Vaudeville en vers et en prose· Vaudeville en un Acte et en Deux Tableaux
Le Tir au Pistolet
Représentée, pour la première fois, sur le Théâtre du Vaudeville, le 18 août 1829.
Personnages
- DUCHÂTEL, employé dans un ministère. M. ARNAL
- JULIETTE, sa femme. Mlle BROHAN
- BLONDIN, ami et collègue de Duchâtel. M. BERNARD-LÉON
- MONSIEUR DUVIVIER, oncle de Madame Duchâtel. M. LEPEINTRE jeune
- MADEMOISELLE BERNARD, marchande lingère, cousine de Blondin. Mlle ÉLISA
- VIRGINIE, sa demoiselle de boutique. Mlle MARCHETTI
- SAINT-ÉLOY, jeune élégant. M. EMMANUEL
- MARTIN, garçon du tir. M. ARMAND
- JOSEPH, garçon de restaurant. M. ÉMILIEN
- AMATEURS
- GARÇONS DE RESTAURANT
AVIS
À MM. LES DIRECTEURS DES DÉPARTEMENS.
La première décoration ne doit tenir au plus que trois plans ; elle s'enlève à vue et la seconde peut être simplifiée ; elle représentera un jardin ; le garçon du tir donnera les pistolets par la coulisse à gauche de l'acteur, qui tirera de gauche à droite, en visant sur la plaque qui sera censée dans la coulisse à droite.
PREMIER TABLEAU.
Le théâtre représente une salle de restaurant ; au foud, porte principale ; à droite et à gauche, plusieurs portes de cabinets portant des numéros. Sur un côté de la scène, une table avec une serviette dessus, des chaises, etc.
SCÈNE PREMIÈRE. Joseph, puis quatre Garçons.
Au lever du rideau, la scène est vide ; on entend deux coups de pistolet tirés à l'extérieur.
JOSEPH, entrant le premier
Allons, vous autres, à l'ouvrage ! Voilà le tir qui commence.... Ça va nous amener du monde.
CHOEUR
AIR de la Lune de Miel.
Accourons tous, mes amis, dépêchons ; Voici pour nous le moment d'en découdre. Ceux qui, là bas, font éclater la poudre, Viendront ici fair' sauter les bouchons.JOSEPH
L'goût du plaisir, chez nous fait refluer Ces tireurs que la gloire enivre ; En apprenant à se faire tuer, On n' renonce pas à bien vivre.Parlé.
Aussi le voisin va-t-il bientôt nous envoyer des pratiques... Visitez les cabinets, époussetez partout et frappez le Champagne pour rafraîchir les braves.
SCÈNE II. Joseph, puis Martin.
JOSEPH
Ah ! Enfin, les voilà à la besogne... En faut-il de la tête quand on est premier garçon de restaurant... quatre hommes sous mes ordres, juste autant qu'un caporal.
MARTIN, entrant
Hé ! Joseph !
JOSEPH
Voilà !... Tiens, c'est Martin.
MARTIN
Vite un couvert pour quatre, de la part de Monsieur_Blondin, qui est au tir.
JOSEPH
Ah ! Ah ! C'est encore sans doute une partie fine.... Ce farceur de Monsieur_Blondin, il aime joliment le beau sexe.
MARTIN
C'est possible ; quoiqu'ça je doute qu'il vise les coeurs aussi bien que la plaque... C'est un fameux malin à ce jeu là... numéro un.
AIR Restez, restez, troupe jolie.
D' son coup_d_oeil j'connais la justesse, C'est notre plus fort amateur ; Mais il peut, malgré son adresse, Ne pas savoir toucher un coeur. Y n' sait p't-êtr' pas toucher un coeur. Ce but- là, dit-on, embarrasse Plus que le nôtre... et je l' croirais ; La plaque, au moins, ça reste en place ; L' coeur d'un' femm' n'y reste jamais.JOSEPH
C'est drôle, un employé qui tire si bien au pistolet !... Il n'a pourtant personne à tuer... que le temps... Ah ! Ça y a-t-il bien du monde chez vous ?
MARTIN
Pardine ! Un jour comme celui-ci, que les boutiques sont fermées, les jeunes gens n'ont rien de mieux à faire qu'à être braves.
AIR de Turenne.
J'trouv'rais qu' c'est un coup_d_oeil superbe, Si ça m' donnait moins d'embarras, De voir tous ces héros en herbe, Le nez au vent, le pistolet au bras, Avec fierté, m'surer les vingt-cinq pas. Ayant aujourd'hui carte blanche, Ils s'empressent d' montrer du coeur, Et ne quitteront leur valeur Qu'avec leurs habits du dimanche.Ah ! Ça, v'là ma commission faite ; je retourne à mon poste maintenant.
Il va pour sortir.
JOSEPH, l'arrêtant
Dis donc, Martin, est-ce que tu ne voudrais pas auparavant achever une bouteille ensemble ?
MARTIN
Ma foi, ce n'est pas de refus ; j'ai le gosier plein de poudre comme un canon de pistolet.
JOSEPH, à la cantonnade
Eh ! François ! Étienne !
Deux garçons entrent.
Débarrassez bien vite le nº_14... Ah ! Diable, il est occupé par ce vieux monsieur, notre habitué.... C'est égal, mettez le couvert ici pour quatre, ils seront aussi bien.
À Martin.
AIR de la Mazourka.
Allons, Partons, Dépêchons, Courons vite, À trinquer je t'invite. Vous, d' votr' côté, messieurs, travaillez bien...Faisant le geste de boire.
J' vas travailler du mien.ENSEMBLE.
MARTIN et JOSEPH
Allons, Partons, Dépêchons, Courons vite, À trinquer je t'invite. Vous, d' votr' côté, messieurs, travaillez bien...LES GARÇONS
Allons, Partons, Dépêchons, Courons vite, Où l' devoir nous invite. De notr' côté, quand nous travaillons bien, Lui travaille du sien.Martin et Joseph sortent à droite, les garçons les suivent.
SCÈNE III. Juliette, Duchâtel, arrivant par le fond ; il porte une boite à pistolets.
JULIETTE
Voyons, Monsieur_Duchâtel, arrivez donc... N'avez-vous pas peur qu'on vous voie entrer ici ?... Est-ce qu'une partie fine avec votre femme vous effraie ?
DUCHÂTEL
Ne te fâche pas, Juliette, j'aime beaucoup les parties fines, avec toi surtout.
JULIETTE
Et avec les autres, vous êtes gauche, timide, embarrassé.
DUCHÂTEL, très froidement
Oh ! Je commence à me dégourdir joliment, depuis un mois qu'il t'a pris fantaisie de me former.
JULIETTE
Il le fallait bien, toutes mes amies se moquaient de vous, et c'était humiliant... pour moi ; je veux, au contraire, les rendre jalouses... Si personne n'envie mon bonheur, il n'y a plus de plaisir... Allons, posez là vos pistolets et écoutez-moi.
DUCHÂTEL, posant ses pistolets sur une chaise
Tu sais bien que j'écoute toujours.
JULIETTE
C'est ce qui fait dire à tout le monde que vous n'avez pas l'esprit d'entretenir une conversation, à votre bureau surtout.
DUCHÂTEL
À mon bureau ?... Je les enfonce tous... À l'ouvrage.
JULIETTE
Oui, je sais, vous êtes assidu, laborieux ; on vous trouve déplacé partout, excepté au travail... Enfin, cela changera peut-être, votre éducation est en bonnes mains ; d'abord, nous allons déjeuner ici en tête à tête.
DUCHÂTEL
C'est bien agréable !
À part.
Quand on n'a pas d'autres projets.
JULIETTE
Après le déjeuner, nous irons au tir, je vous donnerai une leçon...
DUCHÂTEL
Ah ! Oui, tu es forte au pistolet, toi.
JULIETTE
Certainement.
AIR du Baiser au Porteur.
Je suis l'élève de mon père, Qui m'instruisait à sa façon ; Aussi, dans mon humeur guerrière, Je ne crains rien... De sa leçon J'ai profité vraiment comme un garçon. De jeux hardis, dès l'enfance occupée, Des armes étaient mes hochets, Si je touchais une poupée, C'était à coups de pistolets.Aussi, ne sois jamais infidèle... Je serais capable de me battre avec toi.
DUCHÂTEL
Vous battre avec le père de vos enfants.... futurs !.... Ma femme, vous êtes trop crâne.
JULIETTE
Et vous, vous ne l'êtes pas assez.
DUCHÂTEL
Bah ! La bravoure dans nos bureaux, c'est un objet de luxe, du moins, à ce que prétend votre oncle Duvivier, l'inspecteur_des_travaux à la barrière_de_l_Étoile.
JULIETTE
Oh ! Lui, ça ne m'étonne pas, on ne l'a jamais appelé que Monsieur_Duvivier le pacifique ; mais je ne veux pas que mon mari lui ressemble. Ne peut-on pas vous insulter ?... Hier, par exemple, ne m'avez-vous pas dit que vous aviez eu une querelle ?....
DUCHÂTEL
Où je me suis joliment montré, je m'en vante ; j'ai dit à mon adversaire : Monsieur, nous nous reverrons.... et je te réponds que si je le revois jamais....
JULIETTE
Eh ! Que feriez-vous ? Maladroit comme vous êtes ?... Il faut que vous soyez en état de vous défendre, de me protéger même.
DUCHÂTEL
Et c'est pour cela que tu veux me mener au tir ?.. Ah ! Je conçois...
AIR : Connaissez mieux le grand Eugène.
Dans cet endroit, chacun assure Qu'à bon marché la bravoure se vend, Et qu'on apprend à faire une blessure, Même à tuer pour son argent. Aussi le sang y bouillonne aisément. Là, pour un rien, on se fâche, on s'emporte ; Et quelquefois le moins vaillant, Laisse, en entrant, sa frayeur à la porte... Quitte à la reprendre en sortant.Dieu ! Que je serai heureux quand je serai aussi fort au pistolet que mon ami Blondin.
JULIETTE
Monsieur_Blondin !... Ce mauvais sujet qui travaille avec vous et dont vous me parlez si souvent !... J'espère que vous ne le fréquentez qu'au ministère, car on m'en a dit sur son compte.
DUCHÂTEL
Oh ! Ce n'est qu'une amitié de bureau ; nous nous estimons de neuf à quatre heures inclusivement.
À part.
Si elle savait...
JULIETTE
À la bonne heure... Ah ! Ça, occupe-toi du déjeuner ; pendant ce temps là, je vais choisir un cabinet qui donne sur les Champs-Élysées.
AIR : Valse de Robin des Bois.
Vite en personne, Dispose, ordonne, Point d'embarras ni de frayeur, De l'assurance Et de l'aisance, Il faut ici me faire honneur.DUCHÂTEL
Je serai bien gauche, peut-être.DUCHÂTEL
Ma femme, je vais t'obéir.ENSEMBLE.
Puisqu'en personne, Ici j'ordonne, Point d'embarras ni de frayeur. De l'assurance Et de l'aisance, Il faut que je lui fasse honneur.JULIETTE
Vite en personne, Ici j'ordonne, Point d'embarras ni de frayeur. De l'assurance Et de l'aisance, Il faut que je lui fasse honneur.Juliette sort par la droite.
SCÈNE IV.
DUCHÂTEL, seul
Comme c'est amusant un déjeuner d'éducation !... Quand je devais en faire un si joli avec Blondin et ces demoiselles... mais je ne peux pas avouer cela à Juliette ; elle se fâcherait, et cependant comme ce serait injuste...
AIR de la Robe et les Bottes.
Elle a résolu de m'instruire, De me rendre aimable et galant ; Et les douceurs qu'aux femmes je dois dire, C'est elle qui me les apprend. Mais à quoi bon travailler avec zèle ? Ai-je besoin d'en savoir aussi long, Si je ne puis, avec une autre belle, Pour m'essayer, répéter ma leçon ?SCÈNE V. Duchâtel, Blondin.
BLONDIN, en dehors
Vous enverrez la société au numéro_14.
DUCHÂTEL, écoutant
Tiens, c'est Blondin.
BLONDIN, entrant, une poupée à la main
AIR : Alerte !
Victoire !bis.
Honneur et gloire, À mon talent ! Victoire !bis.
Quel coup brillant !Parlé.
Ah ! Ah ! Te voilà déjà au poste, toi !
Lui montrant sa poupée.
Tiens, vois-tu ?
Je t'apporte une demoiselle, Que mon coup_d_oeil, toujours fidèle, Renversa de son piédestal... Oui, partout mon art, sans égal, Au beau sexe est fatal !...Pan ! C'est mon seul coup de pistolet... Ils disaient là-bas que c'était un coup de vent qui l'avait jetée par terre, et qu'elle s'était cassé la jambe... Jalousie !... Pure jalousie !
Victoire !bis.
Honneur et gloire, À mon talent ! Victoire !bis.
Quel coup brillant !DUCHÂTEL
Chut ! chut ! chut !BLONDIN
Eh bien ! Qu'est-ce qu'il a donc celui-là avec ses chut ?..... Ah ! Ça, il paraît que tu as reçu mon petit mot, puisque te voilà.
DUCHÂTEL
Je n'ai rien reçu du tout ; mais tais- toi, je suis en tête à tête....
BLONDIN
Déjà !... Voyez-vous ce petit farceur, avec son air timide !
DUCHÂTEL
En tête à tête... avec ma femme.
BLONDIN
Ta femme !... Quelle bêtise !... Et ces demoiselles qui comptent sur toi, qui vont arriver tout_à_l_heure.
DUCHÂTEL
Comment ici ?... Il me semble que ça devait être à Belleville
BLONDIN
J'ai changé d'avis, et c'est pour cela que je t'avais écrit ce matin ; je suis bien aise de montrer à ma cousine, Mademoiselle_Bernard, comme je casse les poupées à vingt-cinq pas : j'y mets de l'amour-propre.
DUCHÂTEL
Et sa demoiselle de boutique ?
BLONDIN
La petite Virginie ? Elle est aussi des nôtres.
DUCHÂTEL
Ah ! Mon Dieu ! Quel malheur !... J'aurais pu faire aujourd'hui tant de progrès !...
BLONDIN
Eh bien ! Est-ce que tu ne peux pas te débarrasser de ta femme ?
DUCHÂTEL
Dame, à moins que je ne lui demande la permission...
BLONDIN
Par exemple !... Ne va pas t'aviser.... Cherche un prétexte, un moyen adroit..... Un homme d'esprit en trouve toujours.
DUCHÂTEL
Oui, un homme d'esprit...
BLONDIN
Je t'ai annoncé, et ces dames t'en voudraient beaucoup ; d'ailleurs il y a longtemps que nous devons aller au tir, et je veux aujourd'hui te donner une leçon.
AIR : Vaudeville de la Somnambule.
Je te montrerai la manière De casser un bras lestement.DUCHÂTEL
Ma femme, pour la même affaire, M'amenait ici justement ; Car de tout elle veut m'instruire.BLONDIN
C'est peut -être aujourd'hui son goût ; Plus tard, madame, on peut te le prédire, Se gardera de t'instruire de tout.DUCHÂTEL
Cette leçon là ne pouvait pas me manquer : tiens, vois-tu mes pistolets ?... Ils sont tout neufs d'hier.
BLONDIN
Il ouvre la bolte.
Des pistolets neufs !.... Je veux les étrenner et voir s'ilS sont justes...... mais il faut que j'aille presser le service ; je suis aujourd'hui le grand-maître des cérémonies.
En ce moment Juliette paraît et s'arrête sur le seuil de la porte.
Ainsi voilà qui est bien entendu, il s'agit de deux choses essentielles éloigner Madame_Duchâtel et être ici à onze_heures précises avec les pistolets.
À lui-même en s'en allant.
Pan ! pan !... Je vais lui donner une fameuse leçon.
Il sort à gauche.
SCÈNE VI. Duchâtel, Juliette.
JULIETTE, à part
Ah ! Mon Dieu ! Qu'est- ce que j'entends ?... Serait-ce....
DUCHÂTEL, se retournant
Hein !... Ah ! C'est toi, Juliette... Tu m'as fait peur.
JULIETTE
Qu'as-tu donc ? Tu ne parais pas tranquille ?...
DUCHÂTEL
Oui, en effet... Je ne parais pas... Mais c'est égal, il ne faut pas croire...
JULIETTE, à part
Plus de doute... Ce monsieur, sa querelle d'hier... Mes reproches contre son peu de courage... C'est un duel !...
DUCHÂTEL, à part
Mon Dieu ! Mon Dieu ! Quel moyen imaginer ?...
Haut.
Tiens, Juliette, je suis contrarié !... Si tu savais...
JULIETTE, avec intention
Je devine.
DUCHÂTEL
Du tout... du tout... Ce n'est pas ça... C'est une affaire...
JULIETTE
Une affaire !...
DUCHÂTEL
Oui... Oui... Très pressée, et qu'il faut que j'expédie à mon bureau, avant midi...
JULIETTE
Ah !... C'est singulier... Tu ne m'en avais pas parlé.
DUCHÂTEL
Je l'avais oublié ; heureusement que je viens de m'en souvenir encore à temps.
AIR : Un homme pour faire un tableau.
Il faut, sans tarder d'un instant, Que je me rende au ministère...DUCHÂTEL, parlant
Ce que c'est ?
À part.
Ah ! Mon Dieu ! C'est égal... La première chose venue.
Suite de l'air.
Ça concerne le dey_d_Alger... On veut régler, cette semaine, Le compte de cet étranger... Car voilà longtemps que ça traîne.Ça m'ennuie assez, va, à cause de notre déjeuner ; mais le devoir avant tout.
À part.
Ce n'est pas trop bête pour un commençant.
Dey : Titre du chef barbaresque qui gouvernait la régence d'Alger. [L]
JULIETTE, à part
Allons, il ne veut rien m'avouer.
DUCHÂTEL
C'est bien vrai, Juliette, ce que je te dis-là... Tu me crois, n'est- ce pas ?
JULIETTE
Certainement.
DUCHÂTEL, à part
Il me semble qu'elle y met de la bonne volonté, car je n'ai pas l'air de me croire moi-même.
Haut.
Ainsi je vais te reconduire chez nous ; j'ai le temps.
JULIETTE, lui prenant la main, d'un ton solennel
Duchâtel, je suis contente de toi ; ta conduite me fait plaisir, et tu as désormais toute mon estime.
DUCHÂTEL, étonné, à part
Son estime !... Ah ! Mon Dieu ! On dirait qu'elle soupçonne mon rendez-vous féminin.
JULIETTE, à part
Il est plus brave que je ne croyais... Mais si quelqu'un se bat aujourd'hui, ce ne sera pas lui... Le rendez-vous est pour onze_heures... C'est bien.
AIR de la Maison de Plaisance.
Hâtons-nous,bis.
Le devoir nous appelle, Il faut être fidèle À votre rendez-vous...JULIETTE, à part
Je ne puis croire que l'on blâme Le projet que je forme ici ; C'est un devoir pour une femme, De tout braver pour son mari.JULIETTE, à part
Son ennemi peut-être le tuerait...DUCHÂTEL, à part
Mais j'en guérirai, je l'espère.ENSEMBLE
Hâtons-nous, Le devoir vous appelle, Le plaisir nous appelle, Il faut être fidèle À votre rendez-vous. À notre rendez-vous.Ils sortent par le fond.
SCÈNE VII. Blondin, suivi de Joseph et de deux garçons.
BLONDIN
Par ici, garçons, par ici, et dépêchons-nous.
Descendant la scène pendant que les garçons sortent.
C'est vraiment fort agréable une partie carrée ; par exemple, ça se renouvelle bien souvent, et c'est un peu cher pour un commis à 1800_francs. Mais c'est égal ; la cause première de mes prodigalités, mon aimable cousine, Mademoiselle_Bernard est là pour réparer le déficit... Charmant fonds de lingerie à épouser, et je l'épouserai quand ça me plaira, c'est-à-dire quand je serai à sec.
AIR : Amis, voici la riante semaine.
En attendant, joyeux célibataire, Continuons à me bien amuser ! En courtisant celle à qui je veux plaire, Ne pensons pas que je dois l'épouser. Avec transport, jusqu'à mon mariage, Du plaisir seul, je veux suivre la loi, J'aurai le temps de me mettre en ménage, Quand le plaisir ne voudra plus de moi.En se retournant, il aperçoit Joseph qui apporte une pile d'assiettes et qui s'occupe à ranger.
Eh bien ! Qu'est-ce que c'est que ça ?
JOSEPH
C'est votre couvert, monsieur.
BLONDIN
Comment ici !... Est-ce que tu te moques de moi ?... Numéro_14 ; c'est toujours là que je déjeune... Mademoiselle_Bernard n'aime que ce cabinet-là.
JOSEPH
Ah ! Bien, oui ; mais le Numéro_14 est occupé aujourd'hui.
BLONDIN
Occupé !... Par qui ?
JOSEPH
Par un monsieur... Un de nos habitués.
BLONDIN
Par exemple !... Nous allons voir ça.
JOSEPH
Doucement... Prenez garde ; c'est un fonctionnaire.
BLONDIN
Un fonctionnaire ! Je m'en moque pas mal...
AIR : Simple soldat.
Je veux ma place, ou cet usurpateur, S'il me résiste, en sera la victime ; Il faut montrer que j'ai du coeur, Pour soutenir un droit bien légitime. C'est par routine, apparemment, Que de ma place il a fait la conquête ; À table ici, monsieur se croit vraiment À ces dîners, où si facilement On les enlève à la fourchette.Frappant à la porte du cabinet n°_14.
Monsieur ! Monsieur...
JOSEPH, sortant
Ma foi, faites comme vous voudrez, je m'en lave les mains.
BLONDIN, frappant de nouveau
Monsieur ! Monsieur ! Ouvrez donc, s'il vous plaît.
SCÈNE VIII. Blondin, Duvivier, ouvrant.
Il a un biscuit à la main et une serviette à la boutonnière.
DUVIVIER, sur la porte
Qu'il y a-t-il pour votre service ?
BLONDIN
Monsieur, je suis désespéré de vous déranger, mais ce cabinet m'appartient.
DUVIVIER
C'est possible ; mais pas pour ce moment, puisque j'y déjeune.
BLONDIN, à part
Oh ! Oh ! Est-ce qu'il voudrait faire le récalcitrant, ce brave homme là... Ce serait du nouveau pour moi.
Haut.
Monsieur, je dois vous prévenir d'une chose ; je suis Blondin.
DUVIVIER
Vous êtes blondin ?... Je le vois bien... Moi, monsieur, je suis Duvivier, inspecteur_des_travaux, à la Barrière_de_l_Étoile.
La Barrière de l'étoile se situait tout en haut des champs éLysées et séparait Paris des communes de Neuilly et de Passy.
Blondin : Fig. et familièrement, un jeune homme qui fait le beau, qui courtise le beau sexe. [L]
BLONDIN
Eh bien, Monsieur_Duvivier... Monsieur_l_inspecteur, vous feriez bien mieux de retourner à votre affaire.
DUVIVIER
Du tout... Je ne suis pas pressé. J'ai le temps... Et je vais achever mon déjeuner.
BLONDIN, à part
Il est sans gêne.
Haut.
Mais, monsieur... Je vous répète que je suis Blondin... J'attends des dames, ce cabinet est à moi, et je veux y déjeuner.
DUVIVIER, descendant la scène
Alors, Monsieur, je va[i]s me dépêcher ; il sera vacant dans une couple d'heures.
BLONDIN, l'arrêtant par le bras
Un instant... J'en ai besoin tout de suite...
DUVIVIER
Monsieur ! Est-ce que vous voudriez me faire violence ?... C'est que, tout pacifique que je suis, je ne souffrirais pas...
BLONDIN, voulant passer
Laissez donc, mon brave homme...
DUVIVIER, mettant une chaise devant la porte et s'asseyant
Vous n'entrerez pas, à moins que vous ne me passiez sur corps, que vous ne me fouliez aux pieds.
BLONDIN, tirant une carte de sa poche
En ce cas, monsieur, ne faisons pas de bruit, voilà mon adresse ; demain matin, à six heures, je vous attends.
À part.
Je suis tranquille, ce n'est pas une figure à venir.
DUVIVIER, se levant
Vous m'attendez ?... Est-ce que vous auriez un arc_de_triomphe à construire ?...
BLONDIN, sérieusement
Non... non... Monsieur.
DUVIVIER
Alors, pourquoi faire ?
BLONDIN
Pour nous battre au pistolet ; et je vous montrerai ce que je sais faire... Je pratique depuis l'âge de quinze_ans.
DUVIVIER
Et vous en avez ?...
BLONDIN
Trente-cinq !
DUVIVIER
Bien... Ça fait vingt ans d'exercice. Alors, pour qu'il y ait égalité entre nous, je prendrai aujourd'hui ma première leçon, et nous nous battrons ensemble dans vingt ans d'ici.
BLONDIN
Comment, Monsieur !
DUVIVIER, rentrant
Soyez tranquille ; je va[i]s inscrire cette affaire-là sur mon agenda pour le 15_août_1849.
BLONDIN
Par exemple !... Voilà un fier original... Monsieur !...
DUVIVIER, entr'ouvrant la porte et passant la tête
À propos, toujours pour six_heures_du_matin...
Il ferme la porte.
SCÈNE IX. Blondin, Duchâtel.
BLONDIN
Poltron !... Il a bien fait de rentrer.... sans cela.... mais je ne trouverai donc jamais un brave capable de me tenir tête... Je ne sais pas comment cela se fait, je manque tous mes duels, je suis pourtant bien en train aujourd'hui.
Marchant d'un air agité.
Ah !... Ah !... Ah !
DUCHÂTEL, arrivant avec précipitation
Me voilà.
Reculant vivement.
Eh bien ! Qu'est-ce qu'il t'arrive donc ?
BLONDIN
Rien... C'est une petite querelle que je viens d'avoir avec un particulier que j'ai fait filer comme les autres, et cependant il avait des éperons et des moustaches longues comme ça....
DUCHÂTEL
Ah ! Des moustaches.... C'est donc un militaire ?
BLONDIN
Bah ! Ça ne dit rien... Tout le monde en a aujourd'hui des moustaches, voilà pourquoi je n'en ai pas.
AIR des Amazones.
Combien de fats portent cette parure, Pour ajouter à leur mince valeur ; Même souvent, derrière une voiture, On aperçoit un belliqueux chasseur, Dont, sur ma foi, les moustaches font peur. Loin d'en orner une pareille face, J'aimerais mieux, moi, les mettre au cocher. Elles seraient là du moins à leur place, C'est en avant qu'elles doivent marcher.Mais à propos, ta femme, qu'est-ce que tu en as fait ?
DUCHÂTEL
Elle est chez elle.... Ah ! Mon ami, tu ne sais pas ce que c'est que de tromper sa femme.
BLONDIN
Pas encore, mais cela ne tardera pas ; incessamment j'épouse ma cousine... Ah ! Ça ne pensons plus à Madame_Duchâtel, et occupons-nous de faire la carte du déjeuner.
DUCHÂTEL
Ah ! Oui, faisons la carte.... Il faut nous distinguer aujourd'hui.
BLONDIN
As-tu de l'argent ?
DUCHÂTEL, s'asseyant
De l'argent !... Il y en a bien dans le sac de Juliette, mais dans ma poche....
BLONDIN
Diable !... J'ai pourtant un peu compté sur toi... Mais bah ! J'ai encore 32_francs_50 à manger sur mes appointements... du mois prochain.... Allons, écris le menu.
DUCHÂTEL
C'est ça, tant pis, il faut s'en donner... Quel vin prenons nous ? Du Champagne ?...
BLONDIN
Du Champagne ?... Fi donc !.... Vin usé... vin rococo... et puis c'est trop cher.
DUCHÂTEL
Ah ! Voilà une considération.
BLONDIN
Du Tavel, à la bonne heure ; c'est un vin chaud, stomachique, à 2_francs la bouteille... C'est encore une considération.
DUCHÂTEL, écrivant
Allons, va pour du Tavel.
Tavel : vin rosé du Pays du Gard.
BLONDIN, lisant la carte
Hors_d_oeuvre : huîtres_d_Ostende.
DUCHÂTEL
Ah ! C'est fameux les huîtres_d_Ostende.... Demandons-en.
BLONDIN
Laisse donc !... De pauvres petites huîtres qui valent la moitié des autres en grosseur et le triple en numéraire, c'est abusif....
DUCHÂTEL
Alors demandons des huîtres de Paris.
BLONDIN
Tu veux dire de Dieppe ou du Havre... mais nous sommes bien bons de chercher si longtemps ; donne-moi la plume, je vais écrire au hasard.
DUCHÂTEL, se levant
Oui, les choses que tout le monde aime.
BLONDIN, s'asseyant
Les choses les plus naturelles.
DUCHÂTEL, pendant que Blondin écrit
Dieu ! Comme sa plume court !
BLONDIN
Parbleu ! C'est tout simple.
AIR du Premier Prix.
Habile expéditionnaire, J'écris currente_calamo. Aussi maint pétitionnaire Vient-il assiéger mon bureau. Si j'avais, quand il m'en arrive, Au lieu de plume, un pistolet, Combien ma main expéditive, Dans une heure en expédierait.Voilà ce que c'est.
Currente calamo : Expression adverbiale signifiant au courant de la plume, c'est-à-dire qu'on écrit rapidement et sans soigner son style. [L]
DUCHÂTEL
Voyons.
Lisant par-dessus l'épaule de Blondin.
Eh bien ? Moi, il m'aurait fallu deux jours pour trouver tout cela.
BLONDIN, se levant
Oh ! C'est que tu n'as pas encore l'habitude comme moi.
DUCHÂTEL
Dame ! Quand je suis avec Juliette, c'est toujours elle qui commande.
BLONDIN
Pauvre garçon ! Il paraît décidément que c'est ta femme qui porte les...
DUCHÂTEL
Tu crois plaisanter.... Oui, elle les porte, et joliment encore ! Si tu la voyais sous son habit d'homme...
BLONDIN
Bah ! Elle se met en homme ?... C'est donc une amazone ?
DUCHÂTEL
Tout à fait.
AIR : Ah ! demandez à mon mari.
Elle a, comme un preux d'autrefois, Et bravoure et galanterie ; Au temps de la chevalerie, Elle eut brillé dans un tournoi.bis.
Loin de voir en elle une dame, Sous son costume favori, Je la craindrais près de ma femme... Si je n'étais pas son mari.bis.
BLONDIN
Diable ! C'est un excellent professeur pour toi, cette petite femme là.
Regardant à sa montre.
Mais il est bientôt onze_heures, va au-devant de nos aimables convives, dans l'allée_des_Veuves... C'est par là que viennent toujours ces demoiselles.
Allée des Veuves : ancien nom de l'Avenue Montaigne à Paris.
DUCHÂTEL
Donne-moi la carte, je vais la descendre en même temps.
Il va pour sortir à gauche.
Ah ! Dis donc, ma boîte à pistolets ?... Bon ! La voilà... C'est que ma femme me gronderait...
BLONDIN
Sois tranquille, je veille dessus.
Lui montrant la gauche.
Par ici ! Par ici !... Tu descends six marches, le comptoir est à droite.
SCÈNE X. Blondin, puis Juliette, en habits d'homme.
BLONDIN
Voyons donc un peu ces fameux pistolets.
Ouvrant la boîte.
C'est sans doute encore sa femme qui les a achetés... Je suis curieux de voir si elle s'y connaît.
Prenant un des pistolets.
Ma foi oui, voilà une arme excellente.... avec cela, il est impossible de manquer son homme.
JULIETTE, entrant et à part
Ah ! Ah !... J'arrive à temps.
BLONDIN, apercevant Juliette
Tiens, qu'est-ce que demande ce petit jeune homme ?
JULIETTE
Pardon, Monsieur, n'est-ce pas vous qui attendez Monsieur_Duchâtel ?
BLONDIN
Oui, Monsieur ; pourrai-je savoir à qui j'ai l'honneur de parler ?
JULIETTE
Au cousin de Monsieur_Duchâtel, à son meilleur ami... Je suis instruit de tout.
BLONDIN
Ah ! Il vous a mis au courant ?... Il fallait donc dire ça tout de suite... Alors je vois ce que c'est... Vous voulez être de la partie ?
JULIETTE
Vous l'avez dit, je veux en être, et c'est ensemble que nous commencerons.... Vous avez des armes ? Oui, oui... En voilà de fameuses...
À part.
Il a l'air assez décidé, ce petit monsieur.
Haut.
Ah ! Ça jeune homme, vous voulez donc jouter avec moi au pistolet ?
JULIETTE
Pourquoi pas ?
BLONDIN
C'est que je suis de première force, j'ai déjà cassé une jambe ce matin...
Montrant la poupée
à cette petite dame que voilà.
JULIETTE
C'est-à-dire que vous êtes allé d'avance au tir.
BLONDIN
Pour m'essayer et voir si ma main ne tremblait pas.
JULIETTE
Monsieur, votre conduite est peu loyale.
BLONDIN
Tiens, qu'est-ce qui vous prend donc ?
JULIETTE
Lorsqu'on a un duel...
BLONDIN, reculant vivement
Hein !... comment ?... Un duel, moi !
JULIETTE
Je suis bien sûr que votre adversaire, Monsieur_Duchâtel...
BLONDIN
Duchâtel, mon adversaire ! Par exemple ! Vous voulez rire... C'est mon ami intime, nous allons déjeuner ensemble.
JULIETTE
L'affaire est donc arrangée ?
BLONDIN
Arrangée ?... Depuis dimanche dernier.
JULIETTE
Je croyais que la dispute était d'hier.
BLONDIN
Quelle dispute ?
JULIETTE
Ne deviez-vous pas vous battre avec mon cousin ?
BLONDIN
Nous battre.... à la fourchette !
AIR : Au temps heureux de la chevalerie.
Ce cher ami, quelle idée effroyable... Lorsqu'en ces lieux nous nous réunissons, Pour champ d'honneur, nous avons une table ; Pour sang versé, la liqueur des flacons. Nul de nous ne se trouve à plaindre ; Car de nos provocations, S'il est des suites qu'il faut craindre, Ce sont, mon cher, les indigestions.JULIETTE
Comment ! C'est un déjeuner d'amis ? Eh bien ! Tant mieux, je suis bien aise d'apprendre que mon mar... mon cousin commence à voir le monde, à se former... Il n'est plus si sauvage qu'autrefois.
BLONDIN
Oh ! Il s'en faut de beaucoup.... C'est déjà presque un vaurien.
JULIETTE
Comment, un vaurien ?
BLONDIN
Oui, oui, grâce à sa femme et à moi.... Il a dû vous parler de Blondin, son cher collègue.
JULIETTE
Ah ! C'est vous.
BLONDIN. ·
Moi-même, un bon vivant, un luron de première classe.... Vous m'avez l'air aussi d'un petit farceur, vous... Voulez-vous être des nôtres aujourd'hui, nous ferons des bamboches.
À part.
Je ne serais pas fâché de l'essayer au tir, ce petit bonhomme là ; malgré son assurance, il ne me fait pas l'effet d'être malin.
Haut.
Par exemple, je dois vous prévenir d'une chose, nous n'avons que deux dames.
JULIETTE, vivement
Des dames !
BLONDIN
Oui, chacun sa chacune.... C'est égal vous ferez la cour à la belle de Duchâtel, vous tâcherez de la lui souffler, ça nous amusera, et puis ça achèvera de le former ; mais n'en dites rien à sa femme au moins.
AIR : Mon galoubet.
Soyez discret,bis.
Avec elle, quoi qu'il arrive, Gardez le plus profond secret ; Et si la lingère naïve, Charme ici votre âme un peu vive, Soyez discret.4 fois.
JULIETTE, à part
Je n'en reviens pas.... tourmentez-vous donc pour instruire un mari... Je m'aperçois que le mien a plus de facilité que je ne croyais.
BLONDIN, qui s'est approché de la porte du fond
Tenez, tenez, le voilà ah ! Le gaillard, comme il tient sa Virginie sous le bras, il ne semble pas disposé à la céder.
JULIETTE, à part, en gagnant la droite
Ah ! C'est comme cela qu'il s'occupe du dey_d_Alger !.. C'est bon, nous allons voir... C'est surtout ce Monsieur_Blondin qui me le paiera, car Duchâtel n'aurait jamais eu cette idée là tout seul.
SCÈNE XI. Juliette, Virginie, Duchâtel, donnant le bras aux dames, Mademoiselle Bernard, BLONDIN, puis deux Garçons.
CHOEUR
AIR : Contredanse de la Muette.
Enfin pourtant nous voilà tous Au lieu du rendez-vous Qui nous rassemble Ensemble. Beau jour, puisses-tu revenir Souvent nous réunir À la voix du plaisir !BLONDIN
Bonjour, belles dames, bonjour... À propos, Duchâtel, voilà ton petit cousin qui vient aussi déjeuner avec nous... Un garçon fort aimable, ma foi.
DUCHÂTEL, étonné
Comment ! Mon cousin !...
Reconnaissant sa femme.
Ah !... C'est toi...
JULIETTE, s'approchant
Oui, cousin, c'est moi... Tu n'es pas fâché que je me sois fait inviter...
BLONDIN
Fâché, au contraire.
AIR : De l'Artiste.
Ton cousin nous seconde En venant s'inviter. On voit, avec le monde, L'appétit s'augmenter.DUCHÂTEL, à part
Auprès de maint convive J'ai pu croire cela. Mais quand ma femme arrive Mon appétit s'en va.Mon Dieu ! Mon Dieu ! Qu'est-ce que je va[i]s devenir à présent ?... Comment a-t-elle pu savoir ?...
BLONDIN
Joseph un couvert de plus.
À Duchâtel, en s'approchant de lui.
Figure-toi que monsieur s'imaginait, je ne sais pourquoi, que nous voulions nous battre...
VIRGINIE
Par exemple ! J'espère bien que Monsieur_Duchâtel ne se battra jamais, sans cela je me fâcherais avec lui.
DUCHÂTEL, à part
Elle avait bien besoin de parler, celle-là.
MADEMOISELLE BERNARD
Eh bien ! Se met-on à table ?
Deux garçons entrent par le fond avec une table toute servie.
JOSEPH
Oui, Madame, à l'instant.
DUCHÂTEL, bas à Juliette
Ma chère amie, tu crois peut-être...
JULIETTE, méme jeu
Taisez-vous, Monsieur, et gardez-vous bien de me faire connaître, sinon !...
DUCHÂTEL
Ça suffit.
BLONDIN
Allons, Duchâtel, à table ; Mademoiselle_Virginie attend son cavalier.
JULIETTE, offrant la main à Virginie
Mademoiselle en aura deux aujourd'hui.
DUCHÂTEL, à part, s'asseyant
C'est fini... C'est fini, je vas m'évanouir...
REPRISE DU CHOEUR
Enfin pourtant nous voilà tous Au lieu du rendez -vous,Etc., etc.
Tout le monde se place, les garçons sortent.
SCÈNE XII. Duchâtel, Virginie, Juliette, Mademoiselle Bernard, Blondin.
BLONDIN, repassant deux couteaux
Allons, allons, en fonctions !... C'est moi qui découpe... Voyez, belles dames, j'ai la main aussi sûre à table qu'au tir... C'est comme cela qu'on fait son chemin dans les bureaux.
À Mademoiselle Bernard, en lui offrant quelque chose.
Cousine, pourrais-je avoir l'honneur de vous offrir ?...
Se retournant vers Duchâtel.
Eh bien ! Eh bien ! Duchâtel, qu'est-ce que tu as donc à regarder sous la table ?... Tu oublies ta voisine...
DUCHÂTEL
Ah !... C'est juste.
Il prend une carafe d'eau et va pour en offrir à Virginie.
VIRGINIE, à Juliette, qui lui passe une assiette
Merci, Monsieur.
BLONDIN, à Duchâtel
Dis donc, prends garde ; je crois que le petit cousin veut t'enlever le coeur de la charmante Virginie.
VIRGINIE
Ne dites-donc pas de ces bêtises-là, Monsieur_Blondin, ça me rend honteuse.
MADEMOISELLE BERNARD
C'est vrai, mon cousin, vous n'avez pas de retenue... Voyez Monsieur_Duchâtel, comme il est respectueux avec celle qu'il doit épouser...
JULIETTE
Épouser !
DUCHÂTEL, à part
Allons, il ne manquait plus que ça ; maudite langue, va !
JULIETTE, à son mari
Ah ! Cousin, je t'en veux ; tu ne m'avais pas encore parlé de cette noce-là.
DUCHÂTEL, troublé
Oh ! C'est une plaisanterie !
VIRGINIE
Comment, Monsieur, une plaisanterie ?
DUCHÂTEL
Non... Non, je voulais dire... que c'était une plaisanterie.
MADEMOISELLE BERNARD
Ce n'est pas bien, Monsieur_Duchâtel, ce que vous dites-là... Si Monsieur_Blondin ne m'avait pas assuré que vos intentions étaient honnêtes...
JULIETTE
Honnêtes !... Mais elles ne peuvent pas l'être... Et c'est vous, Monsieur_Blondin !... Vous n'avez pas craint d'abuser l'innocence !... La vertu la plus pure !.. (A Virginie. ) N'est- ce pas, Mademoiselle, que vous êtes la vertu la plus pure ?...
DUCHÂTEL, à sa femme
Je t'en prie... Tais-toi...
JULIETTE
Je veux parler.
DUCHÂTEL
C'est différent.
JULIETTE
Monsieur a besoin d'une leçon.
BLONDIN
Monsieur !
MADEMOISELLE BERNARD
Ah ! Mon Dieu ! Une affaire, nous voilà compromises !
VIRGINIE
Si on se dispute, moi d'abord je m'en va[i]s.
BLONDIN, à Juliette
Ah ça ! Au fait, Monsieur, qu'est-ce que vous voulez ?
JULIETTE
Ce que je veux ? Vous dire que votre conduite est affreuse.
À mademoiselle Bernard.
Monsieur_Blondin vous trompe ; et vous aussi, Mademoiselle, en vous flattant de l'espoir d'épouser Duchâtel : ce mariage est impossible... Mon cousin est marié !
On se lève de table, les garçons emportent la table.
MESDEMOISELLES BERNARD ET VIRGINIE
Marié ! ! !
AIR du Siège de Corinthe.
Ah ! Quel outrage ! C'est une indignité ! Montrer à son âge Tant d'immoralité !JULIETTE
J'étais mieux que cela !...
JULIETTE, MESDEMOISELLES BERNARD ET VIRGINIE
ENSEMBLE.
Ah ! Quel outrage ! C'est une indignité ! Montrer à son âge Tant d'immoralité !BLONDIN
Ah ! Quel tapage ! C'est une indignité !Désignant Juliette.
Montrer à son âge Tant de méchanceté !MADEMOISELLE BERNARD
Ah ! Mon Dieu ! Quel scandale pour la lingerie.
BLONDIN
Mademoiselle Bernard, je vous prie de croire...
JULIETTE, à Duchâtel
Cousin, je t'invite à me démentir, si ce que je dis n'est vrai... Es-tu marié, oui ou non ?
DUCHÂTEL, dans le plus grand trouble
Oui, oui...
JULIETTE
N'as-tu pas une petite femme aimable, bonne, fidèle ?...
DUCHÂTEL, même jeu
Oui, oui...
BLONDIN
Et qui le tyrannise !
DUCHÂTEL, même jeu
Oui, oui.
JULIETTE
Comment, Monsieur ?...
DUCHÂTEL
Non, non.... Je me trompe...
JULIETTE
À la bonne heure.
À Blondin.
Sachez que Madame_Duchâtel est incapable d'imposer des lois à son mari ; il a trop de caractère... N'est-il pas vrai, cousin ?
DUCHÂTEL
Certainement, j'ai du caractère…..
JULIETTE
Il fait tout ce qu'il veut chez lui ; il y est maître absolu.
DUCHÂTEL
C'est vrai, je suis maître absolu !... Chez ma femme... Chez moi...
JULIETTE
Vous voyez, je ne le lui fais pas dire...
BLONDIN
Laissez donc ; il me dit le contraire du matin au soir.
DUCHÂTEL
Par exemple, mon cher Blondin, tu as tort...
JULIETTE, bas à son mari
Taisez-vous !...
DUCHÂTEL
Je me tais...
BLONDIN
Au reste, de quoi vous mêlez-vous, Monsieur ? Si j'ai voulu arracher mon ami au joug conjugal, ça ne vous regarde pas, et je pourrais vous demander raison...
JULIETTE
C'est ce que je voulais ; je suis prêt à vous répondre...
DUCHÂTEL, effrayé
Ah ! Mon Dieu ! Est-ce que tu voudrais te battre sérieusement ?
JULIETTE, bas
Si vous dites un mot, je ne vous pardonnerai de ma vie.
BLONDIN, s'animant
Eh bien ! Monsieur, comme il vous plaira...
MESDEMOISELLES BERNARD ET VIRGINIE
Messieurs ! Messieurs !
BLONDIN
Je n'écoute rien ! Voilà assez longtemps qu'il m'impatiente, et c'est au pistolet...
En ce moment on entend un coup de pistolet en dehors.
Ah !
À Juliette.
Entendez-vous, jeune homme, voilà le signal précurseur de mon triomphe...
JULIETTE
Ou peut-être du mien ; vous pourrez trouver votre maître.
BLONDIN, avec ironie
Je ne crois pas. Mais, comme je n'abuse jamais de ma supériorité, je veux, avant de nous battre, vous montrer ma force au pistolet...
À part.
et connaître la sienne.
Haut.
Allons au tir.
À part.
Ça pourra l'effrayer.
JULIETTE
Au tir... C'est là seulement que vous êtes brave.
MADEMOISELLE BERNARD
Nous saurons bien vous forcer à faire la paix.
BLONDIN, bas à mademoiselle Bernard
Soyez tranquille, il filera... Ils filent tous avec moi.
TOUS
Au tir... Au tir !...
BLONDIN
AIR Répondons à ces cris de victoire. (Siège de Corinthe.)
Venez tous admirer mon adresse, À demain, ajournons nos débats ; Mes amis vous savez que, sans cesse, Je suis prêt à braver le trépas ; Mais jamais en sortant d'un repas.CHOEUR
Allons tous admirer son adresse, À demain, ajournez vos débats, Oui vraiment nous savons que, sans cesse, Il est prêt à braver le trépas ; Mais jamais en sortant d'un repas.Pendant le choeur, Joseph et les garçons entrent et emportent les chaises. Tout le monde sort.
DEUXIÈME TABLEAU.
Le théâtre change ; il représente le jardin du tir. À gauche, au fond, la plaque qui sert de but ; à droite, sur le devant, le pavillon où se placent les tireurs. Un groupe d'amateurs entoure le pavillon ; Saint-Eloy et d'autres examinent la plaque et semblent vérifier un coup.
SCÈNE XIII. Martin, Saint-Éloy, Amateurs.
SAINT-ÉLOY
Messieurs, je vous demande bien pardon, c'est mon coup...
UN AMATEUR
C'est le mien ; j'en appelle à la galerie.
UN AUTRE
Messieurs, il n'est à aucun de vous deux ; il est à moi.
TOUS
Du tout, du tout !...
CHOEUR
AIR de Fernand Cortèz : Partons, suivons les pas.
C'est moi, c'est moi, c'est moi ! J'en reconnais la trace, Ma parole fait loi, Le coup est bien à moi !SCÈNE XIV. Les mêmes, Duvivier.
DUVIVIER
Eh bien ! Eh bien ! On se dispute par ici... C'est comme moi... J'ai eu une querelle... Où faut-il s'adresser pour prendre une leçon ?...
MARTIN, dans le pavillon
Par ici, Monsieur, par ici...
TOUS
Voyons, voyons ; ce sera drôle.
DUVIVIER
Ne vous moquez pas, messieurs ; j'ai eu un frère qui était très brave, et j'ai une nièce qui l'est encore... Allons, dépêchez-vous de me rendre adroit... Je suis pressé... J'ai un duel... dans vingt ans...
MARTIN
Ce ne sera pas long.
Lui présentant un pistolet.
Attention ! Vous prenez d'abord le pistolet de la main droite.
DUVIVIER
Un instant ! Si ça vous est égal, je le prendrai de la main gauche.
MARTIN
Mais, Monsieur, c'est l'usage.
DUVIVIER
L'usage ne fait rien ; je suis gaucher.
MARTIN
Ah ! Excusez...
DUVIVIER, prenant le pistolet
Parbleu, m'y voilà ; c'est bien plus commode pour moi.
MARTIN, lui plaçant le bras
Maintenant, vous étendez le bras horizontalement à la hauteur de l'oeil gauche, et vous fermez le droit pour ajuster.
DUVIVIER
Ah ! Alors j'irai de confiance.
MARTIN
Oh ! Vous pouvez être tranquille ; je démontre par principes...
DUVIVIER
Vous ne m'entendez pas... Je dis que j'irai de confiance, attendu que pour viser il faut y voir ; et comme j'ai précisément une taie sur l'oeil gauche...
Tout le monde rit.
MARTIN
Ma foi, Monsieur, si vous êtes manchot du bras droit et borgne de l'oeil gauche, je ne sais pas comment je ferai...
DUVIVIER
Attendez, attendez. En tournant un peu la tête...
Il prend une posture très gênée.
C'est cela, je suis à mon aise maintenant ; par exemple, je crois que je n'irai jamais si loin : vous devriez rapprocher le but.
MARTIN
C'est la distance ordinaire. Attention !
Lui touchant le doigt.
Vous appuyez l'index sur la détente.
DUVIVIER
Aie ! Doucement ! Je suis blessé de ce doigt-là... Je va[i]s me servir du médium, ça reviendra toujours au même.
MARTIN, pendant que Duvivier vise la plaque
Allons, faites comme vous voudrez, car avec vous je finirais par perdre la tête.
DUVIVIER, visant
Suivez le coup, je lâche le chien...
Il tire et rate.
C'est dommage, il me semble que j'aurais fait un beau coup.
MARTIN, à Duvivier, qui arme de nouveau son pistolet
Mais, Monsieur, prenez donc garde ; est-ce qu'on arme comme ça son pistolet sous le nez du monde ?
DUVIVIER
Il n'y a pas de danger, puisqu'il rate...
SCÈNE XV. Duchâtel, Juliette, Blondin, Mademoiselle Bernard, Virginie, Martin, Duvivier, Saint Eloy, Amateurs.
BLONDIN
AIR de Léocadie.
Allonster.
il faut suivre ses pas, Et ne retardons pas, Un plaisir plein d'appas ! Oui je vais à l'instant, Prouver par mon talent, Que de cet art chéri, Je suis le favori.TOUS
Allonster.
il faut suivre ses pas, Et ne retardons pas, Un plaisir plein d'appas ! Il espère à l'instant, Prouver par son talent, Que de cet art chéri, Il est le favori.BLONDIN
Martin ! Des pistolets !...
SAINT-ÉLOY
Ah ! C'est Blondin !... J'en suis... Nous allons nous distinguer...
MARTIN, présentant un pistolet
Voyons, Messieurs, qu'est- ce qui commence ?
SAINT-ÉLOY, à Blondin
Allons, mon cher, à vous l'honneur.
BLONDIN
Du tout, je suis ici chez moi ; et puis d'ailleurs il faut garder les beaux coups pour les derniers.
Offrant le pistolet à Juliette.
À vous, jeune homme ! Martin, va placer une poupée.
JULIETTE, prenant le pistolet et allant au pavillon
Une poupée ! Fi donc ! C'est trop facile !... La mouche, à la bonne heure !
BLONDIN, à part
Petit fat ! A-t-il de l'amour-propre ?...
À mi-voix.
Venez voir, je suis sûr que c'est une mazette. Nous allons rire.
DUCHÂTEL, courant à sa femme
Dis donc, prends bien garde de te blesser.
MARTIN, aux spectateurs
En arrière, messieurs, en arrière !
BLONDIN, pendant que Juliette ajuste la plaque
Oh ! Voyez-donc, se place-t- il mal.... Je suis sûr que sa balle va passer à deux pieds de la plaque... Mazette !... Archimazette !
Mazette : Personne inhabile à quelque jeu qui demande de la combinaison ou de l'adresse. [L]
TOUS
Pavillon ! Pavillon !
Juliette tire et fait pavillon.
CHOEUR
AIR C'est notre ami Blondel.
Bravo ! Bravo ! Bravo ! Ah ! Que le coup est beau ! Bravo ! Bravo !bis.
BLONDIN, qui pendant le choeur est allé examiner la plaque, se rapprochant de Juliette
Ma foi, je n'aurais pas mieux fait. Jeune homme, réparation d'honneur, nous sommes de force égale.
JULIETTE
C'est ce que nous verrons bientôt sur le terrain.
BLONDIN
Par exemple ! Des gens comme nous sont faits pour s'estimer... Allons, la paix et embrassons-nous.
Il va pour embrasser Juliette.
DUCHÂTEL, vivement
Du tout, du tout, je ne veux pas, moi.
JULIETTE, à Blondin
Voulez-vous bien finir.
BLONDIN
Mauvaise tête ! Allons donc, petit farceur, je suis un bon enfant.
Il prend Juliette par la taille.
JULIETTE
Insolent !
Elle lui donne un soufflet.
TOUS
Un soufflet !
MADEMOISELLE BERNARD
Ah ! Je vais me trouver mal !
DUCHÂTEL
C'est bien fait ! Ça lui apprendra...
BLONDIN, la main sur sa joue
Pour le coup, c'est trop fort ! Vous allez me rendre raison sur-le-champ.
SAINT-ÉLOY
Oui, oui, c'est une affaire épouvantable.... Ça ne peut pas s'arranger... Blondin, je suis votre second.
DUVIVIER, perçant la foule
Messieurs... messieurs...
Reconnaissant Blondin.
Comment !... C'est encore mon adversaire de ce matin.... Vous êtes donc un duelliste de profession ?
BLONDIN
Monsieur a porté la main sur ma joue.
DUVIVIER, à Juliette
Ah ! C'est différent... Jeune homme, vous avez tort..... Que vois-je ?...
JULIETTE
Mon oncle Duvivier !
DUVIVIER
Le jeune homme est ma nièce !...
TOUS
Sa nièce !
DUCHÂTEL
Ah !... Enfin, je puis reprendre mon rang... et ma femme.
BLONDIN, à part
Il se pourrait !... Et moi qui voulais me battre avec elle.... Ah ! Blondin, mon ami, quelle école !
S'approchant de Juliette avec galanterie.
AIR de Céline.
Madame, acceptez mon excuse, Et pardonnez- moi mon erreur ? Vous me voyez l'âme confuse, J'ai méconnu votre sexe enchanteur ; Pourtant, vous vous étiez trahie, Par ces beaux yeux, par ce teint rose et frais, Surtout par cette main jolie, Et si libérale en soufflets.Je vous prie de croire, belle dame, que d'une pareille main tout s'accepte.
DUCHÂTEL, à part
C'est ce que je me dis quelquefois.
VIRGINIE, regardant Juliette
C'est une femme.... Quel dommage !
DUVIVIER
Ah ! Ça, qu'est-ce que tout ça veut dire, ma nièce ?
JULIETTE
Mon oncle, je vous expliquerai plus tard.... qu'il vous suffise de savoir maintenant que monsieur...
Montrant Duchâtel.
... est un fort mauvais sujet, mais je vais mettre un terme à ses fredaines.
DUCHÂTEL
Mes fredaines ?... Par exemple, si on peut dire....
Fredaine : Écart de conduite par folie de jeunesse, de tempérament ou autrement. Il se dit, par extension, de ce qui est irrégulier, capricieux. [L]
JULIETTE
Silence, Monsieur.
À part.
Dans le fond, je le trouve mieux maintenant, mais il ne faut pas non plus qu'il aille trop loin...
BLONDIN
Allons, allons, amnistie générale.
DUVIVIER
Cependant, monsieur, je vous ai porté sur ma peau_d_âne pour 1849.
BLONDIN
Eh bien ! Effacez-moi sur votre peau... et pour cimenter la paix, je propose une poule au pistolet.
DUCHÂTEL et SAINT-ÉLOY
Ah ! Oui, la poule ! La poule !
DUCHÂTEL, bas à Juliette
Veux-tu permettre, ma femme ?
Juliette fait signe que oui.
DUVIVIER
Une poule !... Je veux en être... Ah ! Ça, on joue donc aussi la poule au pistolet ?
BLONDIN
Certainement.
DUVIVIER
C'est singulier, moi je ne l'avais jamais jouée qu'au loto.
BLONDIN
AIR de la Sabotière.
Pan ! pan ! c'est la méthode, Pan ! pan ! cela se fait, Pan ! pan ! vive la mode, Pan ! pan ! du pistolet.Pendant ce quatrain, Martin a distribué les numéros pour la poule.
MARTIN, dans le pavillon, appelant et présentant des pistolets
Numéro un.
BLONDIN, allant au pavillon
Allons, cette fois ci, c'est moi qui commence.
Lorsqu'un Anglais baille chez lui, Le pistolet vient à son aide ; Regardez, voici le remède Qu'il prend, pour calmer son ennui.Il tire.
CHOEUR
Pan ! pan ! c'est la méthode, Pan ! pan ! cela se fait, Pan ! pan ! suivez la mode, Pan ! pan ! du pistolet.MARTIN, même jeu
Numéro deux.
SAINT-ÉLOY
À moi maintenant :
Chez nous certain projet nouveau Du duel devait bannir l'usage ; Pour et contre on s'est mis en nage, Le projet est tombé dans l'eau.Il tire.
CHOEUR
Pan ! pan ! c'est la méthode, Pan ! pan ! cela se fait, Pan ! pan ! suivez la mode, Pan ! pan ! du pistolet.MARTIN, même jeu
Numéro trois.
JULIETTE
Voyons, Monsieur_Duchâtel, c'est à votre tour...
DUCHÂTEL
Allons, tachons d'être malin ; Pour lui plaire, montrons du zèle ; Il faut donc toujours avec elle, Avoir les armes à la main ?...Il tire.
CHOEUR
Pan ! pan ! c'est la méthode, Pan ! pan ! cela se fait, Pan ! pan ! suivez la mode, Pan ! pan ! du pistolet.MARTIN, même jeu
Numéro quatre.
DUVIVIER
Ah !... Nous allons voir...
Autrefois, d'un air menaçant, À mes rivaux cherchant querelle, J'étais fougueux pour une belle, Ce n'est plus de même à présent...Il tire le coup ne part pas.
CHOEUR
Pan ! pan ! c'est la méthode, Pan ! pan ! cela se fait, Pan ! pan ! suivez la mode, Pan ! pan ! du pistolet.MARTIN, même jeu
Numéro cinq.
JULIETTE, allant prendre un pistolet
Donnez... Ah !... Un instant...
Au public, le pistolet à la main.
Messieurs, pour un petit tableau, L'indulgence doit être grande....DUCHÂTEL, s'approchant de Juliette et lui prenant le pistolet des mains
Par la douceur, ça vaut mieux...
323 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0