'est connue ; Cette belle amitié qu'est elle devenue ? Que t'a fait ce Phocate ? Es-tu las de l'aimer ? S'il prend un plus beau nom, dois tu t'en alarmer ? Ne te souvient-il plus qu'il t'a sauvé la vie ? Qu'aujourd'hui par son bras Quinsay t'est asservie ? Et crains-tu qu'il ne veuille après cette action Se conserver toujours dans ton affection ? Mais je t'écoute encor. Tamerlan est son père, Et tu n'as plus pour lui que des yeux de colère ; Tu les jettes sur moi de même que sur lui, Voyant que contre toi je me rends son appui. Mais, ô Roi trop ingrat après tant de service ! Apprends qu'en mes desseins j'ai bien plus de justice ; Lorsque tu le voulais j'en dus faire refus, Et je dois l'accepter quand tu ne le veux plus. Oui, l'amour, Iliane, enfin règne en mon âme, Je ne puis le cacher, elle est toute de flamme, Et fâché que plutôt il n'y pouvait entrer, Pour punir mes froideurs d'abord il vient m'outrer. Mais pourtant dans les lois mille douceurs se trouvent, La nature les dicte, et nos coeurs les approuvent. Si tout ce qu'il ordonne est un sévère arrêt, Sa violence est douce, et sa rigueur nous plaît, Bref tout en est charmant, tout en est estimable, Et c'est le seul tyran dont l'empire est aimable. Iliane, relis ce trop charmant écrit, Et donnes en encor la joie à mon esprit.

SCÈNE VI. Ladice, Armtezar, Iliane.

ACTE CINQUIEME

SCÈNE I. Zarimene, Ladice, Iliane, Ulanie.

SCÈNE II. Zarimene, Ladice, Iliane, Ulanie, Un garde.

LADICE, comme pâmée

Iliane !

ULANIE

La Reine s'évanouit, et on l'emporte.

Madame...

SCÈNE III. Ladice, Iliane, Le Garde.

SCÈNE IV. Armetzar, Ladice, Iliane, Le garde.

LADICE

Ils prennent la fuite au bruit des trompettes qui precedent l'arrivée de Tamerlan.

S'il est ainsi, cher Prince, évitez sa colère. Sauvez moi, sauvez vous.

SCÈNE V. Tamerlan, Odmar, Axalla, Vanlie, Gardes.

TAMERLAN

Enfin, je suis vainqueur de tous mes ennemis, Tous les Rois de l'Asie à mes pieds sont soumis, Du Danube et du Nil j'ai calmé les tempête, Et je ne puis plus loin étendre mes conquêtes. La Chine qui devait couronner mes exploits Va désormais apprendre à vivre sous mes lois, Elle voit sa défaite enrichir mon trophée, Et dans son Roi captif son audace étouffée. En vain elle opposait un mur prodigieux À des bras qui pourraient atteindre jusqu'aux Cieux. Cet ouvrage inutile autant que magnifique (Dont il faut, je l'avoue, admirer la fabrique) A su mal la défendre, et la mettre à couvert, Et partout Tamerlan trouve un passage ouvert. Phocate, je te dois une part de ma gloire, Sans toi j'aurais plus tard remporté la victoire ; Ce que pour moi ton zèle exécute en ce jour T'a su mieux qu'autrefois acquerir mon amour. Tu fis dans Samarcande mille actions charmantes, Tu viens de faire ici mille actions vaillantes ; Ton adresse en ma Cour te gagna tous les coeurs, Ces chefs sur tes grands coups ont mesuré les leurs ; Et de quelque côté que je le considère, En guerre comme en paix Phocate me sait plaire. À de si grands exploits son courage étant né, Il a pour l'exercer un pays trop borné ; L'Inde qui l'a nourri n'a pas assez d'espace Pour fournir de matière à son Illustre audace. Puisqu'il la quitte encore, et que tout à la fois Il a su venir, voir, et vaincre les Chinois ; Il lui faut avec moi chercher une autre terre, Chercher d'autres tyrans pour leur porter la guerre, Et qui de ma fortune accompagne le pas À peu d'un monde entier pour employer son bras. Oui, Phocate, d'un fils que le destin me cache Tiens aujourd'hui le rang où mon amour t'attache, Et dedans mon empire, ainsi que dans mon coeur Viens occuper sa place, et reçois cet honneur. Que ces braves guerriers, témoins de ta vaillance, L'honorent désormais de leur obéissance ; Et s'il nous reste encor quelque peuple à dompter, Que leurs bras sous le tien se fassent redouter.

SCÈNE VI. Tamerlan, Odmar, Axalla, Zinton, Armetzar, Vanlie, Gardes.

ZINTON

Ha ! Fils abominable, Ta bouche enfin t'accuse, et te montre coupable. Donc tu viens à mes yeux vanter ta trahison, Dans un camp ennemi tu traçais ma prison, Tu poursuivais la mort de qui tu tiens la vie ; Approche, fils ingrat, contente ton envie ; Tu n'as pas fait assez pour cet heureux vainqueur, Si ton bras inhumain ne me perce le coeur ; Achève, et par un coup digne d'un parricide Assure sa victoire, et la rends plus solide. Ma perte est importante au repos de ses jours, Offre lui derechef ton indigne secours. Si cet acte sanglant veut une main barbare, Ta main l'est devenue en servant le Tartare, Et plus cruelle encore elle ose en sa fureur Venir peindre à mes yeux son crime et mon malheur. Possible espères tu que j'implore ta grâce ? Infâme, dis-moi donc ce qu'il faut que je fasse ? Si ton père à tes pieds doit flatter ton pouvoir ? Si ton pays en sang pourra bien t'émouvoir ? Non, non, fils inhumain, ton pays et ton père À ce honteux affront sauront bien se soustraire ; Perfide, peux-tu voir ton père et ton pays Par toi seul aujourd'hui si lâchement trahis ? Mais tu voulais régner ? Et ton impatience Ne souffrait qu'à regret l'Empire en ma puissance ? Encore un peu de temps, ma mort t'eut satisfait, Le Ciel de tes désirs aurait pressé l'effet ; Mon trône t'attendait, tu devais bien attendre ; Tu pouvais y monter sans m'en faire descendre ; Et si t'y faisant place on t'aurait contenté, Pour t'y placer tout seul je te l'aurais quitté. Mais voulant l'acquerir par une perfidie, Voulant voir tout d'un coup ta fortune agrandie, Tout d'un coup de ce faîte où tu te crois monté Je te verrai tomber avec indignité ; Les Dieux ne sont plus Dieux s'ils épargnent ta tête, Tes propres partisans formeront la tempête, Et ceux qui t'ont aidé dans tes lâches desseins Pour me venger de toi seront tes assassins. C'est là, c'est là, cruel, le sort de tes semblables ; On se sert au besoin de ces esprits coupables : Mais comme un traître enfin est un honteux appui, Quand il n'est plus utile on se défait de lui.

TAMERLAN

Borne là les transports que la colère étale, Et crois que ma surprise à la tienne est égale ; Tu lui dois tout le temps que ta juste douleur A pu me dérober pour plaindre ton malheur. Je suis assez vengé par le coup qui t'accable : Mais enfin si ton fils est un vainqueur coupable ; D'un crime tout pareil à mes yeux convaincu, Le mien est au contraire un coupable vaincu. Oui, le crime est pareil : mais l'effet dissemblable Rend l'un victorieux, et l'autre punissable, Et si la grâce est due à qui la peut offrir, Ton fils a droit de vivre, et le mien doit mourir. Traître, n'attends de moi qu'un traitement sévère ; Je ne m'informe point où tend tout ce mystère, Suffit que je te trouve avec mes ennemis Tu perds entre eux le rang et le nom de mon fils, Et je ne te connais dedans cette aventure Que pour un ennemi qu'abhorre la nature. Du Chinois contre moi te rendre partisan ! Tremble, tremble, perfide, au nom de Tamerlan, Dans mon juste courroux redoute mes supplices, Tu ne saurais les fuir, il faut que tu périsses, Il faut que par ta mort je purge ma maison De l'affront que lui fait ta lâche trahison. Tu tâchais ainsi de détruire ma gloire ! Ton bras injurieux retardait ma victoire ! Et mes coups au combat par les tiens repoussés Ont déchu de l'éclat de mes travaux passés ! Après une action si coupable et si noire, Tous les tiens aujourd'hui sortent de ma mémoire, Et j'oublie aisément ce que tu fis pour moi, Pour suivre le dépit qui m'arme contre toi. Tout ton sang doit laver cette honteuse tache Qui dans ce jour fatal à ma gloire s'attache ; Et te faisant souffrir des tourments infinis, Je veux voir en toi seul tous les Chinois punis. Toi qui craignais si peu cette juste disgrâce, Qu'espères-tu de moi ? Qu'attends-tu que je fasse ?

VANLIE

Non, je n'y prétends rien, Seigneur, et puisqu'enfin Il faut qu'aux yeux de tous j'explique mon dessein, Dans ce cruel combat qui me couvre de blâme, Je n'ai rien fait pour vous, j'ai tout fait pour ma flamme, Et sans la rude loi qu'elle a su m'imposer La Chine sur mon bras eût dû se reposer. Je n'aurais point quitté les intérêts d'un père, Je n'aurais point aidé son mortel adversaire, Et jamais Tamerlan n'eut reçu d'un Chinois Ce qui le rend vainqueur du plus juste des Rois. Non, Seigneur, et voyez par cet aveu sincère Qu'amour seul a rendu mon crime nécessaire, Et si j'ai pu trahir mon père et mon pays, Que ce n'est point pour vous que je les ai trahis. Cette invincible ardeur dont j'eus l'âme saisie, Et donc le pur effet des beautés d'Hermasie ; Jugez quand je la vis quels désirs je formai : Mais dire, je la vis, c'est dire, je l'aimai. Plutôt que d'opposer une injuste défense Au parti trop heureux qu'appuyait sa présence, Plutôt que d'attaquer dans ce combat fâcheux Celle pour qui mon coeur devait faire des voeux, Plutôt que de montrer à cette audace extrême, Je me serais cent fois armé contre moi-même. Mais enfin si Vanlie est hors de tout espoir, Phocate dans ces lieux n'a-t-il plus de pouvoir ? Est-il sitôt déchu de la faveur d'un Prince Qui rangeait sous ses lois cette grande Province ? Non, j'ai tort d'en douter ; fut-ce à ses ennemis Un Prince doit tenir tout ce qu'il a promis ; Autant qu'à les dompter il y va de sa gloire, En donnant sa parole il oblige à la croire ; Et n'est point, ou vint-il enfin à consentir, Comme un autre mortel sujet au repentir.

2 093 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica